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Chronologie du débat sur les
Principes recommandés par l'ASES
pour l'encadrement et l'évaluation des thèses en sociologie

Lors de la rencontre de l'ASES de mars 2002 consacré à l'encadrement des thèses, Claude Dubar présente un "Code de déontologie de la thèse" qui est publié dans la lettre de l'ASES 31 (juin 2002) p.49-40

De la même façon qu'au début de l'affaire Teissier, il est décidé qu'un Conseil d'administration élargi (aux anciens présidents de l'ASES et du CNU) aidera à faire le point sur le texte.
Compte-rendu de la rencontre du 6 décembre.

Deuxième version proposée par Régine Bercot le 18 décembre après la discussion en CA élargi
(avec commentaires de Bruno Péquignot)

8 janvier 2003 : Francis Farrugia

13 janvier : Jean-Yves Trépos

14 janvier : Pierre Tripier

16 janvier : Patrick Trabal

16 janvier :Francis Farrugia . Réponse à Pierre Tripier

18 janvier
Le CA se réunit et vote le texte suivant pour qu'il soit proposé à l'Assemblée générale du 15 mars 2003
Principes recommandés par l’ASES pour l’encadrement et l’évaluation des thèses en sociologie

23 janvier : Bruno Péquignot

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Lors de la rencontre de l'ASES de mars 2002 consacré à l'encadrement des thèses, Claude Dubar présente un "Code de déontologie de la thèse" qui est publié dans la lettre de l'ASES 31 (juin 2002) p.49-40

L’initiative de l’ASES de programmer trois réunions en 2002 sur les thèses en sociologie est une excellente chose. Mais elle doit déboucher sur cette " charte des thèses " dont l’affaire Tessier a montré l’urgente nécessité. Je voudrais, en accompagnement de mon intervention du 23/03, proposer quelques éléments de cette charte à mettre en débat. Je les ai résumé sous cinq rubriques :

1 Toute thèse doit se préparer au sein d’un laboratoire reconnu par le CNRS ou le MEN (équipe d’accueil). Pourquoi ? Pour éviter le " colloque singulier " d’un doctorant avec un directeur, seul " maître " de la préparation de thèse. Pour ancrer cette préparation dans un collectif de doctorants permettant une " formation mutuelle " (séminaire de doctorants) mais aussi un contrôle de la manière dont s’effectue la " socialisation " à la communauté sociologique et à celle du " champ spécialisé " concerné par la thèse. Exemple : un(e) doctorant(e) travaillant sur l’astrologie doit avoir des contacts avec les chercheurs étudiant les pratiques magiques, les disciplines para-psychologiques, les religions séculières etc. Le laboratoire -qui ne peut être une secte autour d’un gourou- est un lieu d’échanges, de formation et d’ouverture. Il faut mettre en place une procédure (vérification annuelle par le conseil scientifique de l’université) permettant de vérifier la participation de chaque doctorant à la vie du laboratoire : séminaires, présentation de travaux, enseignements de l’école doctorale...

2 Toute préparation de thèse de sociologie doit être régulièrement suivie par un directeur habilité ou un responsable délégué dont la compétence dans le champ de la thèse puisse être vérifiée. Pourquoi ? Pour éviter les thèses " décalées " par rapport à l’état des connaissances sociologiques dans un champ quelconque. Une thèse doit être " reconnue " par les spécialistes du champ abordé. Elle ne peut plus être un exercice purement académique qui n’apporte aucune connaissance nouvelle, du point de vue de ceux qui travaillent dans le champ. Comment vérifier ? Il faut rendre accessible et transparent les sujets de thèse qui doivent être déposés auprès de l’instance prévue à cet effet (Observatoire de Nanterre). Il faut aussi que les conseils scientifiques des écoles doctorales puissent vérifier l’adéquation entre les sujets et les compétences des directeurs ou responsables.

Lorsqu’un directeur inscrit un(e) doctorant(e) sous sa direction, il est responsable de son accès aux lieux (colloques, séminaires..) et personnes (chercheurs) spécialisés dans le champ de la recherche. Lorsqu’il ne se sent pas assez compétent, il doit mettre en place un comité de thèse composé de chercheurs compétents et se réunissant au moins une fois par an.

3 Toute préparation de thèse doit faire l’objet d ‘évaluations régulières de la part d’un comité de thèse ou du comité scientifique de l’école doctorale. Beaucoup trop de thèses de sociologie ne donnent lieu à aucun " rapport intermédiaire " évalué. Entre l’inscription et la soutenance, il doit y avoir des étapes à respecter sous peine de refus de réinscription (sauf dérogations accordées par le directeur et acceptées par le directeur de l’école doctorale). Il faut au moins deux évaluations : au bout d’un an (vérifier la faisabilité du projet de thèse) et au bout de trois ans (vérifier la capacité à produire un rapport -ou des publications- scientifiquement solide).

4 Un directeur de thèse ne peut encadrer plus de dix doctorant(e)s simultanément. La bonne moyenne est de quatre par directeur de thèse. Au-delà, il est recommandé au directeur de s’appuyer sur un responsable délégué (chercheur ou enseignant chercheur non habilité mais compétent dans le champ de la thèse) ou sur un comité de thèse. Le conseil scientifique doit pouvoir refuser une inscription en thèse lorsque le directeur a déjà inscrit dix doctorants.

5 Un docteur de sociologie doit maîtriser les méthodologies de base de la sociologie et apporter des connaissances nouvelles dans un champ déterminé. Une thèse de sociologie ne peut être purement livresque c’est à dire ne faire que reproduire des résultats, arguments, positions d’autres auteurs, même de façon critique, mais sans aucun travail d’enquête. Les rapports d’autorisation de soutenance doivent faire apparaître clairement les méthodes utilisées (y compris travail d’archive) et les connaissances produites. Ils doivent refuser les soutenances des thèses qui ne reposent sur aucun travail d’enquête ou n’apportent aucune connaissance sociologique. Le rapport de soutenance doit être copieux et chaque membre du jury doit pouvoir donner clairement et sincèrement son avis de manière détaillée (le format souhaitable est d’environ une page par membre). Le jury de thèse doit comporter au moins deux membres spécialistes du champ concerné, de préférence dans des orientations théoriques ou méthodologiques différentes (un chercheur spécialiste d’un champ est celui qui a publié sur ce champ dans les revues et collections reconnues).

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De la même façon qu'au début de l'affaire Teissier, il est décidé qu'un Conseil d'administration élargi (aux anciens présidents de l'ASES et du CNU) aidera à faire le point sur le texte.

Compte-rendu du conseil d'administration élargi du 6 décembre 2002 14h à l'Iresco

Présents : Régine Bercot, Philippe Cibois, Mario Correia, Sylvette Denèfle, Claude Dubar, Suzie Guth, Frédéric Neyrat, Nicole Roux , Patrick Trabal, Pierre Tripier

Excusés : Michèle Dion, Alain Chenu, Francis Farrugia, Sandrine Garcia, Monique Legrand, Salvatore Maugeri, Bruno Péquignot, Maryse Tripier


Origine de cette rencontre
L'affaire Teissier a fait prendre conscience que les mécanismes de la thèse étaient au centre de l'évolution bonne ou mauvaise de la discipline. Que faire maintenant pour éviter de se retrouver dans une situation analogue ? Claude Dubar a proposé en mars dernier un texte intitulé "pour un code de déontologie" qui est mis en discussion.

Le débat
Il a porté sur plusieurs aspects du texte : des points particuliers et sur le statut du texte touchant au rôle de l'ASES

Points particuliers évoqués et posant des problèmes
- notion de laboratoire reconnu ou équipe d'accueil : formellement, cette situation devient la norme dans les Ecoles doctorales, mais la réalité peut être tout autre et une équipe d'accueil peut être une coquille vide.
- comité de thèse : c'est un travail supplémentaire d'encadrement, refusé par certains, jugé trop lourd par d'autres, l'important est la réalité, c'est à dire qu'un doctorant soit suivi par des gens à compétence reconnue dans le domaine. Ce peut être sous la forme d'un expert extérieur.
- nombre de doctorants par directeur : si chaque université fixe sa norme, les situations peuvent être diverses car dans une petite université, le nombre de directeurs potentiels peut être faible.
- pré-soutenance procédure utilisée dans certains pays : peut-être utile si faite suffisamment tôt pour permettre des réorientations. Attention de ne pas multiplier les examens préalables.
- les MC peuvent participer à l'encadrement des thèses, c'est une possibilité qui peut être reconnue officiellement par l'université (et qui joue un rôle certain ensuite dans l'HDR)
- rapports préalables : il faut savoir dire non, même si cette opposition est détournée par la suite.
- autres propositions (Mail d'A.Chenu) : suivi de l'avancement de la thèse et de l'intégration dans le labo par un autre membre du labo que le directeur de recherche, suivi de la participation à des colloques (dispositions dites "au-dessus du SMIC d'encadrement doctoral en SHS" par AC)
- notion de terrain et refus de thèse sur travail de 2e main (critique d'écrits précédents). Ce refus n'est pas partagé par tous les sociologues.
Statut du texte
Forme : sans plus d'explications, le texte actuel est difficile à comprendre, il lui manque les éléments du débat antérieur, il faut donc donner des motivations, montrer les problèmes à traiter et les solutions proposées.
Finalité :
- actuellement le CNU contrôle la situation mais est-ce que ce sera toujours le cas ? Le CNU est lui-même partagé ; la réglementation peut changer.
- L'ASES peut difficilement apparaître comme une super instance de validation édictant ses règles propres.
- comment proposer un code de déontologie alors que tous les sociologues ne sont pas d'accord sur la définition du travail du sociologue ? Faut-il se baser sur un minimum ou proposer un programme à long terme ?

Décision
Le CA estime que :
- l'importance de l'affaire Teissier et son retentissement dans la discipline font qu'il n'est plus possible de se contenter d'un rappel de règles minimales
- l'ASES qui a joué un rôle actif dans cette affaire doit continuer à le faire en dépassant la notion d'Association "reflet" des diverses manières d'être enseignant du supérieur pour arriver à la notion d'Association dont les membres ont un "engagement" vis-à-vis de la manière d'être sociologue.
- l'ASES va donc proposer un texte qui sera normatif pour ses membres, qui exposera la manière dont ses membres font passer des thèses et voient le futur.
- ce texte programmatique devra distinguer
1) des principes dès à présent applicables par les membres de l'ASES
2) des règles dont il faut dès à présent inciter la mise en oeuvre ou, si elles existent déjà, vérifier qu'elle sont respectées dans leur esprit
3) des règles qu'il faudra faire entrer en vigueur dans le futur.
- ce choix devra être ratifié par la prochaine AG du samedi 15 mars prochain

Mise en oeuvre
Le texte actuel doit être modifié, il doit comporter des principes, des règles hiérarchisées, des motivations. Son nom peut être (ou ne pas être) modifié. A cette fin, il est proposé que tous les projets soient mis en circulation auprès des membres du CA élargi par l'utilisation de la commande "répondre à tous" des logiciels de communication.

Calendrier : il faudrait qu'une première mouture du texte soit disponible pour le CA qui aura lieu lors de la prochaine rencontre (consacrée au problème LMD) du samedi 18 janvier.

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Deuxième version proposée par Régine Bercot le 18 décembre après la discussion en CA élargi (avec commentaires de Bruno Péquignot)

Pour une amélioration des pratiques règles à promouvoir pour un bon apprentissage du métier de chercheur

Ce document est un outil de référence pour les enseignants- chercheurs et les doctorants. Il met à jour un certain nombre de règles et de principes qui sont autant de conditions et de bons procédés pour favoriser la construction d’une bonne thèse, l’apprentissage du travail de chercheur, notamment du travail collectif. Il a vocation à être redéfini et retravaillé périodiquement par l’association ; il est une perspective que nous nous donnons pour notre action individuelle et collective.

1 Toute travail de thèse doit éviter le " colloque singulier " d’un doctorant avec un directeur, seul " maître " de la préparation de thèse. Ainsi, la préparation de la thèse doit s’ancrer dans un collectif de doctorants permettant une " formation mutuelle " (séminaire de doctorants) mais aussi un contrôle de la manière dont s’effectue la " socialisation " à la communauté sociologique et à celle du " champ spécialisé " concerné par la thèse. ancrer cette préparation dans un collectif de doctorants permettant une " formation mutuelle " (séminaire de doctorants) mais aussi un contrôle de la manière dont s’effectue la " socialisation " à la communauté sociologique et à celle du " champ spécialisé " concerné par la thèse.

Pour ce faire la préparation de la thèse dans un laboratoire reconnu par le CNRS ou le MEN (équipe d’accueil) apparaît nécessaire. Pour Exemple : un(e) doctorant(e) travaillant sur l’astrologie doit avoir des contacts avec les chercheurs étudiant les pratiques magiques, les disciplines para-psychologiques, les religions séculières etc. Le laboratoire -qui ne peut être une secte autour d’un gourou- est un lieu d’échanges, de formation et d’ouverture. Il faut mettre en place une procédure (vérification annuelle par le conseil scientifique de l’université) permettant de vérifier la participation de chaque doctorant à la vie du laboratoire : séminaires, présentation de travaux, enseignements de l’école doctorale...

2 Toute préparation de thèse de sociologie doit être régulièrement suivie par un directeur habilité ou un responsable délégué dont la compétence dans le champ de la thèse puisse être vérifiée. Pourquoi ? Pour éviter les thèses " décalées " par rapport à l’état des connaissances sociologiques dans un champ quelconque. Une thèse doit être " reconnue " par les spécialistes du champ abordé. Elle ne peut plus être un exercice purement académique qui n’apporte aucune connaissance nouvelle, du point de vue de ceux qui travaillent dans le champ. Comment vérifier ? Il faut rendre accessible et transparent les sujets de thèse qui doivent être déposés auprès de l’instance prévue à cet effet (Observatoire de Nanterre). Il faut aussi que les conseils scientifiques des écoles doctorales puissent vérifier l’adéquation entre les sujets et les compétences des directeurs ou responsables.

Lorsqu’un directeur inscrit un(e) doctorant(e) sous sa direction, il est responsable de son accès aux lieux (colloques, séminaires..) et personnes (chercheurs) spécialisés dans le champ de la recherche. Lorsqu’il ne se sent pas assez compétent, plusieurs formules sont possible. Le directeur doit :

3 Toute préparation de thèse doit faire l’objet d’évaluations régulières de la part d’un comité de thèse ou du comité scientifique de l’école doctorale. Beaucoup trop de thèses de sociologie ne donnent lieu à aucun " rapport intermédiaire " évalué. Entre l’inscription et la soutenance, il doit y avoir des étapes à respecter sous peine de refus de réinscription (sauf dérogations accordées par le directeur et acceptées par le directeur de l’école doctorale). Il faut au moins deux évaluations : au bout d’un an (vérifier la faisabilité du projet de thèse) et au bout de trois ans (vérifier la capacité à produire un rapport -ou des publications- scientifiquement solide).
Commentaire de B. Péquignot : Je suis pour des évaluations régulières, mais je ne souscris pas au caractère trop formaliste que suppose la rédaction de cet article.

     

4. Un directeur de thèse ne peut encadrer plus de dix doctorant(e)s simultanément. Au-delà de cinq doctorants, il est recommandé au directeur de s’appuyer sur un responsable délégué (chercheur ou enseignant chercheur non habilité mais compétent dans le champ de la thèse) ou sur un comité de thèse. Le conseil scientifique doit pouvoir refuser une inscription en thèse lorsque le directeur a déjà inscrit dix doctorants. Lorsqu’un enseignant effectue un suivi des doctorants dans une autre université que la sienne, le nombre des doctorants suivis dans l’université où il n’est pas enseignant ne peut excéder le nombre de cinq.
Commentaire de B. Péquignot : Les seuils sont toujours très difficiles à tenir. Faut-il refuser un doctorant sous prétexte qu'un autre traîne ? Il faudrait un article sur la gestion des thèses qui traînent, cela dit la plupart des doctorants ayant un emploi alimentaire, comment légiférer sans être injuste ?

5 Un docteur de sociologie doit maîtriser les méthodologies de base de la sociologie et apporter des connaissances nouvelles dans un champ déterminé. Une thèse de sociologie ne peut être purement livresque c’est à dire ne faire que reproduire des résultats, arguments, positions d’autres auteurs, même de façon critique, mais sans aucun travail d’enquête. Les rapports d’autorisation de soutenance doivent faire apparaître clairement les méthodes utilisées (y compris travail d’archive) et les connaissances produites. Ils doivent refuser les soutenances des thèses qui ne reposent sur aucun travail d’enquête ou n’apportent aucune connaissance sociologique. Le rapport de soutenance doit être copieux et chaque membre du jury doit pouvoir donner clairement et sincèrement son avis de manière détaillée (le format souhaitable est d’environ une page par membre). Le jury de thèse doit comporter au moins deux membres spécialistes du champ concerné, de préférence dans des orientations théoriques ou méthodologiques différentes (un chercheur spécialiste d’un champ est celui qui a publié sur ce champ dans les revues et collections reconnues).
Commentaire de B. Péquignot : reste à définir le terme enquête. Une recherche peut être novatrice en s'appuyant sur une relecture originale et critique des textes classiques ou non de la discipline. Mais je sais que je suis minoritaire dans la communauté des sociologues quand je revendique la possibilité d'une sociologie théorique comme il y a une physique, une chimie, une biologie ou une économie théorique.


Dernier commentaire de B. Péquignot :
Il faudrait ajouter un article à l'intention des organisateurs de colloques et autres membres des comités de lecture de revues : les doctorants ont le même droit à la parole et à la publication que les auteurs connus ou prétendument avancés. Halte aux ghettos pour doctorants en quelque sorte. Quand verra-t-on dans une revue " centrale " de la discipline, un article signé par un chercheur non " confirmé " ? Mais je rêve, excusez-moi.

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8 janvier 2003 : Francis Farrugia :

Voici le texte que je propose en réponse à ta proposition d'amendement. Je voudrais faire valoir un certain nombre de réserves concernant quelques points du projet (de ce qui se nommait initialement "code de déontologie") présenté par Claude Dubar. Tout d'abord, je ne partage pas la définition restrictive de la "thèse recevable", présentée dans ce texte :

présence nécessaire de l'enquête empirique avec pour corrolaire négatif le caractère non acceptable d'un travail s'effectuant exclusivement sur des textes, des théories et des systèmes.

En effet, les textes sont aussi un terrain pour la réflexion sociologique et ils sont objets d'une interprétation

jamais achevée, et si nous excluons a priori la possibilité que puissent être soutenues des recherches portant sur de tels objets "non empiriques au sens strict", il me semble que nous privons notre discipline de l'une de ses dimensions historiques, et d'une partie de sa mémoire, donc d'une part de son identité, ainsi que de domaines traditionnels aussi scientifiquement importants que les autres, à savoir : "l'histoire de la discipline", "l'histoire des théories sociologiques" (qui n'est jamais achevée parce qu'enjeu de luttes scientifiques, définitionnelles de la pratique effective, donc enjeu de luttes institutionnelles et politiques), mais aussi "l'épistémologie" et, dans l'une de ses dimensions, "la sociologie de la connaissance" et "la sociologie de la sociologie".
N'oublions pas non plus la réalité associative : parmi ses multiples Comités de Recherche, l'AISLF compte des CR d'"épistémologie et théories sociologiques", d'"histoire de la sociologie", etc. idem pour les RTF de l'AFS. L'institution reconnaît donc à juste titre cette "dimension non empirique" de la discipline comme vivante.

De plus si nous cessons d'occuper ces "terrains" qui ne sont "théoriques" qu'en apparence et qui sont en réalité stratégiques et éminemment "politiques" (ce que je montre dans mon travail sur La reconstruction de la sociologie française), nous les verrons rapidement investis par des disciplines connexes qui assureront "pour nous" la réflexion théorique que nous abandonnerons, et donc légifèreront dans notre champ.

La théorie, c'est aussi de la pratique disciplinaire. Je pense enfin qu'il existe une place pour une sociologie théorique comme il existe une physique théorique, sans laquelle la physique expérimentale se dévitaliserait rapidement. Il ne faut pas restreindre le terrain à sa dimension purement empirique.

J'ai, dans cet esprit, toujours défendu au CNU une position libérale, celle d'une nécessaire complémentarité de la théorie et du terrain, ainsi que la nécessaire reconnaissance de travaux se développant dans l'un ou l'autre versant, dans des proportions variables.

Enfin, je ne suis pas favorable à ce que l'ASES "dise la loi", ce qui présuppose la détention d'une définition de la discipline.

Je suis sur des positions plus centrées sur un agir "communicationnel" qu'organisées autour d'un "impératif catégorique".

Francis Farrugia

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13 janvier 2003 : Jean-Yves Trépos

A propos du code et des textes circulants

1. Le premier point traite, en même temps, de deux objets complémentaires, mais distincts : la thèse, le labo. Il faudrait renvoyer explicitement à un texte plus consistant (à élaborer) sur le fonctionnement des laboratoires de recherche (voir par exemple la Charte de PRINTEMPS) en précisant la place que peuvent y prendre les doctorants.

Ensuite, il est possible de préciser ce qu’est le collectif de doctorants. Plusieurs labos - c’est le cas de l’ERASE à Metz, mais c’est loin d’être le seul - ont, d’une part, un séminaire destiné aux doctorants, où ils planchent (devant plusieurs directeurs de thèse et/ou spécialistes) sur l’avancement de leur travail autour de thèmes qui associent relativement deux ou trois thèses en cours et, d’autre part, un collectif de doctorants, se réunissant sans les directeurs de thèse, qui permet le soutien mutuel, les exercices de répétition, l’expression de ceux qui n’ont pas pu parler dans le séminaire doctoral. Les deux formules sont indispensables pour éviter le " colloque singulier " (NB : les guillemets sont ici de citation et non de dénonciation).

2. L’expression d’" exercice purement académique " met fait tiquer. Evidemment que la thèse est un exercice purement académique, c’est d’ailleurs pourquoi, académiquement parlant, elle ne suffit pas pour être qualifié et encore moins recruté ! La thèse est un élément dans le dossier d’un candidat, à côté d’autres types de travaux, comme des articles, des rapports ou des livres (mais, considérer, à l’inverse, des articles publiés dans de grandes revues comme seuls garants de qualité serait faire preuve d’un grand aveuglement quant aux règles du jeu biblionomique).

Cet exercice académique, nous devons simplement accepter qu’il soit diversifié dans ses composantes conceptuelles, empiriques -voir ci-dessous -, qu’il montre à la fois la capacité d’apporter quelque chose de plus (parfois innover, parfois simplement vérifier/infirmer ce qui ne l’était pas) et la capacité de se situer par rapport à ce qui existe déjà. Ne soyons pas hypocrites : l’Académie, c’est nous et, selon moi, cette tentative de code est l’expression d’une transformation interne de l’institution sociologique (c’est la crise de l’éthos qui produit l’Ethique, disait Bourdieu le père). Personnellement j’accepte cette forme d’encadrement. L’alternative, c’est : une thèse qui honore l’Académie ou pas de thèse du tout (ce qui me conviendrait aussi).

Cela étant posé, doit-on confondre la compétence de direction et la compétence scientifique ? L’expérience montre qu’on n’associe pas nécessairement la maîtrise d’un champ et la direction d’une thèse. Et qu’à l’inverse des directeurs étrangers au champ où s’inscrit la thèse ont été d’utiles mentors tout simplement parce qu’ils appréciaient la valeur sociologique de la recherche en question.

Je serais donc favorable à ce que soient mises en oeuvre systématiquement les formules préconisées dans le texte et non pas seulement lorsque le directeur de thèse " ne se sent pas assez compétent ".

3. Je suis d’accord avec la rédaction proposée. Tant pis si c’est contraignant.

4. C’est un vieux débat. Sur le principe, je suis d’accord pour limiter le nombre de doctorants par encadrant. Mais, il faut tenir compte de la situation des facs de province, qui n’ont pas toujours le nombre d’HDR ou de PR qui permettraient d’appliquer cette règle (en général précisée par les Ecoles Doctorales, d’ailleurs).

Il faut donc inciter les collègues à associer systématiquement des MCF ou des CR non habilités aux directions de thèse qu’ils acceptent d’assurer. Ce qui résoudrait en partie le problème précédent des compétences évoquées par le point 2.

Il faut évidemment maintenir l’objectif de la dizaine chaque fois que possible.

5. Je pense que lorsqu’il n’y a pas de terrain empirique, il peut tout de même y avoir sociologie. Encore faut-il que le travail de " sociologie théorique " ainsi mené mérite cette appellation : pour que ce soit le cas, il faut selon moi qu’il y ait une mise en perspective interprétative de théories, de concepts, de méthodes, etc., qui utilise des outils sociologiques (pas exclusivement bien sûr, on peut aussi mobiliser de la linguistique, de l’économie, de l’histoire, etc.). Ce peut-être une comparaison au sein d’un corpus, la mise en regard d’une notion avec ses conditions sociales de production, de filiation, etc. Autrement dit, il ne suffit pas de faire de l’exégèse ou de l’explicitation, même très intelligente, même jamais vue auparavant. C’est bien de sociologie dans la théorie qu’il est question.

La question de l’" histoire de la sociologie " est plus nette encore : la plupart des travaux qui revendiquent cette appellation ne relèvent pas de l’histoire, parce qu’ils n’en ont que rarement les méthodes et les critères. Et du coup, ils n’apportent rien à la sociologie. (Pour moi, le livre de Chapoulie sur Chicago est bien une véritable histoire de la sociologie.)

Je proposerais donc qu’on explicite ce que l’on entend par enquête et que, du coup, on admette comme empirique tout ce qui renvoie à " l’expérience " et pas seulement la fréquentation directe d’enquêtés.

Mais dès lors, on peut voir le lien avec la question de la " maîtrise des méthodes ". Une sociologie dans la théorie (je sais, cela sonne un peu althussérien, question de génération, donc de pouvoir !) doit pouvoir expliciter ses méthodes pour rendre le travail reproductible.

Par ailleurs, je crois qu’il faut insister ABSOLUMENT sur la nécessité de revaloriser les travaux sociologiques utilisant la statistique (et pas seulement les analyses secondaires). Il faut rendre les sociologues capables de produire de la statistique. Pour cela, il faut mieux l’enseigner en fac, demander à des sociologues de l’enseigner, quitte à ce que ce soit moins pur...

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14 janvier 2003 : Pierre Tripier

Le problème général que me semble signaler la remarque de Francis Farrugia est que le code de déontologie -avec les conclusions duquel je suis entièrement d’accord- n’est pas assez explicite sur ses attendus.

Pourquoi devrait-on réserver le titre de docteur en sociologie à des personnes ayant mené une étude de terrain, que ce soit par observation, entretiens et/ou exploitation d’archives ?

Evidemment les contemplateurs de la caverne platonicienne ne sont pas d’accord. C’est normal puisque pour reprendre l’image de Mackenzie, ils n’ont jamais crotté leurs pieds dans la boue de la république romaine. Restés bien au chaud dans leur bibliothèque à compiler des ouvrages " théoriques " sur-organisés et, dans la tradition française, sur-institutionnalisés, ils n’auront jamais d’approche systématique ou rigoureuse des recoins de la société, ils n’auront jamais affronté les énigmes et les ambivalences de cette société dont ils prétendent enseigner les ressorts. Ils n’auront jamais connu les sueurs froides devant les résultats d’enquête à première vue ininterprétables, après tant d’énergie dépensée à les recueillir. Les pénibles retours sur les premières notes de terrain en espérant que la lumière ait brillé de façon peu consciente aux débuts de la recherche, avant que la masse d’informations ne vienne troubler l’entendement. Ils n’auront pas non plus connu l’exaltation que l’on peut ressentir, quand, après avoir beaucoup lu et beaucoup ruminé, on tient le concept qui éclaire enfin d’une certaine lumière les tas de résultats que l’on a amassés. N’ayant jamais eu cette expérience, il est normal qu’ils n’en voient pas l’intérêt absolument stratégique dans la formation des générations futures de sociologues.

Mon discours éclaire une donnée oubliée par Francis : l’importance de l’expérience. Si, comme je le crois, la sociologie appartient à ce que Carlo Ginzburg appelle les " sciences de la trace ", l’expérience a un rôle très important à y jouer, et aussi la méfiance vis à vis de ce que Oakeshott appelle " la tyrannie du concept ".

Permettez que je vous livre deux réflexions d’auteurs que je considère parmi les meilleurs sociologues que notre terre ait porté :

: " Dans la guerre, tout est très simple; mais la chose la plus simple est difficile. Les difficultés s’accumulent et entraînent une friction que personne ne se représente correctement s’il n’a pas vu la guerre. (..) en guerre, tout baisse de niveau par suite d’innombrables contingences secondaires qui ne peuvent jamais être examinées d’assez près sur le papier. (..)Tout s’y compose d’individus, dont chacun conserve sa propre friction sous tous ses aspects.. (..). Ce frottement excessif (..) se trouve donc partout en contact avec le hasard : il engendre alors des phénomènes imprévisibles. (..) L’action en guerre est un mouvement qui s’effectue dans un milieu aggravé par les difficultés. (..). (..)Voilà pourquoi le véritable théoricien apparaît comme un professeur de natation qui fait faire sur terre ferme( Clausewitz Carl von (1840), De la Guerre, traduction Denise Naville Paris ed. de Minuit (1955) pp. 129 à 133)

"Les hommes en général jugent plus par leurs yeux que par leurs mains. Tout homme peut voir, mais très peu d'hommes savent toucher. Chacun voit aisément ce qu'on paraît être, mais presque personne n'identifie ce qu'on est ; et ce petit nombre d'esprits pénétrants n'ose pas contredire la multitude, qui a pour bouclier la majesté de l'Etat. Or, quand il s'agit de juger l'intérieur des hommes, et surtout celui des princes, comme on ne peut avoir recours (pour eux) aux tribunaux, il ne faut s'attacher qu'aux résultats (qu'ils obtiennent) ; le point est de se maintenir dans son autorité ; les moyens, quels qu'ils soient, paraîtront toujours honorables, et seront loués de chacun ; car le vulgaire ne juge que de ce qu'il voit et ce qui advient. " (Machiavel, Le Prince Ch. VIII)

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16 janvier 2003 : Patrick Trabal

Comme Jean-Yves Trépos, je pense qu'il serait bon de distinguer les paragraphes portant sur des "conditions et les procédés pour favoriser la construction d'une bonne thèse", de ceux portant sur ce que l'on attend d'une thèse, et de ceux également donnant des précisions sur son évaluation (composition du jury, rapport de soutenance,...). Le point 5 apparaît dans l'état comme en décalage avec les autres paragraphes car il ne concerne pas directement la direction de la thèse. Peut-être ouvre-t-il sur d'autres débats et pourrait-il faire, plus tard, d'un autre texte (même s'il est vrai que ces différents niveaux sont intrinsèquement liés).

Cela permettrait de se prendre le temps de discuter l'objection de Francis Farrugia. Il est vrai que la définition de la "thèse recevable"est problématique et je ne suis pas sûr que ce soit à l'ASES de trancher cette question. Sur le fond, si je reste toujours vivement intéressé par les considérations épistémologiques et les débats sur les théories sociologiques, j'ai du mal à comprendre pourquoi elles tendent parfois à se couper délibérément du terrain. C'est à mon sens plus à l'AFS de trouver un moyen de discuter de cette controverse. La spécificité de l'ASES portant sur l'enseignement, je considère pour ma part qu'elle peut interroger l'importance accordée à la dimension empirique dans la formation et dans la délivrance des titres. En d'autres termes, en marge de la discussion scientifique sur l'intérêt des considérations épistémologiques déconnectées du travail du terrain, ne peut-on pas considérer que dans le cadre de la formation (dont la thèse à ce jour joue un rôle central), il est souhaitable que le thésard puisse montrer sa capacité à mener conjointement un travail théorique et un travail empirique ? Ainsi, sans entrer dans une définition trop normative de la "thèse recevable", je propose de prendre le temps (peut-être ceci pourrait être l'objet d'une réunion) de discuter l'importance que l'on accorde au travail de terrain dans nos formations et dans les diplômes que nous délivrons (en particulier de la thèse).

Patrick Trabal

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16 janvier 2003 :Francis Farrugia . Réponse à Pierre Tripier

Cher Pierre,

Tu m’as mal lu et me fais soutenir un point de vue qui n’est pas le mien. Je n’ai jamais remis en cause, ni oublié la dimension fondamentale de " l’expérience " en sociologie. Comme toi, j’ai, selon tes termes, " crotté " et je " crotte toujours mes chaussures sur le terrain ", qui n’est d’ailleurs pas toujours boueux.

La figure du sociologue théoricien que tu dresses comme un épouvantail et contre laquelle tu déchaînes ta vindicte me semble plus idéaltypique et cauchemardesque que réelle, en tous les cas, si ça m’est destiné, tu fais fausse route, je ne milite pas contre la recherche empirique en sociologie. Qui prétendrait sérieusement apprendre à nager " en théorie ", sur terre ferme, sans se mettre à l’eau ? Mais faire l’expérience de la nage ne dispense en rien d’en faire une théorie (avant et après) qui permet d’améliorer la pratique.

Je constate par ailleurs que tu recours aux textes d’auteurs - et non des moindres (Platon, Clausewitz et Machiavel) - pour, si j’ose dire, défendre " le terrain " (mais l’ai-je attaqué ?), et que tu convoques la théorie pour affirmer la dimension essentielle de l’expérience, ce qui prouve bien que toute pratique, même la plus empirique, présuppose, implique et appelle sa nécessaire théorisation.

Pour en revenir à ce qui, dans le point 5 du projet de Claude Dubar a suscité mes remarques (" apports de connaissances nouvelles par les docteurs "), ma position, on ne peut plus classique, ne m’empêche cependant pas, contrairement à toi, d’estimer que si un doctorant souhaite produire une recherche " non empirique au sens strict " (histoire de la sociologie, épistémologie, méthodologie, théories sociologiques, traductions inédites, etc.) et si le travail est de qualité et apporte des connaissances sociologiques nouvelles, je ne vois aucune raison de refuser a priori qu’il se lance dans cette entreprise, s’il s’avère que le bénéfice scientifique pour la sociologie est conséquent. Si plus personne n’est formé en ce sens, je me demande de quels outils conceptuels nos futurs sociologues disposeront dans quelques années.

Tu le vois, j’ai une position plus modérée et moins " excluante " que la tienne, et je pense donc, comme Jean-Yves Trépos dans sa contribution au débat, que " lorsqu’il n’y a pas de terrain empirique, il peut tout de même y avoir sociologie " et que " la question de l’histoire de la sociologie est plus nette encore. "

Dans mon premier texte, je ne soutenais rien d’autre et surtout pas le remplacement de " l’expérience " par la théorie. Je soutenais, et je soutiens toujours que notre discipline en a besoin aussi.

Mais je pense, contrairement à toi, que la sociologie est une science qui n’est pas qu’empirique ; aucune science ne l’est d’ailleurs, à moins de ne plus être discernable de la simple doxa, et donc, comme toute science, la sociologie possède, outre cette dimension empirique, une dimension théorique d’ailleurs déjà reconnue par l’institution. Veut-on nier l’existant au nom de ce qui ne devrait pas être ? Ce serait bien peu sociologique.

C’est pourquoi j’ai pensé et je pense toujours juste et légitime de revendiquer pour la discipline, comme c’est le cas en physique, en économie, en biologie, cette dimension de la sociologie, nullement exclusive de l’autre mais complémentaire.

Comme le rappelle Jean-Yves, il y a " de la sociologie de la théorie " ce qui sonne effectivement althussérien ; je précisais moi-même dans mon premier texte que la théorie, c’est aussi de la pratique disciplinaire (voir le présent débat).

Pourquoi renoncer à produire en sociologie ce que les physiciens nomment des " théories cadres " pour enrichir notre expérience de terrain ? Ce qui suppose, à l’inverse de ce que tu affirmes, la plus grande rigueur et systématicité. Les futures générations de sociologues que tu évoques ont besoin d’une initiation complète.

Je me permets enfin, avec l’autorisation de Bruno Péquignot, de citer une partie du texte d’un mail récent dans lequel en réaction à ton texte il écrit ceci : " Je ne crois pas pour mon compte que la principale menace sur la sociologie française vienne de ce qu’on ne s’y crotte pas assez ses souliers, je dirai même que c’est actuellement la jouissance suprême. En revanche, je trouve qu’on n’y pense pas beaucoup et que tout manque un peu d’épaisseur conceptuelle, voire d’un minimum de réflexion théorique. "

Permets-moi sur cette question de citer en substance Lénine et sa théorie du " bâton tordu " : lorsqu’un bâton est tordu dans un sens, pour le remettre droit, il convient de le tordre dans l’autre sens. Pour finir je rappelle ma réticence à voir l’ASES dire la loi sur des questions qui à mon sens relèvent de la compétence du CNU.

Tu sais depuis longtemps le plaisir que j’ai toujours à débattre avec toi. Amitié, Francis

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18 janvier 2003 : le CA se réunit et vote le texte suivant pour qu'il soit proposé à l'Assemblée générale du 15 mars 2003

Principes recommandés par l’ASES pour l’encadrement
et l’évaluation des thèses en sociologie

Ce document se veut un outil de référence pour les enseignants-chercheurs et les doctorants en sociologie. Il ne prétend pas édicter des règles administrative ni même des normes impératives mais formuler des principes destinés à améliorer la formation des chercheurs en sociologie et garantir la qualité de la préparation et de l’évaluation des thèses de cette discipline. Il s’agit de tout faire pour éviter que se reproduisent des dérives comme celles mises en évidence lors de " l’affaire Tessier ". Il s’agit aussi de promouvoir des principes pouvant présider aux jugements sur les thèses à l’intérieur des instances nationales d’évaluation. Chaque adhérent de l ‘ASES s’engage à promouvoir ces principes dans l’exercice de sa profession.

  1. Principe de socialisation mutuelle des doctorants.
  2. Tout travail de thèse doit éviter le seul " colloque singulier " d’un doctorant avec un directeur, seul " maître " de la préparation de la thèse. Ainsi, la préparation d’une thèse doit s’ancrer dans un collectif de doctorants permettant une " formation mutuelle " (séminaire de doctorants) mais aussi un contrôle de la manière dont s’effectue la " socialisation " de chacun à la communauté sociologique et à celle du " champ spécialisé " concerné par la thèse. De ce fait, la thèse doit se préparer au sein d’un laboratoire de préférence reconnu par le CNRS ou le Ministère (équipe d’accueil).

  3. Principe de compétence d’encadrement
  4. Toute préparation de thèse de sociologie doit être régulièrement suivie par un directeur habilité ou un responsable délégué dont la compétence dans le champ de la thèse puisse être vérifiée. Il faut éviter les thèses " décalées " par rapport à l’état des connaissances sociologiques dans un champ quelconque. Une thèse doit être " reconnue " par les spécialistes du champ abordé. Pour y parvenir, il faut d’abord rendre accessible et transparent les sujets de thèse qui doivent être régulièrement publiés, d’une manière ou d’une autre, et donc accessibles aux membres de la communauté sociologique. Il faut aussi que les conseils scientifiques des écoles doctorales puissent vérifier l’adéquation entre les sujets et les compétences des directeurs ou responsables de l’encadrement des thèses. Lorsqu’un directeur ne s’estime pas assez compétent, il doit, soit mettre en place un comité de thèse composé de chercheurs compétents et se réunissant au moins une fois par an, soit associer à l’encadrement un collègue, y compris Maître de conférence ou Chargé de recherche, spécialiste du champ concerné. Lorsqu’un directeur inscrit un(e) doctorant(e) sous sa direction, il est responsable de son accès aux lieux (colloques, séminaires..) et aux personnes (chercheurs, y compris étrangers) spécialisés dans le champ de la recherche. Un doctorant doit pouvoir s’insérer dans les réseaux (y compris internationaux) de recherche de la discipline, y présenter des communications, recueillir les réactions des spécialistes des questions sur lesquelles il travaille et publier dans les meilleures revues.

  5. Principe d’évaluation progressive de l’avancement des thèses
  6. Toute préparation de thèse doit faire l’objet d ‘évaluations régulières de la part d’un comité de thèse, d’un responsable compétent ou du comité scientifique de l’école doctorale. Beaucoup trop de thèses de sociologie ne donnent lieu à aucun " rapport intermédiaire " évalué. Entre l’inscription et la soutenance, il doit y avoir des étapes à respecter sous peine de refus de réinscription (sauf dérogations accordées par le directeur de thèse et acceptées par le conseil scientifique de l’école doctorale). Il faudrait, sauf exceptions motivées, au moins deux évaluations : au bout d’un an (vérifier la faisabilité du projet de thèse) et au bout de trois ans (vérifier la capacité à produire un rapport –ou des publications- scientifiquement solide).

  7. Principe de limitation du nombre de thèses encadrées
  8. Un directeur de thèse ne peut encadrer plus de dix doctorant(e)s simultanément. Au-delà, il est recommandé au directeur, dans la mesure du possible, de s’appuyer sur un responsable délégué (chercheur ou enseignant chercheur non habilité mais compétent dans le champ de la thèse) ou sur un comité de thèse. Le conseil scientifique devrait pouvoir refuser une inscription en thèse lorsque le directeur a déjà inscrit plus de dix doctorants. Lorsqu’un enseignant effectue des suivis de doctorants dans une autre université que la sienne, le nombre de doctorants suivis " à l’extérieur " ne devrait pas excéder le nombre de cinq.

  9. Principe de la double capacité, théorique et empirique, des docteurs en sociologie

Les accompagnateurs de thèses de sociologie doivent s’assurer que les doctorants qu’ils encadrent maîtrisent les méthodologies de base de la sociologie et apportent des connaissances nouvelles dans un champ déterminé. Une thèse de sociologie ne peut être purement livresque c’est à dire ne faire que reproduire des résultats, arguments, positions d’autres auteurs, même de façon critique, mais sans aucun travail empirique. Un thèse de sociologie doit montrer la capacité de son auteur à mener conjointement un travail de traitement de matériaux empiriques (y compris des archives ou des corpus de textes) et d’élaboration théorique. Cette double capacité, empirique et théorique, est centrale pour être reconnu comme chercheur en sociologie.

6. Principe de qualité de l’évaluation terminale

Les rapports d’autorisation de soutenance doivent faire apparaître clairement les méthodes utilisées (y compris le travail sur archives ou corpus) et les connaissances produites. Ils doivent refuser les soutenances des thèses qui ne reposent sur aucun travail empirique, ne se réfèrent à aucune base théorique ou n’apportent aucune connaissance sociologique. Le rapport de soutenance doit être copieux et chaque membre du jury doit pouvoir y donner clairement et sincèrement son avis de manière détaillée (le format souhaitable est d’au moins une page par membre du jury). Le jury de thèse doit comporter au moins deux membres spécialistes du champ concerné, de préférence dans des orientations théoriques ou méthodologiques différentes (un chercheur spécialiste d’un champ est celui qui a publié sur ce champ dans les revues et collections reconnues).

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23 janvier 2003: Bruno Péquignot

Ayant été informé par Claude Dubar du vote du CA concernant le texte sur lequel il y a eu quelques échanges entre nous et ayant constaté qu’aucun changement n’est intervenu dans l’article sur le contenu de la thèse, maintenant ma position à savoir que ce qui compte c’est qu’une thèse apporte quelque chose de nouveau et contribue à l’avancement des connaissances dans notre discipline, pensant que cela peut aussi se faire par un travail théorique, stigmatisé comme livresque dans le texte, étant par ailleurs tout à fait d’accord avec le texte de Jean-Yves Trepos, je ne peux que constater la permanence de mon désaccord.

Si ce texte est soumis au vote, je ne le voterai donc pas et bien entendu, je n’en tiendrai pas compte dans l’exercice de mon métier de professeur.

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