Appel à communications Colloque de jeunes chercheurs du 2L2S 2018 : "Le public dans tous ses états"

Université de Lorraine; Laboratoire Lorrain de Sciences Sociales (2L2S)

9e Colloque de Jeunes chercheurs en sciences sociales et art

Le public dans tous ses états

7-8 novembre 2018

Metz

 

Les 7 et 8 novembre 2018, le Laboratoire lorrain de sciences sociales (2L2S) organise le 9e Colloque de jeunes chercheurs en sciences sociales et arts. Pour cette édition la thématique retenue est :

 

Le public dans tous ses états

 

Appel à communications

Les jeunes chercheurs-euses du Laboratoire Lorrain de Sciences Sociales organisent cette année la neuvième édition du colloque jeunes chercheurs-euses en sciences humaines et arts, qui se tiendra à Metz les 7 et 8 novembre 2018. Nous avons choisi l’objet de recherche qu’est le public, objet fédérateur et ouvrant à l’interdisciplinarité, nous avons orienté principalement notre appel sur les publics du secteur culturel et artistique mais nous espérons des propositions de communication qui dépassent ces deux domaines comme le suggèrent les différents axes.

 Les publics en action

Le principal enjeu de ces journées d’étude est d’envisager le public en tant qu’acteur au regard des évolutions contemporaines de la notion de public, des mutations socio-économiques des différents secteurs impliqués (culturel, médiatique, sportif, industrie de loisirs, social, etc.), des nouveaux objets, des nouvelles pratiques et comportements. Il s’agit ainsi, d’interroger les représentations courantes de la notion de public, en observant plus particulièrement, les interactions au sein desquelles, le public s’inscrit : cela permet de comprendre comment le public -considéré comme acteur social- peut agir sur les objets, les institutions, mais aussi en retour, comment ces modifications participent à réinventer sa propre pratique.

 Définitions

Le terme « public » est d’abord un adjectif avant de devenir un nom commun. Si l’adjectif renvoie à « ce qui concerne le peuple, qui appartient à l’État »[1], le nom commun « public » apparaît au XVIe siècle pour désigner alors « un ensemble de gens »[2]. Aujourd’hui, nous pouvons trouver plusieurs définitions du nom commun public[3]. Il désigne à la fois l’État, la collectivité ; les gens, la population, la foule, ainsi que l’ensemble de personnes que touche une œuvre (littéraire, artistique, musicale), un spectacle, un média (à partir de 1671), l’ensemble de personnes qui assistent effectivement à un spectacle, à une réunion, à une manifestation (à partir de 1751), ainsi que les personnes devant lesquelles on parle ou on se donne en spectacle. 

L’intérêt de revenir sur l’évolution étymologique de ce terme est de souligner, d’une part, que la notion de passivité, qui lui est souvent associé, est purement construite par celles et ceux qui produisent des discours sur le public. Rien, dans cette définition nominale, ne sous-entend une quelconque passivité. 

D’autre part, de mettre en évidence le fait qu’il ne relève pas de facto du seul secteur artistique. Qu’en est-il du public d’un stade de football ou de celui qui assiste à un événement qui survient inopinément dans la rue ? Qu’en est-il du public des institutions liées au travail social ? Après tout, le spectacle n’est-il pas partout dans notre vie quotidienne ? (Goffman, 1959)

De manière à rendre compte des multiples réalités que recouvre ce terme, le public pourrait donc être défini, largement, comme un ou plusieurs groupes d’individus réunis (physiquement ou non, de manière simultanée ou non), autour d’un même événement ou d’un même objet. Ainsi, il s’agirait de croiser les différentes acceptions de la notion de public, afin  d’interroger la composition de ces publics, mais aussi les objets (matériels ou immatériels) qui font que ces publics existent (Esquenazi, 2003), les lieux d’interactions entre les publics et les objets, et enfin les différentes actions et stratégies collectives ou individuelles, mises en œuvre par les individus réunis autour de ces outils étudiés.

 Argumentaire

             Le public comme récepteur/spectateur

La notion de public est liée à celle de spectacle. Il est intéressant de s’arrêter sur ce terme. Il provient du verbe latin spectare qui signifie « regarder, observer, contempler »[4]: le «spectacle désigne un ensemble de choses qui attirent le regard, sont susceptibles d’éveiller des émotions […] »[5]

Le spectacle en lui-même est interactif, les musiciens jouent par exemple pour un public, qui écoute, répond avec les codes d’usages (silence et maîtrise de soi témoignent de l’écoute et de la disponibilité du public au spectacle donné, de la même manière que les applaudissements, les rires, etc.), de la même manière qu’un groupe de supporters dans un stade de football. 

Pour autant, la première limite de cette définition est de considérer le public comme destinataire du spectacle, c’est-à-dire toujours comme un acteur collectif extérieur à la production. Or, le public peut être envisagé comme un « collectif éphémère qui est le résultat d’une convergence entre des jugements individuels que matérialise la consommation d’un même objet par des personnes étrangères les unes aux autres » (Leveratto, 2000). Ne faudrait-il pas en effet, renverser la perspective et ne plus simplement considérer le public comme le destinataire d’une offre ou argument pour justifier le succès d’une production ? Ne faudrait-il pas rendre au spectateur, sa capacité de jugement et percevoir la consommation d’objets matériels ou immatériels comme une activité réflexive, déterminée par le spectateur ou l’usager ? Cela s’accompagne d’un changement de regard sociologique, qui consiste à ne plus regarder seulement le public dans sa globalité, comme un collectif, mais comme un ensemble d’individus distincts, ayant leur jugement propre, sur la qualité des objets ou des services proposés, et sans préjuger de leurs caractéristiques socio-démographiques par lesquelles les publics sont souvent mesurés.

En ce sens, les revendications culturelles et identitaires de différents groupes sociaux, tels que  certains groupes culturels Sourds (Mottez, 2006) -voulant être reconnus comme étant une minorité culturelle et linguistique- souligne la volonté d’influencer les représentations sociales de la surdité, considérée comme étant un handicap chez les groupes entendants. L’Histoire de la prise en charge des Sourds marquée par une forme d’ethnocentrisme (audiocentrisme-phonocentrisme)[6], impulse l’émergence de réactions sociales diverses et variées chez les groupes culturels Sourds, voulant faire reconnaître la surdité comme un «état», une façon «d’être au monde» et non comme une déficience (Mottez, 2006). Cette dynamique de reconnaissance identitaire et sociale influence ainsi, la production d’objets et/ou leur mise en scène: La diffusion/médiation de spectacles théâtraux, comme “l’international visual Theatre” (IVT), première compagnie de théâtre organisée par des individus Sourds[7], ou encore la diffusion en 1994 de l’émission “L’œil et la main” sur France 5, symbolisent la réappropriation de pratiques culturelles des groupes sourds et une façon spécifique d’être public. Cette accessibilité à des publics aux caractéristiques singulières, par exemple les publics dits “empêchés”, permet ainsi de questionner à la fois l’adaptation et la production des objets. Dans quelle(s) mesure(s) suppose t-el-le une adaptation personnelle et/ou environnementale ? Dans quelle(s) mesure(s) façonne-t-elle les objets eux-mêmes en influant sur leur production ?

             Le public comme expert ou co-producteur

Si l’on prend l’exemple du domaine artistique, la seconde limite tend à effacer les capacités de jugements de l’art chez ceux qui ne seraient familiarisés avec l’histoire de l’art. Celle-ci est un outil d’analyse des objets artistiques, mais l’idée qu’il faut être expert pour apprécier l’art suppose que la connaissance prévaut sur l’expérience. Or, faut-il être historien de l’art pour éprouver du plaisir à contempler une œuvre ou assister à un spectacle ?

La seconde limite rejoint une conception restreinte selon laquelle le public n’est que le destinataire des objets qu’il consomme et n’entre pas dans leur production. À cette idée, nous pouvons opposer quelques observations :

- la possibilité de groupements d’amateurs-experts autour d’objets,

- le fait que les producteurs et les critiques fassent aussi partie du public, si on considère que les pairs forment le premier et le plus restreint public des objets concernés. Ainsi, nous aurions tort d’opposer le public et les producteurs,

- ou encore par le fait que certains publics soient fabriqués volontairement, par exemple à travers la rencontre entre certains équipements culturels et des écoles : en effet il peut y avoir des partenariats privilégiés entre établissements qui de fait excluent la majeure partie du public, réservant l’éducation artistique à des étudiants spécialisés et recrutés dans ces écoles,

- ou enfin que le public peut être amené à faire changer l'institution, à la redéfinir ce qui nous amènerait à étudier les relations entre l'institution et le public : en effet on peut prendre ici l’exemple de la « relation administrative » de Vincent Dubois (2010) dans la sociologie de la relation de service pour qualifier le rapport entre le public et les professionnels des institutions, relation qualifiée d'inégalitaire en prenant l'exemple des Caisses d'Allocation Familiales.

             Le public et ses médiations

Enfin, opposer production et consommation c’est ne pas reconnaître le fait que la consommation d’un produit est avant tout une expérience, qui n’a pas de sens sans la rencontre entre les objets produits et le public : « C’est le regardeur qui fait le tableau », disait Marcel Duchamp. Le concert, le spectacle n’a aucun sens sans l’assemblée de spectateurs qui y assistent. Duchamp disait cela des arts plastiques alors que publics et artistes se rencontrent en différé au travers de la contemplation de l’œuvre, mais cela est d’autant plus vrai dans le spectacle vivant où la présence des artistes et des spectateurs est concomitante.

Il s’agit donc ici d’analyser la prise en compte, par les instances de production, des activités de consommation ou d’usages des objets étudiés, tout comme des formes de pratiques plus engagées (celle des « amateurs » au sens d’Antoine Hennion, les formes d’engagement dans des associations, dans des pratiques de loisirs, etc.), ainsi que les moyens mis en œuvre et les outils élaborés aujourd’hui par les instances de production pour prendre en compte ces différentes pratiques. Cela suppose donc également d’observer la façon dont les institutions font usage de ces informations et dont elles impactent ou non les objets produits.

 


Axes:

 1/Méthodes des sciences sociales et humaines : Comment atteindre et définir les publics d’aujourd’hui ?

Comment les sciences sociales construisent-elles les publics et comment s’en emparent-elles aujourd’hui ? Usagers, spectateurs, consommateurs, audiences, comment caractériser les publics ? Quels enjeux théoriques et méthodologiques ? Quels outils pour décrire les publics et leurs pratiques ?

2/ Effets produits: Qu’est-ce que les objets font aux publics ?

Qu’est-ce que les objets « spectaculaires » font aux individus qui les regardent ? Comment les institutions induisent, volontairement ou non, un certain type d’usages des services qu’ils proposent ? Et comment envisager les formes de « résistances » (Hall, 1974) de la part des publics ?

3/Des individus et des collectifs : Comment appréhender la participation des publics ? Qu’est-ce que les publics font aux objets ?

Comment mesurer les différents degrés d’engagement des publics ? Comment prendre en compte la capacité d’expertise des consommateurs ordinaires ? Quels sont les instruments de mesure de la qualité qui sont mobilisés par les publics contemporains ? Comment entretient-on le lien, fidélise-t-on les publics aujourd’hui ?




[1] Alain REY (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, Tome III, 2012

[2]Ibid.

[3] Josette REY-DEBOVE (dir.), Alain REY (dir.), Le Petit Robert millésime, 2013

[4] Jean DUBOIS (dir.), Henri MITTERAND (dir.), Albert DAUZAT (dir.), Dictionnaire étymologique, Paris, Larousse, « Références », 2007

[5]Ibid.

[6] Dalle-Nazébi Sophie et  Lachance Nathalie., Les sciences de la vie aux prises avec la diversité des conceptions de l’Homme. Le cas de controverses sur le sort des sourds,  dans IRIS, quebec, 2007.  [En ligne] http://www.lesiris.free.fr/EetR/Sociologie/IC_DalleNazebi_Lachance.pdf et Mottez Bernard « les sourds existent-ils ? », l’Harmattan, 2006.

[7] Yoko TRIGALOT., «40 ans que les sourds s’y entendent au théâtre», dans le Figaro, 2016 [en ligne] http://www.lefigaro.fr/theatre/2016/10/07/03003-20161007ARTFIG00219-40-ans-que-les-sourds-s-y-entendent-au-theatre.php


Comité d’organisation :
Louise Barrière (Doctorante, Arts)
Malou Cesca (Doctorante, Sociologie)
Marion Fournier (Doctorante, Arts)
Mirjana Gregorcic (Doctorante, Sociologie)
Radoslav Gruev (Docteur, Sociologie)
Thomas Held (Doctorant, Sociologie)
Laetitia Lamongie (Doctorante, Sociologie)
Catherine Raban (Ingénieure d’études, Sociologie)
Anthony Rescigno (Docteur, Arts)
Valérie Thackeray (Doctorante, Sociologie)
Sophie Turbé (Docteure, Sociologie)
Elodie Valkauskas (Doctorante, Arts)

Comité scientifique:
Emmanuel Jovelin (PR, Sociologie)
Jean-Marc Leveratto (PR, Sociologie)
Fabrice Montebello (PR, Histoire et esthétique du cinéma)
Antigone Mouchtouris (PR, Sociologie)
Katalin Por (MCF, Histoire du cinéma)
Caroline Renouard (MCF, Histoire et esthétique du cinéma)
Jean-Marie Seca (PR, Sociologie)
Léo Souillès-Debats (MCF, Histoire du cinéma)
Jean-Yves Trepos (PR émérite, Sociologie)


Modalités et calendier :

Les propositions d’environ 500 mots devront comprendre une courte bibliographie ainsi qu’une biographie professionnelle.

Elles sont à envoyer, au format PDF, à l’adresse :

cjc2018metz@gmail.com

pour le 15 avril au plus tard.
Retour des comités d’organisation et scientifique : 1er juin 2018