Communiqué interassociatif ASES-AFS-AECSP-ANCMSP sur les libertés académiques

En tant qu'associations professionnelles, l'Association des sociologues de l'enseignement supérieur (ASES), l'Association française de sociologie (AFS), l’Association des enseignants et chercheurs en science politique (AECSP) et l’Association nationale des candidats aux métiers de la science politique (ANCMSP) s'inquiètent des récentes attaques à l'encontre des libertés académiques : annulations ou tentatives d'annulation de journées d'études ou colloques, obligation de soumettre ses interventions publiques au « service de la communication » de l’université (la procédure a été suspendue suite à une rapide mobilisation de syndicats et d’élu-e-s dans les conseils centraux), suppression des fonds pour certaines thématiques, etc.

Ces attaques récentes font suite à des entreprises de décrédibilisation de nos disciplines : par exemple, "culture de l'excuse" et "sociologisme" au sujet de la sociologie sont autant de formules qui témoignent des attaques qui vont bon train contre les disciplines relevant principalement, mais pas seulement, des sciences humaines et sociales.

Au regard des faits récents dont nous avons eu connaissance dans plusieurs universités (Strasbourg, UPEC et Lyon 2), ces attaques nous semblent prendre maintenant une tournure particulièrement inquiétante et ayant un impact direct sur le travail de nos collègues, soumis à des pratiques de contrôle croissantes allant à l'encontre des libertés académiques. Cette liberté académique renvoie à l'essence même de l'université et de la recherche comme institutions "autonomes" : des espaces de controverses à l'écart des enjeux politiques et marchands, et dont les objectifs sont d’abord analytiques.

L’ASES, l’AFS, l’AECSP et l’ANCSMP tiennent à rappeler que les concepts élaborés et discutés, débattus, parfois avec âpreté, dans ces disciplines (par exemple : classe, race, genre, reproduction sociale, institutions...) sont des outils scientifiques de décryptage, d'analyse et de réflexions sur nos sociétés. Qu'ils aient pour certains une charge critique est indéniable, mais ce sont avant tout les publications, les communications et les rencontres scientifiques qui constituent les arènes de débats et de controverses légitimes et régulées, notamment par des normes académiques partagées.

Nos associations expriment leur indignation et leur inquiétude face aux tentatives réitérées de contrôle des libertés académiques.