L'énigme et le paradoxe. Economie politique de Madagascar

Chers collègues,

J'ai le paisir de vous annoncer la sortie de l'ouvrage "L'énigme et le paradoxe. Economie politique de Madagascar" écrit par Mireille Razafindrakoto, François Roubaud et Jean-Michel Wachsberger.

 

 

Avec un PIB par tête de moins de 400 dollars en 2016 et un taux de pauvreté monétaire abyssal (de plus de 90 % au seuil international), Madagascar est aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres du monde. Pourtant, rien ne le prédestinait à un tel destin dramatique, bien au contraire. Si la dernière crise politique, amorcée début 2009 et qui a trouvé une conclusion électorale fin 2013, a joué un rôle, celle-ci ne constitue qu’un épiphénomène si l’on se place dans une perspective historique. En fait, la trajectoire économique de long terme à Madagascar constitue un véritable mystère, qui au-delà du cas spécifique interroge plus largement les ressorts même de la divergence des processus de développement observés au niveau mondial. Non seulement le PIB par tête n’a cessé de reculer depuis 1960, mais, à chaque fois que le pays s’est engagé sur un sentier de croissance, celle-ci a été brutalement interrompue par une crise de nature sociopolitique venant mettre à bas les espoirs qu’elle avait suscités.

 

L’objectif de cet ouvrage est d’apporter des éléments de réponse à ce mystère dont on est bien en peine de trouver des équivalents dans le monde. Nous chercherons à fournir un cadre interprétatif à la trajectoire malgache de très long terme (près de trois siècles) en retraçant les nœuds structurants de son économie politique. Pour ce faire, nous tenterons d’analyser les phénomènes économiques en prenant en compte la diversité des acteurs sociaux et leurs organisations, la nature du ou des régimes d’accumulation et leurs éventuelles contradictions internes, ainsi que les modes de régulation économiques et sociales mis en place à chaque période. Tout au long de cet ouvrage, nous apporterons des éclairages thématiques ciblés, venant questionner le cadre proposé, soit pour en valider la pertinence, soit pour en montrer les limites et les failles.

 

Ce travail innove dans deux directions principales. D’abord, il opère une synthèse critique, scrutée à l’aune des théories d’économie politique récentes, des travaux existants, en tentant d’articuler plus systématiquement deux histoires qui sont souvent, pour ce pays comme pour d’autres, menées séparément : l’histoire économique et l’histoire politique et sociale. Ensuite, il se propose, autant que faire se peut, de mobiliser au mieux les ressources empiriques existantes portant sur les acteurs sociaux, notamment la population et les élites. Ce recours original à des enquêtes statistiques, élaborées dans la plupart des cas à l’instigation des auteurs, présente un double avantage. À la différence des données agrégées, ces dernières sont représentatives et fiables. Elles autorisent des désagrégations, des analyses plus fines, bref un retour des acteurs « en chair et en os », qui in fine sont les véritables agents cachés derrière les concepts d’institutions, d’organisation, etc. Par-là, elles permettent de dépasser le cadre habituel des faits stylisés, nécessairement approximatifs (et parfois erronés), qui caractérisent nombre de travaux d’économie politique. Elles permettent également de réintroduire sur scène les citoyens ordinaires comme acteurs à part entière, alors qu’ils sont étonnamment absents du cadre d’analyse discuté ici, centré exclusivement sur le rôle des élites et des fractions d’élites comme moteur de l’histoire. D’un point de vue plus général, nous espérons que la richesse du matériau empirique mobilisé pour étayer les thèses développées dans cet ouvrage démontrera le bien-fondé d’une démarche scientifique qui s’inscrit dans la durée. Ce livre est le fruit de près d’un quart de siècle d’investissements à et sur Madagascar, aussi bien dans la construction de partenariats institutionnels (l’Institut national de la statistique au premier chef, mais aussi d’autres organismes de l’administration publique, ainsi que l’université et les centres de recherche) que dans l’approfondissement de thématiques de recherche, y compris le développement d’enquêtes statistiques innovantes.

Le livre compte cinq chapitres. Le premier présente les données du mystère malgache et cherche à en scruter les causes à l’aide des théories économiques, traditionnelles et modernes, de la croissance de long terme. Non seulement ce premier balayage ne fournit pas de réponses satisfaisantes à notre question, mais au contraire contribue à épaissir le voile d’incompréhension qui entoure la trajectoire malgache, tant la plupart des conditions paraissent favorables. Il nous conduit à opérer une incursion en économie politique, comme une potentielle solution à notre problématique. Le deuxième chapitre propose une lecture de l’histoire économique et politique de Madagascar depuis la période précoloniale en chaussant les lunettes de l’économie politique. Pour ce faire, nous mobilisons les catégories analytiques des travaux les plus récents de cette discipline. Plus particulièrement, nous nous inspirons des théories développées par North et al. (2009 et 2012b), Acemoglu et Robinson (2005 et 2012), ainsi que par Khan (2010) et nous appliquons les concepts qu’ils ont forgés (institutions, ordres sociaux, contrôle de la violence et des rentes, coalitions élitaires, etc.) au cas malgache. Dans les deux chapitres suivants, nous tentons de synthétiser les informations du chapitre précédent pour produire un cadre explicatif de la manière dont Madagascar fonctionne et des arrangements institutionnels qui le sous-tendent. Le troisième chapitre met d’abord en évidence ses atouts structurels essentiels. Le quatrième dégage ensuite les principaux facteurs de blocage. Enfin, le cinquième et dernier chapitre met en scène un acteur négligé et pourtant essentiel de la tragédie malgache, à savoir le monde des élites. À partir d’une enquête réalisée auprès d’un échantillon représentatif, ce chapitre se livre à une sociographie fine des élites, de leurs stratégies de reproduction et de leurs valeurs.




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