Muriel Darmon

 

Cher.e.s collègues,

J’ai l’honneur de présenter ma candidature au CE de l’AFS et, si je suis élue, à la présidence de l’association.

Je suis membre de l’Association Française de Sociologie depuis sa création, et j’avais assisté à son AG fondatrice qui s’était tenue quelques semaines après la soutenance de ma thèse en décembre 2001 à l’Université Paris V.

J’ai ensuite été recrutée au CNRS en tant que chargée de Recherche à Lyon dans le Groupe de Recherche sur la Socialisation (Université Lyon 2, ENS de Lyon), devenu depuis le Centre Max Weber, dans lequel j’ai travaillé 10 ans. Je suis depuis 2012 Directrice de Recherche dans le Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (EHESS, Paris 1).

Mes recherches ont porté sur l’anorexie envisagée d’un point de vue sociologique, le corps et la santé, les jeunesses, les classes préparatoires aux grandes écoles. Elles s’inscrivent plus généralement dans une sociologie de la socialisation que j’ai eu à cœur de faire exister dans l’association : j’ai ainsi fondé à UVSQ il y a deux ans (avec Martine Court et Daniel Thin) et animé au sein de son comité exécutif le RT n° 50 « Socialisations » qui tient aujourd’hui son premier congrès à Amiens. Cette participation plus active à l’AFS, à travers l’animation d’un RT, m’a enthousiasmée et m’a donné envie de m’investir davantage dans l’association et de présenter ma candidature au CE. Disposant, suite à la fin de quelques obligations collectives, d’un peu de temps à donner à la communauté sociologique, et ayant en tête des projets précis pour l’association, c’est de plus à la présidence de l’AFS que je présente ma candidature sur la base du programme suivant.

 

- La revue Socio-Logos

Membre de façon continue de comités de rédaction de revue de sociologie depuis 2003 (Lien Social et Politiques, puis Sociétés Contemporaines), je souhaite tout particulièrement m’investir dans la revue de l’association. Je voudrais d’abord proposer au CE de faire de la revue Socio-Logos une véritable revue professionnelle, qui assume sa différence par rapport aux revues scientifiques classiques et son mandat particulier de ce fait. Elle pourrait ainsi être le lieu de débats importants de la discipline (la sociologie, était-ce vraiment mieux avant ?, de quelle manière intervenir dans l’espace public ?, que faire par rapport aux questions de certifications éthiques ?, la situation des doctorant.e.s…), de témoignages sur des problèmes divers, de rapports de collègues étrangers sur d’autres associations de sociologues ou situations nationales de la sociologie, mais aussi d’hommages ou de mélanges suite au départ à la retraite ou à la disparition de collègues, d’articles scientifiques sur matériaux mais centrés sur la discipline ou la profession (nos pratiques, nos institutions, les sociologues, les étudiant.e.s en sociologie…). Je trouverais aussi souhaitable et intéressant que les RT qui bénéficient d’un financement de l’AFS pour des journées d’études y publient un compte rendu en quelques pages de ces journées. Et pourquoi pas des mots croisés sociologiques…

 

- Le fonctionnement et l’organisation des congrès

Tout d’abord, et au risque de verser dans la démagogie la plus méprisable, je souhaite engager une réflexion sur les repas des congrès pour tenter de sortir du « tout sandwich », en utilisant une compétence formée à petite échelle par l’organisation de la journée de mon laboratoire — pain, jeux, et discussions sociologiques— depuis 5 ans. Plus sérieusement, le congrès est évidemment le moment fort de l’association, mais aussi celui qui lui permet d’exister, y compris matériellement. Il me semble qu’il y a tout à gagner, scientifiquement et financièrement, en en faisant un moment encore plus central pour la discipline qu’il ne l’est. Cela peut passer par une réflexion sur ses « thèmes », une organisation plus en amont et une diffusion précoce et très large, au delà des listes des RT, de son programme et notamment des plénières et semi-plénières, des événements divers qu’il héberge, des thèmes de discussions et de débats qui y seront abordés, etc. Il s’agirait ainsi de mieux diffuser ce que nous y faisons mais aussi de réfléchir à ce que nous n’y faisons pas encore et qu’il pourrait être fructueux d’y introduire.

Je souhaite également inclure, dans la réflexion sur les congrès mais également au delà, la question de la diffusion des acquis et des résultats sociologiques aux publics non sociologues. Ayant participé cette année à différentes initiatives en ce sens (le projet de « science citoyenne » des Savanturiers de la sociologie, la marche pour les Sciences que j’ai contribué à organiser à Lille où j’habite), je pense que l’AFS pourrait avoir un rôle central à jouer dans la défense de la légitimité et de la scientificité de la discipline dans l’espace public, ainsi que dans la promotion de son regard et de ses résultats. Une bonne réactivité face aux attaques contre la sociologie ou encore à des contre-vérités sur le monde social qu’elle peut rectifier me semble ainsi nécessaire, par des tribunes dans les média et une présence active et réfléchie sur les réseaux sociaux et sur internet.

 

- Un fonctionnement collégial du CE, un dialogue continu avec les RT

Quelques mots également, puisqu’il s’agit d’une candidature à la présidence, sur la façon dont je comprends ce rôle particulier au sein du CE : je n’ai pas de problème avec l’idée de devoir investir davantage de temps dans cette tâche que les collègues du CE, ainsi que de devoir prendre des décisions en cas de désaccords ou d’hésitation. En revanche, la collégialité est le mode de gouvernement qui a à la fois ma préférence constante et qui me semble le plus approprié pour une organisation professionnelle de ce type. Dans le même esprit, je souhaite maintenir le lien avec les RT mis en place par le CE et la présidence actuels, à travers la réunion biannuelle du CE et des responsables des RT, qui me paraît un moment important. On pourrait également réfléchir à faire de cette réunion biannuelle, si elle fonctionne bien et que les présents y sont nombreux, un lieu d’association ponctuelle des RT à la prise de décisions du CE, de manière informelle ou par le vote. Il me semble que, dans une association professionnelle comme la nôtre, nous n’avons pas à être tou.te.s d’accord : c’est pour cela qu’il me semble important que les positions, situations, statuts, avis très différents qui sont les nôtres, en toute légitimité, soient représentés au sein du CE et au delà. Ce rôle à définir de l’assemblée des RT pourrait aussi inclure une réflexion, à mener ensemble, sur leurs règles de fonctionnement, leur évolution, leurs contours ou leur nombre.

Sur d’autres points enfin — les journées inter-RT ; le rôle de l’AFS par rapport aux instances de pilotage de la discipline, les associations proches (ASES, ANCMSP, APSES…) ou les organisations syndicales ; les liens avec les associations étrangères et les enjeux internationaux ; l’organisation du débat sur nos pratiques et sur le degré et le mode d’institutionnalisation de notre déontologie ; le souci d’efficacité et de transparence dans la gestion des comptes de l’association — j’entends poursuivre pour l’essentiel, et si possible amplifier, ce qui a été fait par les précédentes présidences et CE.

 

Muriel DARMON