Enseigner en SHS avec des archives d’enquêtes qualitatives- Enjeux et pratiques méthodologiques

Résumé de la communication: 

Un des enjeux forts de la reconnaissance de la recherche qualitative en SHS est la formation aux méthodes d’enquêtes. Si la réflexion sur leurs méthodes fait désormais résolument partie du développement de disciplines comme la sociologie ou la science politique, les manières d’enseigner ces méthodes restent peu publicisées, le plus souvent confinées dans des espaces professionnels privés. La littérature ou les événements en langue française autour de ces questions sont rares, à de rares exceptions (Recherches qualitatives, 2016 ; journée d’étude « Enseigner le quanti », 2015), particulièrement dans le cas du « qualitatif ». Cette communication vise à contribuer à combler ce vide, en proposant un retour sur un dispositif pédagogique innovant, basé sur la réutilisation d’archives d’enquêtes mises à disposition par beQuali, la banque d’enquêtes qualitatives du Centre de données sociopolitiques (CDSP).

Nous reviendrons d’abord sur les potentialités d’une telle approche, qui permet d’aborder de façon novatrice l’enquête de terrain. La mise à disposition de matériaux « bruts » permet par exemple d’illustrer avec réalisme la phase de production de l’enquête : disposer des différents guides d’entretiens permet de comprendre comment ce support évolue au cours du temps, selon les aléas du terrain et les ajustements nécessaires de la problématique de l’enquête. La réflexion en amont de l’enquête ainsi que la phase de collecte occupent généralement une place importante dans les enseignements de méthodes qualitatives ; en revanche, souvent pour des raisons pratiques, la phase d’analyse des matériaux est moins développée. Mobiliser des archives d’enquêtes comportant des documents d’analyse permet de reconfigurer le format des enseignements en mettant davantage l’accent sur cette phase souvent moins investie. Autre apport, ces archives donnent fréquemment à voir le cheminement intellectuel de la recherche, et ses péripéties, permettant aux étudiants de se familiariser avec le travail de catégorisation théorique comme avec son caractère intrinsèquement « bricolé ».

Dans un second temps nous aborderons les enjeux qu’une telle approche implique pour la formation universitaire à la recherche. Sans être prescriptif ni normatif, il s’agira de réfléchir à des principes directeurs de l’enseignement des méthodes qualitatives. Loin de se substituer à l’apprentissage direct et personnel du terrain, la possibilité d’utiliser ces archives permet d’enrichir les ressources pédagogiques des enseignants et des étudiants. Des questions telles que la formation à l’adaptation des méthodes en fonction des spécificités des projets de recherche, ou encore la sensibilisation au contexte des données recueillies sur le terrain semblent prometteuses. Cette situation pédagogique peut également fournir d’autres moyens pour organiser l’interaction entre enseignants et étudiants – dans le sens d’une plus grande mise à distance de sources communes. Par ailleurs, il serait davantage possible de mutualiser les expériences au sein des équipes pédagogiques.  

 

La communication s’appuiera sur une réflexion collective autour de trois retours d’expériences : des exemples d’utilisation d’archives d’enquêtes de beQuali dans le cadre d’enseignements de méthodes au niveau Master ; des réflexions développées dans le cadre d’un groupe de travail coordonné par beQuali  sur l’enseignement des méthodes à partir des archives d’enquête ; l’expérience d’un atelier « enseignement » organisé pour les 10 ans du CDSP, afin de constituer un kit pédagogique à destination de la communauté scientifique. 

Mots-clés: 
enseignement
enquêtes
méthodes qualitatives
archives
réutilisation