AC Parcours d’engagement de jeunes dans des causes et des pratiques politiques radicales

Appel à propositions d’articles pour la revue Agora débats/jeunesses

Dossier : « Parcours d’engagement de jeunes dans des causes et des pratiques politiques radicales » (2018/3)

 

Si « l’ampleur des contestations juvéniles des années 1968 a, d’emblée, placé l’âge au cœur des interprétations » (Sommier, 2016, p. 63), l’âge est à nouveau convoqué dans le cas des jeunes impliqués dans les attentats récents en France sans être problématisé en tant que tel. Ce numéro vise donc à articuler deux champs d’analyse, la jeunesse et la radicalité militante, en les appréhendant plus spécifiquement sous l’angle des parcours biographiques et des processus de subjectivation qu’ils sous-tendent.

Le chercheur qui aborde cette thématique est rapidement confronté à deux obstacles majeurs pour définir le phénomène qu’il appréhende : tout d’abord son champ sémantique large. Des notions comme radicalité, radicalisme, radicalisation, extrémisme, violence sont souvent rendues synonymes. En deuxième lieu, ces catégories sont à la fois performatives, normatives et stigmatisantes.

Lanotion de radicalisation,« concept buzzword » (Ducol, 2014 ; 2015 ; Crettiez, 2016), s’est imposée dans les discours médiatiques et politiques dans une acception le plus souvent religieuse en lien avec des questions sécuritaires pour qualifier des comportements et attitudes porteurs d’une rupture en valeurs avec les sociétés occidentales. Elle a également souvent été utilisée dans une rhétorique de la rupture et de la nouveauté. Or, si nous replaçons certains comportements radicaux dans leur univers historiographique, il est autorisé de rappeler non seulement leur permanence en France à différentes périodes historiques (Audigier, Girard, 2011) mais aussi le fait que l’action radicalisée ne pourrait se réduire à la seule dimension religieuse, nombre d’engagements de jeunes dans des causes radicales se réalisant au nom d’autres idéologies (mouvements indépendantistes, régionalistes, identitaires, néonazis, néofascistes, royalistes, etc.). De plus en plus d’auteurs lient également cette notion de radicalisation à l’action violente (Bronner, 2009 ; Khosrokhavar, 2014). Si certains chercheurs lui trouvent une portée heuristique (Crettiez, 2016) tandis que d’autres proposent de se « débarrasser de cette notion devenue hégémonique » (Mauger, 2016, p. 94), ce numéro vise à adopter une perspective plus large que celle de la radicalisation en mobilisant la notion de radicalité, qui « dépasse largement celle de la violence (même si elle l’englobe) » (Dufour et al., 2012, p. 7). Elle est également plus précise quand on part du sens littéral donné à la « radicalité », à savoir une analyse politique qui s’attaque « à la racine » (ibid, p.7).

Ce dossier souhaite analyser les parcours biographiques de jeunes dans des causes et des pratiques radicales et rendre compte des processus subjectifs qui leur sont liés. Il part du principe général selon lequel l’engagement dans ce type de causes exprime une scission vis-à-vis du reste de la société. Ses membres engagés recourent à des formes non conventionnelles d’action politiques – sans que celles-ci aboutissent nécessairement à la violence – et proposent une alternative révolutionnaire à l’ordre social (le capitalisme, le néo-libéralisme, les valeurs occidentales, etc.) par de nouvelles affiliations contestataires et l’adoption de nouveaux repères normatifs.

 

1. Parcours biographiques des jeunes dans la radicalité militante

Le dossier propose de placer au cœur de l’analyse la question des parcours d’engagement dans des causes radicales à partir d’une dimension processuelle – entendue en termes de carrières (Fillieule, 2009), de trajectoires ou encore de cycles d’engagement. La question sera plus précisément ici de saisir comment certains jeunes sont au fil du temps amenés non seulement à entrer dans des collectifs qui se placent en rupture avec l’ordre social et qui ont pour projet la subversion d’un ordre politique (Riaux, 2012), mais aussi à s’y maintenir à partir d’un processus d’alignement au nouveau groupe de référence et de construction active de nouvelles « provinces de réalité » (Cefaï, 2003). Elle vise également à saisir comment ils peuvent éventuellement en sortir.

La reconstruction des différents parcours d’engagement donnera aussi à voir la variété des profils de jeunes qui s’engagent dans ces causes. Est-ce que la jeunesse est un âge de la vie plus prompt à s’investir dans des engagements « à haut risque  » (McAdam, 1986 ; Sommier, 2011) ? Les profils sociodémographiques, la question de la disponibilité biographique, la place d’autruis significatifs (famille, pairs) les sensibilisant à cette cause seront interrogés. S’agit-il dans ce cas d’une conversion, qui implique une prise de distance progressive avec les normes et valeurs transmises par la famille, ou de la répétition d’un système de pensée préexistant proposant des visions du monde « en scission » avec d’autres modèles de société ?

 

2. Subjectivation et émancipation

Le dossier entend également accorder une attention particulière au processus de subjectivation des jeunes au cours de leurs activités militantes radicales en vue, d’une part, d’analyser les raisons personnelles données à leur engagement et, d’autre part, de rendre compte du développement d’une réflexivité sur soi et du rapport à autrui au fur et à mesure de leurs parcours d’engagement. Quelles peuvent être les premières rétributions perçues lors de leur entrée dans l’engagement radical (être acteur de son histoire, avoir une aura auprès de son groupe de pairs) ? En quoi cela a-t-il pu constituer une offre identitaire ou un espace des possibles dans leur trajectoire par l’élaboration de différents types de capitaux, que ceux-ci soient d’ordre social, culturel ou politique ? La place donnée à l’émancipation individuelle ou collective et à l’affirmation de la subjectivité des acteurs au sein d’un collectif nous permettra de rendre compte de la façon dont ces jeunes définissent leur engagement et de voir à l’instar de Geoffrey Pleyers et Brieg Capitaine combien « l’implication dans un mouvement social travaille profondément l’individu jusque dans sa subjectivité et subjectivation » (2016, p. 8).

 

 

Calendrier

Remise des propositions d’articles pour le 15 juin 2017(1 à 2 pages avec la problématique, la méthodologie et le plan envisagé) à envoyer aux deux coordinateurs du numéro.

Sélection des propositions d’articles et réponses aux auteurs : 15 septembre 2017

Remise des articles définitifs (30 000 signes, 20 références bibliographiques) :15 décembre 2017.

Les propositions d’articles préciseront la problématique, les données empiriques mobilisées, la méthodologie employée et les résultats obtenus.

Coordination du numéro

Isabelle Lacroix, post-doctorante au laboratoire Printemps-CNRS (UVSQ/Paris-Saclay) :isabelle.lacroix@uvsq.fr

Laurent Lardeux, chargé d’études et de recherche, INJEP, chercheur associé au laboratoire Triangle : lardeux@injep.fr 

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