AAC RT9-RT50 « Socialisations résidentielles »

Appel à communications

Socialisations résidentielles – La (trans)formation des individus par l’espace

Journée d’études conjointe aux RT9 (Sociologie de l’urbain et des territoires) et RT50 (Socialisations) de l’AFS

 

Argumentaire scientifique

 

Cette journée d’études se donne pour objectif de faire se rencontrer et échanger des chercheurs qui interrogent les effets socialisateurs des espaces de résidence. Cette thématique est au cœur de nombreux travaux en sociologie sur le rapport au quartier (voir par exemple Bidou 1984 ; Lepoutre 1997 ; Tissot 2011 ; Collet 2012) et sur le rapport au logement (Bonvalet et Gotman 1993). Plus rares sont cependant les études qui croisent explicitement sociologie de la socialisation et sociologie des espaces résidentiels (Authier 2012). Dans cette perspective, il s’agit d’envisager sur une base empirique comment le quartier et/ou le logement constituent des instances de socialisation, « agents de transmission d’un certain nombre d’habitudes, de manières d’agir, de sentir et de se comporter, en partie incorporées par les individus qui les traversent, les pratiquent ou les habitent au quotidien » (Giraud 2015).

 

Un des enjeux consiste à dépasser les débats relatifs à la mesure des « effets de quartier » (Marpsat 1999 ; Vallet 2005) en vue de mettre l’accent sur l’analyse des processus socialisateurs, autrement dit sur la façon dont les individus sont en partie « faits par » (Darmon 2006) leur quartier et/ou par leur logement. Il s’agit dans cette perspective d’appréhender les mécanismes par lesquels l’espace de résidence contribue à la construction sociale des identités (Berger et Luckmann 1966), en articulation avec d’autres instances de socialisation comme la famille, l’univers professionnel ou l’école et ce tout au long de la vie.

 

Cette journée consacrée aux socialisations résidentielles sera l’occasion de faire dialoguer des travaux relevant d’objets et de sous-champs disciplinaires variés. Si toutes les propositions de communication portant sur les dimensions spatiales des processus de socialisation sont bienvenues, trois angles principaux sont envisagés.

On pourra d’abord comparer les types de logement et de quartier en étudiant l’éventuelle diversité des effets socialisateurs qu’ils induisent, des espaces urbains aux espaces ruraux, des contextes de mixité sociale aux contextes plus ségrégés, des quartiers populaires aux quartiers bourgeois, des logements individuels aux logements collectifs ou encore des habitats précaires aux habitats normalisés. Dans cette perspective d’analyse, l’espace résidentiel pourra être médiatisé par une variété d’individus, d’institutions ou de dispositifs.

 

La diversité des effets socialisateurs sera également appréhendée en termes de contenus.  Les communications pourront porter sur des interrogations aussi variées que ce que font les espaces de résidence aux comportements politiques et électoraux (Braconnier 2010 ; Gouard 2014), aux représentations de l’altérité sociale (Cousin 2014), à l’action éducative des parents et aux expériences enfantines (Authier et Lehman-Frisch 2012 ; Rivière 2014 ; Lambert 2015), aux rapports à la parenté (Young et Wilmott 1957), aux pratiques de mobilité (Oppenchaim 2016), aux sociabilités (Bidard 1988 ; Authier et Grafmeyer 1997) ou encore aux styles de vie (Gilbert 2013). Comment peuvent-il contribuer à définir les rapports sociaux de genre (Kebaza 2004 ; Lapeyronnie 2008), exacerber ou apaiser les tensions raciales (Cartier et al. 2008), amplifier ou réduire la distance sociale (Chamboredon et Lemaire 1970) ? Que font-ils aux rapports à l’école des parents et de leurs enfants (Cayouette-Remblière 2016) ? De manière plus générale, quels sont les effets de la socialisation résidentielle sur les processus de (re)définition des groupes sociaux (Cartier et al. 2008) ?

 

Enfin, les communications pourront porter de façon plus explicite sur la question des temporalités résidentielles : dans une perspective de « socialisation continue » (Darmon 2006), il s’agit de prendre en compte le fait que les individus résident, au cours de leur vie, dans différents types de quartiers et de logements. Il s’agira donc de décrire les formes et les incidences de cette « pluralité dispositionnelle » (Lahire 1998) du point de vue résidentiel.

 

Références citées

 

AUTHIER Jean-Yves et GRAFMEYER Yves (1997), Les relations sociales autour du logement. État des savoirs et perspectives de recherche, Plan Construction et Architecture, Paris.

AUTHIER Jean-Yves (2012), Espace et socialisation : regards sociologiques sur les dimensions spatiales de la vie sociale, Éditions universitaires européennes, Saarbrücken.

AUTHIER Jean-Yves et LEHMAN-FRISCH Sonia (2012), « Il était une fois… des enfants dans des quartiers gentrifiés à Paris et à San Francisco », Actes de la recherche en sciences sociales, no 195, p. 58-73.

BERGER Peter et LUCKMANN Thomas (1996 [1966]) La construction sociale de la réalité. Traité de sociologie de la connaissance, Masson / Armand Colin, Paris.

BIDARD Claire (1988), « Sociabilités : quelques variables », Revue Française de Sociologie, vol. 29, no 4, p. 621-648.

BIDOU Catherine (1984) Les aventuriers du quotidien, Puf, Paris.

BONVALET Catherine et GOTMAN Anne (1993), Le logement, une affaire de famille. L'approche intergénérationnelle des statuts résidentiels, L’Harmattan, Paris.

BRACONNIER Cécile (2010) Une autre sociologie du vote. Les électeurs dans leurs contextes : bilan critique et perspectives,  Lextenso-Editions, Paris.

CARTIER Marie, COUTANT Isabelle, MASCLET Olivier et SIBLOT Yasmine (2008) La France des « petits-moyens ». Enquête sur la banlieue pavillonnaire, La découverte, Paris.

CAYOUETTE-REMBLIÈRE Joanie (2016) L’école qui classe. 530 élèves du primaire au bac, Puf, Paris.

CHAMBOREDON Jean-Claude et LEMAIRE Madeleine (1970) « Proximité spatiale et distance sociale. Les grands ensembles et leur peuplement », Revue française de sociologie, vol. 11, no 1, p. 3-33.

COLLET Anaïs (2012) « Montreuil, "le 21e arrondissement de Paris" ? » La gentrification ou la fabrication d’un quartier ancien de centre-ville », Actes de la recherche en sciences sociales, no. 195, p. 12-37.

COUSIN Bruno (2014) « ‘Entre-soi mais chacun chez soi’. L’agrégation affinitaire des cadres parisiens dans les espaces refondés », Actes de la recherche en sciences sociales, no 204, p. 88-101.

DARMON Muriel (2006) La socialisation, Armand Colin, Paris.

GIRAUD Colin (2014) Quartiers gays, Puf, Paris.

GOUARD David (2014) La banlieue rouge. Ceux qui restent et ce qui change, Le Bord de l'eau, Paris.

GILBERT Pierre (2013) « Devenir propriétaire en cité HLM. Petites promotions résidentielles et évolution des styles de vie dans un quartier populaire en rénovation », Politix, no 101, p. 79-104.

KEBAZA Horia (2004) « La ségrégation sexuée dans les quartiers populaires », Ville École Intégration  Diversité, no 138, p. 129-136.

LAHIRE Bernard (1998), L’homme pluriel. Les ressorts de l’action, Armand Colin, Paris.

LAMBERT Anne (2015) « Tous propriétaires » ? L’envers du décor pavillonnaire, Raisons d’agir, Paris.

LAPEYRONNIE Didier (2008) Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui, Robert Laffont, Paris.

LEPOUTRE David (1997), Cœur de banlieue. Codes, rites et langages, Odile Jacob, Paris.

MARPSAT Maryse (1999) « La modélisation des « effets de quartier » aux États-Unis. Une revue des travaux récents », Population, vol. 54, no 2, p. 303-330.

OPPENCHAIM Nicolas (2016) Adolescents de cité. L’épreuve de la mobilité, PUFR, Tours.

RIVIÈRE Clément (2014), Ce que tous les parents disent ? Approche compréhensive de l'encadrement parental des pratiques urbaines des enfants en contexte de mixité sociale (Paris-Milan), Institut d’études politiques, Paris.

TISSOT Sylvie (2011), De bons voisins. Enquête dans un quartier de la bourgeoisie progressiste, Raisons d’agir, Paris.

VALLET Louis-André (2005) « La mesure des effets de quartier/voisinage : un objet important et difficile à la croisée des sciences sociales », Revue économique, vol. 56, p. 363-370.

WILLMOTT Peter et YOUNG Michael (2010 [1957]), Le village dans la ville. Famille et parenté dans l’Est londonien, Puf, Paris.

 

Modalités de proposition de communications

 

Les propositions attendues sont d’une page maximum (5000 signes), comportant des informations sur l’auteur.e ou les auteur.e.s, un titre ainsi qu’un résumé de l’intervention proposée. Elles doivent apporter un soin particulier à décrire les matériaux empiriques (enquêtes ethnographiques, entretiens, exploitations de données statistiques, etc.) sur lesquels s’appuiera la communication.

 

Elles sont à envoyer à socialisations-residentielles@outlook.fr avant le 8 mars 2017.

 

Calendrier

 

Date limite de rendu des propositions : 8 mars 2017

 

Réponses aux auteurs.es : fin mars 2017

 

Envoi des communications (30 000 à 40 000 signes) : mi-mai 2017

 

Journée d’études : 1er juin 2017

 

Informations pratiques

 

Lieu : Université Charles de Gaulle - Lille 3, Domaine Universitaire du Pont de Bois, Villeneuve d’Ascq (59).

 

Date de la journée d’études : 1er juin

 

Comité d’organisation : Joanie Cayouette-Remblière (Chargée de recherche - INED), Gaspard Lion (Doctorant – EHESS-Paris Descartes), Clément Rivière (Maître de conférences – Lille 3).

 

Comité scientifique : Jean-Yves Authier (Professeur des Universités - Lyon 2), Bruno Cousin (Assistant Professor - Sciences Po), Joanie Cayouette-Remblière (Chargée de recherche - INED), Muriel Darmon (Directrice de recherche - CNRS), Gaspard Lion (Doctorant – EHESS-Paris Descartes), Clément Rivière (Maître de conférences - Lille 3).

 

Journée  d’études réalisée avec le soutien de l’Association Française de sociologie et le Centre de Recherches « Individus, Épreuves, Sociétés » (CeRIES).