Appel à communications du RT35 - Congrès AFS 2017

Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous et ci-joint, l’appel à communications du réseau thématique 35 « Sociologie des mondes associatifs » pour le prochain congrès de l’Association Française de Sociologie qui aura lieu à Amiens, du 3 au 6 juillet 2017.
La date limite d’envoi des communications est fixée au 20 février 2017.
Vous en souhaitant bonne réception,

Samir Hadj Belgacem
Pour le bureau du RT 35
Site du RT 35 : http://www.test-afs-socio.fr/drupal/RT35

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Appel à communications pour le 7e congrès de l’AFS
« SOCIOLOGIE DES POUVOIRS, POUVOIRS DE LA SOCIOLOGIE »
Amiens, 3-6 juillet 2017

 
RT35 : « Sociologie des mondes associatifs »

Les associations entretiennent des rapports ambivalents avec les pouvoirs publics, économiques, religieux. Souvent présentées comme le « tiers secteur », elles devraient donc se caractériser par une autonomie relative à l’égard des pouvoirs notamment politiques et économiques. Cependant, cette autonomie est démentie autant par les chercheurs que par les acteurs associatifs qui constatent ses limites. Les associations ont très tôt fait l’objet d’un contrôle resserré et d’une méfiance de l’État. L’histoire du droit d’association a été rythmée par de nombreux soubresauts alternant autorisation et restriction, ainsi que plusieurs périodes de prohibition (Merlet, 2000). La loi de 1901 pose, avec le contrat d’association, un cadre déterminant en distinguant le statut associatif du pouvoir économique et des entreprises lucratives (Pellissier, 2001). La loi de 1905 précise quant à elle le cadre spécifique des associations cultuelles et les prérogatives associées au pouvoir religieux. Cependant, ces lois n’ont pas empêché les associations de rester au cœur de luttes politiques, économiques et sociales touchant à leur fonctionnement, leur objectif, leur influence et leur rôle.

Les relations entre les associations et les pouvoirs sont souvent prises dans une dialectique autonomie vs contrôle ou dépendance vs indépendance. Cet appel à communication vise à saisir les enjeux de pouvoir qui traversent les mondes associatifs dans leurs relations avec les acteurs publics et le secteur privé marchand. Il veut également interroger les tensions et les contradictions des associations quant à leurs objectifs, leur autonomie (Defrance, 2000), leur neutralité politique (Siméant, 2003) ou religieuse ou encore leur participation aux luttes dans le champ politique. On propose d’envisager les associations comme des contrepouvoirs ou au contraire des relais et partenaires des pouvoirs en place, mais la réflexion ne saurait se limiter à cette seule alternative. En effet, les associations peuvent alimenter à la fois des processus d’émancipation et de luttes contre les pouvoirs dominants tout en reproduisant les processus de domination les plus élémentaires.

Notre appel à communication se structure donc autour de 3 axes complémentaires :

1) Les associations comme relais des pouvoirs : Partenariats, clientélismes et logiques marchandes

Les travaux d’histoire sociale ont très tôt montré le rôle structurant des associations dans la vie politique locale (Agulhon et Bodiguel, 1981). Les patronages religieux ou d’entreprise ont longtemps constitué un pan important de sociabilités locales et populaires (Noiriel, 1988 ; Renahy, 2001). Les sociologues ont également montré que les associations se trouvaient au carrefour de différentes scènes sociales mêlant les cadres amicaux et familiaux, les pratiques festives ou de loisirs et les pratiques politiques ou religieuses (Retière, 1991). Les associations constituent de ce point de vue des objets déterminants pour saisir le clientélisme (Briquet et Sawicki, 1998 ; Mattina, 2004) et les liens unissant les élus politiques à certains groupes sociaux. Par ailleurs, le financement du monde associatif revêt également des enjeux politiques et économiques à la frontière entre public et privé. De nombreuses associations ont des relations fortes avec l’État et les collectivités locales. En étant reconnues d’utilité publique, elles obtiennent des financements, participent au conseil, à l’expertise, ou deviennent opératrices ou délégataires de l’action publique (Simonet et Hély dir., 2013). Elles peuvent être employeuses de travailleurs aux statuts divers (Hély, 2009) et emprunter alors les répertoires et outils organisationnels comparables à ceux du secteur privé marchand (Chifflet, 1993). La récente loi de 2014 sur l’Économie Sociale et Solidaire offre un exemple des liens complexes unissant les mondes associatifs au secteur marchand.

2) Les associations comme contrepouvoirs : entre contestations et répressions

 Les associations ne s’inscrivent pas toujours dans des liens de partenariat ou de collaborations, mais aussi de contestations avec les pouvoirs. Que ce soit contre des projets industriels, des expulsions locatives (Péchu, 2001), contre les violences policières, les violences sexistes, ou en soutien aux populations de victimes (Lefranc et Mathieu dir., 2009), de maladies (Fillieule et Broqua, 2005), de catastrophe de même qu’aux sans-abris, sans-papiers, sans emploi, elles connaissent souvent des conflits qui les opposent aux autorités publiques (Mouchard, 2002). Certaines situations de crise (accueil des migrants, attentats, etc.) ou de changement de majorité politique contribuent aussi à bouleverser les relations antérieures ou des rapports de force préalablement établis. Ces associations qui contestent ou sont impliquées dans les jeux de pouvoir font souvent l’expérience de formes d’oppression et de répressions spécifiques (Crettiez et Sommier, 2006). La protestation et le conflit peuvent se traduire par des batailles judiciaires et financières, mais aussi des luttes d’expertise pour conquérir l’opinion publique et les médias. Certains militants font ainsi l’objet de diverses formes de répressions (procès, condamnations, emprisonnements) pouvant fragiliser les luttes et parfois servir la cause (Codaccioni, 2013). Dans un contexte plus courant et souvent local, certaines associations font également l’objet d’une « répression à bas bruit » (absence ou retrait des subventions, refus de moyens matériels ou techniques, de soutien) quand elles contreviennent aux attentes des élus, ne font pas le jeu municipal ou tentent d’organiser les habitants et d’informer les citoyens sur des enjeux collectifs (Talpin, 2016).

3) Les rapports de pouvoir au sein des associations : les arts de la domination

 Si les associations peuvent être mobilisées contre les dominations, leur fonctionnement ou les projets peuvent se trouver en décalage avec ces mêmes objectifs. Que cela concerne la domination entre les sexes (Rétif, 2013), entre les « militants de solidarité » et les bénéficiaires (Lechien, 2003), les dirigeants et les adhérents, les bénévoles et les salariés, ou dans une perspective intersectionnelle (Arnaud et al., 2009), les associations ne sont pas imperméables aux rapports sociaux de domination et participent à leur reproduction. À travers leur fonctionnement interne (Hamidi, 2010), leurs logiques de recrutement, les associations peuvent perpétuer les mécanismes qu’elles dénoncent. Certaines formes de discriminations peuvent ainsi perdurer au-delà des déclarations d’intentions ou des postures militantes. On s’intéressera alors aux conditions dans lesquelles un regard réflexif sur cette reproduction est développé ou non. On pourra également interroger les expérimentations de certains collectifs pour limiter les asymétries de pouvoir en leur sein. Cela nous permettra notamment de questionner les pouvoirs de la sociologie, la place des chercheurs dans les rapports de pouvoir et dans les réflexions menées au sein des associations.

Les propositions devront préciser quels sont les matériaux empiriques utilisés pour l’analyse. Elles peuvent porter sur des terrains étrangers ou français tant sur la comparaison entre plusieurs associations que sur l’étude monographique d’un cas, que cela soit au niveau local ou à des échelles nationales ou régionales. Des travaux portant sur tous les types d’associations peuvent être proposés. Les chercheurs travaillant sur des objets dans lesquels la question associative n’est a priori pas centrale sont encouragés à soumettre une proposition.

Consignes d’envoi :
• Envoi des propositions de communication (résumé d’une page environ) pour le 20 février 2017 (retifsophie@gmail.com et samir.hb@gmail.com).
• Réponse d’acceptation des propositions par le bureau du RT35 pour le 28 février 2017
• Envoi des communications écrites sous la forme de textes complets d’une dizaine de pages minimum pour le 30 mai 2017. Ils seront mis en ligne sur le site du RT pour permettre des discussions ouvertes lors des ateliers.

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