RT48 ARTS - Articulation vie professionnelle/vie familiale et Recomposition des Temps Sociaux

 

Problématique du réseau ARTS

 

Comment, dans les sociétés post-industrielles, envisager le développement de la capacité de chaque personne (indépendamment de son sexe biologique et de son appartenance de genre) à combiner un travail productif et un travail reproductif sans que cela soit vécu sur le mode du conflit de rôle ? Loin d'être anodine, cette question se situe au carrefour de différents bouleversements structurels et culturels qui pèsent sur la relation entre ces deux institutions et espaces sociaux que sont le travail et la famille. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus penser l’articulation de la vie professionnelle avec la vie familiale sous l’angle du traditionnel strong male breadwinner model sur lequel s’était construite la société salariale. Le défi est de taille, car il ne s’agit pas de prolonger la logique d’organisation de la famille traditionnelle en favorisant uniquement une meilleure insertion des femmes dans l’emploi, mais de la dépasser en intégrant pleinement la dimension du care dans un modèle qui promeut l’égalité entre les sexes (voir par exemple, Fraser, 1994 ; Crompton, 1999). Il va sans dire que ce questionnement et cet enjeu interpellent directement la sociologie par son obligation de décloisonner les champs d’études qui historiquement ont contribué à véhiculer ce que Rosebeth Moss Kanter (1977) appelait le « mythe des mondes séparés », en distinguant notamment la sociologie du travail et la sociologie de la famille.

 

Un paradoxe s’observe dans la plupart des pays développés : d’une part, dans un contexte où la demande de care augmente, on assiste à une offre croissante de produits et de services dérivés du travail familial et domestique; de l’autre, les travaux scientifiques montrent que les budgets-temps restent largement sexués et que la répartition inégale des tâches au sein de la famille a peu évolué ! Dans la lutte pour l’effectivité du droit fondamental à l’égalité entre hommes et femmes, l’articulation de la vie professionnelle avec la vie familiale constitue un enjeu majeur. Cette articulation dépasse les simples arbitrages quotidiens des temps travaillés (temps de travail professionnel/temps de travail familial) pour atteindre une dimension cruciale, centrée sur la gestion des temps sociaux mais aussi sur des aspects socio-politiques qui concernent l’organisation de la société toute entière et la prégnance des rapports sociaux de sexe. A ce titre, et sous le vocable plus courant de « conciliation travail/famille », cette articulation est aujourd’hui une préoccupation manifeste des politiques publiques, tant à l’échelle mondiale (dans les politiques de développement) qu’à l’échelle européenne (dans les directives de la Stratégie européenne de l’emploi et la politique d’égalité entre hommes et femmes) ou à l’échelle nationale (dans les politiques sociales et familiales).

 

Enjeu sociétal, la question d’une redéfinition en profondeur des modalités de prise en charge du travail de production et d’entretien des biens et des personnes est donc au coeur des transformations et des réformes en cours dans le travail, la famille et l’organisation temporelle de l’ensemble des activités sociales. Cependant, on relève peu d’échos dans la sociologie francophone aux nombreux travaux réalisés sur ce thème aux Etats-Unis ou dans les pays de l’Union européenne, notamment sous l’égide de la Commission européenne, comme par exemple les travaux de Rosemary Crompton, Colette Fagan, Linda Hantrais, Jane Lewis au Royaume-Uni, ou encore ceux de Birgit Pfau-Effinger, Ute Gerhard, Ilona Ostner en Allemagne, Rossanna Trifiletti en Italie, Constanza Tobio en Espagne ou Karin Wall au Portugal, pour ne citer que quelques exemples parmi la profusion de recherches consacrées à cette question dans les pays voisins. Les travaux consacrés à ce sujet restent moins nombreux en France, à l’exception de quelques publications notoires, et n’ont pas la portée théorique des recherches pionnières de Rosebeth Moss Kanter susmentionnées dont l’ouvrage intitulé : Work and Family in the United States : A Critical Review and Agenda for Research and Policy, a fait école. Les recherches séminales de Nancy Fraser (1994) ou de Jane Lewis (1992) ont eu un écho relativement limité en France. De même que l’ouvrage plus récent coordonné par Janet C. Gornick et Marcia K. Meyers publié en 2009 sous le titre « Gender Equality : transforming family divisions of labor ? ».

 

Si un véritable travail de déconstruction s’est développé à la fin des années 1970 dans les études féministes pour remettre en cause les fondements du modèle traditionnel du strong male breadwinner (cf. Le Sexe du Travail 1984) et si ces travaux ont permis à la fois de dénaturaliser la division sexuelle et sociale du travail et de montrer la pertinence d’une promotion du droit à l’emploi des femmes comme vecteur de leur émancipation, la route est encore longue pour parvenir à penser ce que peut être une société égalitaire en matière de genre. Dans cette perspective, on peut penser que les analyses sont restées trop centrées sur l’articulation des temps travaillés (temps de travail professionnel/temps de travail familial) alors qu’aujourd’hui la question sociale dépasse les simples arbitrages quotidiens des temps travaillés (temps de travail professionnel/temps de travail familial) pour atteindre une dimension cruciale, centrée sur la gestion des temps sociaux mais aussi sur des aspects sociopolitiques qui concernent l’organisation de la société toute entière et, notamment, sur la prégnance des rapports sociaux de sexe dans les univers de légitimation des cadres légaux qui organisent la réalité quotidienne.

 

Il faut donc continuer à chercher et face à ces défis scientifiques, le champ de recherche que nous proposons de structurer - et qui voudrait contribuer à une réflexion théorique, méthodologique et empirique - concerne aussi bien la sociologie des politiques publiques, la sociologie de la vie quotidienne et des modes de vie, que la sociologie du genre et des interactions travail/famille. Des thèmes tels que la gestion des temps sociaux, le développement des métiers de service, le care, les politiques familiales et sociales, l'accueil et l'éducation précoce des enfants, la vieillesse et la dépendance, les arrangements conjugaux et familiaux, etc. peuvent donc être intégrés dans cette perspective. Nous souhaitons ainsi promouvoir une approche globale et interdisciplinaire dans le but de favoriser les échanges entre chercheur-e-s dans des champs actuellement différenciés de la sociologie. Nous souhaitons également relier le réseau constitué aux nombreuses arènes de la sphère publique et de la société civile en quête d’expérimentations et de réflexions.

 

Site du réseau ARTS

http://arts.hypotheses.org/

 

Fondateurs du réseau ARTS

Chantal Nicole-Drancourt, Directrice de recherche au Cnrs (UMR 5262) ; Laboratoire interdisciplinaire de sociologie économique (Lise) Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM Paris)

Bernard Fusulier, Chercheur FNRS & Professeur de sociologie à l'Université de Louvain, chercheur associé au LISE

 

Membres du bureau 2015-2017 du réseau ARTS

 Présidence : Chantal Nicole-Drancourt (drancourtchantal@hotmail.com) et Bernard Fusulier (bernard.fusulier@uclouvain.be)

Pascal Barbier (Pascal.Barbier@univ-paris1.fr);

Jean Yves Boulin (Jean-Yves.BOULIN@dauphine.fr);

Myriam Chatot (myriam.chatot@sfr.fr);

Sandrine (Dauphin sandrine.dauphin@cnaf.fr);

Valéria Insarauto (valéria.insarauto@gmail.com);

Morgan Kitzman (morgan.kitzmann@ined.fr);

Julie Landour (julielandour@msn.com);

Marie-Thérèse Letablier (marie-therese.letablier@univ-paris1.fr);

Claude Martin  (Claude.Martin@ehesp.fr);

Severine Mayol (severine.mayol@free.fr);

Ariane Ollier Malaterre (ollier.ariane@uqam.ca );

Alexandra Piesen (alexandra.piesen@gmail.com);

Diane-Gabrielle Tremblay (diane-gabrielle.tremblay@teluq.ca).

 

 

 

 

 

 

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