RT24 Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité

Présidente d'honneur: Danièle Kergoat

Responsable(s) : Armelle Testenoire, Artemisa Flores Espínola

Descriptif : Dans un contexte de globalisation où s’accélère le mouvement de dé-relocalisation de la force de travail tant masculine que féminine, les rapports sociaux se complexifient encore. Les deux dimensions, de sexe et de classe, doivent être croisées avec celle de race. Car si l’on admet que le genre construit le sexe, le capitalisme la classe et le racisme la race, on se doit de saisir ces trois systèmes sociaux dans leur interaction afin de saisir comment, à partir d’une naturalisation de l’altérité, se construisent les rapports de domination, comment naissent et se développent résistances et révoltes. Dans cette perspective, la problématique des rapports sociaux de sexe et de genre est un mode d’entrée essentiel quand il est pensé dans sa coextensivité avec les autres rapports sociaux.

Membres du bureau : Salima Amari, Natacha Chetcuti, Claire Cossée, Aurélie DamammeXavier Dunézat, Jules Falquet, Artemisa Flores Espínola, Aude Rabaud, Armelle Testenoire, Suzy Bozzard, Damien Trawale, Camille Gourdeau, Ryzlene Dahhan, Estelle Miramond, Irene Pereira, Louis-Marie Barnier, Louise Virole, Mahamondou N'djambara, Prune de Montvalon, Rose-Myrlie Joseph, Pierre Lénel.

Contact : Armelle Testenoire, Artemisa Flores Espínola

 

7ème Congrès de l’Association Française de Sociologie

(Amiens, 3-6 juillet 2017)

 

 

RT24 : Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l’altérité

 

Appel à communications

 

Le 7ème congrès de l'Association Française de Sociologie a pour thème : Sociologie des pouvoirs, pouvoirs de la sociologie. Le RT24 se réjouit de la thématique retenue. La problématisation de la notion de pouvoir structure en profondeur l'activité du réseau depuis sa création. Notre appel s'appuie, par conséquent, sur les séminaires internes qui ont animé la vie du réseau depuis 2009 et au cours desquels nous avons réfléchi sur les concepts, la méthodologie et l'épistémologie de l'articulation des rapports sociaux de pouvoir.

Les communications devront s'inscrire dans une perspective qui tient compte de l'articulation des rapports sociaux de sexe, de classe et de race. Nous souhaitons développer, à l'occasion de ce 7ème congrès, une réflexion commune autour des questions suivantes : Dans quelle mesure le travail sociologique permet-il le dévoilement des logiques de pouvoir, des ressorts de leur fondement et de leur légitimation, qui les font alternativement apparaître comme neutres, inéluctables ou encore naturelles ? Quel rapport entretient la sociologie avec les pouvoirs ? Travaille-t-elle à leur déplacement, à leur maintien et/ou à leur destruction ? Quelle est la finalité de l'approche sociologique ? Celle-ci peut-elle véritablement se penser comme neutre, ou n'est-elle pas, au contraire, toujours engagée ? Enfin, nous proposons de réfléchir à la sociologie en tant que génératrice de pouvoirs en son sein et plus largement.

L'ensemble des propositions de communications attendues devront questionner ou expliciter la définition du pouvoir à laquelle elles se réfèrent et devront, autant que possible, contribuer à l’articulation entre débats théoriques et données empiriques et préciser les dispositifs méthodologiques mobilisés. Les propositions de communications sont invitées à inscrire leur questionnement dans les perspectives suivantes :  

 

1- Définir les rapports sociaux et penser la relation de recherche

La plupart des travaux sur  l’imbrication de rapports sociaux prennent en compte dans l'analyse trois rapports de pouvoir : les rapports de sexe, de race et de classe. Depuis plusieurs années, cependant, on observe une multiplication des rapports ou dimensions prises en compte dans les analyses s’inscrivant dans ce paradigme. Au triptyque traditionnel sont simultanément ou alternativement adjointes d'autres divisions sociales telles que la sexualité, la nationalité, les confrontations Nord-Sud, l'âge, l'ethnicité, le handicap, etc. Cette tendance invite à une réflexion autour de la question de rapports sociaux et de celle de leur articulation. L'ensemble des divisions sociales prises en compte dans la diversité des travaux sont-elles des rapports sociaux ? Comment définir un rapport social ? Peut-il être défini comme un rapport de pouvoir ? Si oui, autour de quels enjeux se forment les rapports de pouvoir et les groupes qu'ils constituent ? Enfin, est-il souhaitable de limiter l'analyse à quelque rapports fondamentaux au risque de hiérarchiser les différents rapports de pouvoir ? La définition d’un rapport social dépend-t-il toujours d’une division du travail qu’il engendrerait ? Par ailleurs, la sociologie est parfois présentée par les sociologues comme une discipline participant à la remise en cause des pouvoirs à travers, notamment, le dévoilement de leurs mécanismes et de leur arbitraire. Nous souhaitons inviter ici à une réflexion autour de cette définition de la sociologie comme contre-pouvoir. Dans quelle mesure la production des savoirs minoritaires (de sexe, de race et de classe) ont-il contesté et contestent-ils la prétention transformatrice de la sociologie ? Comment s’exercent les rapports de pouvoir dans la relation d’enquête, en fonction des positions sociales des enquêté-e-s ou des enqueteur-trice-s ? Quels dispositifs mettre en place pour tempérer la charge de pouvoir de cette relation marquée fondamentalement par la dissymétrie chercheur.e.s enqueté.e.s et également par l’articulation des rapports sociaux? Enfin, la sociologie doit également être pensée comme structurée par et génératrice de pouvoirs en tant que sous-champ scientifique.

 2. Scientificité et militantisme en sociologie

La sociologie, dès son institutionnalisation, a cherché à se légitimer en tant que démarche scientifique. La critique féministe a tordu le cou aux vieilles prétentions à l'objectivité, à la neutralité et aux oppositions entre sciences et militantisme. Elle a, notamment, démontré que la sociologie avait historiquement contribué à reproduire les rapports de sexe en invisibilisant et naturalisant les femmes, en participant à la production de la classe des hommes en tant que groupe majoritaire représentant l'objectivité et l'universalité. De même, la perspective féministe décoloniale ou antiraciste a montré que la production scientifique participait à la réification d'un rapport de domination épistémique de l'occident sur le reste du monde. La question des rapports de la sociologie aux pouvoirs peut donc se décliner en termes de finalité eu égard aux pouvoirs en cherchant à dépasser le binarisme science ou militantisme. Quelle est la spécificité des enquêtes féministes que nous menons et plus généralement de la sociologie ? Dans quelle mesurenos démarches sont-elles compréhensives et/ou engagées ? Sont-elles orientées vers la compréhension et/ou l'action ? Quels sont les liens, les antagonismes ou les continuités entre une démarche scientifique et un engagement militant ? En un mot qu'est-ce le pouvoir de la sociologie dans la construction de groupes sociaux voire des luttes et conflits de sexe, race et classe ? En quoi les perspectives prenant en compte l’articulation des rapports sociaux changent-elles la finalité d'une enquête ?

3. Les échelles d’analyse des rapports de pouvoirs

Dans le sillage de la conceptualisation foucaldienne du pouvoir, des travaux se focalisent sur les micros pouvoirs et alimentent certaines théories contemporaines, comme la théorie Queer. Ces développements ont abouti à faire émerger des propositions conceptuelles telles que la notion de micro-politique ou de performance comme possibilité de résistance aux pouvoirs. De vives controverses scientifiques s'en sont suivies, rappelant la nécessité de ne pas négliger une conception plus macro des pouvoirs et appelant à une définition plus traditionnelle de ceux-ci en termes de domination. Ces controverses invitent à poser la question des échelles dans la prise en compte des rapports de pouvoir. De quelle manière la focalisation sur les dimensions macros ou, au contraire, micros implique-t-elle ou non de se référer à différentes conceptualisations de la notion de pouvoir ? Comment articuler ces différentes échelles ?  Comment articuler l’échelle macro social à celle des relations sociales au niveau méso-social, ou encore à celle du micro social qui pense le vécu individuel ? Comment en outre contextualiser les rapports sociaux en prenant en compte des institutions (l'Etat, l'espace domestique, l'école, etc.) et des processus (le néolibéralisme, la division du travail, le sexisme, le racisme, etc.) générateurs de pouvoirs ?

Le RT24 tient à rappeler que la participation au Congrès suppose des frais d’inscription et d’adhésion à l’Association Française de Sociologie.

 

Les propositions de communication de 4000 signes (bibliographie comprise) seront anonymisées par le bureau du RT24 avant la réunion de sélection. La décision du comité sera communiqué aux auteur.e.s courant février.

 

 Les propositions sont à envoyer avant le 20 janvier à l’adresse : rt24.afs@gmail.com