Résumés UVSQ 2015 par auteurs

Ingénieure de Recherche
PACTE-CNRS-IEP
RT20 Méthodes

Session: 3

Pour une réanalyse d’un grand corpus d’entretiens : enjeux méthodologiques et questionnements sur le choix des outils et des logiciels ?

 

En 1983, Etienne Schweisguth réalisait une enquête auprès de citoyens ordinaires, dans un contexte interrogeant les effets de l’alternance de 1981. Il mettait en évidence plusieurs types idéologiques : la droite rigoriste, la droite libérale, la gauche humaniste,  la gauche anti-capitaliste, les petits, les "divers". Sa recherche visait ainsi à saisir l’évolution idéologique non pas à travers l’offre mais plutôt à partir "des représentations, croyances, idées et valeurs des électeurs"[1]. La réanalyse d’une telle enquête, trente ans plus tard - dans le cadre de l’ANR réAnalyse[2] - nous conduit à considérer plusieurs enjeux combinés, tant sur le plan scientifique que méthodologique : nous faisons ici le choix de réinterroger à la fois l’ensemble des données du corpus (64 END[3]), d’utiliser des outils logiciels actuels et de formuler des hypothèses plus spécifiques sur le type idéologique des "divers". E. Schweisguth précisait, à propos des "divers", qu’ils sont ceux n’ayant pu être classés dans un autre type "soit que des dimensions particulières apparaissent chez eux, soit qu’ils occupent sur les dimensions mentionnées des positions indéterminées ou contradictoires". L’idée de la réanalyse est alors de re-travailler sur les significations de la dimension gauche-droite chez les "divers" à partir de deux suppositions : -          Malgré la difficulté à les formaliser dans un type, il existerait un ensemble d'opinions et de représentations structurés caractérisant les "divers" ; -          Le rapport à la politique des "divers" se fonderait avant tout sur des contradictions, des critiques, des hésitations et se rapprocherait en cela, des "petits".  Dans cette communication, nous rendrons compte à la fois des enjeux méthodologiques liés à l’exploitation d’un grand corpus d’entretiens et de l’intérêt d’outiller cette analyse par des logiciels n’existant pas à l’époque de l’analyse initiale. Deux types de logiciels seront principalement utilisés : ADT (Alceste) et CAQDAS (Nvivo), combinés dans des approches successives. Une première exploration de l’ensemble du corpus par ADT permet de caractériser les "divers" par rapport à l’ensemble des types idéologiques du point de vue des discours. Une deuxième analyse par CAQDAS permet d’approfondir la recherche en se concentrant sur les "divers" – et notamment ceux qu’E. Schweisguth a considéré – paradoxalement – comme prototypiques en les mobilisant systématiquement dans les publications. La réflexion portera ainsi sur les effets des épistémologies "embarquées" par ces logiciels sur le projet de réanalyse. Le dispositif de la réanalyse, fort de son surplomb rétrospectif, propose un objet sensiblement différent de celui appréhendé initialement par E. Schweisguth : la perspective du chercheur premier se trouve ainsi recodée comme une nouvelle couche de "données"  dans notre corpus, passant du statut de sujet à celui d’objet de la recherche. Outre les réponses des enquêtés, il s’agira en effet de prendre en compte les interactions enquêteur/enquêté mais aussi la diachronie et la dynamique de l’enquête définie par la succession des entretiens. Il sera possible d’analyser les types idéologiques du chercheur premier comme autant des nouveaux codes enrichissant les retranscriptions mais aussi de les considérer tels qu’ils ont été mobilisés dans les publications issues de la recherche première. Plus largement, il s’agira de mettre à profit le retour contextuel et réflexif du chercheur premier sur sa recherche passée, disponible grâce au protocole de l’enquête sur l’enquête accompagnant l’archivage des enquêtes dans BeQuali.[1] SCHWEISGUTH, E., « Les avatars de la dimension gauche-droite », in DUPOIRIER, E. ; GRUNBERG G. (dir.), Mars 1986 : la drôle de défaite de la gauche, 1986, Paris, PUF.[2] ANR « REANALYSE, Expérimentation d'archivage et d'analyse secondaire d'enquêtes qualitatives » , Sophie DUCHESNE (sous dir.), ISP, Université de Nanterre/CNRS ; 2010 Programme blanc 1813 01.[3] CEVIPOF (producteur) - beQuali (diffuseur)
Recherche
CEPED - Université Paris Descartes - IRD
RT29 Sciences et techniques en société

Session: 2

Santé dans les Suds : le téléphone portable une technologie de soin ?

 

En 2014, avec près de 7 milliards d’usagers, le téléphone portable constitue la technologie d’information et de communication (TIC) la plus utilisée dans le monde. De la consultation médicale en ligne aux rappels de rendez-vous par SMS, la prolifération des technologies numériques transforme les pratiques de santé à l’échelle mondiale. Dans un contexte de réduction des dépenses de santé et d’implication croissante des patients, la cybersanté (eHealth) a été l’objet de nombreux travaux au cours des dernières années, notamment sur la nature et l’accès à l’information de santé en ligne (S. Adams et Berg 2004; Eysenbach et al. 2002) ou les transformations dans la relation soignant-soigné qui en résultent (Akrich et Méadel 2010; Henwood et al. 2003; Wyatt 2005). Toutefois, peu de recherches ont a été réalisées sur l’utilisation du téléphone portable et des technologies sans fil dans les programmes de santé, appelée mHealth ou mSanté, en particulier dans les pays du Sud. Pourtant, l’impact des technologies numériques sur les services de santé dans ces pays soulève des questions cruciales, qui prennent une acuité particulière avec l’accès croissant au téléphone portable dans les pays en développement, où le taux de pénétration du mobile friserait les 90% fin 2014 (ITU 2014) .Cette nouvelle vague de technologies mobiles appliquées à la santé soulève des problèmes complexes en matière d’organisation économique, de gouvernance, de répartition des pouvoirs et de contrôle.  Particulièrement lorsque des millions de dollars ont été investis dans des projets de mSanté dans les pays en développement où les systèmes de santé moins bien dotés ne parviennent pas à satisfaire les besoins de la population et où les acteurs privés ont plus facilement le champ libre pour «expérimenter» (Petryna 2009; Rottenburg 2009; Geissler, Rottenburg, et Zenker 2012). Elle appelle des questionnements sociologiques et géopolitiques sur la mise en place dans les pays en développement de projets souvent conçus et financés par les pays développés où les collaborations Nord-Sud semblent plus ou moins voulues et plus ou moins contraignantes pour les pays du Sud. Elle pointe des enjeux importants en matière de sécurité des données, de respect de la confidentialité et de la « privacy » dans un contexte de collecte et de traitement d’informations de Santé globalisés et déterritorialisés (mHealth Alliance et al. 2013; Rodrigues et al. 2001; Patrick et al. 2008). La mSanté participe ainsi aux nouvelles reconfigurations économiques et technologiques de la “Santé Globale” ou “Global Health” (V. Adams, Novotny, et Leslie 2008; Biehl et Petryna 2013; Atlani-Duault et Vidal 2013; Brown, Cueto, et Fee 2006; Fassin 2012). Elle soulève des enjeux majeurs au croisement, de la sociologie de la Santé, des études sur les TIC  et sur les sciences et les techniques.La multiplication récente des projets de mSanté dans le monde illustre un mouvement général de globalisation et de technologisation de la biomédecine. L’idée que les technologies numériques permettent d’améliorer la qualité des soins, de diminuer les disparités de santé et d’optimiser les systèmes de santé incarnée par divers dispositifs techniques (mSanté, télémédecine, cybersanté) reste à questionner et à déconstruire. Comment l’objet téléphone portable est-il devenu une technologie de soin crédible ?  L’apparition de ces dispositifs est-elle à l’origine d’une transformation de l’objet téléphone portable ou de la nature du soin ? Cette communication souhaite répondre à ces questions en examinant des dispositifs techniques particuliers et leur participation à l’émergence de nouveaux espaces et circuits de prise en charge thérapeutique. Elle explorera également l’apparition de nouvelles formes de pouvoir, de contrôle et de friction (Tsing 2005) à travers l’analyse de projets de mHealth étudiés au cours de terrains de plusieurs mois au Ghana et en Inde. Nous nous pencherons plus particulièrement sur les perceptions des utilisateurs finaux– professionnels de santé et patients - de ces technologies comme expression de leurs effets. Nous essayerons ainsi de comprendre le processus de transformation du soin et/ou du téléphone portable à l’œuvre dans la mSanté.
Doctorante
Science Po Bordeaux, Centre Emile Durkheim
RT29 Sciences et techniques en société

Session: 1

Discours réflexiviste et réflexivité : La « domination occidentale » en Relations Internationales ou l’histoire de l’arroseur arrosé

 

La sociologie a souvent été présentée comme une discipline capable de mettre en lumière l’ « ordre des choses » (Bourdieu & Wacquant, 1992, p. 143), et dont l’objectif serait l’explicitation de ce qui va de soi (Giddens, 1987). La réflexivité peut être considérée comme une méthode reine en ce domaine (Bourdieu, 2001). Elle apparaît comme une pratique ou une posture qui consiste à rendre conscientes et explicites nos pratiques et nos dispositions jusque-là implicites.Deux éléments semblent cependant rendre difficiles la mise en œuvre de la réflexivité. Premièrement, la réflexivité relève moins d’une connaissance factuelle que d’un « savoir » pratique dont la transmission se fait dans le cadre d’une socialisation (Adell, 2011). Deuxièmement, le chercheur qui cherche à pratiquer la réflexivité se voit confronté à des difficultés sociales particulières dans le cadre de son élaboration. En effet, reposant sur l’explicitation de l’implicite, celle-ci génère des résistances liées à cette démarche propre qui vont du désintérêt (Bloch, 1998, p. 47) jusqu’à l’agressivité affichée (Garfinkel, 1963, p. 222). Les chercheurs qui défendent l’usage de cette méthodologie mettent cependant rarement en avant la façon dont ils ont surmonté ces deux types de difficultés. En l’absence d’une telle démonstration, le « réflexivisme » (la défense de la réflexivité) risque de s’avérer contre-productif. D’une part, comment aller au delà de la profession de foi et s’assurer de notre engagement méthodologique en l’absence d’explicitation des dispositifs que nous avons mis en œuvre pour surmonter ces difficultés ? De l’autre, en faisant l’économie d’une telle démonstration, les défenseurs de la réflexivité ne risquent-ils pas de reproduire doublement le problème, en rajoutant au premier niveau d’implicite l’illusion que leur position supposément émancipatrice transformerait l’ordre social, permettant par la même une reproduction d’autant plus difficile à prendre en compte ? L’étude de la discipline des Relations Internationales représente un cas nous permettant d’offrir des éléments empiriques intéressants à ces questionnements. Depuis les années 1980, l’introduction d’une littérature épistémologique et sociologique dans la discipline a mis en avant l’intérêt de l’usage de la réflexivité pour la dénaturalisation de la « domination occidentale » censé exister dans la discipline. Les chercheurs réflexivistes dénoncent ainsi la fermeture et la hiérarchisation des chercheurs européens face aux travaux produits « en dehors de l’occident » (Hobson, 2012; Tickner & Waever, 2009).  Dans cette présentation, nous défendrons, qu’en l’absence d’explicitation des conditions de mise en œuvre de la réflexivité par les réflexivistes, le discours réflexiviste de cette discipline reproduit l’eurocentrisme même qu’il cherche à dénoncer.Notre démonstration suivra deux étapes. Il s’agira dans un premier temps de montrer que la thèse de la domination occidentale n’est pas vérifiée empiriquement. Une enquête de terrain sociologique portant sur l’internationalisation de la recherche en Relations Internationales en Inde et au Brésil nous permettra de mettre en avant que, dans ces deux cas, l’internationalisation dépend plus de variables nationales que des dispositions des chercheurs « occidentaux ». Défendre les dispositions des chercheurs occidentaux comme origine de la structuration internationale des savoirs n’est cependant pas sans conséquence. Dans un second temps, une analyse qualitative du corpus réflexiviste nous permettra ainsi de mettre en avant comment les chercheurs défenseurs de la réflexivité en Relations Internationales reproduisent, par leur manque de réflexivité, l’eurocentrisme même qu’ils dénoncent.
 
Universite de Bordeaux
RT3 Normes, déviances et réactions sociales

Session: 3

Définir les transidentités et les corps intersexes : Eviter les risques de l’essentialisation.

 

Définir les transidentités et les corps intersexes : Eviter les risques de l’essentialisation.         Les corps trans et intersexes sont définis par la médecine comme des corps déviants, au sens des standards sexués et des normes de genre. Ainsi provoqueraient-ils des désordres, sinon dans l’identité des personnes concernées, du moins auprès de l’entourage et de la société dans lesquels ils font leur apparition. C’est dans cette acception, qu’il conviendra de lire d’un point de vue critique, que des programmes de « réassignations » et de « normalisation » des corps ont vu le jour. Mais ces protocoles médicaux apportent avec eux leur lot de justifications biologisantes et essentialisantes, auxquelles répondent d’ailleurs des contre-justifications analogues émanant d’individus isolés ou de certaines associations militantes.     Cette communication se propose alors de revenir sur ces différents registres d’argumentations (médicales et associatives) afin de discuter les limites et les conséquences de ces positionnements. Aux côtés de cette cartographie, les questions politiques et juridiques du traitement des corps trans et intersexes seront également soulevées.
 
Universite de Bordeaux
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 1

Cancer, Genre et Interdisciplinarité : La naturalisation de l’état de santé et après ?

 

Saisissez ici le résumé de la communication...Pour cette communication nous prendrons appui sur trois recherches. La première, financée par l’INCA (2006-2009) cherchait à comprendre comment le genre intervient dans l’histoire de la maladie cancéreuse. La seconde soutenue par le Cancéropôle Grand Sud-Ouest (2013-2014) interrogeait la place du cancer dans les parcours transidentitaires. La troisième, portée par l’INCA et en cours de réalisation, s’intéresse à l’expérience cancéreuse au prisme du genre, d’un point de vue longitudinal et international en ciblant 4 cancers en particulier. L’ensemble de ces recherches se réclament interdisciplinaires. Inspirés des recherches anglo-saxonnes, nos travaux se situent donc au croisement des sociologies de la santé et du genre et ont montré l’impact de la socialisation sexuée sur les trajectoires de santé des individus.     Nous aimerions proposer un « état des lieux » de nos recherches, en offrant une discussion autour de nos méthodes (à la fois qualitatives, observationnelles, comparatives et quantitatives), ainsi que de nos premiers résultats en termes d’impact de la socialisation genrée dans les parcours de santé liés au cancer. Plus particulièrement, il s’agit de questionner les dimensions méthodologiques de nos protocoles d’enquête et les contraintes éthiques qui pèsent sur la recherche sociologique pour faire émerger les enjeux épistémologiques qui les sous-tendent, notamment en matière d’interdisciplinarité. Confusions sémantiques, concurrence et légitimité des savoirs sociologiques et biomédicales, rapports de pouvoir entre les SHS et la médecine, processus d’instrumentalisation en cours, montée de la médecine des preuves, semblent encombrer l’interdisciplinarité et modifier les attentes à l’égard de la sociologie, alors que les normes organisationnelles et gestionnaires censées réguler les relations soignants/soignés mettent à mal toute perspective réflexive susceptible de démontrer l’épaisseur politique et institutionnelle de productions scientifiques qui construisent la maladie cancéreuse en dénaturalisant les savoirs et les pratiques produits sur les corps malades. Si les spécificités de la pathologie cancéreuse suggèrent une forte imbrication du social et du biologique, les protocoles de prise en charge ne sont pas dépourvus d’aspérités et les méandres des offres de financement de la recherche non plus. Dans quelle dynamique articulée autour des quels savoirs, complémentaires et à la fois conflictuelles, l’interdisciplinarité s’est-elle élaborée dans nos travaux en cancérologie ? Dans quels contextes, ces deux disciplines, sociologie et biomédecine, se nourrissent et s’affrontent dans ce champ ? Et quelle portée cette dynamique interdisciplinaire recouvre-t-elle pour les chercheurs qui y sont confrontés notamment lorsqu’il s’agit d’explorer la manière les carrières de genre influencent-elles les parcours et les subjectivités des personnes atteintes d’un cancer ? En quoi l’approche « genre » fait-elle écho ou rentre-t-elle en contradiction avec la médicalisation et la biologisassions de l’état de santé dans un contexte qui prône l’interdisciplinarité ? Telles sont les questions auxquelles cette communication se propose de répondre.
Maître de conférences en Sociologie
Université de Picardie-Jules Verne
GT42 Sociologie des élites

Session: 6

Ce que l’ouverture sociale fait (vraiment) aux Grandes écoles. Le « Potentiel » des classes populaires et l’émergence de nouvelles catégories de jugement académique à Sciences Po Paris et à l’Université d’Oxford.

 

Ce que l’ouverture sociale fait (vraiment) aux Grandes écoles.Le « Potentiel » des classes populaires et l’émergence de nouvelles catégories de jugement académique à Sciences Po Paris et à l’Université d’Oxford.Annabelle AllouchMcf en Sociologie à l’Université de Picardie-Jules Verne (CURAPP-ESS/CNRS)  Les études récentes qui portent sur l’ouverture sociale tendent à se concentrer sur l’impact de ce type de dispositifs sur les trajectoires scolaires et sociales des étudiants, en délaissant à la fois les cadres de socialisation institutionnelle dans lesquels ces trajectoires s’inscrivent et leur variabilité selon la position de l’institution concernée dans le champ de l’enseignement supérieur. Or, ces éléments demeurent essentiels à la compréhension des processus d’incorporation des dispositions et des discours scolaires par les individus. C’est dans cette optique que la présente communication propose une lecture des effets de l’ouverture sociale sur le fonctionnement des institutions d’élite, à partir de l’ethnographie comparée du travail de sélection mené à l’entrée en première année à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et à l’Université d’Oxford. L’étude des dispositifs menés des deux côtés de la Manche permet ainsi de souligner l’émergence de nouvelles catégories de jugement académiques mais également de nouveaux types d’instruments, sous l’influence conjuguée des acteurs économiques et des outils mis en œuvre dans les universités d’élite américaines. Parmi ces catégories, la communication se concentrera particulièrement sur le cas du « potentiel », qui contribue à légitimer dans le champ académique certaines qualités que les acteurs associent particulièrement aux classes populaires (pragmatisme, leadership, etc.) par le recours à des rhétoriques managériales issues des Ressources Humaines. De ce point de vue, la comparaison établit une forte convergence entre les établissements : les dispositifs français comme anglais visent en effet à certifier de nouvelles caractéristiques sociales –de nouveaux « talents »- qui seraient propres aux classes populaires, plutôt qu’à nuancer ou à atténuer ce travail de certification (Allouch, 2013).  Bibliographie. Allouch Annabelle, 2013, «L’ouverture sociale comme configuration. Processus et pratiques de sélection et de socialisation des classes populaires dans les établissements d’élite. Une comparaison France-Angleterre », Thèse de sociologie, Institut d’Etudes Politiques de Paris (OSC).Bourdieu P., Passeron, J.-C., 1970,La reproduction, Editions de Minuit, Paris.Bourdieu P., 1989, La noblesse d’état,Paris : éditions de Minuit.Darmon M., 2012, Sélectionner, élire, prédire : le recrutement des classes préparatoires. Sociétés contemporaines,86, 5-29.Karabel J., 2005, The Chosen: The Hidden History of Admission and Exclusion at Harvard, Yale, and Princeton, Boston: Houghton Mifflin.Stevens M., 2011, Creating a class, Princeton : Princeton University Press.  
Chercheur associé
GEMASS (Université Paris-Sorbonne/CNRS)
RT11 Sociologie de la consommation et des usages

Session: 6

La médicalisation des formes déviantes de consommation de jeux de hasard et d’argent

 

                On assiste à une naturalisation des formes déviantes de consommation avec la médicalisation des comportements d’addiction. Un nombre croissant d’activités de consommation est associé à un risque addictif, le regard se déplaçant alors du contexte culturel de consommation vers l’individu et ses pathologies (faiblesse de volonté, compulsions, biais cognitifs, etc.). Le développement des sciences cognitives a favorisé cette naturalisation des comportements, sans que l’on envisage la possibilité d’une hybridation avec l’environnement culturel et social.Cette communication propose d’étudier cette évolution au prisme des jeux de hasard et d’argent. Le thème de la dépendance au jeu accompagne l’institutionnalisation de la pratique au cours des dernières décennies. Tout se passe comme si la légitimation du secteur des jeux d’argent passait par la définition et la canalisation du problème des joueurs pathologiques. Aussi voit-on apparaitre une médicalisation du discours relatif aux déviances vis-à-vis des normes de rationalité et de consommation « responsable » en tant que moyen de régulation de l’activité. La présentation décrira le processus de médicalisation du jeu « excessif » et analysera les enjeux normatifs actuels associés à l’étiquetage médical. A partir des données de l’INPES/OFDT sur la consommation de jeu des Français et d’entretiens avec des joueurs l’addiction au jeu sera contextualisée.
Chercheur associé
GEMASS (Université Paris-Sorbonne/CNRS)
RT15 Jeunesse, Ages de vie, Générations, RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: 4

La place de l’injustice dans les parcours de vie des jeunes Analyse de la post-enquête qualitative du projet ANR DYNEGAL

 

Cette communication se propose d’appréhender les parcours de vie des jeunes Français de 18 à 30 ans au prisme des situations et des sentiments d’injustices ressentis lors du passage à l’âge adulte. Les résultats présentés ici s’appuient sur l’analyse de 40 entretiens biographiques réalisés dans le cadre du projet ANR Dynegal . L’entrée dans la vie adulte est devenue plus complexe avec l’allongement des études, de la période de recherche d’un emploi stable et la décohabitation plus tardive d’avec les parents. Le difficile franchissement des étapes permettant d’accéder à l’indépendance de l’âge adulte semble être à l’origine de l’émergence d’un sentiment d’injustice, qui parait prendre source dans l’expérience directe d’injustices dans les domaines du logement et de l’emploi. Toutefois il apparait que le sentiment de justice ressenti n’est pas le décalque automatique des injustices vécues. Les jeunes peuvent avoir éprouvé des difficultés et ne pas se montrer critiques ou, à l’inverse, avoir été épargnés et exprimer un fort sentiment d’injustice.
Chercheur associé
GEMASS (Université Paris-Sorbonne/CNRS)
RT15 Jeunesse, Ages de vie, Générations, RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: 4

La place de l’injustice dans les parcours de vie des jeunes Analyse de la post-enquête qualitative du projet ANR DYNEGAL

 

Cette communication se propose d’appréhender les parcours de vie des jeunes Français de 18 à 30 ans au prisme des situations et des sentiments d’injustices ressentis lors du passage à l’âge adulte. Les résultats présentés ici s’appuient sur l’analyse de 40 entretiens biographiques réalisés dans le cadre du projet ANR Dynegal . L’entrée dans la vie adulte est devenue plus complexe avec l’allongement des études, de la période de recherche d’un emploi stable et la décohabitation plus tardive d’avec les parents. Le difficile franchissement des étapes permettant d’accéder à l’indépendance de l’âge adulte semble être à l’origine de l’émergence d’un sentiment d’injustice, qui parait prendre source dans l’expérience directe d’injustices dans les domaines du logement et de l’emploi. Toutefois il apparait que le sentiment de justice ressenti n’est pas le décalque automatique des injustices vécues. Les jeunes peuvent avoir éprouvé des difficultés et ne pas se montrer critiques ou, à l’inverse, avoir été épargnés et exprimer un fort sentiment d’injustice.
 
CERIS / Laboratoire DynamE
GT45 Groupe de travail "Sociologie des conflits"

Session: 1

Le conflit, enjeu de diffusion des pratiques de justice restaurative

 

Saisissez ici le résumé de la communication...
Doctorante
Cresppa-GTM
RT28 Recherches en sciences sociales sur la sexualité

Session: 5

On ne naît pas lesbienne, on le devient. Le cas des lesbiennes d’origine maghrébine en France

 

 Cette communication a pour objectif de montrer comment dans un contexte d’intersectionnalité des rapports sociaux de sexe, de « race », de classe et de sexualité, certaines femmes arrivent à devenir des lesbiennes. L’homosexualité tout comme la sexualité est une construction sociale qui porte l’emprunte du milieu d’origine des acteurs sociaux. À partir d’un corpus empirique composé de cinquante deux entretiens et d’un certain nombre de situations d’observations participantes, cette communication analyse les parcours homosexuels des lesbiennes d’origine maghrébine en France. Il est notamment question d’analyser les récits de vie qui traitent de la prise de conscience de l’attirance envers les personnes du même sexe puis les moments d’identification à la catégorie homosexuelle. Cependant ce processus de construction de soi prend souvent des configurations complexes et ambiguës. En effet, le lesbianisme dans ces cas est étroitement lié au sentiment d’anormalité qui est renforcé par la contrainte à l’hétérosexualité et par le manque d’identification reconnaissable à la fois du lesbianisme en général et du lesbianisme au sein de « la communauté maghrébine » en particulier.
Doctorant
Université Paris X
RT27 Sociologie des intellectuels et de l'expertise : savoirs et pouvoirs

Session: 5

Le rassemblement démocratique révolutionnaire : la tentation partidaire d'un groupe d'intellectuels dans la guerre froide

 

 La présente communication s’intéressera à une modalité singulière de l’engagement politique des professions intellectuelles, par l’intermédiaire de la mise en question de la tentation partidaire d’un groupe organisé, le Rassemblement Démocratique Révolutionnaire. Constitué autour de militants politiques et syndicaux, de journalistes, de parlementaires et d’écrivains, le R.D.R. est une entreprise politique lancée le 27 février 1948 et qui rassembla, durant deux ans, près de 3 000 militants autour d’une position de refus de l’affrontement entre les blocs au début de la guerre froide. Interroger la tentation partidaire de ces militants revient à restituer un certain nombre des enjeux liés au « choix » de ce qui doit être considéré comme l’une des modalités pratiques d’engagement disponible au sein du répertoire d’action collectif d’un groupe social donné à un moment particulier de l’histoire, afin de le faire exister comme groupe[1]. Qualifié de « parti d’intellectuel », le Rassemblement Démocratique Révolutionnaire est un prisme à partir duquel il sera possible d’interroger la rencontre entre des trajectoires individuelles caractérisées par l’occupation de positions différenciées au sein du champ intellectuel avec l’état des champs politique et intellectuel au début de la guerre froide. À partir d’un travail de mise en série statistique des caractéristiques sociales des militants, d’analyses archivistiques, biographiques et d’entretiens, nous tenterons de mettre en évidence les différentes séries causales qui aboutissent à la constitution d’un parti et donc, dans une certaine mesure, à la transgression des frontières symboliques entre le champ politique et le champ intellectuel, réinscrite dans les luttes pour le monopole de la définition légitime de l’ordre politique, entre deux formes de légitimités[2] concurrentes. [1] Michel Offerlé, Les partis politique, Paris, PUF, 2012 [1987], p. 107[2] Pierre Bourdieu, La noblesse d’État, Paris, Ed. de Minuit, 1989 
Chargée d'études et de recherche
Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire
RT3 Normes, déviances et réactions sociales

Session: 5

Des délinquants ayant des problèmes de jeunes. L'exemple de la vie affective et sexuelle des jeunes pour les professionnels de la PJJ

 

Cette communication porte sur la santé des jeunes pris en charge par la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Les jeunes sous protection judiciaire au pénal font l’objet d’accompagnements spécifiques qui forment leur parcours de prise en charge institutionnelle. En interrogeant les professionnels de la PJJ (éducateurs, psychologues, directeurs de structures, …), il s’agira de tenter de comprendre comment ils sont amenés à intervenir sur un champ dont ils ne sont a priori pas spécialistes. Les éducateurs PJJ sont avant tout dans une situation de témoins directs de la diversité des parcours des jeunes. S’ils mettent en oeuvre un suivi global sur la vie des jeunes, force est de constater que leurs missions premières demeurent la prise en charge de la mesure pénale et la (ré)insertion professionnelle de ces jeunes. On verra que, bien qu’indirectement témoins des biographies amoureuses, sentimentales mais aussi sexuelles et contraceptives des jeunes dont ils ont la charge – en raison des spécificités de leur pratique professionnelle (notamment dans les unités d’hébergement : foyer, centre de détention, …) –, ils se mettent bien souvent à distance de ces problématiques pour recentrer leur travail à mener auprès de jeunes considérés d’abord comme des délinquants. Il s’agira également d’étudier les initiatives et dispositifs prévus par l’institution judiciaire, et au-delà, en matière de prise en charge de la santé des jeunes sous protection judiciaire au pénal.  L’analyse portera sur une enquête exploratoire qualitative menée à l’automne 2014 auprès d’une vingtaine de jeunes âgés de 14 à 17 ans, pris en charge au pénal par la protection judiciaire de la jeunesse ; et d’une vingtaine d’entretiens menés auprès de professionnels de la PJJ.   
Chargée d'études et de recherche
Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire
RT28 Recherches en sciences sociales sur la sexualité

Session: 3

« On n’est pas que des cas sociaux » Enjeux autour de la sexualité des jeunes pris en charge par la PJJ

 

Cette communication porte sur la sexualité des jeunes pris en charge par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) au pénal. L’analyse porte sur une enquête exploratoire qualitative menée à l’automne 2014 auprès d’une vingtaine de jeunes âgés de 14 à 17 ans, pris en charge au pénal par la PJJ, et d’une vingtaine d’entretiens menés auprès de professionnels de la PJJ. Les éducateurs mettent en œuvre un suivi global sur la vie de ces jeunes, et leurs missions premières demeurent la prise en charge de la mesure pénale et la (ré)insertion professionnelle de ces jeunes. De leur côté, les jeunes pris en charge (en milieu ouvert ou en milieu fermé) sont pris en tenaille entre l’étiquette de délinquant (pour l’institution et, plus largement, pour la société) et leur vie de jeune avec les questions de relation amicales, amoureuses et sexuelles qui leur sont propres. Dans ce contexte, on assiste à un double mouvement dans l’appréhension des questions de sexualité par les professionnels de la PJJ : une aspiration à une démédicalisation de la santé et de la sexualité, et, à l’inverse, une réintégration de la sexualité dans le champ de la santé par le biais de la prévention, de ces jeunes qu’il faut « remettre dans le droit chemin ». De leur côté, les jeunes ont accepté que la sexualité puisse faire partie d’une sphère publique dans sa dimension de prévention des IST et des violences. A l’inverse, ils n’envisagent pas du tout qu’elle puisse faire l’objet d’une prise en charge à un autre titre, notamment dans toute sa dimension individuelle et intime. 
enseignement/recherche
université de strasbourg
RT2 Migrations, Altérité et Internationalisation

Session: 4

Dénaturaliser l'entraide familiale en contexte de soins. Le cas des immigrés atteints de cancer

 

Au sein des institutions de soins et, plus largement, dans l’univers médical circulent de nombreux  stéréotypes culturalistes voire essentialisants à l’égard des immigrés et, plus précisément, des familles immigrées. A partir d’une étude menée en Bretagne en 2010-2013 sur les parcours de soins d’étrangers et d’immigrés atteints de cancer,  la communication propose de déconstruire quelques uns de ces stéréotypes dominants à l’égard des familles maghrébines, en montrant la complexité des rapports sociaux en jeu dans l’accompagnement et le soutien apporté à un parent malade. Cette déconstruction est d’autant plus importante que la tendance à l’essentialisation de la solidarité familiale « immigrée » peut avoir des répercussions sur les prises en charge proposées par les soignants.
Post-doctorante
Centre Alexandre Koyré
RT29 Sciences et techniques en société, RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 3

« Preparing leaders to lead ». Pouvoir de l’expertise et connexionnisme des risques pour la biologie synthétique

 

La biologie synthétique est une discipline scientifique émergente qui cherche à produire des micro-organismes à finalités industrielles en les dotant de caractéristiques qu’ils n’ont pas à l’état naturel. Elle est contestée et a très précocement été mise en risques par des organisations critiques et des instances publiques. Dès lors, des dispositifs chargés de gérer ces risques ont été instaurés « en amont », c’est-à-dire avant que n’aient été réalisées les applications industrielles promises. Cette communication proposera l’étude des relations entre pouvoir et expertise au sein de tels dispositifs, en s’appuyant sur leur déploiement aux États-Unis. Alors que l’élucidation des opérations par lesquelles le pouvoir de l’expertise est rendu invisible constitue souvent une part des investigations sociologiques, nous montrerons que des figures d’autorité politique habitent aussi les univers où semblent régner les logiques réglementaires. En effet, la communauté de la biologie synthétique n’investit pas les risques comme une question d’expertise, mais comme une question de pouvoir : le registre du « leadership » est préféré à ceux de l’objectivité, de l’évaluation ou des procédures. La lutte contre le bioterrorisme et la gestion des risques environnementaux sont ainsi progressivement investis comme des espaces politiques précieux où les bio-ingénieur.e.s « transforment les risques en opportunités ». Nous qualifierons ce travail politique à l’aide du concept de connexionnisme des risques : les risques sont mis en projets, font l’objet d’un travail en réseau et sont employés pout rendre ce projet technologique politiquement acceptable.
Post-doctorante
Centre Alexandre Koyré
RT29 Sciences et techniques en société, RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 3

« Preparing leaders to lead ». Pouvoir de l’expertise et connexionnisme des risques pour la biologie synthétique

 

La biologie synthétique est une discipline scientifique émergente qui cherche à produire des micro-organismes à finalités industrielles en les dotant de caractéristiques qu’ils n’ont pas à l’état naturel. Elle est contestée et a très précocement été mise en risques par des organisations critiques et des instances publiques. Dès lors, des dispositifs chargés de gérer ces risques ont été instaurés « en amont », c’est-à-dire avant que n’aient été réalisées les applications industrielles promises. Cette communication proposera l’étude des relations entre pouvoir et expertise au sein de tels dispositifs, en s’appuyant sur leur déploiement aux États-Unis. Alors que l’élucidation des opérations par lesquelles le pouvoir de l’expertise est rendu invisible constitue souvent une part des investigations sociologiques, nous montrerons que des figures d’autorité politique habitent aussi les univers où semblent régner les logiques réglementaires. En effet, la communauté de la biologie synthétique n’investit pas les risques comme une question d’expertise, mais comme une question de pouvoir : le registre du « leadership » est préféré à ceux de l’objectivité, de l’évaluation ou des procédures. La lutte contre le bioterrorisme et la gestion des risques environnementaux sont ainsi progressivement investis comme des espaces politiques précieux où les bio-ingénieur.e.s « transforment les risques en opportunités ». Nous qualifierons ce travail politique à l’aide du concept de connexionnisme des risques : les risques sont mis en projets, font l’objet d’un travail en réseau et sont employés pout rendre ce projet technologique politiquement acceptable.
Doctorante
EHESS
RT40 Sociologie des institutions

Session: 2

Approcher une institution religieuse qui ne dit pas son nom : le cas d’étude du mouvement musulman turc de Fethullah Gülen dans son implantation en Afrique subsaharienne

 

Notre communication portera sur une institution religieuse atypique, le mouvement musulman turc de Fethullah Gülen, et se focalisera sur son implantation en Afrique subsaharienne afin de faire émerger les éléments d’institutionnalisation d’un mouvement qui nie en être un.Le mouvement Gülen est un groupement religieux né dans les années 1970 en Turquie, résolument tourné vers l’engagement social de ses membres au « service » (Hizmet en turc) de l’humanité. Composés d’hommes d’affaires, d’intellectuels et d’enseignants turcs, les fidèles du mouvement ont mis en œuvre le précepte de Fethullah Gülen appelant à construire « des écoles, pas des mosquées » en établissant des écoles dans près de 120 pays du monde. L’Afrique subsaharienne constitue un champ d’expérimentation  prolifique pour le mouvement puisque l’insertion d’écoles à partir de la deuxième moitié des années 1990 y a été d’une grande rapidité. Elles sont désormais présentes dans 40 pays d’Afrique subsaharienne. En raison de son histoire mouvementée avec l’Etat turc, mais aussi d’une stratégie d’expansion inédite basée sur l’insertion locale dans différents pays, le mouvement ne présente pas en premier lieu les caractéristiques évidentes d’un objet d’étude en sociologie des institutions. Nous analyserons une « institution qui n’accepte jamais de l’être ». Notre institution n’a pas de statut fixe qui présiderait à la gestion de son ensemble, pas de dogme figé qui serait énoncé par une autorité religieuse reconnue comme seule légitime, ses membres nient que chacune de leurs institutions éducatives soient liées les unes aux autres. Ses fidèles refusent même l’appellation de mouvement Gülen, du nom de l’imam exilé aux Etats-Unis à l’origine du groupement. Pourtant, nous postulons que, par les effets qu’il produit, le mouvement étudié est bien une institution, qui plus est d’une grande solidité, capable de se transnationaliser dans plus de 120 pays du monde et d’instaurer un réseau d’écoles, d’hommes d’affaires, d’œuvres humanitaires d’une étonnante cohérence. Un mouvement qui a su créer un sentiment d’appartenance fort un habitus commun chez ses membres turcs et créer des « carrières militantes » en son sein. Et si aujourd’hui l’ « institution Gülen » est en crise, c’est parce qu’elle est perçue comme une « structure parallèle » (paralel yapı en turc) par le gouvernement turc d’Erdoğan, en somme une institution si puissante qu’elle risquerait de menacer l’Etat. Mais cette institution, si elle est solide, peine à intégrer des individus dont les investissements institutionnels sont totalement différents de ceux des Turcs socialisés dans le mouvement depuis leur jeunesse. Il s’agit des étudiants africains approchés dans les écoles Gülen d’Afrique, qui ne sont pas sujets à cet illusio du  mouvement et qui, dès lors, mettent en place des mécanismes de résistance à l’institutionnalisation. Nous postulons que ces investissements différentiels entre Turcs et Africains sont sources de conflits, de tentatives de renégociations qui pour l’instant échouent face à la rigidité d’une institution qui nie en être une.Sur le plan méthodologique, cette contribution s’appuie sur les résultats de plusieurs enquêtes de terrain menées au Kenya (Nairobi et Mombasa), en Afrique du Sud (Johannesburg), au Sénégal (Dakar) et en Turquie (Istanbul) entre 2011 et 2014, avec des citoyens turcs du mouvement Gülen ainsi qu’avec des Africains et leurs proches en contact avec le mouvement au sein des écoles. Nous avons choisi une approche qualitative constituée d’une série d’entretiens semi-directifs et non directifs centrés sur les trajectoires des interrogés. Nous avons aussi procédé à certaines observations participantes dans des classes ainsi qu’au cours d’activités extrascolaires. Les individus interrogés sont des enseignants ou cadres administratifs turcs dans les écoles en Afrique, des enseignants africains de ces écoles, d’anciens élèves africains dont certains poursuivent désormais leurs études en Turquie, et leurs familles. 
Doctorante
EHESS
RT43 Sociologie et religions

Session: 3

Expériences des étudiants africains dans la Turquie du mouvement musulman de Fethullah Gülen : négocier sa position dans l'institution

 

Dans cette intervention nous nous intéresserons aux étudiants africains venus en Turquie par le biais du mouvement musulman turc de Fethullah Gülen et l’expérience qu’ils font du milieu religieux institutionnalisé dans lequel ils pénètrent.Le mouvement Gülen est un groupement religieux né dans les années 1970 en Turquie, résolument tourné vers l’engagement social de ses membres au « service » (Hizmet en turc) de l’humanité. Composés d’hommes d’affaires, d’intellectuels et d’enseignants turcs, les fidèles du mouvement ont mis en œuvre le précepte de Fethullah Gülen appelant à construire « des écoles, pas des mosquées » en établissant des écoles dans près de 120 pays du monde. L’Afrique subsaharienne constitue un champ d’expérimentation prolifique pour le mouvement puisque l’insertion d’écoles à partir de la deuxième moitié des années 1990 y a été d’une grande rapidité. Elles sont désormais présentes dans 40 pays d’Afrique subsaharienne.Les écoles africaines du mouvement Gülen sont élitistes et s’adressent à des populations aisées puisque les frais de scolarité élevés ( allant de 3000 à 10 000 dollars selon les pays étudiés) et comportent aussi une part de boursier allant de 10 à 20%. Certains de ces élèves vont poursuivre leurs études universitaires en Turquie en passant par le biais du réseau transnational du mouvement Gülen qui connecte les écoles africaines à la Turquie.Mais une fois sur place, les étudiants africains vont devoir faire l’expérience d’une socialisation dans un milieu religieux turc contraignant leur mode de vie, ce qu’ils n’avaient pas soupçonnés. En effet, le mouvement Gülen a mis en œuvre une stratégie d’expansion à l’étranger fondée sur l’  « ambiguïté stratégique » (Hendrick : 2013), ce qui signifie que le mouvement Gülen ne se positionne pas nécessairement  comme religieux en Afrique subsaharienne pour ouvrir ses écoles au plus grand nombre.  Or, une fois en Turquie, les étudiants africains se retrouvent au cœur de la communauté (Cemaat en turc) Gülen et vont tenter de négocier leur position dans l’institution religieuse. Entre  sortie du mouvement, rejet revendicatif, acceptation résignée de la contrainte institutionnelle, négociation stratégique de la position dans l’institution et « conversion », plusieurs trajectoires activement négociées d’étudiants africains apparaissent, bien loin de l’image d’africains récepteurs passifs de « la mission Gülen» qui est souvent véhiculée par les Turcs au sein du mouvement Gülen lui-même.
 
UFR Sciences de l'éducation Sciences sociales - Staps
RT7 Vieillesses, vieillissement et parcours de vie

Session: 2

« Je vieillis, tu vieillis, nous vieillissons… » : Retour sur une méthodologie d’intervention

 

A la fin des années quatre-vingt-dix, nous avons eu l’opportunité de mener une recherche commanditée par la Fondation de France sur « la parole des vieux » (Argoud, Puijalon, 1999). Il apparaissait alors que la connaissance et l’action publique en gérontologie étaient largement dominées par une approche en extériorité de la vieillesse. Autrement dit, les principales disciplines mobilisées pour appréhender l’objet social « vieillesse » – en premier lieu la médecine et la sociologie – recouraient à diverses grilles permettant de construire une analyse exogène du processus du vieillissement. Les travaux plus spécifiques menés par Bernadette Puijalon et Jacqueline Trincaz ont cependant montré qu’il existait par ailleurs une approche plus endogène de cette réalité sociale, prenant appui sur les témoignages et les récits de vie des personnes vieillissantes elles-mêmes, mais qui était relativement peu mobilisée par les professionnels et les pouvoirs publics. De notre côté, nous avons montré que l’approche exogène de la vieillesse avait contribué à ce que se développent en France des instances de représentation, plus que de participation des personnes vieillissantes.Sur la base de ce constat, nous avons développé une méthodologie d’intervention permettant de dépasser l’opposition « extériorité / intériorité ». Cette méthodologie d’intervention, dite de formation-action, s’inspire des méthodes de recherche-action ou de recherches collaboratives, tout en l’adaptant au cadre qui a fourni l’occasion de l’expérimenter. En l’occurrence, c’est dans le cadre d’une convention d’éducation permanente signée entre l’Université et le conseil général de la Drôme que cette méthodologie a été mise en œuvre au niveau d’un territoire défini par le périmètre d’un Centre local d’informations et de coordination au sud du Vercors. Non seulement cette convention prévoyait une « formation-action » sur le vieillissement devant permettre au conseil général de s’en réapproprier les résultats pour définir sa propre politique gérontologique, mais en plus elle ouvrait une démarche réflexive en autorisant parallèlement une réflexion sur la méthode elle-même. Autrement dit, il ne s’agissait pas de définir un cadre théorique a priori (tout au moins pas totalement…), mais de construire ce cadre en réfléchissant sur la pratique du groupe de travail et sur l’évolution de l’action publique locale au fur et à mesure où du processus de formation-action. Bref, il s’agissait d’adopter une posture réflexive tout en agissant concrètement avec les acteurs impliqués dans la démarche.Sans reprendre ici les résultats de ce processus que nous avons présenté lors des Ateliers de dialogue Recherche-Action-Expertise organisés en 2013 par la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société de Toulouse (Membrado et al., 2013), le fil conducteur de la démarche repose sur une volonté de mettre à distance la figure exogène de la vieillesse que traduit la troisième personne du singulier (ou du pluriel), à savoir le « il vieillit ». Au contraire, l’originalité de la formation-action a consisté à réhabiliter les formes plus subjectives de connaissance du vieillissement que sont le « je vieillis, tu vieillis, nous vieillissons… » et qui sont souvent évincés au nom d’une certaine conception épistémologique. Et au-delà, nous sommes aujourd’hui en mesure d’identifier les forces et faiblesses d’une telle approche que nous avons expérimentée sur un deuxième territoire avec nettement moins de succès.
 
 
RT20 Méthodes

Session: 2

Que révéler de soi dans l’enquête ethnographique ? Leviers et déconvenues d’une posture de proximité du chercheur sur « son » terrain.

 

À partir de la confrontation de nos expériences de recherches doctorales, pour l’une au sein des maraudes parisiennes auprès des sans-abri, pour l’autre dans le cadre d’un projet de rénovation urbaine dans deux villes de banlieue parisienne, cette communication interroge les effets de la présentation de soi de l’enquêteur sur la relation ethnographique et in fine sur les pistes d’analyse qu’elle éclaire. Plus particulièrement, ayant en commun une trajectoire de formation marquée par le passage par une école de travail social puis un cursus universitaire mêlant recherche sociologique et professionnalisation dans les métiers de la ville, nous adoptons une démarche réflexive sur la divulgation de ces éléments qui nous ont placés dans une relative proximité avec les acteurs institutionnels et associatifs auprès de qui nous avons enquêté. D’abord envisagée comme un levier d’accès au terrain et notamment à des données protégées par le secret professionnel, cette situation de proximité s’est également révélée source de déconvenues entrainant parfois malaises et incompréhension. Nous montrons dès lors comment nous avons joué avec nos différentes assignations identitaires (étudiant, sociologue, travailleur social…) pour en limiter les effets néfastes mais aussi dans l’objectif de nous procurer des données sur les mondes sociaux investis. Ainsi, en sus des enjeux méthodologiques, nous considèrerons que l’analyse de ces « épreuves ethnographiques » s’associe à des objectifs de connaissance nous offrant respectivement de nouvelles pistes d’analyses.
 
 
RT27 Sociologie des intellectuels et de l'expertise : savoirs et pouvoirs

Session: 5

Les "sondages de guerre froide" en France : production et usages (1950-1960)

 

Si les travaux relatifs à l’histoire des enquêtes d’opinion en France ont examiné la réalisation de sondages pendant la guerre froide, peu d’entre eux se sont attardés sur le problème des sondages de guerre froide. En effet, la mise en évidence du fait que l’IFOP a réalisé en 1953 quelques enquêtes politiques « en secret » (Kuisel, 1993 ; Blondiaux, 1998) ne semble pas avoir été suivie par des approfondissements qui auraient permis d’en savoir davantage sur la production et les usages de ces sondages particuliers. D’autres enquêtes de ce type ont-elles été conduites ? Si oui, quels étaient les protagonistes, les liens et les mécanismes sociaux en jeu ? À quelles fins celles-ci étaient-elles destinées ? Pour répondre à ces interrogations, cette contribution s’appuiera principalement sur l’analyse d’archives du Département d’État des États-Unis. Elle montrera entre autres que ces enquêtes discrètes, plus nombreuses que ce que l’état de la question pouvait laisser supposer, furent le produit de la relation entre au moins quatre types d’agents sociaux : des membres de l’ambassade des États-Unis à Paris, des Présidents du conseil, des sondeurs affiliés à divers instituts et des journalistes. Dans le cadre des discussions entourant l’existence d’une éventuelle « cold war social science » (D. Engerman, 2010 ; M. Solovey, H. Cravens, 2012), elle tâchera également de déterminer la mesure dans laquelle la notion  de « sondages de guerre froide » peut-être sociologiquement fondée.
Maître de conférences
Université libre de Bruxelles
RT13 Sociologie du droit et de la justice

Session: 3

Ce que l’autoréférence au droit ne dévoile pas des décisions pénales

 

Si, du point de vue du sociologue, les logiques décisionnelles des acteurs pénaux ne sauraient se réduire à des facteurs légaux, cet état de fait ne va pas nécessairement de soi pour les principaux intéressés : s’ils motivent et justifient en droit leurs décisions, ils mobilisent, face à l’observateur « profane », des critères d’appréciation censés en « objectiver » le sens et le fondement. Ce travail de mise en forme opère de façon « quasi-naturelle », la force du droit dans sa dimension autoréférentielle apparaissant de nature à évincer, en les subsumant, le trivial et le social de la scène judiciaire et des pratiques qui s’y déploient. A partir des résultats d’une recherche portant sur les logiques décisionnelles des juges de paix québécois en matière de détention avant jugement, nous mettrons en évidence comment la démarche ethnographique constitue pour le sociologue une voie féconde pour déconstruire ce qui procède bien souvent d’une construction juridique a posteriori, pour mieux saisir la pluralité des déterminants qui fondent les décisions pénales et, in fine, en questionner le sens social.
doctorant
Paris 1 Panthéon-Sorbonne / CESSP
RT27 Sociologie des intellectuels et de l'expertise : savoirs et pouvoirs

Session: 4

Multitudes : histoire sociale d'une revue critique

 

La communication portera sur la revue Multitudes, créée en 2000 autour de l’économiste Yann Moulier-Boutang et placée, au moment de sa fondation, sous le patronage philosophique d’Antonio Negri, intellectuel italien alors incarcéré dans son pays natal. L’ambition générale de cette étude sera de montrer en quoi cette revue constitue un point d’entrée pertinent pour comprendre l’évolution d’une partie du champ intellectuel depuis la fin des années 1970. Pour cela, on reconstituera l'espace d’interconnaissance de la revue, à la manière dont Mathieu Hauchecorne a pu le faire pour l’espace français des théoriciens de la justice. Il sera nécessaire de retracer la façon dont des liens se sont constitués entre trois traditions militantes toujours présentes dans la revue : l’autonomie française, l’opéraïsme italien et le cercle autour de Guattari. On verra que depuis la fin des années 1970, ces relations se sont matérialisées de nombreuses manières : préfaces, traductions, lettres, livres collectifs, aides diverses aux militants italiens et militantisme commun.Dans un second temps, la communication s’intéressera aux principaux thèmes traités dans la revue, à savoir la philosophie politique, la figure de Spinoza, l’économie politique et l’idée de « capitalisme cognitif », l’écologie ou encore l’art. Dans une perspective d’histoire sociale des idées, il s’agira de montrer que ces questions commencent à être élaborées dès les années 1970, et sont des réponses aux transformations qui ont touché les intellectuels de gauche à cette époque, notamment la crise du paradigme marxiste.
Mémorante
Université de Lausanne, Faculté des sciences sociales et politiques
RT35 Sociologie du monde associatif

Session: 1

Des bénévoles plurielles : Pratiques et engagements associatifs à l’intersection de différents rapports sociaux. Le cas d’une association pour femmes “immigrées et suisses”

 

En Suisse, le bénévolat organisé au sein d’associations socio-caritatives est deux fois plus pratiqué par des femmes que par des hommes, ceux-ci s’orientant davantage vers des associations sportives, culturelles ou de revendications d’intérêts. Les statistiques fédérales, en faisant état de pratiques bénévoles différenciées selon le sexe, révèlent ainsi une « sectorisation genrée » (Avanza, 2009) des engagements associatifs. Dans le même temps, il a été démontré qu'au sein des associations elles-mêmes opérait une ségrégation genrée des rôles ou activités, renvoyant à des mécanismes de division sexuelle du travail associatif (Rétif, 2013; notamment). En partant de ces considérations, cette communication propose de discuter des pratiques et engagements bénévoles au sein d’une association socio-caritative basée en Suisse romande, et qui vise à « soutenir et faciliter l’intégration des femmes migrantes ». Non-mixte, cette association invite alors à penser à la pluralité des expériences bénévoles qu’elle abrite en interrogeant les effets conjoints de différents rapports sociaux. C’est ainsi que nous nous attacherons à réfléchir à la manière dont les rapports sociaux de sexe, de classe, de race ou d’âge, en s’imbriquant, traversent l’espace associatif étudié et produisent des expériences bénévoles différenciées. Pour ce faire, nous présenterons dans un premier temps trois « types » de « carrières bénévoles », qui se diversifient notamment selon le statut migratoire, l’âge et l’appartenance de classe des enquêtées. Puis, en explorant les mécanismes de division du travail associatif à l’œuvre, nous réfléchirons à la manière dont des processus de catégorisations opérant entre bénévoles – retraduisant différents rapports sociaux – sous-tendent des prises de rôles et des pratiques différenciées au sein de l’association. Cette communication, tirée d'une enquête ethnographique menée dans le cadre de mon mémoire de Master, invite ainsi à penser à la l’hétérogénéité des expériences que recouvrent certaines catégories – les  « femmes », les « bénévoles », les « migrantes » – et aux sens que ces catégories revêtent, en s’articulant à d’autres, au sein de l’univers associatif étudié.  
Maître d'Enseignement et de Recherche
Université de Lausanne
RT34 Sociologie politique, RT43 Sociologie et religions

Session: 5

Au nom de la « nature » et de la « réalité ». Mobilisations « anti-gender » et milieux catholiques pro-life en Italie.

 

Pour les militants anti-avortement que j'étudie en Italie, le «gender» remet en question la différence sexuelle et promeut «l’homosexualisme». Il s’agit donc d’une menace contre «la famille» et «la vie» (de la conception naturelle à la mort naturelle). Les pro-life italiens sont en première ligne, souvent en collaboration avec d’autres associations catholiques et soutenus par l’Eglise, dans l’organisation des mobilisations anti «idéologie» du gender (terme préféré en Italie à «théorie»). Le fait de saisir ces mobilisations via une enquête ethnographique, c’est-à-dire «au ras des pratiques», me permet de ne pas me limiter à une seule analyse de discours, mais de montrer au contraire comment ces rhétoriques anti-gender s’incarnent dans des pratiques et des profils d’acteurs bien spécifiques.Les mobilisations contre le «gender» sont diverses (action directe, lobby, pétitions). Dans cette intervention, nous nous concentrerons sur les mobilisations culturelles, à savoir les colloques et conférences sur le thème. Dans ces colloques on mobilise avant tout le registre de l’expertise, médicale (avec l’association pro-life Science et vie) et juridique (avec l’association pro-life Juristes pour la vie). Après avoir fait une sociographie des conférenciers anti gender, nous présenterons deux autres registres sur lesquels nous mettrons plus particulièrement l’accent. Premièrement celui du témoignage. Dans ces colloques anti-gender on trouve des communications et/ou des publications d’ex gays, voire d’ex trans, qui peuvent témoigner dans leur vécu, voire dans leur chair, des « illusions » du gender. Ce registre émotionnel se révèle particulièrement efficace face à un public très peu à jour sur les théories du féminisme et pour qui l’acronyme LGBTQI reste mystérieux. Deuxièmement, le registre du «bon sens» et de la «réalité» qui est souvent mobilisé par les intervenants. Au lieu de parler de queer, ces intervenants affirment qu’il suffit de voir que les femmes ne savent toujours pas se garer pour savoir que nous ne sommes pas pareils. Or, comme on peut l’entendre dans les conversations que les gens échangent dans les pauses, ces colloques sont d’abord un lieu pour se réassurer d’un entre soi, pour se dire que ce sont les «autres» qui sont tombés sur la tête s’ils ne voient pas que une femmes et un homme «ce n’est pas pareil». et qu’on «ne peut pas choisir son sexe». Le «gender» devient alors pour les publics de ces colloques, très profanes en la matière, une nouvelle menace, venant d’ailleurs (le terme est toujours prononcé en anglais), que «Bruxelles» ou l'ONU voudraient nous imposer et que la religion catholique, dans sa version mobilisée et combattante, est la seule à reconnaître et à combattre.
Maître d'Enseignement et de Recherche
Université de Lausanne
RT34 Sociologie politique

Session: 5

Au nom de la « nature » et de la « réalité ». Mobilisations « anti-gender » et milieux catholiques pro-life en Italie.

 

Cette communication traite des mobilisations contre « l’idéologie du gender » en Italie, notamment du rôle central que les militants anti-avortement y jouent. La mobilisation est liée à l’agenda politique qui voit le Parlement et le Gouvernement aux prises avec différents dossiers : projets de loi  contre l’homophobie en 2013 (bloqué au Sénat depuis octobre 2013), développement d’une éducation à la diversité à l’école en 2014 (finalement jamais mise en œuvre), projet de loi pour les unions civiles des personnes du même sexe en 2015 (à l’étude). Le « gender » permet alors de chapeauter l’opposition à toutes ces initiatives. Quant aux militants pro-life, il leur permet de se faire entendre par des publics plus larges que ceux dont ils ont l’habitude. Les mobilisations contre la « théorie du gender » empruntent à divers répertoires d’action, mais l’article se focalise sur les colloques et conférences. Après avoir montré sur quels acteurs et argumentaires s’appuient les rhétoriques anti-gender déployées dans ces conférences, l’article souligne la centralité des mouvements pro-life, certes minoritaires mais structurés et ayant trente-cinq and d’expérience militante, dans la rapide émergence des mobilisations « anti-gender » et dans leur typification. Pour conclure, l’auteur émet un doute quant à la stratégie discursive des défenseurs des études genre qui consiste à rappeler que la « théorie du genre » n’existe pas. Bien entendu dans ces conférences il est donné une vision caricaturale, voire fausse, de ce qu’est le « gender ». Néanmoins, ces militants ont bien compris que les études genre sont une entreprise de dénaturalisation et c’est bien cela qu’ils ne peuvent pas accepter. Ils ne se trompent donc pas tant de cible que cela.
Maître d'Enseignement et de Recherche
Université de Lausanne
RT34 Sociologie politique, RT43 Sociologie et religions

Session: 5

Au nom de la « nature » et de la « réalité ». Mobilisations « anti-gender » et milieux catholiques pro-life en Italie.

 

Pour les militants anti-avortement que j'étudie en Italie, le «gender» remet en question la différence sexuelle et promeut «l’homosexualisme». Il s’agit donc d’une menace contre «la famille» et «la vie» (de la conception naturelle à la mort naturelle). Les pro-life italiens sont en première ligne, souvent en collaboration avec d’autres associations catholiques et soutenus par l’Eglise, dans l’organisation des mobilisations anti «idéologie» du gender (terme préféré en Italie à «théorie»). Le fait de saisir ces mobilisations via une enquête ethnographique, c’est-à-dire «au ras des pratiques», me permet de ne pas me limiter à une seule analyse de discours, mais de montrer au contraire comment ces rhétoriques anti-gender s’incarnent dans des pratiques et des profils d’acteurs bien spécifiques.Les mobilisations contre le «gender» sont diverses (action directe, lobby, pétitions). Dans cette intervention, nous nous concentrerons sur les mobilisations culturelles, à savoir les colloques et conférences sur le thème. Dans ces colloques on mobilise avant tout le registre de l’expertise, médicale (avec l’association pro-life Science et vie) et juridique (avec l’association pro-life Juristes pour la vie). Après avoir fait une sociographie des conférenciers anti gender, nous présenterons deux autres registres sur lesquels nous mettrons plus particulièrement l’accent. Premièrement celui du témoignage. Dans ces colloques anti-gender on trouve des communications et/ou des publications d’ex gays, voire d’ex trans, qui peuvent témoigner dans leur vécu, voire dans leur chair, des « illusions » du gender. Ce registre émotionnel se révèle particulièrement efficace face à un public très peu à jour sur les théories du féminisme et pour qui l’acronyme LGBTQI reste mystérieux. Deuxièmement, le registre du «bon sens» et de la «réalité» qui est souvent mobilisé par les intervenants. Au lieu de parler de queer, ces intervenants affirment qu’il suffit de voir que les femmes ne savent toujours pas se garer pour savoir que nous ne sommes pas pareils. Or, comme on peut l’entendre dans les conversations que les gens échangent dans les pauses, ces colloques sont d’abord un lieu pour se réassurer d’un entre soi, pour se dire que ce sont les «autres» qui sont tombés sur la tête s’ils ne voient pas que une femmes et un homme «ce n’est pas pareil». et qu’on «ne peut pas choisir son sexe». Le «gender» devient alors pour les publics de ces colloques, très profanes en la matière, une nouvelle menace, venant d’ailleurs (le terme est toujours prononcé en anglais), que «Bruxelles» ou l'ONU voudraient nous imposer et que la religion catholique, dans sa version mobilisée et combattante, est la seule à reconnaître et à combattre.
 
 
RT26 Réseaux Sociaux

Session: 6

L'artiste saisi par ses réseaux : une analyse longitudinale de trajectoires d'artistes plasticiens

 

La communication présentera une recherche qui fait suite à une enquête conduite il y a 25 ans et portant sur les parcours d’artistes plasticiens vivant dans la région Midi-Pyrénées (Azam 1998). Ces analyses avaient dégagées une typologie de trajectoires correspondant à 3 mondes de l’art locaux. Le volet qualitatif de la recherche avait également montré que ces artistes - et quelque soit leur niveau de formation, de professionnalisme, de reconnaissance et le type d’expression artistique retenu-  partageaient tous la difficulté de se faire connaître en dehors du territoire local et de vivre de la vente de leurs œuvres.   Cette enquête est reprise avec une question simple : que sont –ils devenus ? Les premières explorations pour les retrouver ont utilisé Internet qui – à ce jour- nous a permis de localiser 60 d’entre eux toujours en activité. La plupart vivent encore en Midi-Pyrénées et, en l’état des investigations, ils sont peu nombreux à avoir totalement bifurqué vers d’autres activités professionnelles.   En parallèle, un travail à partir d’une dizaine d’entretiens d’artistes a été entamé sur la question de l’accès aux ressources. Ces entretiens ont fait l’objet d’un traitement reposant sur la méthode des narrations quantifiées, mise au point par Grossetti, Chauvac et Barthe (2011) : elle consiste à saisir pour chaque séquence professionnelle les chaines de relations personnelles et les dispositifs qui sont mobilisés par l’artiste.   Cette communication présentera les premiers éléments de cette enquête sur les trajectoires de ces « artistes ordinaires » en mobilisant l’analyse des réseaux pour comprendre leur encastrement dans les mondes de l’art locaux.   
MCF science politique
IEP de Toulouse/LaSSP
RT37 Sociologie des médias

Session: 2

Une réponse du faible au fort ? La médiatisation de la fermeture d'usine rurale par ses ouvriers

 

 Olivier Baisnée, LaSSP (IEP de Toulouse) : olivier.baisnee@sciencespo-toulouse.frFrédéric Nicolas, LaSSP (Université de Bourgogne) : frederic.nicolas@sciencespo-toulouse.fr Avec d’autres (Continental, Caterpillar, Ford), l'usine Connect, fermée fin 2009 au terme d'une année de lutte, va être constituée en symbole de la crise qui touche l’économie nationale. Symbole qui oppose capitalisme financier et capitalisme industriel et met en évidence la désindustrialisation de la France et les conséquences de la crise en matière d’emploi. Avec le conflit Connect le chercheur est confronté à des dominés (classes populaires, provinciaux, ruraux, âgés, travaillant pour une société dont le nom n’évoquait rien et dont la production était inconnue, faible nombre de salariés concernés (283)) qui ont bénéficié d’une intense couverture journalistique et, qui plus est, d’une couverture positive. Le conflit Connect constitue de ce point de vue un formidable pied de nez analytique à ces analyses en termes de « nouveaux mouvements sociaux » prouvant, même si les modalités restent à expliquer, que les faibles ne sont pas démunis dans la mobilisation des registres symboliques et dans l’accès aux médias.   Reste donc un questionnement stimulant à défaut d’être aisé à solutionner : comment expliquer la « réussite » médiatique de ce conflit. Réussite quantitative (1868 articles de presse écrite recensés (pqr, pqn, phn, agences)) mais surtout « qualitative » ou subjective : car si la réussite est évidemment un mot piégé pour les sciences sociales, nous pouvons néanmoins suspendre l’objection en relevant que, pour les acteurs concernés, elle fut « réussie », ce qui est extrêmement rare. Comprendre la félicité médiatique du conflit Connect à l’aune de « stratégies » de communication (avec ce que cela comporte d’intentionnalité, de rationalisation et de savoir-faire), c’est sans doute passer à côté de l’essentiel mais c’est aussi faire dire à cet objet bien autre chose que ce qu’il a à dire et notamment : effets de contexte - entendus comme configurations - sur les conditions de travail des journalistes et donc leurs perceptions du conflit et la place qu'il occupe dans l'actualité sociale de ces années 2008-2009 ; compétences « ordinaires » qui trouvent à s'actualiser dans le cadre de cette lutte et de sa médiatisation ; conséquences positives non anticipées de décisions prises dans l'urgence. Pour cela, nous déploierons un protocole méthodologique original combinant analyse interne (sociologie de la production de l’actualité) et externe (analyse de cette production journalistique) de la médiatisation de la fermeture de l'usine Connect. L'intérêt de cette communication sera donc double : il sera d'abord méthodologique puisqu'il permettra de saisir ce que l'analyse statistique d'un large corpus de presse (espace des prises de position) peut apporter à une enquête ethnographique collective (espace des positions), et inversement ; et il sera théorique dans la mesure où nous mettrons en lumière une contre-intuition (pour résumer, l'accès de dominés à l'espace médiatique) et ce que cette contre-intuition révèle du sens commun sociologique entourant la médiatisation comme ressource des dominants.
 
 
RT34 Sociologie politique

Session: 4

« Rendre visible les lois naturelles » : les élaborations pratiques et normatives des « Veilleurs »

 

« L’objet de nos veillées c’est de rendre visible sensible, les lois naturelles ; les révéler en chacun de nous. » Rassemblement des « Veilleurs », 11 décembre 2014, place de la Sorbonne La communication s’intéresse au travail idéologique produit par un secteur de la jeunesse catholique mobilisée dans l’environnement de « La Manif pour Tous », et aux « stratégies de la rue » (Fillieule, 1997) élaborées en vue de soutenir ces constructions.Si elle a baissé en fréquence, la protestation qui a émergé au long des débats parlementaires de l’année 2012-2013 reste mobilisatrice, ainsi qu’en ont témoigné les manifestations d’octobre 2014. Mais au-delà  de « la Manif pour tous » (LMPT), diverses modalités d’investissement de l’espace public se sont développées. Au-delà de la forme cortège classique et relativement prévisible de LMPT, il s’observe des performances ou des partitions plus singulières, suggérant comment la réaction catholique participe à l’introduction de « nouvelles pièces » (Offerlé, 2008) dans le répertoire traditionnel de mobilisation. C’est notamment le cas des « Sentinelles » ou « Veilleurs debout », importés d’Italie où le réseau est très actif au sein de l’extrême-droite, ainsi que des « Gavroches », « Antigones », « Mariannes » ou des éphémères « Homen ». Parmi ces spin off de LMPT, « Les Veilleurs » retiennent l’attention. Constitués en collectif réticulaire, ils organisent des sit-in « culturels » inspirés d’Occupy Wall Street et du scoutisme, poursuivant l’hybridité des références caractéristique de ces mouvements. Élément central du dispositif de protestation, fondé en grande partie par des normaliens de formation littéraire, « les Veilleurs » restent à l’œuvre dans une soixantaine de villes (notamment à Paris où leurs réunions rassemblent quelques 300 personnes). Ils fonctionnent comme une plate-forme au sein de laquelle s’élabore une construction idéologique naturaliste, et à partir de laquelle se redistribuent un certain nombre d'engagements plus politisés (ou associatifs) au sein de la mouvance LMPT – parmi lesquels « Sens commun » à l’UMP, non sans désaccords internes quant à l’opportunité d’une politisation partisane. Ce travail d’occupation de l’espace urbain est à observer avec soin dans sa construction sémiologique et discursive, les militants s’y représentant en acteurs « dans la cité ».À divers titres, les « Veilleurs » illustrent les enjeux à l’œuvre au sein de la mobilisation. Prise en charge par une minorité active, cette dernière connaît actuellement une phase d’institutionnalisation et de positionnement adossée à deux dynamiques : la première est la consolidation des structures existantes, particulièrement au sein de la jeune génération. La seconde réside dans l’effort d’agrégation et de réactualisation des motifs de contestation au-delà du « mariage pour tous » et des débats sur les PMA et GPA. Par l’affirmation du principe théologico-politique d’une « loi naturelle », le discours enrôle et agence ainsi, au côté des revendications sur la filiation, des questions identitaires (immigration, souveraineté, identités régionales) ou éducatives (idéologisation du « genre ») ; il développe également un agenda « environnementaliste », comme l’atteste la montée en puissance d’une « écologie intégrale » : portée notamment par les fondateurs des Veilleurs, celle-ci réaménage en l’euphémisant un écologisme d’extrême-droite qui recode les questions de filiation et d’ordre naturel. Sous l’impulsion d’intellectuels jusqu’alors marginaux saisissant ici l’opportunité d’une carrière publique, sous l’impulsion encore d’une jeune élite catholique cultivant un romantisme de « résistance », il se déploie ainsi divers efforts de théorisation visant à doter le conservatisme catholique d’une pensée et d’une culture politique actualisée, « écologisée » et cherchant à fédérer au-delà du seul public traditionnaliste. Sur une base ethnographique, la communication se propose d’éclairer ces enjeux en analysant les dispositifs pratiques et normatifs à l’œuvre au sein du collectif dit des « Veilleurs ». Elle s’inscrit dans un projet de recherche portant sur la (re)politisation de la jeune génération catholique dans le contexte de la loi sur le mariage pour les couples de même sexe, et portant d’une part sur les formats de mobilisation, leurs conditions de félicité et leurs échecs ; d’autre part sur les trajectoires partisanes ou infra-partisanes en train de se définir, en amont et en aval des mobilisations. La proposition de communication repose sur une ethnographie des « veillées » à Paris et Strasbourg de l’été 2014 au printemps 2015 ; l’analyse reposera notamment sur la comparaison avec les « Gavroches » et les « Sentinelles », également étudiés dans le cadre de la recherche.
professeur
ENGEES
RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 1

Acceptabilité sociale : embarras conceptuel autour des embarras collectifs

 

 Cette communication propose un essai de clarification et de réflexivité sur cette expression d’acceptabilité sociale qu’utilisent avec un embarras certain de nombreux collègues qui travaillent avec des acteurs qui cherchent à anticiper ou à comprendre ces situations où les choses ne se passent pas comme prévu et qui font donc face à ce qu’ils nomment un « problème d’acceptabilité ». Deux constats liminaires s’imposent : - celui d’un usage croissant de l’expression dans le monde académique ainsi que dans plusieurs mondes professionnels de l’innovation et de l’équipement des territoires, où elle devient pour de nombreux acteurs un allant de soi, un critère qui est venu se rajouter aux critères techniques, économiques, environnementaux de sélection des projets.   - ensuite, constat que son emploi fait débat : débat sur ce qu’impliquent d’un point de vue normatif la notion d’acceptabilité et son rapport ambigu avec celle d’acceptation, débat également sur ce social qui semble être à la fois la source du problème et la variable d’ajustement permettant d’obtenir cette acceptabilité. Pour tenter une réponse, on procédera en trois temps. Nous reviendrons d’abord sur le type de situation qui appelle le recours à l’expression. Celle-ci nous rappelle, en suivant D. Pestre, que nous fonctionnons selon un mode fondamentalement asymétrique de modification du social : l’innovation technique, le projet d’aménagement ou d’infrastructure, sont premiers, et ce n’est que dans un second temps que d’autres se découvrent concernés par cette innovation ou ce projet, objectent, et se transforment le cas échéant en opposants plus ou moins radicaux, pour toutes sortes de mobiles et de motifs. Cette asymétrie chronologique est due selon D. Pestre à l’autonomie que nos sociétés reconnaissent « aux univers du marché et de la politique professionnelle ». C’est donc une situation structurelle. Cette autonomie n’est bien évidemment que partielle, et donc les destinataires de l’innovation ou du projet n’ont pas été totalement absents des « négociations de conception », selon des modalités qui sont d’ailleurs en recomposition permanente. Mais il y a bien un enjeu spécifique à la territorialisation du projet (Fortin et Fournis), au passage par le site (Nadaï), à la mise en marché effective, plus généralement à la réception par un ou des milieux (F. Chateauraynaud) toujours source de « débordements imprévus ». Il en découle des « négociations d’acceptabilité », structurelles et conflictuelles, qui instituent de fait une situation de « régulation publique du changement » autour de l’innovation ou de l’équipement, qui reprend, conteste, prolonge les régulations « confinées » qui l’avaient éventuellement précédée. On rejoint par là la thèse classique de la positivité du conflit, et la thèse plus spécifique avancée par C. Limoges sur la fonction d’évaluation sociale informelle tenue par les controverses technologiques publiques. Dans un second temps, nous reviendrons sur les critiques adressées à cette notion et indiquerons ce qu’il faut en retenir à notre sens. Certaines critiques sont des critiques internes, qui actent de la complexité de la notion, qui attirent l’attention sur le fait qu’elle est délicate à définir et à utiliser : parce que l’acceptabilité est une notion relative, qu’elle n’a pas de sens dans l’absolu mais par rapport à telle ou telle catégorie d’acteurs en fonction de ses liens spécifiques d’usage, de proximité géographique, d’intérêt… par rapport à l’innovation ou à l’équipement ; parce que l’acceptabilité évolue dans le temps : les jugements qui la nourrissent sont susceptibles de faire l’objet de révisions successives en fonction, par exemple, du savoir expérientiel progressivement acquis sur l’équipement et son fonctionnement, l’innovation et ses usages ; parce qu’il y a pluralité d’acceptomètres : un peu comme pour la perception du risque, faut-il se fier à l’acceptabilité déclarée dans les enquêtes, révélée (par comparaison avec des acceptations avérées ou expérimentées selon des protocoles ad hoc), manifestée (relevé de manifestations d’opposition ou de soutien), sanctionnée (par une décision) ?  D’autres critiques sont plus radicales : pour elles l’acceptabilité relève au fond des technologies sociales du consentement, l’expression serait destinée à « faire avaler la pilule »[1], ou encore à « faire avaler le béton aux citoyens »[2]. Sous couvert de participation, d’ouverture, de transparence, il s’agirait en fait de mettre au point les stratégies et tactiques pour rendre acceptables une innovation ou un équipement par une population donnée (« gaining public acceptance »), sans vouloir interroger, ou alors seulement à la marge, les « qualités »[3] supposées attachées à cette innovation ou à cet équipement. De fait, il est évident que de nombreux exemples témoignent de ce type d’usage de l’expression, qu’il s’agisse de manipulations sémantiques ou du développement d’outils de « Gestion des parties prenantes » qui ont surtout comme objectif de repérer les objecteurs potentiellement les plus puissants, afin de les gérer, et non pas les objections les plus légitimes. Cette critique attire à juste titre l’attention sur les mésusages de cette expression, et principalement sur la tentation de faire porter a priori tout le poids des ajustements sur l’un des protagonistes, le « social » sommé de modifier ses connaissances, ses représentations, ses intérêts, ses pratiques, le cas échéant moyennant une compensation ; autrement dit, le risque est de transformer l’asymétrie chronologique en une asymétrie principielle.  En fin de compte, dans la mesure selon nous où elle s’est imposée, l’expression mérite d’être conservée pour servir de « mot de passe » permettant de travailler avec les acteurs de ces embarras collectifs que sont les situations de régulation publique du changement, mais il importe ensuite d’investir ces situations à partir d’une définition qui intègre cet impératif de symétrisation de la « charge d’acceptabilité ». Une définition possible est alors la suivante : On désigne par embarras collectif ou épreuve d’acceptabilité sociale une dynamique de régulation publique du changement, qui a pour enjeu de reprendre l’exploration des qualités respectives d’un dispositif sociotechnique et du ou des milieux pour lesquels il fait problème, afin éventuellement de les rendre compatibles. En conclusion, nous préciserons les pistes qu’ouvre cette définition. [1] On peut lire à cet égard le point de vue critique : « L’art de faire avaler la pilule. Enquête sur l’acceptabilité sociale », http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Acceptabilite_Z.pdf Clark Kent & Loïs Lane (sic), Revue Z, n°1, 2009.[2]Expression du journaliste B. Masse, dans http://www.reporterre.net/spip.php?article4750, à propos du guide du patronat québecois.[3] Qualité est employé ici au sens large : contenu, sens, conditions d’élaboration ou de fonctionnement, processus de décision sous-jacent… Saisissez ici le résumé de la communication...
Maître de conférences
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - CESSP-CSE
GT48 ARTS - Articulation vie professionnelle/vie familiale et Recomposition des Temps Sociaux

Session: 1

« Parentalité et rapport au travail. Des types d’articulation travail/famille chez les jeunes chercheurs en Belgique »

 

L’arrivée d’un enfant produit des effets opposés sur les carrières des hommes et des femmes. La naissance d’un enfant altère le statut d’emploi des femmes (diminution du temps de travail, sortie de l’activité) tout en augmentant leur charge déjà importante de travail domestique (Garner, Méda et Senik, 2005). A l’inverse, ce même évènement favorise les hommes du point de vue du salaire et de la carrière (Singly, 1984 ; Gadéa, Marry, 2000), sans véritablement bouleverser leur investissement en terme de temps de travail domestique. Fondés sur des recherches quantitatives, ces résultats sont désormais connus et participent à la fois au débat sociologique et à l’élaboration des politiques publiques. Ils  étudient la relation entre parentalité et activité professionnelle sous le registre principal de l’emploi et, plus rarement, sous celui du rapport au travail. Pourtant, on sait depuis les travaux de Serge Paugam (2000) que ces deux dimensions, rapport au travail et rapport à l’emploi, s’imbriquent pour produire un certain type d’intégration sociale chez les individus. A partir d’une enquête par entretiens (30 individus rencontrés tous les ans pendant trois ans) auprès de jeunes chercheurs en cours d’insertion dans la carrière scientifique en Belgique, cette communication propose d’explorer les liens entre parentalité et « rapport au travail ». Chez ces individus engagés dans une activité gourmande en temps et en énergie (la recherche) à un moment de leur existence (29-39 ans) où ils élaborent des projets familiaux, ce lien apparaît de deux manières. En effet, chez eux, la parentalité affecte, d’une part, le degré et les modalités d’investissement dans le travail. Elle les conduit à intensifier et/ou rationaliser leurs temps passés au travail, à séparer de manière étanche temps travaillés et temps « libres » ou au contraire à perturber durablement leur engagement au travail en fabriquant un tiraillement très fort entre nécessité de produire et nécessité de reproduire. La parentalité affecte, d’autre part, leur expérience subjective du travail : elle peut les conduire à relativiser les échecs, à mettre à distance les difficultés ou au contraire à dramatiser les enjeux de réussite. Et cela n’est pas sans conséquence dans un milieu hautement compétitif où l’appréciation de sa propre performance est centrale et source de difficultés. En somme, à partir d’une enquête auprès de jeunes chercheurs belges engagés dans une stratégie d’insertion dans la carrière scientifique, on montrera que, d’une part, la parentalité n’exerce pas seulement des effets sur l’emploi des individus (temps de travail, salaire) : elle exerce aussi des effets sur le rapport au travail. Et l’on montrera, d’autre part, que l’arrivée d’un enfant et l’engagement dans une vie de famille n’est pas seulement la source de conflits et de difficultés. Elle peut aussi, en certaines circonstances, être la source d’un enrichissement de la sphère privée et de la sphère professionnelle.
Docteure
CERLIS
RT14 Sociologie des arts et de la culture

Session: 4

Morphologie et charisme : autoportraits en actes de l’artiste en travailleur chez les acteurs de l’art corporel en France, années 1970

 

Cette proposition s’intéresse à la construction du mouvement artistique de l’art corporel pendant les années 1970, un mouvement produit dans le champ des avant-gardes visuelles en France. Comme beaucoup d’acteurs de cette période, les artistes et critiques qui soutiennent l’art corporel sont explicitement motivés par une redéfinition du travail artistique et par la déconstruction des ressorts naturalisants de l’activité de l’artiste d’avant-garde. À partir d’un terrain constitué d’archives de revues d’art (Artitudes, Art Press, Opus International, qui contiennent des manifestes politiques, textes critiques, descriptions et images d’actions), on verra comment l’usage du corps et de la performance a pu être mis au service d’une critique de l’idéologie romantique du travail créateur, mais aussi en quoi il en reconduit certains éléments.  
Doctorant
Université Paris Ouest Nanterre / Sophiapol
RT27 Sociologie des intellectuels et de l'expertise : savoirs et pouvoirs

Session: 4

La production d’idées dans le mouvement anarchiste international : la « propagande par le fait » au Congrès de Londres (1881)

 

La notion de « propagande par le fait » est utilisée dans le mouvement anarchiste pour évoquer les actes de violence considérés souvent comme « terroristes ». Ce syntagme apparaît formalisé pour la première fois dans la résolution finale votée par les délégués du Congrès international anarchiste de Londres, qui a réuni en 1881 quarante-cinq délégués « des deux mondes » désireux de refonder l’AIT dissoute après la rupture entre marxistes et bakounistes en 1872. Dans cette communication nous essayerons d'analyser, par l'étude des parcours des délégués, des rapports présentés et des débats du congrès, la genèse de cette théorie. Nous montrerons qu'il s'agit moins d'une théorie cohérente du "terrorisme anarchiste" ou le programme d'une "internationale noire" que le fruit des difficultés de traduire à un niveau transnational des réflexions et des pratiques locales et singulières.
Sociologue
Université du Chili
RT20 Méthodes

Session: 5

Méthodes néo-expérimentales en sociologie : l’application de « jeux » dans l’analyse de la représentation des inégalités sociales

 

Dans cette communication, nous présenterons le travail et la méthode d’une équipe installée au Chili, qui a mis en place le programme de recherche « Tolérance face aux inégalités : valorisations symboliques, classifications sociales et légitimation subjective » et « Du micro jugement critique à la critique systémique : pour une sociologie de la critique au Chili » (cf www.desigualdades.cl, site traduit en français). Cette recherche, financée par la Commission chilienne de la recherche scientifique (CONICYT), rend compte des mécanismes qui contribuent à la justification des inégalités au Chili, ainsi qu’à la critique sociale qu’elles suscitent, depuis la subjectivité des acteurs, dans un pays où les inégalités socio-économiques sont parmi les plus fortes en Amérique latine La méthode s’inspire des jeux de cartes appliqués par Luc Boltanski et Laurent Thévenot décrits dans « Finding one's way in social space: a study based on games » (1983), recherche réalisée au début des années 1980 lors de la discussion sur les Catégories Socio Professionnelles dans le cadre du recensement de 1982. Les jeux en tant que méthode de recherche ne présentent pas une trajectoire consolidée en sociologie, contrairement à l’économie et la psychologie sociale. Il existe cependant un lien entre le vignette analysis développé par des équipes anglo-saxonnes à partir des années 1960, la théorie des jeux, les méthodes néo-expérimentales dans le cadre de l’analyse des comportements et les jeux de Bolstanki et Thévenot, traditions et pratiques qui alimentent notre application de ces jeux, en lien avec l’équipe constituée par Etienne Penissat (CERAPS Lille), Cécile Brousse (Ministère du Travail) et Jérome Deauvieau (Laboratoire Printemps – UVSQ).Dans notre cas, nous avons appliqué deux jeux. Tout d’abord, le « jeu de classifications de cartes », au cours duquel les joueurs par groupes de trois puis de six doivent classer 62 cartes figurant des personnes réelles, dans le but d’élaborer une représentation de la société. Les joueurs doivent ensuite nommer les groupes, puis un représentant pour chaque groupe, avant d’établir les liens et distances entre les différents groupes. Nous avons ensuite appliqué le « jeu du personnage mystère » au cours duquel les joueurs, par groupe de trois, doivent deviner, en utilisant des indices sur leur capital social, économique et culturel, l’identité de personnes mystère, deux d’élite – une personne de mobilité récente et une appartenant à l’élite traditionnelle – et une de classes moyenne. Ces jeux permettent de comprendre les représentations de la société parmi des « personnes ordinaires » de différentes classes sociales, ainsi que les critères de classification et de justice sociale qu’elles utilisent en ce qui concerne les différences qui existent entre les membres de la société. Le premier jeu a été réalisé avec 36 joueurs et le deuxième avec 56 joueurs, hommes et femmes de 18 à 70 ans, chaque jeu durant entre 2 et 3 heures. Ils sont filmés et transcrits. Par l’intermédiaire de cette méthode fondée sur une interaction groupale, nous avons voulu comprendre les manières de qualifier et de classer les « autres », qu’ils appartiennent à différentes strates de la société ou plus directement à l’élite économique. Cette méthode permet donc l’expression puis l’analyse des opinions et des préférences, ainsi que des conflits et de leurs résolutions ou des processus de coopération. Du point de vue des données, elle permet à la fois une analyse qualitative et quantitative, ce qui a donné lieu à des comparaisons préliminaires avec les résultats de l’équipe française. Finalement, nous analyserons les avantages et les limites de ce type de méthode par rapport aux autres méthodes disponibles dans le champ de la sociologie.
Sociologue
Université du Chili
GT44 Justice sociale et sentiments d’injustice

Session: 1

Tolérance face aux inégalités et principes de justice sociale dans un régime néolibéral. Le cas chilien.

 

Dans cette communication, nous présenterons les différents principes de justice et la manière dont ils coexistent dans le cas d’une société marquée par le néolibéralisme : la société chilienne. Nous nous inscrivons dans le cadre d’une analyse des grandes représentations de la justice sociale dans le monde et la façon dont elles accompagnent la perception des inégalités dans un pays où ces dernières sont ancrées dans des schémas historiques de différenciation et domination. Sur la base de l’application de méthodes de « jeux », nous analysons les critères de justice sociale qu’utilisent des « personnes ordinaires » en ce qui concerne les différences qui existent entre les membres de la société, dans le double but de mettre au jour les discours sur la justification des inégalités, ainsi que les discours critiques sur ces dernières.Partant de la méthodologie mise en place par Boltanski et Thévenot, « Finding one's way in social space: a study based on games » (1983), nous avons voulu comprendre les manières de qualifier et de classer les « autres », qu’ils appartiennent à différentes strates de la société ou plus directement à l’élite économique, dans une situation concrète d’interaction sociale. Ceci permet de comprendre les jugements de justice formulés par les individus et les justifications qu’ils déploient pour les appuyer, ainsi que d’analyser les principes de justice qui organisent et donnent sens à la hiérarchie sociale et qui articulent les discours sur la tolérance et la critique des inégalités, en particulier face à l’élite. Nous argumentons que les critères qu’avancent les « gens ordinaires » en ce qui concerne les différences sociales entre les individus s’éloignent des critères propres du discours néolibéral sur l’égalité des chances et s’inscrivent aussi dans une demande de justice procédurale. En particulier, la plupart des personnes ordinaires tend à légitimer les inégalités sociales, mais est très attentive à la justice procédurale, plus qu’à la justice substantive, dans son évaluation de la distribution des richesses au sein de la société.Ce travail a été réalisé par une équipe installée au Chili, qui a mis en place les études « Tolérance face aux inégalités : valorisations symboliques, classifications sociales et légitimation subjective » et « Du micro jugement critique à la critique systémique : pour une sociologie de la critique au Chili ». Ce travail (cf www.desigualdades.cl), financées par la Commission chilienne de la recherche scientifique. Elles ont pour but de rendre compte des mécanismes qui contribuent à la justification des inégalités au Chili, ainsi qu’à la critique sociale qu’elles suscitent. Plus que les inégalités elles-mêmes, amplement étudiées par la sociologie latino-américaine, nous analysons la justice sociale en tant que jugement subjectif porté sur les inégalités dans un double contexte de prégnance du modèle néolibéral et de contestation de l’ordre social de la part de divers mouvements sociaux. 
Sociologue
Université du Chili
GT45 Groupe de travail "Sociologie des conflits"

Session: 2

Analyse du conflit social dans les pays émergents : Instruments de compréhension et de mesure multi niveaux

 

Dans cette proposition, nous rendrons compte du travail du Centre for Social Conflict and Cohesion Studies (COES, www.coes.cl), fondé en 2014 et financé par la Commission chilienne de la recherche scientifique (CONICYT), dans le but de développer des recherches associatives sur des thématiques liées au conflit et à la cohésion sociale, de manière comparative. Ce centre, qui regroupe une trentaine de chercheurs, douze post-doctorants, quatre universités, ainsi qu’un réseau international, a pour but d’analyser les multiples manifestations du conflit social au Chili, ses causes, ainsi que leur contexte historique et culturel. Depuis 20 ans, suivant une longue transition de l’autoritarisme (1973-1990) à la démocratie (1990-2015), les acteurs sociaux chiliens ont été limités dans leur capacité d’expression et d’action, par les conditions mêmes de cette transition. Toutefois, depuis 2006 et plus particulièrement depuis 2011, un cycle d’action collective de grande ampleur dans le domaine de l’éducation, de la santé, de la protection de l’environnement, de l’accès aux terres pour les indigènes, entre autres conflits, repose la question du rôle de ces derniers, dans une société où leur expression est encore souvent muselée et perçue comme négative. On peut y voir la présence de formes traditionnelles de conflictualité, mais aussi des formes nouvelles, dont les dynamiques et les effets ne sont pas encore bien cernés. Dans le but de comprendre les logiques à l’œuvre dans les conflictualités contemporaines dans des sociétés partiellement numérisées, le COES organise son travail autour de quatre lignes principales : 1) les dimensions socioéconomiques du conflit 2) les interactions entre individus et entre groupes 3) les conflits sociaux et politiques 4) la dimension territoriale des conflits. Le centre s’attache aussi à l’analyse de ces dimensions au niveau micro, méso et macro, dans le but de complexifier l’analyse.  Ces thématiques sont actuellement en cours d’analyse par l’intermédiaire d’une enquête nationale – avec une dimension nouvelle de géoréférenciation des données – appliquée au cours des derniers mois et qui donnera lieu dans les années à venir à un panel annuel, qui permettra le suivi des conflits et de leur perception, selon une dimension dynamique. Des recherches qualitatives, expérimentales (analyse de réseaux et de media, en particulier pour la compréhension de la complexité des interactions conflictuelles et leur rôle dans la visibilité des conflits), sont aussi en cours pour compléter l’approche quantitative, dans une perspective résolument mixte. Des comparaisons avec d’autres pays sont prévues, en particulier en Europe. Le COES incarne donc une nouvelle masse critique dont le but est de mettre en place des méthodes de recherche et des modèles théoriques qui produiront de nouvelles données et de nouveaux instruments de compréhension de la dimension conflictuelle des sociétés émergentes, par comparaison avec les sociétés industrialisées.
Chargé de Recherche
CNRS
RT5 Classes, inégalités, fragmentations

Session: 3

Conflictualité sociale au quotidien et politisation informelle. Une sociologie politique des rapports sociaux de classes dans un quartier hétérogène socialement.

 

Dans le cadre d’une étude relative aux inégalités sociales de politisation, nous avons entamé en 2013 une enquête ethnographique au sein d’un quartier – anonymisé – d’une des principales agglomérations françaises. Ce territoire urbain en cours de « gentrification » est caractérisé par une forte hétérogénéité sociale et « raciale »[1], qui autorise l’observation des relations – qui ne se traduisent pas nécessairement par des interactions directes – entre des individus et des groupes diversifiés. La recherche avait pour but de saisir le poids éventuel des ancrages et rapports sociaux du quotidien sur la (non) politisation des individus, avec l’hypothèse que la diversité sociale expérimentée dans le quartier pouvait entrainer des formes de conflictualité « ordinaire » dont certaines seraient le terreau de modalités informelles – au sens de non prises en charge par des institutions politiques « légitimes » – de politisation. L’enquête s’appuie sur la complémentarité d’observations dans l’espace local[2] (sorties d’école, associations de parents d’élèves, cafés, conseil syndical de copropriété, etc.), de discussions informelles, et de 55 entretiens (répétés auprès d’une quinzaine d’individus variés socialement, dont certains sont en situation d’interconnaissance). Outre le recours à des données statistiques de contextualisation, nous avons aussi réalisé des questionnaires – incluant des interrogations quant aux rapports sociaux, aux classements « ordinaires » et aux enjeux politiques locaux – à la sortie des bureaux de vote du quartier à l’occasion des élections municipales et européennes de 2014 (N = 4 775), même si ces données sont ici plus secondaires.             Sur la base de ces matériaux localisés, notre communication interroge les liens entre hétérogénéité sociale et « raciale » dans la ville, conflictualité potentielle des rapports sociaux, et politisation des conflits de la vie quotidienne. Il s’agit de comprendre et d’expliquer comment la diversité et les inégalités des rapports de classes localisés peuvent politiser certaines activités « ordinaires » de la vie quotidienne (école des enfants, rapports de voisinage, fréquentation de la mairie, usages du quartier, etc.), en comparant des cas contrastés mais tous observés dans le même quartier. La communication montre d’abord comment la participation à des activités collectives a priori non politiques (associations de parents, conseil syndical) peut induire une politisation informelle, liée notamment à la défense d’intérêts socialement situés dans les milieux les mieux dotés localement. L’engagement dans des réseaux de parents ou dans la vie d’un conseil syndical peut en effet politiser certains parents et copropriétaires, présentant des dispositions particulières face à l’altérité sociale (à l’école et/ou dans le quartier), et qui vont se mobiliser pour défendre leurs intérêts face aux classes populaires locales (souvent d’origines étrangères) jugées déviantes. Sont ensuite abordées des formes de politisation informelle par la fréquentation des institutions locales du fait de problèmes de la vie quotidienne. L’entrée en relation avec des agents administratifs (tendanciellement de milieux sociaux intermédiaires) et des élus (de la bourgeoisie locale) pour solliciter des aides sociales – par exemple dans le cas de familles des fractions parmi les plus précaires des classes populaires –, ou encore pour requérir l’intervention de la municipalité dans un conflit de voisinage (à l’image d’un commerçant français incommodé par la présence de jeunes d’origines étrangères) permet en effet d’observer des processus de politisation inattendus. Enfin, l’expérience de la domination sociale – dans la sphère professionnelle ou sur la scène résidentielle – peut également conduire à une politisation informelle basée sur la requalification de ses problèmes personnels en questions politiques plus générales, par la dénonciation de certaines inégalités sociales. Tel est notamment le cas lorsqu’un petit entrepreneur en difficulté économique attribue un sens politique à son échec professionnel, ou lorsqu’un SDF, s’appuyant sur ses relations conflictuelles avec d’autres « gens de la rue » comme avec des familles de la bourgeoisie, se raconte comme une victime injuste.             Si cette étude relève de la sociologie politique de par son objet (les formes de la politisation informelle), elle s’inscrit de par sa construction empirique et théorique dans le renouveau contemporain des analyses relatives aux classes sociales. D’une part, sur le plan méthodologique, la communication montre comment les rapports sociaux de classes et leurs asymétries sont observables à travers une enquête ethnographique dès lors que l’on adopte une entrée empirique par des territoires hétérogènes socialement (davantage sans doute que par l’étude d’un groupe en particulier comme c’est souvent le cas, par exemple dans les travaux relatifs à des groupes – professionnels ou autres – préconstitués[3]). D’autre part, en matière de conflictualité sociale, la communication apporte une contribution à l’étude de la conversion – jamais automatique, mais toujours éventuelle – de luttes sociales « ordinaires », basées sur l’usage quotidien de l’espace et des institutions locales, en luttes politiques (collectives mais aussi individuelles, par l’étude notamment des rapports pratiques à l’État). Un regard de sociologie politique sur les conflits de classes et de fractions de classes, qui se jouent au quotidien dans les espaces urbains diversifiés comme celui étudié, éclaire au final certaines modalités de leur régulation politique et, ce faisant, certains mécanismes de reproduction de la domination sociale. [1] La localité étudiée est un territoire urbain, dense, qui compte près de 200 000 habitants répartis sur environ 6 km² (près de 30 000 habitants au km²). La population, relativement stable depuis trente ans malgré une légère augmentation récemment, y est très diversifiée socialement. Le taux de chômage est de 14,1 % et la population disposant d’un emploi comprend 23,7 % de cadres et professions intellectuelles supérieures, 26,2 % de professions intermédiaires, 28,9 % d’employés, 15,4 % d’ouvriers et 5,8 % d’artisans, commerçants et chefs d’entreprises. 33,7 % ne sont pas imposables et 19 % des habitants sont d’origine étrangère (INSEE, 2006).[2] L’un des deux enquêteurs, situé dans les fractions culturelles de la petite bourgeoisie locale, vit sur le terrain depuis 8 ans, fréquente régulièrement certains enquêtés, et en côtoie parfois d’autres dans le quartier. L’autre enquêtrice était initialement extérieure au quartier et a de ce fait eu accès à d’autres groupes sociaux présents localement. La multiplication des points d’entrée et des réseaux de sociabilité sur le terrain constitue un atout pour étudier la diversité des groupes sociaux au sein de ce territoire.[3] Sans remettre en cause tout l’intérêt de ces travaux, si étudier des ouvriers ou des travailleurs de tel ou tel secteur permet évidemment de saisir des rapports de classes, l’analyse devient plus relationnelle et met sans doute mieux en exergue les inégalités dès lors que l’on se donne les moyens d’observer ensemble des groupes sociaux diversifiés, sans porter la focale uniquement sur l’un d’entre eux. La question de recherche devient alors comment procéder à une analyse contextualisée et non surplombante de ces différents groupes, l’entrée empirique par un territoire contrasté socialement que nous proposons constituant sans doute l’une des solutions possibles. 
 
 
RT16 Sociologie clinique

Session: A définir

Pour une récollection transdisciplinaire des éléments de l'expérience.

 

La spécificité de la sociologie clinique peut se définir comme démarche d'aide à la compréhension et à la construction de  l'expérience des sujets dans le situations sociales qu'ils vivent. Cela suppose que les sujets individuels ou collectifs essaient de donner sens à leur expérience, ce qui relève de la spécificité de l'humain. Les éléments de cette expérience relèvent de champs disciplinaires apparemment distincts, mais s'y trouvent diversement rassemblés comme matériau pour  construire ou non du sens un langage que les sujets s'approprient et à travers lequel ils puissent parler leur expérience. La récapitulation de ces signes épars et comme désarticulés par les disciplines qui s'en feraient les propriétaires, autrement dit une transdisciplinarité, rendrait aux sujet l'usage de leur expérience affaiblissant d'autant la souffrance du non sens (ne plus rien y comprendre). La sociologie clinique est une théorie du sujet de langage comme spécifiques des science humaines, qui a choisi d'analyser les processus en œuvre dans le champ social, qui y tisse les rapports, des effets de dysfonction, de conflit ou de crise et soutenir, en réponse à une demande ou une souffrance, un mouvement de reconstruction du sens de l'expérience d'abord à travers son expression, c'est ce qui relève de l'intervention clinique.    
 
 
GT44 Justice sociale et sentiments d’injustice

Session: 1

Ambivalences originaires et paradoxes institutionnels de l'effort de justice.

 

On se propose d'analyser comment la justice conjugue le social  et le subjectif à titre de fondements psychiques et d'institution, de valeurs éthiques et de politique. La justice repose d'abord sur le principe de l'égalité qui prend son origine dans la perception que le jeune enfant a de lui-même puis de l'ambivalence envers l'autre, comme semblable que la nécessité de son  propre bien-être oblige à tolérer. Mais l'inégalité et la différence sont des invariants que le droit, l'éthique, les institutions vont s'employer à préserver de la pulsion de mort. Le juste et l'injuste cherchent alors les critères qu'une société prétend fixer de gré ou de force. La justice est à la fois un besoin et un système que les intérêts et les pouvoirs détournent à leur profit. Un autre problème est celui de l'équivalence entre le crime et la peine entre sanction et  réparation. Le jugement prétend évaluer le dommage alors que là encore la loi comme la subjectivité vont à l'encontre de toute assimilation du qualitatif au mesurable. Le jugement suppose du tiers, son abstraction et son incarnation, là encore se manifestent les paradoxes qui vouent les hommes à ce travail de la pensée qui fait l'histoire.
Directeur de recherche au CNRS
Institut des sciences sociales du politique, Ecole normale supérieure de Cacban
RT13 Sociologie du droit et de la justice

Session: 1

Des paumés et des voyous. Une étude exploratoire sur les avocats soumis à des procédures disciplinaires

 

 Dans quelle mesure les professions sont-elles capables de se réguler elles-mêmes et de contrôler  leurs membres ? Cette question, discutée par les sociologues des professions, suscite aujourd’hui des études empiriques portant sur les professionnels déviants. Qui sont-ils ? Quelles circonstances les amènent à déroger aux règles de l’exercice professionnel ? Quel traitement les ordres professionnels réservent-ils à ces situations ? Dans le cadre d’une recherche sur les avocats et l'éthique, nous avons eu accès aux dossiers disciplinaires de plusieurs barreaux et nous nous proposons, dans la présente contribution, de décrire quatre cas et d’en faire une analyse exploratoire. Cette analyse portera principalement sur les contextes dans lesquels les avocats sont conduits à s’écarter des normes professionnelles et visera à caractériser deux « profils » qui se dégagent, parmi les avocats déviants.
postdoctorant
triangle
RT2 Migrations, Altérité et Internationalisation

Session: 6

Sur les sentes de la migration : Pour une approche non-hégémonique du risque

 

Depuis les attentats du 11 septembre, les migrations transnationales sont entrées de plein pied dans l’orbite  des  questions  de  sécurité  intérieure  et  internationale.  On  voit  ainsi  se  constituer  un ensemble de dispositifs juridiques et policiers qui organisent la gestion contemporaine du risque migratoire par les Etats. Face à cette institutionnalisation sécuritaire, le contexte général d’érosion des protections collectives dévolue la gestion des risques sociaux aux individus. Bien souvent, la migration est alors un moyen de gérer ces risques, à l’échelle individuelle ou au sein de collectifs auto-organisés. Cette communication se propose précisément de questionner la notion de risque en se plaçant du point de vue des migrants à partir de deux terrains de recherche : l’un en Asie du Sud- est autour de la question des migrations transnationales de travailleurs, l’autre en Afrique subsaharienne sur la problématique des migrations forcées de réfugiés. Dans quelle mesure ces deux contextes migratoires, permettent d’aborder différemment la notion de risque et de réinterroger la vision très largement occidentalo-centrée qui lui est inhérente ? Ce faisant, il s’agira de voir ce qu’une approche conceptuellement et empiriquement étayée de la notion de risque apporte à la sociologie des migrations et ce que les circulations transnationales amènent à la conceptualisation du risque comme catégorie sociologique.Dans cette perspective, nous proposons tout particulièrement de penser la relation migration/risque à partir du rapport qu’entretiennent les acteurs à la temporalité dans leur conception des parcours migratoires.Cela implique cependant de répondre à des interrogations préalables et d’abord, peut- être, à la plus cruciale : l’emprise de l’idée de risque sur les représentations sociales n’est-elle pas une réalité d’abord « occidentale » ? Si le futur est un « fait culturel » (Appadurai, 2013), n’existe-t-il pas en effet d’autres manières pour les acteurs d’envisager l’avenir, exclusives d’une conceptualité du risque ? Par suite, sous quelles conditions sociales et culturelles l’incertitude peut-elle être et est- elle thématisée comme risque ? Et si on considère le risque comme un type possible – parmi d’autres- de rapport à l’avenir, comment penser la relation entre risque et migration ? Réintroduire la temporalité dans la compréhension du rapport entre risque et migration – où le risque rend compte d’une certaine mise en forme du rapport d’un acteur à un passé, un présent et un avenir - ne suppose-t-il pas d’adopter des options théoriques et des dispositifs méthodologiques davantage tournés vers des approches longitudinales des circulations, entendues en termes de carrières, de parcours biographiques ou encore de trajectoires ?
Chercheur FNS
Université de Lausanne
RT4 Sociologie de l'éducation et de la formation

Session: 7

Le « talent » hérité ? L’évolution de la reproduction sociale dans les grandes écoles françaises depuis les années 1980

 

En France les grandes écoles constituent aujourd’hui encore « l’antichambre » de l’accès aux fractions dominantes de l’espace social (Beaud et Convert, 2010), comme en témoignent les enquêtes récentes sur les milieux politiques, économiques ou académiques nationaux (Denord et al., 2011; Dudouet et Joly, 2010; Zarca, 2006). Depuis la fin des années 1990, des dispositifs visant à « diversifier » le recrutement social des grandes écoles se sont multipliés, à l’instar des emblématiques « conventions Sciences-Po ». Ces dispositifs, ont pour objectif officiel « d’ouvrir » l’accès aux sommets de la hiérarchie socio-professionnelle à des fractions de la population qui en serait autrement en grande partie exclues (Van Zanten, 2010). Ils se basent ainsi sur un présupposé très répandu selon lequel les grandes écoles constitueraient la « voie naturelle » de l’accès aux cercles d’élites nationaux indépendamment de l’origine sociale et du parcours scolaire des élèves qui intègrent de tels cursus Les dernières recherches menées sur le sujet – essentiellement qualitatives et ethnographique – montrent néanmoins que les dispositifs « d’ouverture sociale » des grandes écoles, loin d’annuler les tendances à la reproduction scolaires des inégalités sociales, contribuent au contraire à les complexifier et les invisibiliser (Lambert, 2010; Pasquali, 2014).  Afin de compléter ces approches, nous proposons d’aborder ces questions sous un angle quantitatif et historique. Pour mener nos analyses nous utilisons les données des enquêtes emploi collectées depuis 1982 qui contiennent des indicateurs d’origine sociale. A partir d’un traitement original de ces données consistant à mesurer le changement social au travers des expériences des différentes générations qui se succèdent, nous proposons une double perspective d’analyse. Il s’agira d’une part d’analyser l’évolution du recrutement dans l’accès aux grandes écoles, principalement en fonction de l’origine sociale et du genre. D’autre part, on s’intéressera à l’évolution des perspectives professionnelles offertes aux diplômés des grandes écoles. Nous chercherons en particulier à analyser si les diplômés issus de la « diversité » accèdent autant que les autres aux positions sociales les plus élevées dans la société, comme le sous-tend l’idéal méritocratique (Hout, 1988). Nous nous attendons toutefois à observer une recomposition des inégalités, voire même un replis (Bouchet-Valat, 2014), au sein des diplômés des grandes écoles aujourd’hui en France. 
Post-doctorant
UMR Dynamiques Rurales / EA Habiter le Monde / UMR CURAPP / UMR LARHRA
RT21 Mouvements sociaux

Session: 5

TRADITION ET CONTESTATION : la patrimonialisation contre le consumérisme

 

             Entre pratiques écologiques revendiquées et ancrage anarchiste militant, le mouvement des néo-charbonniers a, sur le plateau du Vercors, développé les conditions de possibilité d’une « résistance » au quotidien par rapport au consumérisme ambiant. Depuis 1998, l’association Atra Vercors vise à inscrire ses actions dans le domaine patrimonial des « traditions » à conserver par leur pratique. En cela, elle perpétue la production du charbon de bois « à l’ancienne », en proposant une vie dans les bois, un mois durant, pour surveiller la combustion du bois, prétexte à toutes sortes de festivités et de rencontres. En périphérie, ses membres génèrent un ensemble de manifestations explicitement contestataire à l’ordre libéral, comme cette « zone de gratuité », menée à Saint-Martin-en-Vercors à la veille de la dernière célébration de Noël 2014.               Si maintenant on s’intéresse à la dimension diachronique, l’historien Philippe Hanus[1] montre bien comment d’une fête locale visant à créer du lien social entre des publics hétérogènes, mais villageois, on est passé avec les dernières charbonnières à un élargissement géographique du « réseau » des néo-charbonniers, mais également à un resserrement sur les militants acquis à la cause libertaire, et plus généralement à toutes les formes alternatives de vie sociale en dehors des normes du capitalisme contemporain. Au-delà, c’est une autre histoire qui anime la dynamique interne de l’association, celle de la construction institutionnelle et symbolique du « massif du Vercors », associant une entité territoriale se désignant comme « historique » avec les dites « Quatre montagnes », au Nord-Est du « plateau ». Les néo-charbonniers s’identifient ainsi à la première de ces entités, le Vercors drômois, aux caractéristiques rurales affirmées.               L’objet de cette intervention visera ainsi et primo à illustrer de ces différentes épaisseurs diachroniques pour interpréter un mouvement associatif s’inscrivant dans un mouvement social contestataire plus global vis-à-vis du consumérisme et secundo à montrer l’intrication entre les engagements quotidiens et les évènements autour des charbonnières. [1] Philippe Hanus : « "Charbonnier fais fumer !" chronique ethnographique d'une fête en Vercors », à paraître dans les actes du colloque de Limoges de septembre 2013. 
Post-doctorant
UMR Dynamiques Rurales / EA Habiter le Monde / UMR CURAPP / UMR LARHRA
RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: 3

L’ATTACHEMENT AU TERRITOIRE : genre et appartenance sociale

 

             Cette proposition de communication s’inscrit dans le cadre d’une mission post-doctorale au sein du LABEX ITEM (Innovation et Territoires de Montagne), auprès de l’Université Pierre Mendès France de Grenoble. La recherche prend pour objet la question des modes d’attachement pluriels au territoire dans un espace protégé dit « de montagne ». Il s’agit en réalité de moyenne montagne, à savoir le Parc Naturel Régional du Vercors, dénommé « le plateau », s’assimilant largement à un espace rural dans lequel perdure une petite agriculture basée sur l’élevage.               Le dit « plateau » entretient nombre de contrastes, entre l’est d’une part, particulièrement orienté vers le tourisme, avec les stations renommées pour le sport d’hiver que sont Villard-de-Lans, Corrençon-en-Vercors ou encore Autrans et Méaudre, sites prisés du ski nordique depuis les Jeux Olympiques d’hiver de Grenoble en 1968, et d’autre part l’ouest drômois, dont les activités touristiques ont commencé à péricliter dans les années 1970.               A l’ouest justement, les mobilités s’avèrent plus complexes du fait de l’enkystement territorial. Dans ce secteur du « Vercors historique », entre Rencurel au nord et Vassieux au sud, un tourisme de mémoire, lié à l’épisode de la Résistance, peine à offrir les mêmes opportunités de développement. Les routes pittoresques qui attiraient les autocaristes jusqu’au début des années 1980 connaissent désormais des fermetures régulières pour travaux de sécurisation. L’agriculture reste ainsi un secteur essentiel pour la vie économique du canton de La Chapelle-en-Vercors et de ses seulement 2 000 habitant-e-s.             Dans ce contexte, l’emploi féminin nécessite de se tourner vers la vallée de l’Isère qui oblige à des déplacements parfois scabreux sur des chaussées périlleuses en hiver.               Notre approche de la problématique de l’attachement part d’une ambivalence inhérente au terme même. En français, l’attachement (mais il en est de même pour toute une partie du vocabulaire) exprime une dualité ambigüe, donc problématique. Par ce terme on entend à la fois une intentionnalité relevant de la volonté de faire corps avec l’espace, mais aussi son contraire, à savoir l’enfermement contraint à un territoire auquel on serait attaché au sens de retenu par la force des choses : allant de l’intérêt à rester jusqu’à l’autocensure de se penser ailleurs.               C’est au travers du dualisme fondateur de la notion qu’intervient la logique du genre. Un exemple révélateur est fourni par la rencontre avec Michèle, secrétaire de Mairie d’un village de 300 habitants dans le Vercors ouest. Michèle est restée au pays par l’obligation morale qu’elle s’est imposée de pérenniser la petite exploitation agricole familiale, à la suite du décès tragique de son père, mort « sous le tracteur ». Seule apte à mener cet engin dont on lui avait appris les rudiments, elle devient alors la prisonnière d’un plateau qu’elle se met à haïr pour l’enfermement auquel il la condamne. Devenue, « par héritage », la première conseillère municipale de la commune, succédant à son grand-père ancien Maire et à son père conseiller lui-même, elle affronte une assemblée masculine, jusqu’à retirer ses terres de l’association communale de chasse, pour motif éthique.             Afin de se sortir de l’enfermement, Michèle se réfugie dans l’écriture et participe à un « projet d’écriture de l’intime », mené en Belgique par une équipe de sociologues qui lui ouvrent une nouvelle perspective. Venant de terminer son second ouvrage, Michèle permet de questionner les caractéristiques du féminin face à l’isolement géographique des falaises du Vercors. En confrontant son expérience avec celle de Jean-Pierre, lui aussi resté dans le village voisin par obligation, nous nous demanderons en quoi la place dans la stratification sociale influe sur le devenir genré.               Après plusieurs journées d’entretiens, et plus encore d’échanges avec ces interlocuteurs privilégiés, nous nous proposons d’interroger la « spécificité » du genre dans la relation duelle au territoire, vue sous l’angle de l’attachement, en la confrontant à la problématique de l’appartenance sociale. Si l’on peut en effet penser que le « capital d’autochotonie », développé par Jean-Noël Retière et repris récemment par Nicolas Renahy constitue de façon privilégiée une ressource sociale captée par le masculin, on observe ici que le status d’héritière permet d’opérer un transfert en faveur de certaines femmes.               En arrière-plan, nous nous proposons de revenir sur l’approche biographique adoptée en questionnant les ruptures présentées par les acteurs eux-mêmes comme fondatrices de leurs parcours. Le « destin social » adopté comme grille de lecture est ainsi parfois contredit par la trajectoire elle-même, questionnant les résultats de la méthode. La marge de négociation dépend alors d’autres facteurs, comme la conscientisation d’une injonction que l’on s’évertue à contrarier. Saisissez ici le résumé de la communication...
Post-doctorant
UMR Dynamiques Rurales / EA Habiter le Monde / UMR CURAPP / UMR LARHRA
RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 4

LA HAIE ET « L’EXPERT » AUX RISQUES DE L’INGENIERIE SOCIALE

 

             Deux dossiers animent actuellement la question environnementale en régions. Il s’agit tout d’abord des Trames verte et bleue et de leur déclinaison en Schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE). En Picardie, territoire marqué par l’agriculture intensive, ces programmes ont rencontré l’intérêt des scientifiques qui travaillent sur la pharmacologie végétale, et notamment forestière, ainsi qu’une forte opposition des milieux professionnels.               Dans ce contexte, les dispositifs de recherche FORHAIE et SMALL FOREST, animés par une équipe de pharmacologues écologues, visent à démontrer la pertinence d’une reconstitution d’un réseau arboré, à même de permettre le maintien des corridors de biodiversité.               Le recours à un sociologue répond ici à un souci de repérer les freins à l’acceptabilité sociale de la haie et des îlots arborés, sans qu’il soit véritablement question d’envisager une contre-expertise. Les auxiliaires naturels de l’agriculture contre les « ravageurs » sont avancés comme une clé d’acceptation par les entrepreneurs agricoles. Cette approche se révèle d’autant plus problématique que les résultats des analyses se révèlent partagées et soumis à de multiples conditions qui n’échappent pas aux exploitants.               La tentative d’infléchir la problématisation en direction d’une véritable prise en compte des cultures de la nature reste cependant soumise aux conditions de la recherche contemporaine en France, faite de précarité et de course aux postes. La haie est pourtant un objet à part entière dans les sciences sociales[1], qui s’insère dans un ensemble de pratiques sociales dépassant très largement la question de la biodiversité. Elle comporte ainsi des dimensions multiples : agronomique, sylvicole, juridique, économique et culturelle, qu’il conviendrait d’intégrer à la réflexion.               Cette communication cherchera ainsi à replacer la posture du sociologue dans son contexte d’instabilité institutionnelle, en montrant que le militantisme rencontré parmi les collègues chercheurs installés empêche souvent d’appréhender les enjeux de l’objet arboré, lequel ne se comprend souvent que dans son contexte historique d’insertion à un territoire où il trouve sens. Elle se donnera ensuite pour objectif de mettre en visibilité quelques-uns des résultats de l’enquête socio-ethnographique en cours, laquelle rencontre des échos pour le moins mitigés sur la fenêtre « openfield », alors qu’elle coule de source dans le territoire bocager qui lui vient en comparaison.             En conséquence, le passage de l’ingénierie sociale à l’expertise implique un travail de déconstruction auprès des collègues de la recherche. [1] Cf. Caroline Darroux : « Controverse, attachements et croisement des savoirs liés à l'entretien du bocage dans le Morvan : la co-construction des postures pour sortir de la rupture du dialogue ? », article en cours de publication. 
Master
IEP Toulouse
RT37 Sociologie des médias

Session: 2

Un cercle "d'experts" ? Le cas des chercheurs invités à l'émission "C dans l'air"

 

L’émission « C dans l’air » possède la particularité d’inviter de nombreux représentants du champ académique, tout en rassemblant une audience conséquente. Conviés à titre d’ « experts », scientifiques et non-scientifiques débattent d’un sujet d’actualité pendant environ une heure. Ce dispositif peut poser problème au sociologue dont la démarche vise à déconstruire les représentations communes du monde social. En effet, il impose de débattre sur une représentation orientée de ce dernier que le sociologue est a priori disposé à questionner. Ainsi, en mêlant approche qualitative et quantitative, nous chercherons à comprendre les mécanismes qui résultent de cette tension, et en quoi ceux-ci peuvent éventuellement permettre de faire place à une vision dénaturalisée du monde social dans les médias.
Sociologie de la laïcité
GSRL (CNRS-EPHE)
GT49 Histoire de la sociologie

Session: 5

Jalons pour l'histoire de la sociologie de la laïcité

 

    En 1995, le Groupe de Sociologie des Religions (GSR) du CNRS,  faisait place au Groupe de Sociologie des religions et de la Laïcité (GSRL EPHE-CNRS) devenue ensuite le Groupe Sociétés Religions Laïcités. Prendre la laïcité comme un objet sociologique ne semblait pas évident. Pourtant, on trouve déjà chez les pères fondateurs de la sociologie, Max Weber et Emile Durkheim  notamment, des éléments pertinents pour une telle perspective.      La perspective théorique qui a abouti au GSRL a consisté en un refus du paradigme de la sécularisation, très en vogue chez les sociologues de la religion, des années 1960 aux années 1980,  et à distinguer nettement « sécularisation » et « laïcité », quitte à articuler ensuite ces deux concepts. La sociologie de la laïcité s’est construite de façon critique par rapport à la sociologie (dominante) de la religion,  qui, comme le constatait François-André Isambert, dès 1980, « relie l’économique et le culturel sans s’apercevoir d’un certain vide laissé au plan médian de l’exercice du pouvoir ». La sociologie de la laïcité s’intéresse au premier chef au politique. D’ailleurs l’actuel directeur du GSRL, Philippe Portier est un politologue.    La seconde hypothèse de départ du GSRL a été d’affirmer que, si l’usage social du terme « laïcité » est important en France, une conception analytique de la laïcité doit considérer qu’il existe, dans différents pays, des laïcités ayant entre elles ressemblances et différences. C’est pourquoi le GSRL a immédiatement travaillé en lien avec des chercheurs d’autres pays pour promouvoir une démarche comparative.     Enfin une approche de sociologie historique a été privilégiée, refusant aussi bien l’histoire événementielle que l’histoire des Annales privilégiant le temps long aux dépens de celui de l’acteur. Il s’est agi d’articuler moyenne, voire longue durée du  processus laïcisateur et temps court de l’action. L’année anniversaire des 20 ans de la création du GSRL constitue une bonne occasion de poser quelques jalons d’une histoire de la (jeune) sociologie de la laïcité. Saisissez ici le résumé de la communication...
Maître de conférence
Université Paris Est LIRTES
RT40 Sociologie des institutions

Session: 1

Le devenir de la catégorie "usager". Naturalisation, dénaturalisation des catégories institutionnelles et de l’action publique

 

 Aux différentes étapes de leur développement, les institutions gagnent ou perdent en légitimité en utilisant des catégories d’action qu’elles participent parfois à promouvoir ou bien qu’elles assimilent en tant qu’expressions des normes dominantes. Ces termes, notions, concepts ou signifiants paraissent alors communément admis, allant de soi ; ils deviennent des repères presque naturels non seulement pour les protagonistes mais aussi pour les profanes, du moins lorsque le champ d’action et ses référentiels semblent suffisamment établis. Il en fut ainsi dans le domaine de l’enfance à problème ou irrégulière, avec la notion d’ « inadaptation juvénile » (1940 à 1980) jusqu’à ce que la notion de handicap recouvre et dilue complètement cette catégorie. C’est actuellement le cas avec  le néologisme de « parentalité » devenu prépondérant dans les domaines de l’enfance et de la famille. Ce type de notions renvoie à des conceptions, des connaissances et des formes d’activité qui, pendant un temps – plusieurs décennies- paraissent naturalisées. Le terme « naturalisé » est pris ici dans son sens normatif : conforme à la raison, à l’usage commun, qui vient de soi-même à l’esprit, qui exclut la réflexion… Suivant les exemples évoqués, il s’écoulerait plus de 20 ans entre l’instauration d’une catégorie (au triple plan politique, institutionnelle et scientifique), passant pour naturelle, et l’expression de sa critique, qui, éventuellement, entame sa dénaturalisation. Mon intention est d’interroger ces processus, leurs rapports avec le travail de légitimation des institutions et avec le rôle consolidant des sciences humaines et sociales, comparativement à celui de la sociologie critique.  A partir de constats tirés des deux exemples cités, mon questionnement s’appliquera surtout à la notion d’« usager ».  Le terme est en effet devenu une catégorie courante, voire banale, de l’action publique, jusqu’à pénétrer le langage commun. Pour autant, comme de nombreux travaux l’ont montré, son adoption (notamment lors de la loi 2002-2) correspond à une profonde mise en cause des institutions des secteurs sanitaires, médico-sociaux et socio-éducatifs. Elle soulève non seulement la question des rapports entre les professionnels et les publics, mais aussi et surtout, celle de la gestion et de la rentabilité des services rendus. On sait déjà combien le terme est polysémique et traversé par des tensions, il s’agira dès lors de faire un point d’étape sur l’évolution de cette catégorie. On testera l’hypothèse selon laquelle son activation politique et institutionnelle, via l’injonction participative,  amorcerait ou traduirait en réalité, son assèchement, au profit d’appellations plus libérales et plus variées.  Cette réflexion est issue d’une série de journées d’étude qui se déroulent au laboratoire LIRTES de l'UPEC (2014-2015), intitulées : les nouvelles figures de l’usager : de la domination à l’émancipation ? Bibliographie Becquemin Michèle, Bonici Marie, Chebroux Jean-Bernard (coor.), L’usager, l’assistance, la contrepartie. Penser avec  Robert Castel et autrement, Paris, PETRA, 2015 (à paraître).  Chauvière Michel, Trop de gestion tue le social, Paris, La Découverte, 2007. Demailly Lise, Politiques de la relation. Approches sociologique des métiers et activités professionnelles relationnelles, Lille, Presses universitaires du  Septentrion, 2008. Jeagger Marcel (dir.), Usagers ou citoyens, De l’usage des catégories en action sociale et médico-sociale, Paris, Dunod, 2011. Hughes Everett, « Qu’y-a- t-il dans un nom », Le regard sociologique, Paris, ed. EHESS, 1996.  Neyrand Gérard, Les dispositifs de parentalité, Toulouse, érès, 2011. Rapport du Conseil Supérieur du Travail Social, février 2015. 
Professeur des universités
Université de Cergy-Pontoise
RT15 Jeunesse, Ages de vie, Générations, RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: 4

Faire face aux incertitudes. L'inscription du service civique dans le parcours des jeunes volontaires.

 

Le service civique, créé par la loi du 10 mars 2010, s’inscrit dans une continuité historique, en particulier celle du service national obligatoire et de sa réforme en 1997 et, plus récemment dans celle du service civil volontaire mis en place en 2006 au titre des mesures prises au lendemain des émeutes urbaines de 2005, dont il a réorganisé et pérennisé l’existence. Tel qu’il est présenté dans les textes, le service civique s’inscrit dans une double logique : une logique citoyenne en ce qu’il « offre à toute personne volontaire l'opportunité de servir les valeurs de la République et de s'engager en faveur d'un projet collectif en effectuant une mission d'intérêt général » et une logique d’insertion en ce qu’il constitue une « opportunité de développer ou d’acquérir de nouvelles compétences » et de réfléchir à un « projet d’avenir ». Cette double logique n’est pas étrangère aux préoccupations des pouvoirs publics à l’égard des questions de jeunesse comme en témoignent les politiques de jeunesse développées à différents échelons territoriaux depuis plusieurs années. Elle traduit l’ambition de travailler ensemble des objectifs d’intégration sociale, économique et politique. Bien que des réserves puissent être exprimées à l’égard d’un dispositif qui prétend pouvoir embrasser des objectifs qui ont leurs enjeux et leurs caractéristiques propres, l’attention mérite d’être portée sur les manières dont les jeunes eux-mêmes en font usage. Cet usage du service civique peut être appréhendé à travers l’analyse, d’une part, des motifs d’engagement dans un service civique et des attentes à son égard et, d’autre part, de la place de l’expérience volontaire dans le parcours des jeunes. Les enquêtes réalisées auprès des volontaires de l’association Unis-Cité permettent d’éclairer ces deux dimensions. Une enquête quantitative longitudinale est réalisée depuis 2006 auprès de l'ensemble des volontaires : questionnaire au début du service civique, à la fin du service civique et 6 mois après la fin du service civique. En complément, une enquête qualitative a été effectuée auprès de 42 volontaires issus de trois régions de la promotion 2009-2010 (entretiens semi-directifs au début et à la fin du service civique). Les données recueillies sont d’autant plus intéressantes pour réfléchir à ces aspects qu’elles portent sur le service civil volontaire et sur le service civique et qu’elles sont particulièrement stables d’une année sur l’autre. De plus, elles concernent une association qui s’attache à opérer un recrutement socialement hétérogène, permettant ainsi d’examiner à la fois la situation des jeunes les moins diplômés comme celles des plus diplômés.Cette communication portera sur la position du service civique (6 à 9 mois à temps plein) dans le parcours des jeunes. Cette position informe sur les manières dont les jeunes se réapproprient ce dispositif d'incitation à l'engagement et les rôles qu'ils lui attribuent en matière de régulation de leur parcours. Cette position s'inscrit sur l'axe scolaro-professionnel (par exemples arrêt de scolarité, inactivité professionnelle, entrée dans l'enseignement supérieur, entrée sur la marché du travail), illustre les conséquences de choix (par exemple en matière d'orientation) et d'expériences (par exemple un échec scolaire) antérieures et varie en fonction de caractéristiques sociales spécifiques. La communication présentera trois types d'usages : se trouver, se tester et confirmer qui témoignent de la force des normes de parcours et des manières dont les jeunes essayent d'articuler des dimensions structurelle (normes de parcours, centralité du diplôme) et contextuelle (exigences d'expériences, état du marché du travail, ect.). 
Professeur des universités
Université de Cergy-Pontoise
RT15 Jeunesse, Ages de vie, Générations, RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: 4

Faire face aux incertitudes. L'inscription du service civique dans le parcours des jeunes volontaires.

 

Le service civique, créé par la loi du 10 mars 2010, s’inscrit dans une continuité historique, en particulier celle du service national obligatoire et de sa réforme en 1997 et, plus récemment dans celle du service civil volontaire mis en place en 2006 au titre des mesures prises au lendemain des émeutes urbaines de 2005, dont il a réorganisé et pérennisé l’existence. Tel qu’il est présenté dans les textes, le service civique s’inscrit dans une double logique : une logique citoyenne en ce qu’il « offre à toute personne volontaire l'opportunité de servir les valeurs de la République et de s'engager en faveur d'un projet collectif en effectuant une mission d'intérêt général » et une logique d’insertion en ce qu’il constitue une « opportunité de développer ou d’acquérir de nouvelles compétences » et de réfléchir à un « projet d’avenir ». Cette double logique n’est pas étrangère aux préoccupations des pouvoirs publics à l’égard des questions de jeunesse comme en témoignent les politiques de jeunesse développées à différents échelons territoriaux depuis plusieurs années. Elle traduit l’ambition de travailler ensemble des objectifs d’intégration sociale, économique et politique. Bien que des réserves puissent être exprimées à l’égard d’un dispositif qui prétend pouvoir embrasser des objectifs qui ont leurs enjeux et leurs caractéristiques propres, l’attention mérite d’être portée sur les manières dont les jeunes eux-mêmes en font usage. Cet usage du service civique peut être appréhendé à travers l’analyse, d’une part, des motifs d’engagement dans un service civique et des attentes à son égard et, d’autre part, de la place de l’expérience volontaire dans le parcours des jeunes. Les enquêtes réalisées auprès des volontaires de l’association Unis-Cité permettent d’éclairer ces deux dimensions. Une enquête quantitative longitudinale est réalisée depuis 2006 auprès de l'ensemble des volontaires : questionnaire au début du service civique, à la fin du service civique et 6 mois après la fin du service civique. En complément, une enquête qualitative a été effectuée auprès de 42 volontaires issus de trois régions de la promotion 2009-2010 (entretiens semi-directifs au début et à la fin du service civique). Les données recueillies sont d’autant plus intéressantes pour réfléchir à ces aspects qu’elles portent sur le service civil volontaire et sur le service civique et qu’elles sont particulièrement stables d’une année sur l’autre. De plus, elles concernent une association qui s’attache à opérer un recrutement socialement hétérogène, permettant ainsi d’examiner à la fois la situation des jeunes les moins diplômés comme celles des plus diplômés.Cette communication portera sur la position du service civique (6 à 9 mois à temps plein) dans le parcours des jeunes. Cette position informe sur les manières dont les jeunes se réapproprient ce dispositif d'incitation à l'engagement et les rôles qu'ils lui attribuent en matière de régulation de leur parcours. Cette position s'inscrit sur l'axe scolaro-professionnel (par exemples arrêt de scolarité, inactivité professionnelle, entrée dans l'enseignement supérieur, entrée sur la marché du travail), illustre les conséquences de choix (par exemple en matière d'orientation) et d'expériences (par exemple un échec scolaire) antérieures et varie en fonction de caractéristiques sociales spécifiques. La communication présentera trois types d'usages : se trouver, se tester et confirmer qui témoignent de la force des normes de parcours et des manières dont les jeunes essayent d'articuler des dimensions structurelle (normes de parcours, centralité du diplôme) et contextuelle (exigences d'expériences, état du marché du travail, ect.). 
Maître de conférences
Université de Poitiers
RT11 Sociologie de la consommation et des usages

Session: 6

Habiter avec ses objets : domestiquer la nature, lutter contre le sauvage

 

     Nous souhaitons aborder ici la question des usages sociaux de l’opposition entre nature et culture à partir d’analyses consacrées à l’habiter et, plus précisément encore, à la cohabitation des hommes et des objets.     Notre réflexion s’appuiera sur les résultats d’une enquête socio-anthropologique dans laquelle le statut des biens dans l’habitat se révèle tributaire d’enjeux liés à la « domestication » des êtres, des choses et des espaces.     Les habitants travaillent en permanence à contrarier la tendance de leurs entours matériels à s’« ensauvager » (autrement dit à se désindividualiser, pour redevenir des « choses », délimitant, au cœur du domestique, des enclaves étrangères et hostiles).    Mais cet effort ne vise pas seulement à discipliner des entours indociles. Sous certaines conditions, en effet, les mêmes objets représentent des « richesses », c’est-à-dire à la fois des biens irréductibles à des repères conventionnels de la valeur et, à la fois, des présences bienfaisantes peuplant les foyers (à la manière des plantes et/ou des animaux).    Nous verrons alors que les devoirs contractés à l’égard des choses (incitant leurs maîtres, à en prendre soin) ne participent pas seulement d’un effort habitant d’administration du domestique. Ceci conduira in fine à présenter une série d’analyses empiriques étayant l’hypothèse selon laquelle l’objet, en tant que forme cohérente, justiciable d’une mise « en valeur » domestique, peut fournir, en dernier ressort, le substrat d’un impératif moral : s’il n’est pas toujours simple de jeter une table, un verre ou un coussin, c’est bien parce qu’il s’agit toujours de quelque chose. Au même titre que les créations de la nature, la morphologie de l’objet, en tant que forme culturelle, impose ainsi le respect dû aux productions d’une manne sociétale à la fois extérieure et souveraine.
Enseignante
EPSTA
GT49 Histoire de la sociologie

Session: 3

L’enseignement de la sociologie industrielle pour les étudiants futurs ingénieurs, l’importance de se référer aux fondateurs.

 

SaisLa sociologie est née avec la révolution industrielle et on dit souvent qu’elle est fille de la modernité. Elle est l’une des dernières disciplines académiques à naître pour faire ainsi partie des sciences humaines et sociales. Elle se voulait être une science positive, pour démontrer l’apport que pouvait apporter une science sociale au progrès de l’esprit humain et de condamner l’obscurantisme et les croyances mystiques de l’époque d’avant le 18ème siècle.  Auguste COMTE le père de la sociologie, la définit comme : «l’étude positive de l’ensemble des lois fondamentales propres aux phénomènes sociaux». Aussi, Emile Durkheim qui l’a institutionnalisée et a mis ses règles méthodologiques, voulait qu’en étudie les faits sociaux, qui font l’objet de la sociologie, comme des choses. Il définit les faits sociaux comme suit : « Des manières d'agir, de penser et de sentir, extérieures à l'individu, et qui sont douées d'un pouvoir de coercition en vertu duquel ils s’imposent à lui.»[1] D’après lui les faits sociaux ont deux caractéristiques d’objectivité qui sont l’extériorité et le pouvoir de coercition qui permettent de les étudier comme des choses. Bref, tous les sociologues s’accordent à faire de la sociologie une science qui combat les idéologies et les mystifications. L’attitude scientifique est importante pour la sociologie, elle constitue la condition même de sa scientificité et donc, de sa perpétuation.  Comment enseigner la sociologie comme science qui permet de promouvoir l’esprit scientifique et l’autonomie intellectuelle?  Comment prémunir la sociologie de l’instrumentalisation idéologique. Nous allons axer notre exposé sur le contexte d’enseignement de la sociologie aux étudiants futurs ingénieurs dans le contexte Algérien. Nos hypothèses Devant le projet mondialiste de réduction de l’enseignement à de simples compétences adaptées au monde du travail, nous nous posons les questions suivantes : 1-La sociologie doit-elle servir les professions et être juste une disciplines auxiliaire accompagnant les disciplines scientifiques? Dans ce cas son enseignement s’arrêterait juste à donner aux étudiants quelques notions de la vie professionnelle et sociale pour mieux comprendre les réalités concrètes de la vie en milieu du travail.  2-Où alors, devrait-elle revenir à ses origines en tant que science objective au service de l’humanité toute entière ? Et donc, dans ce cas, son enseignement devrait viser l’esprit scientifique, l’autonomie et la curiosité intellectuelle. [1] Emile Durkheim. Les règles de la méthode sociologique. Paris, Félix Alcan, 3ème édition, 1904, p.8. issez ici le résumé de la communication...
 
Sorbonne Nouvelle - Paris 3
RT10 Sociologie de la connaissance

Session: 6

Le poids des concepts sociologiques dans les catégorisations indigènes : le cas des commentateurs de séries en France

 

Cette communication propose d'explorer la manière dont des catégories et des concepts sociologiques peuvent intervenir dans la production de catégorisations, de classifications et d’analyses indigènes. Elle s’appuie sur une enquête qui étudie le mouvement de reconnaissance culturelle des séries et le développement du goût pour les séries en France. Cette recherche retrace, via une approche compréhensive menée par entretiens semi-directifs (N=28), les carrières de commentateurs de séries qui y ont contribué, à savoir des journalistes, des critiques et des amateurs qui produisent des analyses de séries dans la presse ou sur des blogs. Cette communication analyse comment les enquêtés proposent des discours et des représentations de la société qui sont traversés par des tensions conceptuelles issues de théories sociologiques : nous exposerons ainsi la façon dont nos enquêtés se réapproprient les concepts associés à la « légitimité culturelle » pour présenter leur parcours et l’évolution du milieu sériephile. Nous interrogerons pour cela l’idée d'une production de « sociologies critiques » par les enquêtés eux-mêmes en exposant comment des conceptions universitaires de la société peuvent être investies par les enquêtés et contribuer à l’élaboration de catégorisations. Cela se traduit, notamment, dans les argumentaires critiques développés par certains enquêtés qui dénoncent ce qu'ils nomment les « tampons des élites » posés sur certaines séries.
 
Sorbonne Nouvelle - Paris 3
RT14 Sociologie des arts et de la culture

Session: 5

L’exercice du goût chez les prescripteurs : le cas des journalistes spécialisés sur les séries télévisées

 

Cette communication propose d’appréhender la dénaturalisation du rapport aux produits culturels par l’étude de l’activité de « prescription » (Karpik 2007) des journalistes spécialisés sur les séries. En rédigeant les rubriques séries de magazines culturels, ceux-ci donnent aux lecteurs des éléments de sélection et font l’intermédiaire, dans le « monde » (Becker, 1988) des séries, entre les créateurs/producteurs et le public. Cependant ce ne sont pas les effets sur le rapport du public aux séries qui sont interrogés ici mais la façon dont, en amont, le goût personnel intervient dans cette rédaction de « critiques » (Béra 2003). Celle-ci est envisagée comme une opération de mise en mots, à visée prescriptive et dans un cadre professionnel, du goût d’amateurs de séries lié à des caractéristiques sociales. Quels mécanismes permettent de traduire un rapport personnel aux séries en critique potentiellement agissante sur les goûts d’autres individus ? Cette communication s’appuie sur une enquête qualitative réalisée auprès de journalistes séries.  En explicitant le rôle de certaines variables sociales (classe, âge, genre) et des dispositifs (type de magazines, support de diffusion etc.) il s'agira de montrer comment le lien entre goût et prescription s’articule autour d’une tension entre émotion et intellectualisation. Cette tension recoupe des positionnements professionnels qui oscillent entre une  politique de neutralisation du rapport sensible aux œuvres et l’intégration de la subjectivité des goûts personnels conceptualisée par certains enquêtés sous l’idée de « mauvaise foi » du critique.
 
Sorbonne Nouvelle - Paris 3
RT37 Sociologie des médias

Session: 3

Présidence

 

Saisissez ici le résumé de la communication...
MCF en sociologie
UPEC - LIRTES - ESPE - OUIEP
RT2 Migrations, Altérité et Internationalisation

Session: 4

La "famille immigrée" au prisme des essentialismes

 

Dans le cadre de ce congrès qui interroge la prégnance de schèmes naturalisants pour expliquer le monde social, cet axe invite à un regard réflexif et critique sur la "famille immigrée". Figure centrale dans les discours publics liés aux migrations, cette catégorie fonctionne comme si elle allait de soi, tout comme les modalités qui lui sont souvent associées : difficultés sociales, dangerosité urbaine, polygamie, mariage forcé, islamisation des jeunes, violences sexistes, etc. On souhaite ici interroger la production et la circulation de ces discours dans les mondes médiatique, politique et scientifique. Comment les politiques publiques et les discours médiatiques conduisent-ils à la construction de telles figures essentialisées ? Quels effets ces essentialismes produisent-ils sur les personnes et les groupes visés ? Il s’agira aussi de questionner le rôle de la sociologie dans ces processus d’essentialisation. Certes, de nombreux travaux scientifiques s’attachent à déconstruire ces mécanismes, néanmoins, les chercheurs se trouvent parfois "piégés dans le paradoxe des effets possibles de leur savoir, où comprendre la différence c’est aussi la produire" (Althabe, 1996). Des études ont par ailleurs été critiquées pour leurs conceptions culturalisantes et essentialisantes des familles. Dès lors, il ne s’agit pas ici seulement de se demander si la sociologie est audible pour combattre ces essentialismes, mais également d’analyser comment elle participe, elle aussi, à les produire, les diffuser voire les légitimer.
CR
IFSTTAR
RT11 Sociologie de la consommation et des usages

Session: 3

Vivre dans le périurbain et acheter en ligne. Une paradoxale cohérence avec un mode de vie plus « naturel »

 

L’encastrement social et spatial des pratiques de consommation « en ligne » des ménages semble peu investigué à l’aune de leurs territoires de résidence, de leurs modes de vie. Pourtant, dans les territoires périurbains, Internet et les pratiques d’achat qui y ont (en partie) lieu sont en mesure d’interroger la reconfiguration des pratiques ordinaires d’achat dans un contexte spécifiquement marqué par la volonté de vivre à « la campagne ». On souligne beaucoup (et à juste titre) les logiques de coût du foncier qui conduisent les ménages à habiter loin des centres-villes. Mais, une fois installés, la majorité d’entre eux revendiquent un mode de vie spécifique et la « consommation » du naturel ou de la nature. L’objectif de la communication sera de saisir en quoi ces pratiques d’achat rentrent en cohérence avec l’expression d’un mode de vie périurbain jugé plus naturel par ses propres habitants ou posé en rejet de la société de consommation de masse. Les ménages qui ont choisi d’élire domicile en périphérie de l’urbain ont-ils des pratiques d’achats en ligne spécifiques, différentes des ménages plus urbains et plus traditionnellement étudiés ? A travers l’analyse d’entretiens qualitatifs et d’un questionnaire sur les pratiques d’achats en ligne réalisés, les uns comme l’autre, auprès de ménages urbains et périurbains en Côte d’Or et en Seine-et-Marne, la communication montrera que des pratiques spécifiques d’achat en ligne participent à l’affirmation d’un mode de vie périurbain, d’une mise à distance croissante de l’urbain et d’un rapprochement de la nature, à travers l’expression de pratiques d’achat, paradoxalement peut-être, plus naturelles et cohérentes avec ce mode de vie.
Sociologie des religions
GSRL
RT43 Sociologie et religions

Session: 3

Mythe du retour, retour d'un Mythe

 

Le sociologue Abdelmalek Sayad, a montré comment les émigrés-immigrés issus principalement des terres maghrébines s’était construit autour d’un mythe, collectivement entretenu, celui d’une présence en France nécessairement provisoire qui appelait le retour des concernés sur leur terre d’origine. L’illusion du retour est avant tout une expérience partagée individuellement et collectivement, confortée par la distance ressentie comme plus ou moins grande entre ce qui sépare objectivement le style de vie des sociétés d’émigrations de la société d’accueil. C’est ainsi tout l’être social, c'est-à-dire les structures subjectives qui définissent un rapport au monde et au temps, qui se voit désajusté, à des degrés variables, du monde objectif – et nous pouvons à ce titre utiliser, ici, l’expression de « culture dominante » - c'est-à-dire des structures économiques et sociales qui définissent tout un style de vie (Weber) et auquel il faut se conformer pour vivre. Car il est important de bien garder à l’esprit que les structures économiques et sociales d’où sont issues la majorité des « musulmans » en France, les sociétés maghrébines, structures dont ils portent les dispositions à penser et à agir, ne disparaissent pas par l’effet du processus d’émigration-immigration, mais continuent d’agir en eux à l’état de conscience bien qu’elles soient abolies dans la réalité. Mais si le provisoire dure, et davantage encore, modifie partiellement, par un processus d’acculturation (R. Bastide), les catégories de perceptions et de représentations du monde, les rapports aux autres et aux choses, c’est surtout avec les générations suivantes – acculturés de fait à la « culture dominante » -  que le mythe du retour prendra la forme d’un retour d’un mythe, c’est à dire d’un mythe des origines. Car là encore, il convient de rappeler que toutes les manières de penser, de sentir et d’agir continuent, par la voie de l’habitus, de se transmettre – à des degrés variables et dans des proportions différentes - à l’ensemble de ceux qui ont des parents issus des sociétés maghrébines. Et devant ce « désenchainement des générations » (Claudine Attias-Donfut, François-Charles Wolff, 2009), cette discontinuité opérée dans tous les domaines, la langue, la culture, les valeurs familiales, l’identité, la mémoire, se pose alors la question de la filiation dans la mesure ou tout être social se définit d’abord en rapport à un groupe originel (généalogique mais aussi social, historique, politique, culturelle…). Groupe originel, aux origines étrangères, que les politiques publiques, depuis surtout le début des années 1980 – le rapport Jacques Berque sur l’école en 1985 en est sans doute l’illustration caricaturale – ont régulièrement souligné la spécificité, par tout un travail d’euphémisation des origines. Il suffit de renvoyer pour cela aux différentes formulations politico-médiatiques d’usages – « descendants d’immigrés », de « seconde » ou « troisième génération », « minorité visible », « diversité », etc. - qui s’efforcent de masquer, de ne pas dire, ce qu’en réalité on cherche à montrer ou à dire en le disant, à savoir la particularité des origines de ceux dont on parle. Il nous semble que c’est, en partie, dans le cadre de ce processus social général, d’une mythification des origines collectivement entretenu, qu’il nous faut interroger la réappropriation du religieux par une partie des « descendants d’immigrés » issus des terres maghrébines - parce qu’il faut bien, faute de mieux, les appeler ainsi. Le religieux, et plus précisément le culte, est tout ce qui reste quand tout est parti, c'est-à-dire ce qu’il y a d’inaltérable quand tout est altéré. Autrement dit, le religieux est investi comme un lieu symbolique ou se constitue la marque d’une fidélité à des origines qui signale objectivement et subjectivement une résistance à la culture dominante, alors même qu’elle en est le produit spécifique.Nous verrons à partir d’une enquête qualitative et quantitative mené auprès des entrepreneurs musulmans socialisés en France – modèle idéal-typique du français de confession musulmane – comment s’articule tout un jeu de négociation entre l’investissement d’un discours et de pratiques religieuses et la « culture dominante » selon toute une série de facteurs sociaux, culturels, historiques…
Doctorante
Université Paris III/ University of Arizona
RT9 Sociologie de l'urbain et des territoires

Session: 2

Les choix résidentiels à l'épreuve de l'intermédiation marchande. Tri urbain et assignations socio-spatiales, une double comparaison France/Etats-Unis

 

Les choix résidentiels ne sont pas le pur produit de choix individuels mais le résultat d’un jeu de contraintes et d’opportunités. Qu’il s’agisse de la situation familiale et professionnelle, de l’état du marché résidentiel et de l’emploi ou encore bien des contraintes institutionnelles et territoriales, les trajectoires résidentielles mettent en jeu une multitude de facteurs (Bonvalet et Dureau 2000 ; Authier, Bonvalet et Lévy 2010). La confrontation aux marchés résidentiels et à leur matérialisation dans l’espace urbain est un moment critique des transitions résidentielles. De nombreux intermédiaires marchands, véritables « professionnels du marché » (Cochoy et Dubuisson-Quellier 2000) structurent l’espace des possibles dans lequel se font les choix des ménages (Bourdieu 2000). On s’intéresse ici au rôle joué par ces intermédiaires marchands dont le travail participe de fait à des phénomènes de tri urbain et d’assignation à territoire (Grafmeyer et Authier 2011).L’originalité de notre approche tient d’une part à son objet : malgré des travaux récents sur les agents immobiliers (Bernard 2012 ; Bonneval 2011), peu d’études se sont intéressées à l’intermédiation marchande et à son impact sur les trajectoires résidentielles. D’autre part, notre terrain joue sur une double comparaison d’acteurs et de contextes : 1) des agents immobiliers sur un marché résidentiel local d’une ville moyenne américaine, par une enquête de trente entretiens encore en cours, et 2) du marché des professionnels de l’accompagnement des mobilités résidentielles (« relocation ») en France par une enquête par entretiens et observations menée entre 2010 et 2013Nous montrons que des formes similaires d’intermédiation marchande sont à l’œuvre dans ces deux contextes. Les acteurs s’emploient à euphémiser la violence de l’appariement marchand. La figure indigène du « bon agent » ou du « bon professionnel » est mobilisée pour mettre en valeur le travail de mise sur le marché des aspirations individuelles et de « traduction » (Callon 1986) de l’offre de logements. Mais cette figure vise aussi à dissimuler les tensions et les incertitudes qui pèsent sur les individus qui confrontent leurs aspirations résidentielles à un marché en territoire. On propose ainsi de contribuer à interroger des mécanismes invisibles, car rendus invisibles, de production de la ségrégation sociale et urbaine à l’œuvre dans les territoires en mettant en dialogue la sociologie économique et la sociologie urbaine.  
Doctorante
Université Paris III/ University of Arizona
RT12 Sociologie économique

Session: 6

L’agent immobilier américain, entre « entreprenariat » et « morale ». De l’investissement de ressources socio-culturelles à l’invibilisation de la relation marchande

 

Le marché du logement est considéré comme l’un des moteurs les plus importants de l’économie américaine (Pattillo 2013). Aux Etats-Unis comme en France, les études de sociologie se sont peu intéressées au marché du logement et à leurs acteurs (Bourdieu 2000, Bonneval 2011) si ce n’est pour mettre en lumière les politiques du logement social et les processus de discrimination raciale (Pager and Shepherd 2008, Schwartz 2013). Seulement quelques études ont été menées sur les pratiques des agents immobiliers aux Etats-Unis (House 1977, Wharton 2002, Hornstein 2005). Plus récemment en France, deux thèses de sociologie (Bonneval 2008, 2011, Bernard 2011) leur ont été consacrées. Malgré les quelques travaux sociologiques sur la question, nous savons encore peu des pratiques et du rôle de ces intermédiaires (Hatchuel 1995, L’Benghozi et Thomas 2003) dans la construction de la ville et du marché résidentiel. Ce travail s’inscrit en partie dans la lignée de questionnements au croisement de la sociologie économique et de la sociologie du travail sur les « professionnels du marché » (Cochoy et Dubuisson-Quellier 2000). Il s’insère également dans une série de travaux de sociologie économique, ayant montré combien les relations marchandes sont encastrées dans les relations sociales (Granovetter 1985, DiMaggio et Louch 1998). Granovetter (1973, 1974) a mis en avant l’importance des réseaux sociaux dans l’organisation du marché du travail et notamment lors du recrutement. Rivera (2012) montre comment les employeurs de grandes firmes, qui ont souvent plusieurs candidats compétents à disposition, privilégient ceux avec lesquels s’établit une proximité culturelle en termes de loisirs, d’expérience et de présentation de soi (« cultural matching »). Bien que la situation du marché résidentiel est à bien des égards différente de celle du marché de l’emploi, nous notons la présence de relations similaires entre les agents immobiliers et leurs clients, qui s’appuient sur des particularités communes (présentation de soi, caractéristiques socio-démographiques et culturelles) pour établir une relation, marchande et de service (Bernard 2011).  Le travail présenté ici consiste d’une part à questionner dans quel cadre les agents immobiliers utilisent des ressources socio-culturelles pour mener à bien leurs interactions marchandes. D’autre part, nous nous centrons sur la « figure de l’agent immobilier » et sa construction sociohistorique aux Etats-Unis, pays où le protestantisme a joué un rôle important dans la construction de l’éthos économique et de l’entrepreneur moderne. Notre communication propose, comme le suggère la proposition n°4 de l’appel, de contribuer au « travail de dénaturalisation » entrepris par la sociologie économique en montrant que le marché immobilier résidentiel n’est pas le résultat d’un libre-échange de biens, orchestré par les prix et les niveaux d’offre et de demande mais bien le fruit d’un travail d’appariement réalisé par des intermédiaires marchands, qui, se rendant incontournables pour la transaction, façonne le marché. Il s’agit de répondre à deux questions : 1) En quoi le travail actif d’encastrement des relations marchandes dans les relations sociales des professionnels du marché a t-il permis aux agents de devenir des intermédiaires incontournables de la transaction immobilière aux Etats-Unis ? On s’attachera à la reconstruction sociohistorique de la profession d’agent - la forte composante entrepreneuriale et morale de cette dernière - ainsi qu’au cadre légal et institutionnel dans lequel elle s’insère ; 2) Comment les agents mobilisent-ils des ressources socioculturelles et comment s’efforcent-ils d’invisibiliser la nature économique de leurs interactions ? La recherche présentée ici s’appuie sur une série d’entretiens avec des agents immobiliers ainsi qu’une enquête ethnographique sur le marché résidentiel de Tucson en Arizona. Autant dans l’Ethique que dans les sectes protestantes, Weber a montré comment les fondements du capitalisme sont associés à la création de l’homme moderne et de son éthos, un homme à la morale religieuse subordonné à une « profession-vocation » (beruf), comparable à ce que Mc Fall (2012) montre pour l’agent d’assurance, « a good average man ». Les enjeux autour de la professionnalisation des agents immobiliers renvoient à la construction de leur indispensabilité – car porteurs d’une expertise scientifique – et de leur respectabilité – car disposant d’une éthique, d’une morale et jouissant d’une vie simple et vertueuse. La figure de l’agent est alimenté par le mythe de l’entrepreneur individuel et le self-made man aux Etats-Unis, montant sa propre affaire et rétribué uniquement en fonction du nombre et du volume de transactions réalisées.  On observe chez les agents une tension permanente entre « la réussite économique » et le distancement constant de la sphère économique (« nous sommes là pour aider »). Le « bon agent » se met alors en opposition à la figure du « vendeur de voiture » qui veut conclure une transaction au plus vite et ne se soucie que de sa rétribution financière.Cette recherche contribue à approfondir un des fondements de la sociologie économique. De nombreux travaux ont montré que les activités économiques sont encastrées dans les relations sociales. En renversant le questionnement, on peut s’interroger sur l’utilisation des relations sociales à des fins marchandes. Nous montrons ici que les acteurs du marché utilisent les relations sociales pour invisibiliser la relation marchande et par là, le marché lui même, dans le but de créer une relation de confiance permettant reconnaissance et réussite économique. Cela peut être envisagé comme une manière de rendre acceptable la « violence du marché », ainsi que l’assignation socio-spatiale à territoire. Le marché étant porteur d’inégalités, l’action des agents, qui consiste à invisibiliser les logiques de la sphère marchande dans la transaction, permet d’autant plus de légitimer les inégalités économiques et sociales. 
Doctorant en sociologie
Université de Lyon
RT2 Migrations, Altérité et Internationalisation

Session: 5

Naturalisation du travailleur chinois en Algérie

 

 La présence d’une immigration chinoise en Algérie est perceptible à travers de multiples indicateurs révélés dans de nombreux articles et quelques rares études. Malgré des divergences sur les estimations, on s’accorde à dire qu'il existe depuis les années 2000 un « engouement » manifeste prenant la forme d’une migration de travail vers l’Algérie, qui compte de grands investisseurs, (deuxième destination après le Nigéria et avant l’Afrique du Sud ) ou des ‘petits’ commerçants chinois. Notre recherche s’inscrit dans une problématique générale d’une migration de travail chinoise en Algérie qui transforme les espaces économiques et sociaux et qui impacte les rapports d’altérité au travers du prisme des discriminations et des différentes formes d’injustices et d’exclusion. En effet, la visibilité de plus en plus importante des Chinois dans les villes, donne un sentiment d’injustice aux populations locales, lesquelles imputent à ces Chinois toutes sortes d’accusation. Alors qu’avant cette récente immigration les Chinois suscitaient l’admiration et de la fascination notamment à travers le cinéma en la personne de Bruce Lee. Les différentes déclarations tenues sur les Chinois en Algérie, sans discernement (ouvriers, commerçants, ou cadres), interviennent dans un processus de désignation essentialiste négative. Pour légitimer cette diabolisation, ces allégations vont s’appuyer sur des éléments objectifs qui se rajoutent aux dénonciations sur les particularités ou différences culturelles comme « leur mépris », ou « leur non-respect des traditions culturelles algériennes» et insister sur leur présence indésirable parce qu’ils « volent le travail » des « pauvres Algériens ». Cette nouvelle présence et, plus spécifiquement, son impact sur les processus d’altérité constitue une véritable « question sociale » et développe de fait, selon nous, une problématique sociologique doublement pertinente. D’abord, parce que l’Algérie peine à admettre sa propre diversité, face notamment aux minorités religieuses ou au fait identitaire berbère, puisque le ‘leitmotiv’ de la construction nationale algérienne s’est cristallisé au travers de deux piliers que sont : l’Islam et l'arabité. Ensuite, parce que le rapport à l’immigration chinoise s’inscrit dans un lourd passé historique, encore loin d’être apaisé aujourd’hui, et qui renvoie les Algériens à leurs propres expériences migratoires. 
Doctorante
Paris 1 CESSP
RT40 Sociologie des institutions

Session: 1

La definition du service public par le Judiciaire et les entreprises de consultation en droit public: un cas brésilien

 

La problématique soulevée dans cette proposte est le processus de définition politique de la corruption par le droit. Ce travail ne partage pas l'idée de la nécessité d'une lutte sans concession contre la corruption, inculquée par l'importation doctrinale "orpheline" des contraintes socio-culturelles sur la réalité brésilienne. Cet aspect épistémologique considère la corruption comme une maladie politique, typique des sociétés pas suffisamment développées, qui ne valorisent pas les concepts prétendument "universels" tels que les idées de démocratie, de bonne gouvernance, de pluralisme, promues par les agences de développement internationales. On suppose ici que la construction du sens des règles survient au cours des batailles politiques, car la loi ne comprend pas «naturellement» la notion et le sens «correct» de la politique. Considérer que la corruption est le produit d’une abstraction et d’une rationalisation exige que nous observions de plus près la production doctrinale effectuée sur elle, aussi bien dans les sciences sociales que dans le droit. Souvent étroitement lié à l'importation des doctrines étrangères, le dévouement à la lutte contre la corruption se présente comme une stratégie d'accumulation de capital juridique des procureurs et avocats qui publient des articles visant à délimiter l'espace des possibles dans la définition et le raisonnement devant les tribunaux.Une délimitation doit être immédiatement mise en place pour le traitement du problème: la définition politique de la corruption par le droit implique la conscience de l'importance de la justice comme un opérateur de l'aréna qui rassemble différents secteurs sociaux. Compte tenu de la disposition constitutionnelle selon laquelle les maires seraient jugés après 1988 dans un “forum privilégié” et de la très faible adhérence des organisations judiciaires à la nouvelle règle, il est important d'analyser la performance de la IVème chambre criminelle de la Cour du Rio Grande do Sul. Depuis 1992 elle est la seule responsable de la poursuite des crimes commis par les maires dans cet état. En ce qui concerne le caractère unique du rôle joué par la IVème chambre, considérée comme une pionnière par rapport à leurs homologues au Brésil, on présentera sa genèse, ses acteurs et sa consolidation en tant que sphère punitive de l'activité politique dans le Rio Grande do Sul.L'hypothèse, appuyée sur la discussion de la littérature de l'autonomie et de la légitimité du droit, consiste a comprend que, motivés par une position de «gardiens de la morale» et croyant promouvoir la politique de «la bonne direction», les juges de la IVème chambre de la Cour de justice du Rio Grande do Sul fondent leurs décisions en s’opposant au point de vue professionnel de la politique. Cette opposition peut être vue comme un éloignement ou même une incompréhension de la logique de fonctionnement dans l'espace politique et juridique. Il est important de souligner que la moralisation de la politique menée par la magistrature constitue une véritable stratégie de reproduction entre ses acteurs.
 
Sciences Po Médialab
RT29 Sciences et techniques en société

Session: A définir

Quelle(s) théorie(s) du public pour discuter des innovations environnementales ?

 

Concertation des parties prenantes VS participation du public dans la constitution de filières industrielles de l’éolien en mer Les énergies marines renouvelables (EMR) sont fréquemment présentées comme un nouvel eldorado qui reste presque totalement à conquérir. Les institutions de l’Union Européenne y voient par exemple la promesse d’une « croissance bleue » à l’échelle du continent pour les prochaines décennies. Les politiques des Etats membres en la matière font face à deux défis majeurs : d’une part, concevoir les innovations technologiques qui permettent de tirer partie de la richesse des océans, et d’autre part mettre au point l’ingénierie sociale et politique qui permet le déploiement de nouvelles technologies énergétiques, de la définition des politiques de recherche aux mesures d’accompagnement qui en permettent la mise en marché. Aussi capitalistique et centralisé puisse t-il être, le développement de filières EMR ne va aujourd’hui pas sans associer d’une manière ou d’une autre des acteurs diversifiés. Couplé au caractère renouvelable et soutenable des sources, la prise en compte de la parole de ces acteurs dessine un modèle d’innovation dit responsable (Owen et al., 2013). Un tel mode de développement tranche avec le confinement des acteurs et la forte concentration qui ont caractérisé les vagues d’innovations précédentes en matière d’énergie, particulièrement dans le cas français (Hecht, 2007).  Mais il existe un grand nombre de possibilités pour définir l’identité des groupes appelés à participer, pour déterminer les modalités et les temporalités de prise de parole, ou encore pour organiser la prise en compte des contributions recueillies. La définition et la mise en œuvre de tous ces éléments donnent corps à une ingénierie sociale et politique, tout en mettant en forme un « citoyen technologique » (Barry, 2001), intéressé par les enjeux énergétique. La constitution de cette ingénierie offre un exemple intéressant de performativité des sciences sociales (Callon, 2006). En se fondant sur une enquête de terrain en cours sur la constitution de filières industrielles d’éoliennes en mer en France et au Royaume-Uni, cette contribution propose une analyse de la mise en œuvre des sciences sociales mobilisées pour accompagner l’émergence de ces innovations environnementales. Plus précisément, elle distingue les principales influences des dispositifs qui peuvent parfois se cumuler dans une seule et même filière, en dépit d’objectifs divergents, si ce n’est contradictoires. Schématiquement, il existe en effet une tension entre : -          les approches gestionnaires de l’innovation, qui inclinent davantage vers une concertation plus ou moins continue de groupes sélectionnés par les organisateurs et définis comme des parties prenantes. Les industriels cherchent à faire reconnaître ces consultation comme des éléments de la politique de responsabilité sociétales des entreprises (Pesqueux et Bonnafous-Boucher, 2010), par lesquelles elles « internalisent les externalités » des innovations.-          Et une mise en discussion ouverte des innovations, qui est quant à elle inspirée par une théorie politique plus délibérative et qui promeut d’une manière générale la participation des citoyens. Le développement des filières d’éoliennes en mer s’accompagne donc d’un intense travail de lobbying destiné à re-définir le cadre et les acteurs des consultations mises en place. Il fait parfois face à des mobilisations sociales qui contestent les formats de discussion mis en place.  A titre d’exemple, en France, le principal représentant des acteurs de la filière, le Syndicat des énergies renouvelables revendique une « simplification des procédures de participation » pour que la filière puisse émerger, tout en restant attaché aux dispositifs qui concourent localement à « l’acceptabilité sociale » des projets.  Le papier pointe enfin le paradoxe des effets politiques de ces dispositifs sur la définition effective des projets de parcs éoliens en mer : les procédures les plus institutionnalisées qui en appellent à la participation la plus large au nom de principes supérieurs (Charte de l’environnement, Convention d’Aarhus…) sont ponctuelles et appliquées alors que les projets sont déjà largement définis. La contribution explore l’hypothèse selon laquelle les scènes sur lesquelles se joue la concertation avec les parties prenantes, qui attirent pour l’heure moins l’attention des sociologues, et qui sont certes les plus difficiles d’accès parce que plus confinées, sont celles qui s’avèrent être les plus déterminantes pour la définition et la conduite des innovations considérées.
MCF sociologie
Université de Bordeaux
GT49 Histoire de la sociologie

Session: 4

les controverses en histoire de la sociologie. Le cas de Durkheim

 

 Les controverses en histoire de la sociologie. Le cas de Durkheim   L’étude des controverses appartient au programme fort des science studies. Elle a été souvent appliquée aux questions techniques, à la « techno-science » et aux sciences dures (Cf Raynaud, Sociologie des controverses scientifiques, pour une synthèse). On en retire une idée très importante : les sciences se construisent dans et par les controverses ; le fait scientifique est toujours en train de se faire, il n’est jamais acquis une fois pour toutes. Il est construit et socialement conquis.    Pourtant, très exceptionnellement, des études de controverses ont été proposées pour les sciences sociales et pour la sociologie en particulier, et cela bien que les sciences sociales ne soient pas étrangères aux controverses. Pourquoi ce silence  et ces oublis ?  Ce silence et cet oubli sont frappants quand on étudie les manuels et les histoires de la sociologie disponibles sur le marché, et plus précisément la manière dont est traité Durkheim : bien que ce dernier se soit engagé dans de nombreuses controverses, on n’en retrouve que très peu de traces dans les ouvrages d’histoire de la sociologie. On voudrait mettre en évidence ce manque et cet oubli, en les confrontant aux « combats » disciplinaires, théoriques, méthodologiques que Durkheim put avoir avec les autres disciplines, avec d’autres savants de son époque (comme Spencer, Tarde, Seignobos, Frazer, par exemple). Rien n’est dit, ou presque, de l’entreprise collective menée par L’Année sociologique pour combattre les autres disciplines et savants.    Saisissez ici le résumé de la communication...
professeur adjoint
Université de Montréal
RT3 Normes, déviances et réactions sociales

Session: 3

Les violences sexuelles entre rapport de domination et pathologie criminologique

 

L'analyse critique des violences sexuelles est centrale dans les travaux du féminisme, de la deuxième vague à nos jours, pour essayer de comprendre  les structures de domination qui rendent ces violences possibles et qui rendent difficile de faire entendre sur la scène judiciaire la parole de celles qui en sont victimes. La place prise par les violences sexuelles dans l'ensemble des enjeux pénaux ont fait que celles-ci ont également été investies par des analyses criminologiques qui s'ancrent d’une part dans la tradition de recherche des traits des « personnalités criminelles » et d’autre part dans l’essor contemporain des recherches bio-sociales. Le but de la communication est de lier sociologie de la déviance et sociologie du genre pour déconstruire la naturalisation des violences sexuelles à l’œuvre dans des tendances récentes de la criminologie.
Maître de conférences
Université des Antilles
RT12 Sociologie économique

Session: 3

Une nature qui compte ? Le Natural Capital Accounting comme technique de gouvernement

 

La « croissance verte » peut-elle constituer un remède aux crises écologique et financière ? Cette communication revient sur les premiers résultats d’une recherche en cours portant sur une technique de gouvernement appelée par certains de ses promoteurs à y parvenir : le Natural Capital Accounting (NCA). Étonnamment la sociologie ne s’est pas vraiment intéressée à cette technique, malgré un intérêt marqué pour le thème de la « marchandisation de la nature ». En prenant appui sur le renouvellement récent du regard porté par certains sociologues sur l’économie, l’enquête conduit à situer l’existence du NCA au cœur d’un agencement mêlant étroitement manières de connaître et de gouverner. Pour percer cet agencement, il apparaît alors nécessaire d’articuler une sociologie économique de la mesure avec une sociologie des instruments de gouvernement qui appelle à mettre à plat les modes de légitimation du pouvoir à l’œuvre dans la technique. Après avoir rendu compte de la trajectoire historique du concept de capital naturel, l’enquête envisage son inscription au sein du Système de comptabilité environnementale et économique intégrée (SEEA) des Nations unies et ses suites, avec un resserrement des terrains d’investigation. Dans ce cas, ce travail entend plus spécifiquement contribuer à l’analyse de l’impact des crises écologique et financière sur les outils des statistiques publiques. Ce faisant, l’enquête partage une interrogation de portée plus générale quant à l’inscription de cette technique de gouvernement dans un régime de production, de régulation et d’appropriation des savoirs de type « néo-libéral », sous la forme d’une expertise globale. 
professeur adjoint
Université de Montréal
RT28 Recherches en sciences sociales sur la sexualité

Session: 1

Les âges du consentement, Militantisme gai et sexualité des mineurs en France et au Québec

 

La communication analyse la manière dont les mouvements homosexuels militants des années 1970 ont insufflé une politisation de la question de la majorité sexuelle, préalable à une série de réformes entreprises dans les années 1980. Elle s’appuie sur deux corpus de sources. Le premier corpus est constitué par des sources militantes, principalement les revues militantes homosexuelles des années 1970 et du début des années 1980 et, secondairement, les livres publiés par des militants. Le second est constitué par les sources gouvernementales et législatives produites autour des réformes de la majorité sexuelle dans les années 1980. Au début des années 1970, les mouvements homosexuels font face à un enjeu comparable, en France et au Québec : l’âge de la majorité sexuelle, plus élevée pour les homosexuels, soulève la question de la liberté sexuelle des mineurs. L’histoire de ces mouvements suit une trajectoire parallèle. Fondés en lien avec des mouvements politiques révolutionnaires, ils se restructurent, au milieu des années 1970, autour de revendications plus ciblées, liées  notamment à la discrimination légale dont les homosexuels sont victimes concernant l’âge de la majorité sexuelle. Dans les années 1980, les lois qui en résultent redéfinissent presque en même temps la majorité sexuelle et le viol. Elles dessinent un processus similaire au sein des deux pays : si la majorité sexuelle est réformée, son principe est réaffirmé, comme un rempart contre la nouvelle figure du danger : le pédophile.
Enseignant-Chercheur
2L2S-GRéE - Université de Lorraine
RT11 Sociologie de la consommation et des usages

Session: 2

Des critiques des dérives du label de l’agriculture biologiques au projets alternatifs mis en avant par les mouvements de l’agroécologie

 

 Face à la dynamique d’industrialisation de la filière de l’Agriculture Biologique, des mouvements de producteurs et de consommateurs, revendiquant une approche holiste de l’AB, questionnent la nécessité d’inscrire leurs démarches dans le cadre d’une labellisation avec laquelle ils ne souhaitent pas être confondus. Au delà des limites du label AB et de son rapport aux valeurs écologiques, c’est aussi le système même de certification et de contrôle en vigueur qui se trouve être remis en question. Dans une recherche de « singularité », ces « mouvements » de producteurs et consommateurs ont pour point commun de s’émanciper de la labellisation bio institutionnelle –sans pour autant la rejeter totalement- et de s’organiser autour de systèmes d’autocontrôle, d’autogestion, de faire une place importante à la confiance et à la participation des parties prenantes. Révélateurs de formes alternatives d’implications à celle d’une simple délégation à l’égard d’un label, ces mouvements traduisent la volonté d’acteurs de s’engager et de mieux contrôler le sens de leurs pratiques.La communication poursuit deux questionnements. Le premier interroge la portée de la proximité comme alternative/substitut aux labels dans sa capacité à forger une confiance entre les parties participant à l’échange. Le second porte sur les discours et les pratiques d’émancipation à l’égard des logiques de normalisation. Dans ce cadre, il s’agit de questionner les principes d’autogestion et d’autocontrôle en tant qu’alternatives au système de certification par tiers indépendants comme c’est le cas dans le label AB.L’analyse s’appuie sur une revue de la littérature et certains résultats d’une pré-opération de recherche sur les circuits courts et l’innovation sociale dans deux territoires ruraux de la région Lorraine.
MCF
Université de Caen
RT34 Sociologie politique, RT43 Sociologie et religions

Session: 5

Contrer les anti de l’intérieur. Catholiques, gays et lesbiennes, favorables au mariage pour tous

 

La mobilisation contre le mariage pour tous a nourri en France un regain d’intérêt pour le catholicisme, tant dans les médias que dans le domaine de la recherche en sciences sociales. Mais ce regain d’intérêt porte principalement sur ceux qui se sont opposés à la loi,  laissant dans l’ombre les catholiques qui y étaient favorables à la loi voire qui entendaient y avoir personnellement recours. Ma proposition de communicationprend appui sur un travail d’analyse de la controverse réalisé avec Philippe Portier dans le cadre d’une recherche européenne sur les « nouveaux » conflits entre religion et politique dans les pays de tradition catholique du Sud de l’Europe[1]. Surtout, il puise dans un matériau recueilli à l’occasion d’une enquête que je mène actuellement auprès  de catholiques pratiquant-e-s, en couple de même sexe, qui ont fait le choix de se marier ou ont pour projet de le faire prochainement. Les entretiens biographiques réalisés portent notamment sur la façon dont ces personnes, très engagées et très attachées à l’institution ecclésiale, ont vécu le moment de la mobilisation des anti, à laquelle ils ont été confrontés non seulement dans l’espace public et médiatique mais aussi dans le cadre paroissial de leurs pratiques. Je reviendrai plus particulièrement sur les prises de paroles individuelles et collectives (dans le cadre d’un militantisme LGBT chrétien ou en dehors de celui-ci) de ces catholiques gays et lesbiennes qui se sont trouvés confrontés à la « contrainte du consensus »[1] imposée par les militants de la Manif pour tous et par l’épiscopat qui a cultivé l’image d’une forme d’unanimité parmi les fidèles. On verra notamment comment les rhétoriques et l’opportunité même de la mobilisation des pourfendeurs du mariage pour tous y ont été passées au crible. La fragilité de l’invocation de la « nature » a ainsi été mise en évidence.   [1] De la même manière que cela avait été fait lors du Pacs. Voir H. Buisson-Fenet, Un sexe problématique. L’Eglise et l’homosexualité en France 1971-2000, Saint-Denis, Presses Universitaire de Vincennes, 2004.   J[1] De la même manière que cela avait été fait lors du Pacs. Voir H. Buisson-Fenet, Un sexe problématique. L’Eglise et l’homosexualité en France 1971-2000, Saint-Denis, Presses Universitaire de Vincennes, 2004.[1]C. Béraud et P. Portier,  «“Mariage pour tous”. The same-sex marriage controversy in France”, in K. Dobbelaere and Alfonso Pérez-Agote (éd.), In The Intimate. Polity and the Catholic Church, in K. Dobbelaere and Alfonso Pérez-Agote (dir).Leuven, KADOC Studies on Religion, Culture and Society, Leuven University Press, 2015, p. 55-92.[2] A ce jour, une dizaine d’entretiens semi-directifs ont été conduits, d’une durée moyenne variant de 2 h à 2 h 30.    
MCF
Université de Caen
RT34 Sociologie politique, RT43 Sociologie et religions

Session: 5

Contrer les anti de l’intérieur. Catholiques, gays et lesbiennes, favorables au mariage pour tous

 

La mobilisation contre le mariage pour tous a nourri en France un regain d’intérêt pour le catholicisme, tant dans les médias que dans le domaine de la recherche en sciences sociales. Mais ce regain d’intérêt porte principalement sur ceux qui se sont opposés à la loi,  laissant dans l’ombre les catholiques qui y étaient favorables à la loi voire qui entendaient y avoir personnellement recours. Ma proposition de communicationprend appui sur un travail d’analyse de la controverse réalisé avec Philippe Portier dans le cadre d’une recherche européenne sur les « nouveaux » conflits entre religion et politique dans les pays de tradition catholique du Sud de l’Europe[1]. Surtout, il puise dans un matériau recueilli à l’occasion d’une enquête que je mène actuellement auprès  de catholiques pratiquant-e-s, en couple de même sexe, qui ont fait le choix de se marier ou ont pour projet de le faire prochainement. Les entretiens biographiques réalisés portent notamment sur la façon dont ces personnes, très engagées et très attachées à l’institution ecclésiale, ont vécu le moment de la mobilisation des anti, à laquelle ils ont été confrontés non seulement dans l’espace public et médiatique mais aussi dans le cadre paroissial de leurs pratiques. Je reviendrai plus particulièrement sur les prises de paroles individuelles et collectives (dans le cadre d’un militantisme LGBT chrétien ou en dehors de celui-ci) de ces catholiques gays et lesbiennes qui se sont trouvés confrontés à la « contrainte du consensus »[1] imposée par les militants de la Manif pour tous et par l’épiscopat qui a cultivé l’image d’une forme d’unanimité parmi les fidèles. On verra notamment comment les rhétoriques et l’opportunité même de la mobilisation des pourfendeurs du mariage pour tous y ont été passées au crible. La fragilité de l’invocation de la « nature » a ainsi été mise en évidence.   [1] De la même manière que cela avait été fait lors du Pacs. Voir H. Buisson-Fenet, Un sexe problématique. L’Eglise et l’homosexualité en France 1971-2000, Saint-Denis, Presses Universitaire de Vincennes, 2004.   J[1] De la même manière que cela avait été fait lors du Pacs. Voir H. Buisson-Fenet, Un sexe problématique. L’Eglise et l’homosexualité en France 1971-2000, Saint-Denis, Presses Universitaire de Vincennes, 2004.[1]C. Béraud et P. Portier,  «“Mariage pour tous”. The same-sex marriage controversy in France”, in K. Dobbelaere and Alfonso Pérez-Agote (éd.), In The Intimate. Polity and the Catholic Church, in K. Dobbelaere and Alfonso Pérez-Agote (dir).Leuven, KADOC Studies on Religion, Culture and Society, Leuven University Press, 2015, p. 55-92.[2] A ce jour, une dizaine d’entretiens semi-directifs ont été conduits, d’une durée moyenne variant de 2 h à 2 h 30.    
Chargée de recherche
CNRS
RT13 Sociologie du droit et de la justice

Session: 5

« Rien à voir avec le droit » ou « au-delà du droit » : les modalités de la managérialisation du droit antidiscriminatoire aux Etats-Unis et en France

 

Fondée sur une enquête auprès de responsables diversité dans de grandes entreprises en France et aux Etats-Unis (n=80, 2011-2014), cette communication s’intéresse à la manière dont ces professionnels définissent le sens et les frontières de leur travail au regard des normes juridiques antidiscriminatoires. Il s’agit de mettre au jour la diversité des modalités d’un processus commun de «managérialisation du droit» (Edelman 1992 ; Edelman, Fuller, Mara-Drita 2001). Au moment où l’enquête a été menée, les deux pays présentent des cadres juridiques antidiscriminatoires relativement proches, même celui des Etats-Unis est bien plus ancien et institutionnalisé que le cadre français, nettement renforcé depuis le début des années 2000. La rhétorique de la « promotion de la diversité » s’est quant à elle diffusée dans monde des grandes entreprises françaises à partir du milieu de cette décennie, marquant en partie la réappropriation d’un discours managérial né vingt ans plus tôt aux Etats-Unis. La comparaison entre ces deux cas révèle des perceptions divergentes de l’articulation entre normes juridiques et monde des affaires. Les responsables diversité des deux pays ont en commun de présenter la diversité comme une « initiative » des entreprises, servant leurs intérêts, plutôt que comme une réaction à des injonctions juridiques antidiscriminatoires. Mais au-delà de cette rhétorique commune, ils ont des manières distinctes de définir la diversité en rapport avec le droit. Les responsables diversité de l’échantillon étatsunien tendent à tracer une frontière très nette entre respect du droit (compliance) et diversité. Selon eux la diversité « n’a rien à voir avec le droit ». A l’inverse, les responsables diversité des entreprises françaises présentent le plus souvent la diversité comme allant « au-delà du droit ». Si le droit doit être « dépassé », il reste néanmoins pour eux le cadre de référence de leurs pratiques professionnelles. Davantage que comme une contrainte ou une menace, le droit leur apparaît comme une ressource pour définir et légitimer les politiques diversité. Pour comprendre ces différentes manières d’articuler le droit de l’antidiscrimination et les politiques diversité, on peut mobiliser deux ordres d’explication. Le premier insiste sur l’écart dans le degré de développement du droit antidiscriminatoire dans les deux pays : ce droit est plus ancien, central et perçu comme menaçant aux Etats-Unis qu’en France, et sans doute cela permet-il de comprendre pourquoi il apparaît moins fongible dans les rhétoriques managériales. Le deuxième ordre d’explication met l’accent sur les différences de construction des cadres juridiques qui, dans les deux pays, sont les moteurs des politiques de la diversité : alors que le droit de la discrimination en est la pièce maitresse aux Etats-Unis, le cadre juridique qui enserre les initiatives que les entreprises françaises qualifient de « diversité » est plus hétérogène, mêlant modèle des droits individuels et tradition protectrice de l’Etat providence, dispositions contraignantes et incitatives, règles externes et négociées. 
 
 
RT28 Recherches en sciences sociales sur la sexualité

Session: 2

La force de l’écart d’âge. Retour sur une norme dite universelle

 

Dans la majorité des couples hétérosexuels, la femme et plus jeune que l’homme. Cette asymétrie des unions est une tendance forte et étonnement constante : seule l’amplitude de l’écart d’âge semble en effet différencier les pays et les époques. Aussi, de nombreux auteurs y voient une norme universelle qui voudrait que, en tout temps et en tous lieux, les hommes désirent des femmes plus jeunes et les femmes préfèrent un partenaire plus âgé. À partir d’une enquête sur les usages des sites de rencontres, la présentation discute des thèses naturalisantes de ce fait social et revisite la question de comment l’écart d’âge des conjoints se produit. Par une analyse des préférences amoureuses des utilisateurs de Meetic.fr, on montre d’abord que la différence d’âge en faveur de l’homme est loin d’être unanimement sollicité : les attitudes envers cette primauté masculine diffèrent entre les sexes et évoluent au fil de la vie. Des entretiens menés avec des usagers permettent ensuite d’éclairer ces positions contrastées. Ils donnent à voir les significations différentes accordées à l’âge du partenaire, qui renvoient moins à une caractéristique biologique qu’une qualité sociale. Par le biais des sites de rencontre, on revient donc sur les usages sociaux et sexués de l’âge ainsi que son rôle dans les rencontres hétérosexuelles, en ligne mais aussi hors ligne.
 
 
RT5 Classes, inégalités, fragmentations

Session: 5

Invisibilisation et visibilisation des clivages sociaux - A l’aune des dispositifs de partage des bénéfices

 

Pour la première fois depuis l’instauration de l’actionnariat salarié en 1977 dans cette enseigne de la grande distribution non cotée en Bourse (que j’appellerai Maximag), l’évolution de la valeur de part connait une baisse en 2009, ce qui marquera fortement les esprits des salariés actionnaires. Ceux-ci, au regard des difficultés rencontrées chez les concurrents, avaient jusque-là le sentiment d’être restés relativement épargnés par la crise touchant le secteur depuis les années 1990 et envisageaient encore la possibilité d’une reprise. Ce chiffre vient briser tous leurs espoirs. Dès les années 2000, on peut pourtant observer chez Maximag un ralentissement de la croissance de la valeur de part, ainsi qu’une baisse importante des primes d’intéressement et de participation, suscitant une déception croissante chez les salariés. Preuve de ce mécontentement, en décembre 2014, des grèves éclatent au sein de plusieurs hypermarchés pour dénoncer la baisse des primes. Dans cette communication, il s’agira d’étudier les évolutions des rémunérations chez Maximag, et en particulier des dispositifs de partage des bénéfices, pour montrer comment elles participent d’un mouvement diachronique d’invisibilisation des clivages sociaux à leur visibilisation.Pour cela, je m’appuierai sur les résultats d’une recherche en cours qui porte sur les rémunérations hors-salaire. Je mobiliserai ici le matériau recueilli dans le cadre d’un terrain réalisé dans un hypermarché de l’enseigne Maximag situé en banlieue parisienne. Il comprend des entretiens réalisés en 2013 avec des employés de rayon (10), des caissières (14), des chefs de rayon (7), des chefs de secteur (4), des chefs de caisse (2), des directeurs de magasin (2), des syndicalistes, une DRH, le président du conseil de surveillance de l’actionnariat salarié Maximag ainsi que des observations effectuées pendant plusieurs mois et des documents internes (bilans sociaux, grilles d’évaluation, des grilles de salaire, des accords d’entreprise, etc.). Durant une trentaine d’années, les dispositifs d’épargne salariale (intéressement, participation et actionnariat salarié) mis en œuvre chez Maximag ont permis aux salariés de se constituer une épargne et de compléter leur faible salaire par une part variable conséquente. Conçus comme un outil de management visant à susciter une émulation individuelle et collective et un attachement à l’entreprise, ils se sont révélés particulièrement efficaces durant la « belle époque des taux à deux chiffres ». Tant que les résultats de l’entreprise étaient en croissance et avaient un impact positif sur les rémunérations des salariés, ceux-ci tendaient ainsi à se percevoir comme des « actionnaires », solidaires et responsables de ces résultats. Ces primes avaient pour effet de les responsabiliser par rapport à leur travail et à celui de leurs collègues. Elles participaient d’une forme d’intériorisation du contrôle qui se répercutait directement sur le travail au quotidien par une attention constante à agir au mieux des intérêts de l’entreprise. Ces dispositifs de partage des bénéfices, ayant pour effet de donner le sentiment aux salariés de partager des intérêts communs tant avec l’employeur qu’avec l’ensemble de leurs collègues – tous niveaux hiérarchiques confondus –, participaient à un mouvement d’invisibilisation des clivages sociaux. La rhétorique managériale, vantant les possibilités de promotion interne dans ce « secteur d’exception » qui valorise le travail plutôt que les diplômes, venait renforcer ce processus d’effacement des clivages sociaux. La crise économique va remettre en cause ce mouvement. Elle entraine une chute des résultats de Maximag, et avec elle une baisse des primes, dévoilant par là même la faiblesse des salaires des employés et favorisant l’émergence et la visibilisation de clivages générationnels et statutaires qui viennent briser l’unité du collectif de travail. Alors que les salariés de Maximag formaient un collectif soudé et solidaire, se percevant « actionnaires » et partageant des intérêts communs avec l’employeur, la crise économique fait voler en éclats ce collectif, dorénavant traversé par des clivages générationnels et statutaires venant en outre raviver l’opposition capital/travail. 
 
 
RT25 Travail, organisations, emplois

Session: 2

Primes et mérite. De l’euphémisation des rapports sociaux de travail à leur mise en visibilité

 

Si les pratiques de rémunérations ont toujours été relativement diversifiées et ont évolué au cours du temps, une norme s’est imposée en France à partir de la fin de la seconde guerre mondiale. Celle-ci s’appuyait sur les grilles de classification qui permettaient d’établir une hiérarchie de positions associées à des niveaux de rémunérations. Or depuis le début des années 1990, nous assistons à une diversification et à une complexification des pratiques de rémunérations, qui se traduisent par une individualisation croissante de celles-ci et par le développement des primes « réversibles » individuelles et/ou collectives. On constate ainsi un écart de plus en plus important entre le salaire de base et la rémunération effective des salariés, traduisant une valorisation de la dimension marchande de la relation salariale. S’opère de la sorte une révision complète des termes de l’échange entre employeurs et salariés, s’accompagnant d’un renforcement du rôle des entreprises et des salariés dans les négociations des termes de l’échange salarial. Ces primes ont ainsi pour vocation de responsabiliser les salariés sur leurs résultats en les récompensant théoriquement en fonction de leur travail et de leur mérite. Leur mise en œuvre pose néanmoins l’épineuse question des critères d’évaluation et de leur justesse. Il s’agira dans cette communication de montrer en quoi la distribution des primes, liée théoriquement au mérite de chacun, participe d’une euphémisation des rapports sociaux de travail, tout en analysant pourquoi et comment les salariés peuvent en venir à en contester la légitimité.Pour cela, je m'appuierai sur les résultats d'une recherche en cours sur les rémunérations hors-salaire. Des entretiens ont été réalisés auprès de DRH et de salariés des secteurs de la grande distribution et de la banque. Je me focaliserai dans cette communication sur ce dernier cas. Le matériau recueilli comprend 43 entretiens réalisés auprès de salariés d’une entreprise du secteur bancaire, localisés dans la région parisienne et dans le nord de la France, une DRH, des cadres dirigeants, des syndicalistes, ainsi que des documents internes (et notamment les bilans sociaux).  
 
Université Paris I
RT27 Sociologie des intellectuels et de l'expertise : savoirs et pouvoirs

Session: 6

Des experts 'achetés' aux chercheurs 'engagés'. Enjeux économiques et genèse académique de l'épidémiologie des accidents outre-Atlantique

 

Le thème de l’expertise fait l’objet d’une littérature abondante, invitant à sortir du postulat de manipulation a priori de la science, pour expliciter des pratiques spécifiques de production de connaissances, dans des configurations politiques et sociales à préciser. L’analyse donne à voir un panorama inattendu de relations tissées entre agents économiques et scientifiques. Notre communication s’inscrit dans une même perspective, en interrogeant l’asymétrie supposée des ressources détenues par les acteurs impliqués dans la production d’expertise. Les experts sont-ils nécessairement des scientifiques dominés dans leur discipline, incapables de résister aux avances de leurs interlocuteurs économiques ? Nous l’étudions au prisme de l’épidémiologie des accidents, ou plus précisément de sa genèse académique, des années 1940 à 1960 aux Etats-Unis. L’analyse se fonde sur un matériau archivistique et documentaire accumulé au cours de notre thèse de doctorat, renvoyant aux trajectoires et aux pratiques de scientifiques œuvrant aux côtés d’assureurs du secteur automobile, à l’Université Harvard. Elle permet de comprendre comment se dessine une relation d’interdépendance, plutôt que de domination a priori des savants par leurs interlocuteurs marchands. La figure de l’expert « acheté », impuissant et dominé, s’efface alors face à celle du chercheur « engagé », assumant auprès des assureurs une forme inattendue de « militantisme scientifique ».
 
Sciences Po Bordeaux
RT1 Savoirs, travail, professions

Session: A définir

Défendre la cause de l'environnement : de la professionnalisation aux professions

 

L'objectif de cette communication est de cerner la nature et les ressorts du changement dans les organisations qui ont fait de l'environnement une cause collective à défendre. Grâce à un éclairage par les professions, il s'agit de dépasser les débats qui ont été associés à ces organisations, en sociologie des mouvements sociaux et des associations. La professionnalisation, ici entendue comme le recours croissant à des salariés, est une tendance signalée dans les deux corpus de littérature. Certains font l'apologie de l'organisation comme une condition du succès politique des mouvements sociaux dans les arènes politiques, d'autres concluent à un pouvoir accru des salariés, menaçant les finalités collectives de départ ou encore le bien-fondé des associations comme écoles de la démocratie (Edwards et Ganz 2004). L'entrée par les professions dans les organisations environnementales est un moyen d'appréhender les changements qui ont affecté de manière conséquente leurs modes d'action et finalités. L'analyse de la compétition autour de la nature et entre professions, définies de manière "souple" par la défense d'un savoir abstrait (Abbott 1988, 318), abordera quatre organisations environnementales : France Nature Environnement, la Ligue de protection des oiseaux, Greenpeace France, WWF France. Toutes sont remarquables par la dimension nationale de leur activité et leur croissance exponentielle d'effectifs salariés depuis la fin des années 1990. Elles présentent des caractéristiques suffisamment divergentes (que ce soit par la structure de décision, leur objet social ou leur affiliation ou non à un réseau international d'ONG) pour évaluer le poids respectif des logiques organisationnelles et structurelles dans les changements observés. L'enquête a porté sur les activités concrètes et l'entrée des professions au sein de ces organisations. Les luttes autour des savoirs professionnels portent sur les problèmes et traitements pertinents, relevant des états naturels, des dispositions des publics susceptibles d'avoir un impact sur eux et du maintien de l'organisation. Ces luttes ont touché à une redéfinition de sa raison d'être, notamment vis-à-vis de ses audiences extérieures (adhérents, autorités politiques, entreprises, opinion publique). Elles ont engagé à la fois des salariés et des élus associatifs. Les savoirs professionnels, issus de la communication, du marketing et de la gestion, ont marginalisé dans des proportions inégales selon les cas les savoirs des premiers salariés, acquis au terme d'un cycle universitaire en sciences naturelles ou de la vie et mis en pratique auprès des décideurs politiques. L'éclairage par les professions (Le Naëlou 2004) est un moyen de saisir un phénomène  essentiel négligé par les analyses qui considèrent ces organisations du seul point de vue de la contestation (Matthieu 2012), de l'engagement des militants (Ollitrault 2008), voire de logiques de champs (field) (Rao 1998).
Maître de conférences
Université de Bourgogne
RT37 Sociologie des médias

Session: 1

Table-ronde - La sociologie des médias et « l'actualité Charlie » : Définitions et (non)-engagement

 

Quelles logiques de fonctionnement du champ médiatique les "évènements" de janvier 2015 (et leurs prolongements) donnent-ils à voir ? Dans quelle mesure l’analyse de la médiatisation de « l’actualité Charlie » met-elle en lumière des processus d’assignations sociales et de (re)production de frontières au sein de la population ?« Y aller ou pas ? » Quelles positions les sociologues (des médias) ont-ils/elles occupées dans le débat public ? Comment participer « à chaud » à la lutte pour la définition du monde social ?  
Sociologue
EHESP / CSO (CNRS/Sciences-po)
RT30 Sociologie de la gestion

Session: 5

Des indicateurs pour gouverner la qualité hospitalière. Sociogenèse d’une entreprise de rationalisation en douceur

 

Depuis plusieurs décennies, le secteur hospitalier français est affecté par des réformes prétendant optimiser sa gestion (Benamouzig, 2005; Pierru, 2007). En parallèle du déploiement de nouveaux instruments de tarification inspirés des logiques du New Public Management, qui a contribué à mettre l’hôpital « sous pression » (Belorgey, 2010), des dispositifs d’évaluation de la qualité des soins ont été progressivement généralisés par les pouvoirs publics (Robelet, 2002), parmi lesquels des indicateurs qualité (IQ) censés mesurer la qualité des prises en charges.Austères et discrets, les IQ évaluent la structuration des établissements dans la lutte contre les infections nosocomiales, la traçabilité des activités médicales et paramédicales dans le dossier patient, ou encore la conformité des pratiques aux normes professionnelles et bureaucratiques. Ces dispositifs sont censés informer les patients, doter les gestionnaires et les professionnels d’outils pour améliorer la qualité et rationaliser la régulation du secteur. Ces IQ n’ont évidemment rien de « naturel » : leur existence-même était bien loin d’aller de soi au début des années 1990 ; les critères d’évaluation qu’ils mobilisent correspondent à des choix à la fois techniques et politiques loin d’être anodins ; les usages sociaux de ces dispositifs gestionnaires, loin d’avoir existé « de tout temps », sont le fruit de mobilisations, de négociations et de glissements institutionnels progressifs.Dans cette communication, nous nous proposons de retracer la sociogenèse des IQ depuis une vingtaine d’années, en analysant leur processus d’invention-conception-institutionnalisation. Nous mettons l’accent sur la manière dont les enjeux de légitimité politique et d’acceptabilité professionnelle ont façonné la construction sociale des IQ depuis les années 1990, puis sur leurs caractéristiques matérielles et cognitives. En effet, au cours du processus de leur institutionnalisation, les IQ ont acquis une certaine « solidité ». Nourris de savoirs gestionnaires, statistiques, et médicaux, ils sont suffisamment ouverts en termes de savoirs et plastiques en termes d’usages pour donner lieu à une large mobilisation et éviter un conflit avec le monde médical, tout en portant une ambition de contrôle institutionnel. Ils constituent ainsi une technologie normative robuste qui s’est imposée comme légitime en masquant partiellement le processus de sa construction.Cette communication présente une sélection de résultats d’une thèse de sociologie de l’action publique qui montre comment les IQ « rationalisent en douceur » le secteur hospitalier (Bertillot, 2014). Ancrée dans la sociologie de l’action organisée (Musselin, 2005), notre approche prend au sérieux les IQ dans leur dimension instrumentale (Lascoumes & Le Galès [dir.], 2004) et cognitive (Benamouzig, 2005). Nous prenons ici appui sur l’analyse d’une cinquantaine d’entretiens et d’un corpus de sources écrites.
 
 
RT26 Réseaux Sociaux

Session: 1

Le capital social des étudiants : exercice de révélation de leurs réseaux

 

En animant plusieurs formations sur le capital social auprès d'étudiants de niveaux et spécialités différentes (sciences politiques, doctorants en SHS, élèves ingénieur, étudiants en Master de sociologie), j'ai collecté, depuis quelques années récentes, des données composites sur leurs relations sociales individuelles : tableaux de générateurs de noms, graphes dessinés, commentaires associés, questionnaires sur leurs contacts téléphoniques ou par mail, description de la nature des liens, récits de conduite de projets innovants. Ce sont ces données qui serviront mon propos. Pour illustrer des notions de cours autour de la sociologie des réseaux et en particulier, sur le capital social, deux situations différentes ont été imaginées avec ces étudiants, qui permettent de « révéler leurs réseaux » : d'une part, l'élaboration d'une innovation sociale et technique nécessitant le recours à des ressources hypothétiques détenues par des personnes : soit, l'étudiant pense disposer de la personne-ressource, soit, il doit tenter d'élaborer une chaîne vertueuse de contacts lui permettant d'obtenir très probablement la ressource. L'exercice permet aux étudiants de toucher du doigt, à la fois, les questions de force des liens mais également celles des chaînes relationnelles et donc des contacts directs et indirects, des frontières des réseaux, de structure de ces réseaux. Pour clôturer cette application, les capitaux sociaux des étudiants ont été partagés afin de compléter les relations manquantes. L'autre exercice plus réaliste, consiste à leur demander de répondre à un questionnaire sur leurs relations téléphoniques et « électroniques » en collectant autant d'informations sur les caractéristiques sociales des correspondants que sur les interactions entre eux. On obtient alors plusieurs réseaux personnels que nous comparons avec ceux connus dans la littérature (Bidart, Degenne et Grossetti, 2012). Enfin, je dispose aussi de récits de conduite de projets innovants ou de recherche de stages et d'emploi, aux cours desquels les étudiants ont eu à « sortir » de leur cadre de formation et à chercher des personnes-ressources. Ces données me permettent de croiser les variables (âge, sexe, origine sociale, type de formation) avec le type de réseau et de chaîne relationnelle. Nous montrerons que si les différences de capital social proviennent bien des origines sociales des étudiants et du capital social collectif dont disposent les Ecoles d’ingénieur et de Commerce par rapport à l’Université, elles sont renforcés par des inégalités de la conscience de leurs relations) et du potentiel des chaînes relationnelles, activables à partir de leurs carnets d'adresse.
Doctorat
Paris Sorbonne
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 3

Comprendre les inégalités d’accès aux essais précoces en cancérologie grâce aux trajectoires de soins.

 

Cette communication s’intéresse à la question des inégalités de santé d’un point de vue méthodologique. L’objectif est de montrer comment une approche en termes de trajectoire de soins peut rendre compte des différences existantes entre des patients. Ceci nous amènera à distinguer d’un côté les inégalités « classiques » où l’on s’intéresse à l’influence d’un ensemble de facteurs sur un phénomène donné, par exemple la prévalence d’une maladie en fonction de caractéristiques médico-sociales et de l’autre les trajectoires de soins servant de base de comparaison et d’évaluation des écarts de situations entre les individus. Il est alors possible de s’affranchir d’une partie des difficultés rencontrées lorsque l’on rend compte des inégalités, telles que disposer d’un groupe de comparaison et définir a priori un ensemble de facteurs pertinents à mesurer. Le terme de trajectoire se situe dans la lignée de la notion de bifurcation (turning point) développé par Andrew Abbott (1992). Nous emprunterons également des éléments à la sociologie économique (Callon et Muniesa, 2003, Stovel et Fountain, 2009, White, 2011) et à l’analyse de réseaux dans sa dimension non formelle (Grossetti, 2004).On s’intéressera au cas des essais cliniques précoces en cancérologie qui constituent un objet « limite » pour interroger les inégalités. En effet, très peu de patients accèdent à ces essais en raison des places disponibles. De plus, les bénéfices thérapeutiques sont incertains et les contraintes entourant l’accès et la participation sont fortes. Enfin, ces essais ne sont pas orientés vers un type de tumeur particulier et s’adresse essentiellement à des patients en situation d’échec thérapeutique. Ils sont la source d’un important espoir pour les patients et d’enjeux stratégiques pour les médecins et les institutions de santé (INCa, hôpitaux). Mais il est difficile de définir ce que l’on entend par « égalité d’accès » et quel serait le groupe auquel comparer celui des patients inclus dans ces essais. On s’intéressera alors aux facteurs déterminants des trajectoires de soins permettant d’expliquer comment certains patients arrivent jusqu’au centre de recherche clinique.Un travail de terrain a été réalisé dans deux des principaux hôpitaux français réalisant ce type d’essai. Il est constitué d’entretiens avec des médecins (n=23) et des patients (n=25), d’observations de terrain sur une période de 9 mois (réunions d’équipes et consultations) et de l’analyse de données quantitatives (base de données de patients).L’argumentation se divise en deux parties. Nous commencerons par relever les limites d’un traitement de l’accès aux essais cliniques précoces en termes d’inégalités. Puis, nous montrerons comment l’identification des trajectoires et permet de comprendre comment les patients arrivent dans ces essais. 
CR CNRS
IRIS/CNRS
RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: 2

Présences intergénérationnelles : le parcours de vie comme processus d’attente et d’assignation de care

 

A partir d’une conception des temporalités qui ne se résume pas à ses dimensions objectives (le chronos) pour aborder les processus de subjectivation (le kairos), il est possible de penser ensemble temporalités et genre, en ce que l'assignation à l'ordre du genre peut s'envisager comme une socialisation à un rapport au temps qui met les femmes dans une disponibilité temporelle et une responsabilité de la durée. En considérant ainsi la temporalité au principe du genre, dans la tradition des problématiques des rapports sociaux de sexe, on peut dès lors envisager le parcours de vie comme un processus d'attente et d'assignation de care. Plus précisément, le parcours de vie renvoie à un système de présences sociales qui se déploient jusqu’à travers les générations. Les présences sociales soulignent les enjeux temporels et sexués du care et se définissent comme un ensemble de supports sociaux mis en place par des professionnel-le-s ou profanes pour répondre aux besoins d’autrui et ne se limitant pas à l’action présente ni à une relation dyadique. Ces soutiens, aides, accompagnements, assurances ou droits, matériels ou symboliques, constituent autant de dimensions à la fois morales et pratiques pour que les individus, quelles que soient leur position sur le parcours de vie, leur fragilité, puissent développer des capacités d’agir au-delà de leur dépendance intrinsèque à autrui. Ces présences sociales, particulièrement visibles aux âges de la vie marqués par le besoin absolu de soin, sont ainsi assurées à tous les moments du parcours de vie. Elles permettent, par leur capacité à laisser des traces, à circuler et à fonctionner sur le registre du don et de la dette, de maintenir des effets de présence dans le temps qui s’exercent à travers les générations. Les présences sociales se caractérisent aussi par une tension propre à toute activité pour autrui, entre le contrôle et la protection. Elles se déclinent en présences intergénérationnelles qui assignent les femmes à anticiper l'avancée en âge et appréhender les normes d'âge en fonction de leur engagements vis à vis de leurs proches, ascendants, descendants et conjoints, au détriment souvent d'autres engagements, professionnels notamment. Cette conceptualisation féministe et phénoménologique des présences permet d’engager une discussion sur les modalités genrées de temporalisation, qui ouvre à des considérations méthodologiques très importantes pour le paradigme pluridisciplinaire sur les processus d’avancée en âge et leur structuration, l’approche biographique et la sociologie du parcours de vie.
CR CNRS
IRIS/CNRS
GT48 ARTS - Articulation vie professionnelle/vie familiale et Recomposition des Temps Sociaux

Session: 4

Une sociologie des présences sociales pour penser le genre et les temporalités des interdépendances

 

Je propose de participer à la réflexion du GT 48 sur les impasses de la naturalisation et les perspectives d’un monde plus juste, autour de l’articulation des temps sociaux et sa traduction systématique en des injonctions à conciliation pour les femmes, à partir du concept de présences sociales. Cette proposition de communication plutôt théorique, s’appuyant sur des travaux empiriques sur les prises en charge sanitaires, sociales ou parentales, alimente ainsi les débats sur les manières de lier temporalité et genre.Cette sociologie des présences sociales s’inscrit dans la tradition féministe qui observe la division sexuée du travail de prise en charge des besoins d’autrui. Mais elle intègre aussi les dimensions morales des diverses formes de soutiens, assistances, aides et interventions sociales, dans la tradition des politiques et éthiques du care. Dans cette combinaison, tout en suivant certaines approches en termes d’économies morales qui rappellent que les politiques publiques ou sociales s’opèrent dans une tension entre protéger et punir (Fassin & al., 2014), la sociologie des présences sociales précise que cette distorsion s’étend aux attentions profanes et aux prises en charges privées et souligne surtout que cette polarité des interventions pour autrui est genrée. Loin de naturaliser la protection maternelle de la main gauche de l’Etat et l’autorité paternelle de ses fonctions régaliennes, c’est une approche temporelle des interdépendances qui permet de comprendre la division sexuée du travail social, sanitaire et sécuritaire. La tendance néolibérale contemporaine à la pénalisation de l’Etat social et sa re-masculinisation (Wacquant, 2013) est la résultante des renoncements à la temporalisation de l’intervention publique et à la généralisation de l’esprit gestionnaire et de son présentisme, jusque dans les secteurs sanitaire, éducatif et social. En considérant ainsi la temporalité au principe du genre, suivant en cela la problématisation des rapports sociaux de sexe, on peut dès lors définir les présences sociales comme des activités morales ou pratiques, profanes ou professionnelles, de veille ou d’intervention, sécuritaires ou protectrices, destinées à répondre aux besoins d’autrui. La notion de présence permet d’appréhender le processus au-delà de sa dimension matérielle, en ne se limitant pas à l’action présente ni à une relation dyadique. L’impact des présences sociales peut être différé ou s’inscrire dans des logiques de circulation, de don et de dette. Le genre féminin étant caractérisé par une disponibilité temporelle et la responsabilité de la durée, les activités de care sont féminisées et ce sont les femmes qui en assurent la transmission. Les présences sociales permettent donc de problématiser l’articulation des temps sociaux, en donnant une profondeur intergénérationnelle aux arbitrages familiaux au sein desquels les femmes se retrouvent systématiquement piégées. Ainsi, outre s’investir professionnellement et familialement sur le mode de la double présence (Balbo, 1978), elles anticipent tout au long du parcours de vie les opportunités et appréhendent les normes d’âge en fonction des attentes de care qu’attendent d’elles les ascendants, descendants, conjoints, etc.
Maître de conférences
Université Lyon 2, Laboratoire Triangle
RT27 Sociologie des intellectuels et de l'expertise : savoirs et pouvoirs

Session: 1

Revenu de solidarité active et expertise. La transformation des paramètres de la « nouvelle équation sociale »

 

Réforme du RMI qui vise à instaurer un système dégressif selon les revenus tirés de l’activité pour lutter contre la pauvreté sans décourager les personnes aidées de reprendre un emploi, le RSA est le premier dispositif à avoir bénéficié en France d’une expérimentation à grande échelle avant sa généralisation. Dès sa première formulation au sein d’une commission en 2005, il a donné lieu à plusieurs simulations en vue de mesurer son coût et d’estimer son impact. Cette communication vise à apprécier l’influence des évaluations du RSA menées à différents stades de son élaboration sur la loi votée le 1ier décembre 2008. Plus précisément, je propose de me concentrer ici sur la formalisation de l’idée de RSA entre 2005 et 2008, sa mise en équation et son paramétrage. Il s’agira, à partir des archives du Haut Commissariat aux solidarités actives et d’entretiens menés auprès d’acteurs ayant participé à l’évaluation et la mise en place du RSA, d’apprécier le lien entre ces évaluations et les transformations connues par le projet de « nouvelle équation sociale » en considérant les formes prises par les luttes juridictionnelles autour de ces évaluations.
 
 
RT18 Relations Professionnelles

Session: 6

Présences du dialogue social – registres, usages et pratiques

 

Le « dialogue social » désigne « une grande variété de dispositifs de confrontation des intérêts des employeurs et des salariés : droits d’information, de consultation, de grève, de représentation, de négociation… » et si « on peut bien sûr critiquer l’imprécision d’une pareille notion, rançon peut-être inévitable de la diversité et de la mobilité des systèmes de relations professionnelles auxquels elle a vocation à s’appliquer, […] on peut aussi dire qu’elle va à l’essentiel en nous invitant à penser le lien social comme un lien de parole », écrivait en 2002 le juriste Alain Supiot. Extensive, la notion de « dialogue social » se distingue également par son double ancrage, comme catégorie de pensée (dont la genèse et la diffusion sont à retracer) et comme catégorie d’action publique (comme l’illustre par exemple l’adjonction du terme au nom du Ministère du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle… et du dialogue social depuis 2012). Expression consacrée lorsqu’elle se réfère à certains mécanismes singuliers et situés (qu’il s’agisse du « dialogue social européen » au niveau supranational ou, au niveau infranational, du « dialogue social territorial »), c’est également une notion controversée : d’abord parce que son usage peut être perçu par les acteurs sociaux (salariés, syndicalistes…) et observateurs comme un moyen d’euphémiser ou de masquer les divergences d’intérêt et les résistances qui s’expriment sur les lieux de travail ; ensuite parce fréquemment mobilisée dans le débat public, cette expression suscite une méfiance quant à sa pertinence et son intérêt en tant que catégorie d’analyse ; enfin, parce que sa polysémie  engendre un flou sur ce qu’elle désigne réellement et la met parfois en concurrence avec d’autres catégories (relations sociales, négociation collective…).  Comment dès lors cerner et comprendre les réalités que recouvre une telle notion, tout à la fois promue et décriée ? Comment la situer parmi les autres catégories d’analyse des relations professionnelles ?Cette communication propose de répondre à ces deux questions à travers un travail exploratoire mené dans trois directions principales : 1) l’analyse lexicale d’un corpus d’articles de presse, généraliste et spécialisée, permettant de mettre au jour les registres discursifs dans lesquels la notion apparaît ; 2) le repérage bibliographique et l’analyse des usages scientifiques du terme, en France et dans la littérature anglophone, ainsi que dans la production normative des institutions internationales (OIT, Union Européenne)  ; 3) enfin, à partir d’enquêtes quantitatives sur les relations professionnelles en France (Enquêtes « REPONSE » et « ACEMO sur le Dialogue Social en entreprise »), l’appréhension statistique de pratiques susceptibles d’être assimilées à des formes de dialogue social et de la façon dont ces pratiques s’articulent les unes aux autres.
Doctorant en sociologie
Centre de sociologie des organisations / Sciences Po
RT12 Sociologie économique

Session: 6

Cadrer les relations marchandes par le droit : Juristes et contrats dans les relations industrie-commerce

 

En France, les relations entre la grande distribution et ses fournisseurs correspondent à un oligopsone : peu d’acheteurs font face à un grand nombre d’acteurs de taille plus faible.  Même si les linéaires des supermarchés et hypermarchés comptent en majorité des produits vendus par des grands groupes, ces fournisseurs souffrent face à la concentration de la grande distribution, qui, depuis 1999, ne compte plus que 7 centrales d’achat. Les commerciaux travaillant pour les fournisseurs (chefs de produit, « key account managers ») s’estiment vulnérables face aux exigences formulées par les acheteurs de la grande distribution. Pour remédier à ce déséquilibre, l’Etat français a introduit des règles juridiques qui encadrent la négociation annuelle entre fournisseurs et distributeurs.Ces règles affectent essentiellement la capacité des enseignes de distribution à obtenir du fournisseur un prix plus concurrentiel que celui accordé aux autres enseignes. La loi définit les conditions générales de vente du fournisseur comme étant le « socle » de la négociation commerciale. Cela signifie que le tarif du fournisseur, censé s’appliquer à l’ensemble de ses partenaires commerciaux, doit être le point de départ de la négociation. D’une manière générale, la dégradation du tarif du fournisseur doit faire l’objet d’une contrepartie, comme par exemple le fait de faire figurer son produit dans un prospectus ou de vendre à celui-ci des statistiques sur le comportement du consommateur. La loi prévoit plusieurs types de dégradations tarifaires, avec des types de contreparties différentes.Etant donné l’encadrement par le droit de la négociation commerciale, comment les opérateurs économiques manipulent-ils au quotidien ces normes juridiques ? Cette question empirique rejoint celle posée par Bernstein (1992)[1] ou Riles (2010)[2], qui ont contribué à décrire les usages du droit dans les relations marchandes. Malgré l’étendue des textes régissant les relations industrie-commerce, les marges d’interprétation des opérateurs économiques sont élevées. Le travail de terrain a permis de montrer que chaque enseigne a interprété les contraintes juridiques de façon différente. Les juristes d’entreprise, qui travaillent à temps plein en tant que salariés des enseignes, interagissent avec les cadres commerciaux pour élaborer des contrats-type utilisés par les acheteurs avec tous les fournisseurs. La rédaction de ces contrats témoigne d’une intégration de la stratégie commerciale et des questions juridiques. Au-delà de leur rôle de légitimation, les contrats-type structurent les relations marchandes. Ils apportent une partie de l’équipement cognitif mobilisé dans la négociation annuelle entre l’acheteur et son fournisseur. En cela, les catégories juridiques élaborées au sein des enseignes relèvent du droit « constitutif » (Edelman and Stryker 2005:540). Le droit constitutif crée de nouveaux objets qui affectent de manière substantielle l’organisation des activités et les relations marchandes.En cela, ma communication prolonge les travaux qui ont cherché à dénaturaliser le « travail marchand » (Cochoy and Dubuisson-Quellier 2000) entrepris par la grande distribution (Barrey 2004, 2006). Si le travail marchand à destination du consommateur final est bien documenté, les contributions sur le travail marchand à destination des fournisseurs sont plus rares, et portent sur des domaines très spécifiques tels que les produits bruts issus de l’agriculture ou de la pêche (Debril 2000; Dubuisson-quellier and Navarrete 2006).Les données présentées dans cette contribution sont issues de plusieurs sources. La source principale est une observation participante conduite pendant trois mois dans la direction juridique d’une des grandes enseignes de la distribution française. Cette source a été complétée par des entretiens menés auprès de juristes et de commerciaux d’autres enseignes de distribution et auprès de fournisseurs.  BibliographieBarrey, Sandrine. 2004. “Le Travail Marchand Dans La Grande Distribution Alimentaire : La Définition Des Relations Marchandes.” Université de Toulouse-le Mirail.Barrey, Sandrine. 2006. “Formation et Calcul Des Prix : Le Travail de Tarification Dans La Grande Distribution.” Sociologie du Travail 48(2):142–58. Retrieved October 11, 2012 (http://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S0038029606000276).Bernstein, Lisa. 1992. “Opting out of the Legal System: Extralegal Contractual Relations in the Diamond Industry.” Journal of Legal Studies 21(1):115–57.Cochoy, Franck, and Sophie Dubuisson-Quellier. 2000. “Introduction. Les Professionnels Du Marché : Vers Une Sociologie Du Travail Marchand.” Sociologie du Travail 42(3):359–68. Retrieved (http://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S0038029600010852).Debril, Thomas. 2000. “Mareyage et Grande Distribution : Une Double Médiation Sur Le Marché Du Poisson.” Sociologie du Travail 42(3):433–55. Retrieved (http://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S0038029600010992).Dubuisson-quellier, Sophie, and Mireille Navarrete. 2006. “Économie Rurale de La Valorisation de La Qualité Des Fruits.” Economie rurale (292):18–34.Edelman, Lauren B., and Robin Stryker. 2005. “A Sociological Approach to Law and the Economy.” Pp. 527–51 in The Handbook of Economic Sociology. Princeton: Princeton University Press.Riles, Annelise. 2010. “Collateral Expertise. Legal Knowledge in the Global Financial Markets.” Current Anthropology 51(6):795–818.[1] L’article de Lisa Bernstein porte sur le rapport des marchands de diamants new-yorkais au système légal formel. Dans certains cas, les litiges de nature juridique sont réglés de manière informelle au sein de la communauté des marchands de diamants.[2] L’article de Riles est consacré aux interactions entre les juristes et les opérateurs financiers qui échangent des produits dérivés. Les juristes participent à l’activité de ces derniers en concevant des objets juridiques permettant un maximum de flexibilité dans les échanges de titres  financiers.
Doctorant en sociologie
Centre de sociologie des organisations / Sciences Po
RT13 Sociologie du droit et de la justice

Session: 6

L’incertitude juridique comme stratégie : heurs et malheurs de la DGCCRF face à la grande distribution (1996-2013)

 

La grande distribution et ses fournisseurs en France constituent un oligopsone : peu d’acheteurs font face à un grand nombre de vendeurs.  Même si les linéaires des supermarchés et hypermarchés comptent en majorité des produits vendus par des grands groupes, ces fournisseurs se plaignent de la concentration de la grande distribution, qui, depuis 1999, ne compte plus que 7 centrales d’achat. Les fournisseurs et leurs représentants d’intérêts n’ont cessé de demander l’intervention de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), l’administration du Ministère de l’Economie compétente en la matière. Alors qu’elle est faiblement dotée, la DGCCRF est parvenue à partir de 1996 à réduire le pouvoir de marché de la grande distribution face à ses fournisseurs. La loi dite « Galland »[1], entrée en vigueur en 1997, a mené à la mise en place du système des marges arrière. Désormais, les distributeurs n’allaient plus être rémunérés par les marges sur les produits mais par des contributions versées directement par leurs fournisseurs. Ce système est extrêmement avantageux pour ces derniers, car il leur permet de contrôler le prix de revente de leurs produits.Dans ce cadre, l’État est intervenu avec succès, au moins un temps, au profit des acteurs économiques réputés plus faibles (les fournisseurs). Or, la littérature en sociologie économique et en sociologie du droit ne permet guère de rendre compte de cette situation. Dans la sociologie économique d’inspiration néo-institutionnaliste, il est entendu que, sauf en cas de crise majeure due à un choc exogène, les lois en vigueur reflètent les intérêts des acteurs les plus puissants du marché (Fligstein, 1996, p. 662). La littérature états-unienne de sociologie du droit a mis en avant la difficulté que l’État fédéral éprouve dans la lutte contre les discriminations pratiquées par les entreprises. Malgré des lois ambitieuses votées au cours des années 1960, la conformité aurait été avant tout symbolique (Edelman, 1992) : les entreprises seraient en mesure de se réapproprier les lois destinées à les contraindre. Les actions de conformité portant sur des procédures plutôt que sur un changement substantiel des pratiques participeraient ainsi d’une internalisation du droit par les grandes entreprises (Edelman et Suchman, 1999). Ce phénomène a également été étudié  par des chercheurs français, qui l’ont qualifié de conformité organisationnelle ou de managérialisation du droit (Montagne, 2012 ; Pélisse, 2011).Cette communication prolonge les quelques travaux en sociologie du droit qui ont au contraire mis en avant les ressources dont pouvaient tirer parti le législateur et l’administration face aux grandes entreprises. Les mouvements sociaux constituent un appui important pour que les juridictions interprètent le droit dans un sens favorable aux acteurs économiques lésés (Stryker et Pedriana, 2004). Certaines professions, en mettant en scène le risque juridique de façon efficace, ont permis d’accélérer la mise en place de procédures intra-organisationnelles très sévères envers la discrimination au travail (Dobbin, 2009). Plus globalement, Hirsh (2009) a montré que les actions relevant de la « conformité symbolique » ont en réalité diminué la ségrégation au travail davantage que les poursuites judiciaires intentées par l’EEOC, l’agence fédérale chargée d’appliquer les lois anti-discrimination. Plus précisément, l’étude des relations industrie-commerce en France est l’occasion de mettre au jour une ressource aux mains de l’État ignorée dans la littérature. Entre 1996 et 2013, la DGCCRF a délibérément cherché à créer un cadre juridique incertain. Au regard de la littérature, cette stratégie est surprenante. Edelman a cité le caractère « vague » des lois sur les discriminations (Edelman, 1992:1532) comme une des raisons expliquant leur faiblesse. Pélisse, à propos de la loi des 35 heures, tire des conclusions similaires : la managérialisation de la réduction du temps de travail est due à « l’ambiguïté » et à « l’ouverture du cadre juridique posé » (Pélisse, 2011:47). Cette stratégie a pourtant permis à la DGCCRF de rééquilibrer le rapport de force entre la grande distribution et ses fournisseurs pendant plus d’une dizaine d’années.[1] Loi n° 96-588 du 1er juillet 1996 sur la loyauté et l'équilibre des relations commerciales, dite « loi Galland » 
Chercheuse
Université libre de Bruxelles
GT48 ARTS - Articulation vie professionnelle/vie familiale et Recomposition des Temps Sociaux

Session: 1

L’aménagement des horaires : un révélateur de l’entrecroisement des temporalités du personnel infirmier

 

Notre communication cherche à renseigner l’énigme du « cumul » de plusieurs formes d’emploi – salarié, indépendant, intérimaire – et de partage entre plusieurs secteurs – maisons de soins aux personnes âgées, hôpital, domicile – par une frange importante des personnels des soins infirmiers en Belgique. Après avoir situé sur un plan quantitatif cette pratique (au travers de données longitudinales de suivi des diplômés de l’enseignement supérieur, en Belgique francophone), nous mettons en évidence la place essentielle, au cœur de l’activité de gestion des soins, de l’aménagement des horaires de travail. A partir d’une analyse de 20 entretiens menés avec le personnel soignant, nous mettons en évidence que le cumul de plusieurs emplois – quelques fois au-delà d’un temps plein – dans plusieurs contextes d’exercice du métier, répond à plusieurs logiques : contrer la déqualification en variant entretien des compétences techniques (par exemple en milieu hospitalier) et dimension relationnelle du travail (par exemple en maisons de repos) ; varier les contextes de travail pour relativiser la pénibilité des soins aux personnes âgées – pour « souffler » et « tenir », mais pas pour « se reposer » –, notamment via l’interim ; explorer les potentialités de la profession et envisager des mobilités futures. Les déterminants de ces logiques sont variables, mais tiennent notamment à une mobilisation de compétences temporelles (Bouffartigue, 2012). Ces pratiques nécessitent cependant des accords locaux : les contraintes induites par ces morcellements de l’engagement professionnel doivent rencontrer les normes d’encadrement déterminées par la réglementation. Il s’ensuit une activité de « bricolage » des horaires, sans cesse renouvelée par les cadres intermédiaires, devant répondre à deux injonctions potentiellement orthogonales : respecter des normes d’encadrement, et garder le personnel dans l’organisation. Cette négociation de compromis locaux met ainsi en évidence l’entrecroisement quotidien de multiples temporalités – légales, organisationnelles, professionnelles, biographiques – au cœur de l’activité de soins.
Doctorat
Centre de Sociologie des Organisations
RT13 Sociologie du droit et de la justice

Session: 3

Les procédures de recouvrement à l'épreuve de la hiérarchie juridique dans l'Etat de Géorgie, 1900-1940

 

Saisissez ici le résumé de la communication...
Postdoctorante
CMH PRO
RT1 Savoirs, travail, professions

Session: 1

Faire de l’égalité des sexes son travail : une entreprise de (dé)naturalisation du genre ?

 

Dans un contexte de renouvellement de l’intervention étatique et d’un relatif effet de mode managériale, les années 2000 ont vu émerger une nouvelle activité de travail en France : le conseil en égalité professionnelle. Floue à de nombreux égards, cette activité de services réunit aujourd’hui un nombre de prestataires encore restreint (150 à 200 personnes), en majorité des femmes (70 à 80% des effectifs recensés), souvent créatrices d’activité.Cette communication propose d’appréhender ce phénomène en analysant les formes de contestation et de (re)production du genre dans les trajectoires et les représentations professionnelles d’un groupe dédié à la promotion de l’égalité des sexes au travail.Elle s’appuie sur un matériau varié réuni dans le cadre d’une recherche doctorale, comprenant une expérience personnelle envisagée d’un point de vue réflexif et un large corpus de données écrites et orales, dont une cinquantaine d’entretiens avec des prestataires de services.Dans un premier temps, il s’agit de mettre en lumière des formes de contestation du genre. Tout d’abord, les entrepreneuses de l’égalité professionnelle questionnent la division sexuelle du travail en investissant « en nombre » deux domaines peu féminisés : la création d’activité et le conseil. De plus, leurs trajectoires montrent que l’entrée dans une telle activité apparait comme une opportunité pour contourner certaines incertitudes professionnelles (plafond de verre, carrières non linéaires, etc.). Enfin, l’exercice de l’activité révèle un engagement pour dénaturaliser les déterminants des parcours professionnels (afin que d’autres femmes ne vivent pas ce qu’elles ont vécu), le développement de pratiques professionnelles « alternatives » (au modèle masculin neutre), mais aussi des reconfigurations familiales (renégociation du travail domestique, divorce).Dans un second temps, il s’agit de mettre en lumière des formes de (re)production du genre. Tout d’abord, les entrepreneuses de l’égalité professionnelle entretiennent la division sexuelle du travail tant du point de vue du secteur d’intervention que des modalités d’entrée et d’investissement dans l’entrepreneuriat et le conseil. De plus, l’activité étant connotée « féminine », voire – pire – « féministe », la présence des hommes est largement valorisée au détriment des femmes, ceux-ci incarnant « naturellement » la bonne figure de l’expert « neutre ». Enfin, le déficit de légitimité et la faible rentabilité économique de l’activité génèrent de fortes incertitudes professionnelles. Incertitudes renforcées par l’absence d’organisation pour défendre des intérêts communs par crainte d’une ghettoïsation qui renforcerait le stigmate d’une activité connotée féminine/féministe.
maître de conférences
UVSQ - CESDIP
RT34 Sociologie politique

Session: 1

"Des "primitifs de la révolte" dans les cités françaises ? Retour sur les émeutes de 2005"

 

Les « émeutes de l’automne 2005 » ont donné lieu, au moment même où elles se déroulaient, puis dans les années suivantes, à de multiples analyses sociologiques de   statuts très divers (en termes de méthodes d’enquêtes, d’enjeux soulevés, de supports de publication…). La majorité d’entre-elles ont cependant proposé des éclairages fondés sur des comparaisons et des références historiques, le plus souvent puisées dans l’histoire des 18e et 19e siècles français et britanniques. Cet enjambement des siècles et ces « usages relâchés » de la comparaison dans la longue durée tiennent notamment à ce que l’histoire des « émeutes urbaines » en France avait jusqu'alors surtout été écrite par des sociologues les replaçant dans l’histoire courte des « banlieues » depuis la fin des années 1970. Peu d’historicisations alternatives, plus sensibles aux actions collectives et aux mouvements sociaux étaient disponibles. Cette communication visera à recenser et affiner les différentes chronologies proposées, en les analysant comme de formes de cadrages des économies morales et des répertoires d’action des participant·e·s aux mouvements de l’automne 2005.
MCF
Université Toulouse 2/ESPE Midi-Pyrénées
GT42 Sociologie des élites

Session: 6

L’intuition scientifique : une qualité inégalement partagée ? Filles et garçons en CPGE scientifique et face aux concours de l’ENS

 

             Dans ses travaux, P. Bourdieu opposait deux voies de recrutement des futures élites. D’un côté, des écoles qui accordent une grande importance aux propriétés scolaires et qui évaluent des compétences relativement codifiées et mesurables (Polytechnique, ENS). De l’autre, des écoles qui fondent leur sélection sur des attributs moins directement scolaires, comme le savoir-être ou l’éloquence (HEC, SciencesPo, ENA…). Si cette opposition semble toujours opérante aujourd’hui, nous souhaitons affiner l’analyse des fondements du recrutement des élites du premier pôle, en particulier les élites scientifiques, en introduisant la notion de genre. Car si les filles n’étaient que faiblement représentées dans les grandes écoles dans les années 1960, elles y occupent désormais une part non négligeable, bien que toujours inférieure à celle des garçons. À partir des résultats d’une enquête par questionnaires menée auprès de 2345 élèves de CPGE scientifiques, nous soutenons qu’au sein-même du pôle scolaire des grandes écoles, d’autres qualités prévalent. La sélection à l’entrée à l’ENS tient aussi au repérage d’un « esprit scientifique » chez les candidats et qui est plus volontiers attendu, reconnu et de fait suscité chez les garçons que chez les filles. L’analyse d’une dizaine d’entretiens d’élèves, de bulletins scolaires et de rapports des concours, contribuera à caractériser la nature de cet « esprit scientifique », fondé sur des qualités telles que l’inventivité et l’intuition.
Doctorante
Centre de Sociologie des Organisations (Sciences Po CNRS)
RT29 Sciences et techniques en société

Session: 1

Le Groupe de Travail du « Plan National de Gestion des Matières et Déchets Radioactifs » : définition d’un problème public, entre confinement et publicisation.

 

Afin d’apporter un nouvel éclairage sur la gouvernance de cette technologie contestée, nous proposons d’étudier un dispositif organisationnel récent, le groupe de travail sur le « Plan National de Gestion des Matières Déchets Radioactifs » (GT PNGMDR). Il réunit des acteurs pro et anti-nucléaires et il est chargé d’élaborer un « Plan National ». Lieu singulier de définition du problème des déchets (ni tout à fait confiné, ni public), cet espace intermédiaire réunit des acteurs qui s’affrontent dans des « luttes définitionnelles » (Gilbert, Henry, 2012). Il permet de sortir de la dichotomie habituelle public/secret dans la construction des problèmes publics (Lagroye et al., 2003), pour mieux suivre les circulations et appropriations d’un problème par les acteurs. Le matériau étudié a été rassemblé au cours d’une observation participante de ce dispositif : durant 3 ans nous avons assisté aux séances plénières, à des réunions de préparation, effectué des entretiens et accumulé des documents (plusieurs versions du plan, comptes-rendus, verbatim). Ce PNGMDR a été créé par la loi de 2006, il est modifié tous les trois ans, pour assurer une gouvernance intégrée de ce domaine et définir des solutions cohérentes de gestion. Il concerne aussi bien les déchets ultimes, que les matières radioactives, potentiellement réutilisables (résidus miniers, MOX, etc.). Ce groupe pluraliste apparaît comme un lieu particulier de définition de ce problème, et son mode de fonctionnement est progressivement devenu la condition de l’effectivité du Plan : il a été formé ad hoc pour piloter le PNGMDR, il est non public, restreint, et permet des échanges libres, car confinés. Tous les 3 mois, lors de séances plénières, il réunit les acteurs impliqués dans cette politique, pour discuter du Plan et présenter ses résultats. Malgré des débuts chaotiques, cette instance hybride est parvenue, sous la double direction de l’Autorité de Sureté Nucléaire et de la DGEC, à coordonner des acteurs aussi variés que les exploitants nucléaires (EDF, CEA, Areva, Andra), les industriels non électronucléaires, les autorités de sureté, les évaluateurs, les représentants des ministères, et surtout des associations antinucléaires, qui ont accepté d’y participer (Robins des Bois, Green Peace, ACRO, FNE etc.). Ce dispositif d’élaboration et de suivi aurait pu n’être qu’une chambre d’enregistrement ou une arène d’affrontements stériles. Mais il est devenu un lieu de négociations pour la de définition d’un problème et de solutions. Il favorise l’expression et la reconfiguration de positions pluralistes : ces échanges confinés sont très différents de ceux qui sont habituellement publicisés, souvent réduits à une opposition frontale entre pro et anti-nucléaires. Ici, les opposants sont associés à la gouvernance du problème, et le travail d’explicitation des controverses rend visible la diversité des acteurs critiques, mais aussi la diversité des positions au sein du secteur nucléaire.En étudiant ce dispositif et les discours qui y sont produits, qui s’y affrontent et se stabilisent, on cherche à saisir le système nucléaire dans sa complexité. On propose donc de retracer l’évolution de ce dispositif organisationnel et son fonctionnement, et d’étudier ses effets sur la définition d’un problème, ainsi que sur l’élaboration et la mise en œuvre de politiques publiques. Selon nous, l’intégration de la critique est devenue une condition de réussite de ce groupe intermédiaire, et non une source de blocage (comme dans d’autres espaces publics). L’institutionnalisation de ce dispositif pluraliste dans un espace intermédiaire, entre confinement et publicisation, permet ainsi d’appréhender les nouvelles modalités de gouvernance du nucléaire.
maître de conférences
Université de Bourgogne
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 4

Les tribulations du "social" au pays de la médecine libérale et des inégalités sociales de santé : quels usages les généralistes font-ils de la position sociale de leurs patients?

 

La médecine générale se dit « biopsychosociale ». Si la plupart des généralistes s’inscrivent dans une certaine culture psy, la dimension sociale de leur pratique est plus confuse. Pour le sociologue, elle est déjà manifeste dans les systèmes de normes et de catégorisations qui mettent en forme la consultation. Les généralistes sont mal équipés toutefois, par leur formation et par les guides de bonne pratique, pour penser cette dimension de leur activité ou pour considérer le contexte social des patients comme un déterminant de la santé et des soins. Ils gardent ainsi une grande latitude pour explorer (ou non) les caractéristiques sociales classiques (PCS, genre, origine migratoire) de leurs patients, et décider ce qu’il y a lieu d’en faire en consultation.Notre réflexion s’appuie sur deux enquêtes sur les principaux soins préventifs recommandés : -          une de nature épidémiologique a recherché les inégalités sociales de santé dans la patientèle (n=3640) et les disparités de pratiques médicales telles qu’approchées par les dossiers de médecins généralistes-          une enquête sociologique par entretiens (n=99) les a fait parler de leurs manières de faire. Ce corpus est ici lu sous l’angle des mentions du « social », du genre ou de la culture des patients, et du rôle que leur font jouer les généralistes lorsqu’ils rendent compte de leurs pratiquesA partir de ces matériaux, nous tenterons de clarifier les façons dont les généralistes travaillent ou non avec les caractéristiques sociales de leurs patients en prévention, dans un contexte où des gradients sociaux (de sens variable) sont observés pour la plupart des soins préventifs.Certains peuvent nier l’influence de ces caractéristiques, comme si elles n’affectaient ni les normes de santé, ni la morbidité, ni l’interaction en consultation. Tout système d’explication social est alors disqualifié au profit d’une lecture naturalisante, soit individualisante (chacun selon sa nature) soit universalisante (selon l’humaine nature). Si un modelage social des pratiques survient quand même, ce n’est pas intentionnel. D’autres cherchent à prendre en compte, selon des modalités variables, la diversité sociale présente dans leurs patientèle. L’invocation de caractéristiques sociales des patients est le plus souvent tempérée par une lecture contextuelle, à dominante individualiste, prudentielle et libérale. Une inflexion vers un modèle plus holiste, inspirée par la santé publique et par l’objectif de lutte contre les inégalités sociales de santé, est toutefois apparue. Partie d’un groupe de travail, elle a donné lieu à une recommandation diffusée en 2014 par le Collège de la Médecine Générale et par l’INPES, qui préconise le renseignement voire un codage systématique de divers indicateurs de position sociale dans les dossiers médicaux des généralistes. Cela a fait réagir au sein de la profession, mais interroge aussi le sociologue sur les formes de réification du social ou de culturalisme sous-jacentes.
 
Centre Max Weber - Université Lyon 2
RT12 Sociologie économique

Session: 5

« Rebondir d’un échec entrepreneurial » : la performance performée des entreprises en redressement judiciaire

 

Encore peu explorés par la sociologie, les échecs entrepreneuriaux sont un terrain privilégié d’analyse des processus de naturalisation et de dénaturalisation de l’économique. Dans un contexte où l’entrepreneuriat a émergé comme une des nouvelles « causes » adoptées en réponse à une « crise », l’échec entrepreneurial offre une figure repoussoir, de conformation anormale. Cet envers présente l’intérêt d’interroger en miroir les enjeux et les limites sous-jacentes à la figure apologisée et positive de l’entrepreneur. Que peut-il apprendre de la « performance » ? On associe régulièrement les échecs entrepreneuriaux à leurs causes et en particulier à leur mesure et leur évaluation économiques. La prévalence de cette approche de la science économique, centrée sur la genèse financière, conduit à occulter les conséquences des échecs entrepreneuriaux. Un échec entrepreneurial constitue des effets socioéconomiques, institutionnels et individuels, méconnus et peu mobilisés par la recherche. Depuis 1985, en France, les évolutions du livre VI du Code de commerce offrent la possibilité de « rebondir » d’un échec entrepreneurial. Des procédures ont ainsi été mises en place pour permettre la sauvegarde de l’entreprise, le maintien de l’activité et de l’emploi et l’apurement de ses dettes. Dans cette perspective, nous proposons d’éclairer les façons dont se construit et s’organise le travail entrepreneurial aux fins de se redresser d’un échec. Quelles ressources sont mobilisées pour faire « rebondir » une activité ? L’étude des redressements judiciaires constitue une approche particulière des échecs entrepreneuriaux. Cette recherche, menée dans le cadre d’une thèse en cours en collaboration avec le Tribunal de commerce de Lyon, repose sur quatre méthodes de recherche : l’exploitation statistique d’une base de données informatique du Greffe allant de 1990 à 2014, 15 entretiens semi-directifs réalisés avec des juges de la Chambre des Procédures Collectives, des observations effectuées au cours d’une vingtaine d’audiences durant en moyenne trois heures ainsi que certaines séances de préparation d’audience avec les juges qui les présidaient et un travail de suivi sur archives de deux cohortes. Notre analyse des données conduit à mettre en avant quatre formes de travail: justification, marchandisation, restructuration et innovation. Chacun de ces processus montre un travail de mobilisation et d’articulation de ressources relationnelles soit controversées et contraignantes, soit accordées et émancipatoires. Les redressements d’entreprises laissent apparaître différentes combinaisons possibles entre ces quatre formes de travail, auxquelles peuvent se rapporter l’issue d’un redressement. La « performance » se réalise alors au fil des interactions entre dirigeants, outils de gestion et acteurs institutionnels ; elle s’inscrit non plus comme une propriété individuelle et transcendante mais comme une production interactionnelle d’accords sociotechniques.  Ces procédures de redressements représentent 8% des cessations de paiements déclarées au Tribunal de commerce de Lyon entre 2006 et 2014 et concerne une catégorie particulière d’entreprises. Les redressements judiciaires relèvent majoritairement d’entreprises à valeur ajoutée en fonction de leur secteur d’activité et de leur taille. Cette répartition distinctive et naturalisée nous amène à questionner notamment le lien avec la position sociale des dirigeants des entreprises concernées et plus largement, la place et le rôle de celle-ci dans la capacité à reconstruire de l’avenir entrepreneurial pour faire « rebondir » son activité d’un échec. AUDRETSCH D., 2006, « L’émergence de l’économie entrepreneuriale », Reflets et Perspectives, XLV, n°1, pp.43-70. COCHOY F. (dir.), 2012, Du lien marchand – comment le marché fait société, Presses Universitaires du Mirail. GROSSETTI M., BARTHES J.-F., 2008, «Dynamique des réseaux interpersonnels et des organisations dans les créations d’entreprises », Revue Française de Sociologie, n°49, vol.3, pp.585-612. FRANÇOIS P., 2008, Sociologie des marchés, Armand Colin. GIRAUDEAU M., 2010, La fabrique de l’avenir. Une sociologie historique des business plans, Thèse de doctorat de sociologie, Université de Toulouse-II. KRAUSS G., 2009, « Les jeunes entreprises pionnières face à l’incertitude : la construction sociale de l’échec », Revue Française de Socio-Economie, n°3, pp.169-186. LATOUR B., 1992, Aramis ou l’amour des techniques, La Découverte. MARCO L., 1989, « Faillites et crises économiques en France au XIXème siècle », Annales. Economies, Sociétés, Civilisations, vol.44, n°2, pp.355-378. STEINER P., VATIN F., 2013, Traité de sociologie économique, Presses Universitaires de France. VERIN H., 2011, Entrepreneurs, entreprise – Histoire d’une idée, Paris, Classiques Garnier. ZALIO P.-P., 2004, « L’entreprise, l’entrepreneur et les sociologues », Entreprises et histoire, n°35, pp.16-30. 
 
Centre Max Weber - Université Lyon 2
GT42 Sociologie des élites

Session: 5

Une élite patronale « contre-nature » : les juges du Tribunal de commerce au prisme de la sociodicée médiatique et politique

 

Les juges du Tribunal de commerce apparaissent comme un terrain privilégié d’analyse du discours, de la justification et de l’idéologie de la domination. Dans un contexte où le «projet de loi Macron» remet en cause leur caractère immanent dans la justice commerciale, une mise en concurrence ancienne entre deux élites, politico-médiatique et patronale, est réactualisée. Ce faisant, nous proposons d’interroger comment s’organisent les procédés discursifs et les ressorts rhétoriques par lesquels chaque acteur construit et justifie d’un côté l’illégitimité d’une position et de l’autre sa légitimité.Ce travail, mené dans le cadre d’une thèse en cours en collaboration avec le Tribunal de commerce de Lyon, s’appuie d’une part sur l’analyse lexicographique d’un corpus d’articles et d’ouvrages journalistiques, de rapports d’études et de manifestations professionnelles auxquelles nous avons participées. D’autre part, nous nous référons à 15 entretiens semi-directifs et plusieurs discussions informelles réalisés avec des juges de la Chambre des Procédures Collectives. Les manières dont les discours des deux groupes sont produits et diffusés donnent à voir deux sociodicées qui organisent autour de trois registres de justification : civique, économique et sanitaire. Les premières stratégies, patronales, concourent à défendre les dimensions positives de la position tandis que les secondes, politico-médiatiques, consistent à naturaliser les aspects « morbides » et négatifs de celle-ci. 
Chercheure contractuelle (docteure)
ENS de Lyon
RT4 Sociologie de l'éducation et de la formation

Session: 5

Les projets de démocratisation de l’enseignement artistique : de la rhétorique de la spontanéité à la mise en œuvre de logiques scolaires

 

La communication que nous proposons cherche à déconstruire la rhétorique de projets de démocratisation de l’enseignement artistique étudiés dans le cadre d’une enquête qui s’est intéressée à six actions de démocratisation de l’enseignement artistique organisant le plus souvent un partenariat entre un conservatoire de musique, de danse et/ou de théâtre et une autre structure (établissement scolaire, centre social, service social municipal, etc.). L’enquête a été menée grâce à des observations des situations d’enseignement et grâce à des entretiens auprès des responsables des projets, des enseignants et des élèves.Il est apparu que ces actions menées au nom de la « démocratisation » essentialisent les besoins et les attentes des enfants et des adolescents qui en sont les destinataires. Ces projets ont en effet tendance à présenter ces besoins et attentes sous le registre de la spontanéité, en insistant sur leur éloignement supposé de la forme scolaire (Vincent, 1994), alors qu’ils sont en réalité empreints de logiques scolaires.Dans un premier temps, nous montrerons que la rhétorique de la spontanéité imprègne les projets étudiés en mettant en évidence que l’enseignement des arts y est souvent pensé comme basé sur le plaisir, sur la sensibilité, et sur l’expression de la personnalité, des potentialités et des goûts personnels des élèves, et ainsi, comme éloigné de la forme scolaire qui prévaut traditionnellement dans les conservatoires. Si ces établissements revendiquent des pédagogies moins « scolaires » (Deslyper, 2013 ; Pégourdie et Messina, 2013), les projets de démocratisation semblent des lieux privilégiés d’expression de cette rhétorique.Dans un deuxième temps, nous soulignerons que les logiques scolaires sont en réalité présentes au sein même des objectifs que se donnent les responsables des projets étudiés. Ces projets sont en effet perçus comme des moyens de combler des « manques » chez les enfants de milieux populaires, non seulement en termes d’accès à l’art (par exemple,initier à un registre musical classique), mais aussi en termes de manières scolairement attendues de faire et de penser (« canaliser son énergie », « avoir confiance en soi », etc.). C’est ainsi en dehors de l’école ou des programmes scolaires habituels que sont recherchées les solutions aux problèmes scolaires des élèves (Morel, 2006).Le troisième et dernier temps de la communication quittera le domaine des représentations des projets par ceux qui les portent pour s’intéresser aux pratiques pédagogiques concrètes et aux élèves. Il montrera que les logiques scolaires sont loin d’être absentes des pratiques pédagogiques à l’œuvre dans les projets étudiés d’une part, et des appropriations de l’enseignement artistique par les élèves concernés, d’autre part (Lemêtre, 2007), que le projet ait lieu en milieu scolaire ou non.
 
EHESS
RT27 Sociologie des intellectuels et de l'expertise : savoirs et pouvoirs

Session: 3

La sociologie des arts et de la culture en France. Structure et évolutions au prisme des congrès de l’AFS (2004-2013)

 

La communication proposée s’inscrit dans le cadre d’une vaste enquête collective en cours qui vise à faire une analyse sociologique du sous-champ disciplinaire de la sociologie des arts et de la culture en France. Nous prenons ici pour objet les communications liées à ce sous-champ aux cinq congrès de l’AFS depuis 2004. Les communications prises en compte sont, non seulement, celles intervenues au sein du RT14 (Sociologie des arts et de la culture), mais aussi celles ayant eu lieu dans d’autres RT, à partir du moment où celles-ci peuvent être rattachées à la sociologie des arts et de la culture par leur appareil conceptuel, leur objet ou leur terrain.Après une présentation rapide de la base de données que nous avons constituée et sur laquelle nous fondons nos analyses, nous aborderons l’évolution, sur ces dix dernières années, des caractéristiques sociodémographiques et positionnelles des intervenants, ainsi que celle des objets étudiés dans les communications et des orientations théoriques choisies pour les aborder. Nous proposerons de discuter certains de nos principaux résultats à cet égard, notamment ceux relatifs à l’articulation entre le fort recul de la présence des titulaires au sein du RT14 et la profonde modification des courants théoriques les plus représentés. Dans un troisième temps, il s’agira de construire un espace des prises de positions et un espace des positions en sociologie des arts et de la culture grâce à une analyse des correspondances multiples, qui nous renseigne sur les hiérarchies internes au sous-champ considéré. L’analyse factorielle permet également de mettre au jour un déplacement, entre 2004 et 2013, d’une pratique sociologique relativement « hétéronome » (perméable aux approches non sociologiques) vers une pratique sociologique plus « autonome ». Nous tenterons de voir si ce déplacement peut être interprété comme participant d’un processus de légitimation de la sociologie des arts et de la culture. Géraldine BOIS – docteure en sociologie, CMW – UMR 5283,équipe DPCS, CNRS/ENS de LyonAnnabelle BOISSIER – chercheuse associée en anthropologie, LAMES – UMR 7305, CNRS/Aix Marseille UniversitéSéverine SOFIO – chargée de recherche en sociologie, CRESPPA – UMR 7217, équipe CSU, CNRS/Université Paris 8Adrien THIBAULT – doctorant en science politique, SAGE – UMR 7363, CNRS/Université de Strasbourg
Maître de Conférences
Université du Littoral (ULCO), AUS (UMR 7218 LAVUE)
RT9 Sociologie de l'urbain et des territoires, GT45 Groupe de travail "Sociologie des conflits"

Session: 4

Critiques de la ville durable. En-deçà et au-delà du conflit

 

Les mouvements de la critique envers la ville durableCette proposition tente de mettre les conflictualités urbaines en rapport avec le « quasi slogan de la ville comme phénomène naturel ». Nous nous interrogerons en effet sur « les rapports entre les conflictualités sociales, culturelles et politiques » liées à la ville durable, en essayant d’articuler les niveaux micro/méso/macro-sociologiques, évoqués dans l’appel à communications, dans un mouvement de la critique qui se développe en-deçà et au-delà du conflit. Inscrire les expériences dans les mouvements de la critiqueLes « interactions sociales et conflictuelles » seront comprises comme des expériences[1] qui participent de mouvements critiques articulant d’une part, « les conflictualités liées à des résiliences et à des mobilisations collectives (…) à des formes de conflictualité sociale et politique » plus larges et revêtant d’autre part de « nouvelles formes (…) tout en gardant leur rapport à la ville ». Pour saisir la complexité et la portée[2] de ces expériences, à la fois « représentations de la “nature” mobilisées par les acteurs » et « moments du passage à l’acte », le mouvement critique auxquelles elles participent, sera mis à l’épreuve de deux approches pragmatiques, l’une se référant à un idéal de justice, l’autre à un postulat d’asymétrie. Interpréter de manière pragmatique la reprise de la critiquePourquoi convoquer ces approches ? Parce qu’il semble que malgré son omniprésence, le volontarisme institutionnel qui porte la ville durable repose aujourd’hui sur une ambition de maîtrise des processus et une défiance vis-à-vis des populations qui tendent à le rendre de plus en plus fragile. Pour réengendrer sa légitimité, les acteurs qui portent la ville durable devront, nous semble-t-il, adopter une approche pragmatique à même de repérer et de réinterpréter les expériences des individus, les prises et les compétences éventuelles que les situations leur donnent pour répondre aux épreuves qu’ils rencontrent – par exemple l’inconfort provoqué par tel ou tel équipement technique – susceptibles de nourrir des mouvements critiques. Si un gouvernement axiologique par la durabilité peut s’exercer sans trop d’encombres, il en va différemment d’une gouvernementalisation des expériences urbaines qui devrait seule, anticiper les prises de chacun d’entre nous. Pour les tenants de la ville durable, le pluralisme des expériences est donc un problème à résoudre, et l’interprétation de ces expériences devient une nécessité. L’aboutissement des trajectoires critiques est évalué sous une inquiétude particulière, celle de ne pouvoir gouverner la diversité des expériences. D’une part, ce mouvement de qualification des expériences, bien souvent impulsé par la critique, peut  favoriser l’émancipation de ceux qui les vivent, mais leur reprise par les porteurs de la durabilité peut aussi, paradoxalement, conduire à affuter le « cadre qui détermine aussi bien les orientations politiques légitimes que les justifications ordinaires »[3]. Face à la critique, la grammaire[4] de la ville durable est alors en mesure de s’actualiser et d’élaborer une nouvelle histoire pour se survivre à elle-même (« écoCité », « ville verte », etc.). D’autre part, lorsqu’il y a accord, celui-ci est entendu par la critique comme un compromis final et une forme de reconnaissance, alors que pour ceux qui défendent la grammaire en cours de la ville durable, l’accord relève avant tout d’un projet grammatical performatif des épreuves à venir. Nous essaierons donc de montrer dans notre communication, comment interpréter les mouvements critiques envers la ville durable de manière à intégrer l’accord non pas comme une fin, mais au sein de processus plus larges et plus longs pour comprendre les mouvements critiques en deçà et au-delà de l’accord. Le travail de resymétrisation comme analyseurAlors que la sociologie morale, qui relève d'une pragmatique de l’accord, ne peut que mettre en évidence la reprise de la critique[5] dans une approche descendante décrivant comment s’exerce le pouvoir des porteurs de la ville durable, une sociologie pragmatique des forces qui relève d’une pragmatique de la resymétrisation, peut aller plus loin en s’attaquant à la critique de cette reprise dans une approche ascendante qui renseigne l’effort produit par la critique pour remettre en cause ce pouvoir par la ville durable. Si la première nous permettra d’avancer dans l’interprétation de ce qui est repris ou non de la critique – et peut nous aider à mieux comprendre les formes qu’a prise la ville durable en réponse aux critiques portées à l’encontre des métropoles contemporaines - la seconde nous aidera à saisir ce qui, de cette reprise par la ville durable, est critiqué, sur quels appuis, sous quelles formes et avec quels desseins.  [1] Dewey J., « « La réalité comme expérience » », Tracés. Revue de Sciences humaines, N°9, 2005.[2] Chateauraynaud F., Argumenter dans un champ de forces. Essai de balistique sociologique, Paris, Petra, 2011.[3]  Lafaye C., Thévenot L., « Une justification écologique? Conflits dans l’aménagement de la nature », Revue Française de Sociologie, 34 (4), 1993, p. 495-524, p.514.[4]  Lemieux C., Le devoir et la grâce, Paris, Economica, coll. « Etudes Sociologiques », 2009, p.21-23.[5] Boltanski L., Chiapello E., Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999
Maître de Conférences
Université du Littoral (ULCO), AUS (UMR 7218 LAVUE)
RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 6

Les mouvements de la critique du développement durable. Comment aller au-delà de l’accord ?

 

Cette proposition place au centre la « catégorie temporelle » évoquée dans l’appel à communications. Nous nous interrogerons en effet sur les « temporalités des mouvements sociaux, entre mobilisations et modes de vie », qui remettent en cause de manière plus ou moins explicite ce qui relève du développement durable.Les « croisements et les continuités entre l’action spontanée et/ou sporadique et les perceptions et pratiques ancrées dans les modes de vie » seront compris comme des « expériences »[1] s’inscrivant dans des mouvements critiques. Pour saisir la complexité et la « portée »[2] de ces expériences et de ces mouvements, nous les mettrons à l’épreuve de deux approches pragmatiques, l’une se référant à un idéal de justice, l’autre à un postulat d’asymétrie. Inscrire les expériences dans les mouvements critiquesPourquoi convoquer ces approches ? Parce qu’il semble que malgré son omniprésence, le volontarisme institutionnel qui porte le développement durable repose aujourd’hui sur une ambition de maîtrise des processus et une défiance vis-à-vis des populations qui tendent à le rendre de plus en plus fragile. Pour réengendrer sa légitimité, les acteurs qui portent le développement durable devront, nous semble-t-il, adopter une approche pragmatique à même de repérer et de réinterpréter les expériences des individus, les prises et les compétences éventuelles que les situations leur donnent pour répondre aux épreuves qu’ils rencontrent –l’inconfort provoqué par tel ou tel équipement technique – susceptibles de nourrir des mouvements critiques. Si un gouvernement axiologique par la durabilité peut s’exercer sans trop d’encombres, il en va différemment d’une gouvernementalisation des expériences qui devrait seule, anticiper les prises de chacun d’entre nous. Pour le développement durable, le pluralisme des expériences est donc un problème à résoudre, et l’interprétation de ces expériences devient une nécessité. L’aboutissement des trajectoires critiques est évalué sous une inquiétude particulière, celle de ne pouvoir gouverner la diversité des expériences. Interpréter la reprise de la critiqueD’une part, ce mouvement de qualification des expériences, bien souvent impulsé par la critique, peut  favoriser l’émancipation de ceux qui les vivent, mais leur reprise par les porteurs de la durabilité peut aussi, paradoxalement, conduire à affuter le « cadre qui détermine aussi bien les orientations politiques légitimes que les justifications ordinaires »[3]. Face à la critique, la grammaire[4] du développement durable est alors en mesure de s’actualiser et d’élaborer une nouvelle histoire pour se survivre à elle-même (« transition énergétique », « croissance verte », etc.). D’autre part, lorsqu’il y a accord, celui-ci est entendu par la critique comme un compromis final et une forme de reconnaissance, alors que pour ceux qui défendent la grammaire en cours du développement durable, l’accord relève avant tout d’un projet grammatical performatif des épreuves à venir. Nous essaierons donc de montrer dans notre communication, comment interpréter les mouvements critiques envers le développement durable de manière à intégrer l’accord non pas comme une fin, mais au sein de processus plus larges et plus longs pour comprendre les mouvements critiques au-delà de l’accord. Le travail de resymétrisation comme analyseurAlors que la sociologie morale, qui relève d'une pragmatique de l’accord, ne peut que mettre en évidence la reprise de la critique[5] dans une approche descendante décrivant comment s’exerce le pouvoir des acteurs de la durabilité, une sociologie pragmatique des forces qui relève d’une pragmatique de la resymétrisation, peut aller plus loin en s’attaquant à la critique de cette reprise dans une approche ascendante qui renseigne l’effort produit par la critique pour remettre en cause ce pouvoir par le développement durable. Si la première nous permettra d’avancer dans l’interprétation de ce qui est repris ou non de la critique – et peut nous aider à mieux comprendre les formes qu’a pris le développement durable en réponse aux critiques portées à l’encontre du développement[6] - la seconde nous aidera à saisir ce qui, de cette reprise par la durabilité, est critiqué, sur quels appuis, sous quelles formes et avec quels desseins.[1] Dewey J., « « La réalité comme expérience » », Tracés. Revue de Sciences humaines, N°9, 2005.[2] Chateauraynaud F., Argumenter dans un champ de forces. Essai de balistique sociologique, Paris, Petra, 2011.[3]  Lafaye C., Thévenot L., « Une justification écologique? Conflits dans l’aménagement de la nature », Revue Française de Sociologie, 34 (4), 1993, p. 495-524, p.514.[4]  Lemieux C., Le devoir et la grâce, Paris, Economica, coll. « Etudes Sociologiques », 2009, p.21-23.[5] Boltanski L., Chiapello E., Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999[6] Rist G., Le développement. Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences Po, 2007
Maître de Conférences
Université du Littoral (ULCO), AUS (UMR 7218 LAVUE)
RT9 Sociologie de l'urbain et des territoires, GT45 Groupe de travail "Sociologie des conflits"

Session: 4

Critiques de la ville durable. En-deçà et au-delà du conflit

 

Les mouvements de la critique envers la ville durableCette proposition tente de mettre les conflictualités urbaines en rapport avec le « quasi slogan de la ville comme phénomène naturel ». Nous nous interrogerons en effet sur « les rapports entre les conflictualités sociales, culturelles et politiques » liées à la ville durable, en essayant d’articuler les niveaux micro/méso/macro-sociologiques, évoqués dans l’appel à communications, dans un mouvement de la critique qui se développe en-deçà et au-delà du conflit. Inscrire les expériences dans les mouvements de la critiqueLes « interactions sociales et conflictuelles » seront comprises comme des expériences[1] qui participent de mouvements critiques articulant d’une part, « les conflictualités liées à des résiliences et à des mobilisations collectives (…) à des formes de conflictualité sociale et politique » plus larges et revêtant d’autre part de « nouvelles formes (…) tout en gardant leur rapport à la ville ». Pour saisir la complexité et la portée[2] de ces expériences, à la fois « représentations de la “nature” mobilisées par les acteurs » et « moments du passage à l’acte », le mouvement critique auxquelles elles participent, sera mis à l’épreuve de deux approches pragmatiques, l’une se référant à un idéal de justice, l’autre à un postulat d’asymétrie. Interpréter de manière pragmatique la reprise de la critiquePourquoi convoquer ces approches ? Parce qu’il semble que malgré son omniprésence, le volontarisme institutionnel qui porte la ville durable repose aujourd’hui sur une ambition de maîtrise des processus et une défiance vis-à-vis des populations qui tendent à le rendre de plus en plus fragile. Pour réengendrer sa légitimité, les acteurs qui portent la ville durable devront, nous semble-t-il, adopter une approche pragmatique à même de repérer et de réinterpréter les expériences des individus, les prises et les compétences éventuelles que les situations leur donnent pour répondre aux épreuves qu’ils rencontrent – par exemple l’inconfort provoqué par tel ou tel équipement technique – susceptibles de nourrir des mouvements critiques. Si un gouvernement axiologique par la durabilité peut s’exercer sans trop d’encombres, il en va différemment d’une gouvernementalisation des expériences urbaines qui devrait seule, anticiper les prises de chacun d’entre nous. Pour les tenants de la ville durable, le pluralisme des expériences est donc un problème à résoudre, et l’interprétation de ces expériences devient une nécessité. L’aboutissement des trajectoires critiques est évalué sous une inquiétude particulière, celle de ne pouvoir gouverner la diversité des expériences. D’une part, ce mouvement de qualification des expériences, bien souvent impulsé par la critique, peut  favoriser l’émancipation de ceux qui les vivent, mais leur reprise par les porteurs de la durabilité peut aussi, paradoxalement, conduire à affuter le « cadre qui détermine aussi bien les orientations politiques légitimes que les justifications ordinaires »[3]. Face à la critique, la grammaire[4] de la ville durable est alors en mesure de s’actualiser et d’élaborer une nouvelle histoire pour se survivre à elle-même (« écoCité », « ville verte », etc.). D’autre part, lorsqu’il y a accord, celui-ci est entendu par la critique comme un compromis final et une forme de reconnaissance, alors que pour ceux qui défendent la grammaire en cours de la ville durable, l’accord relève avant tout d’un projet grammatical performatif des épreuves à venir. Nous essaierons donc de montrer dans notre communication, comment interpréter les mouvements critiques envers la ville durable de manière à intégrer l’accord non pas comme une fin, mais au sein de processus plus larges et plus longs pour comprendre les mouvements critiques en deçà et au-delà de l’accord. Le travail de resymétrisation comme analyseurAlors que la sociologie morale, qui relève d'une pragmatique de l’accord, ne peut que mettre en évidence la reprise de la critique[5] dans une approche descendante décrivant comment s’exerce le pouvoir des porteurs de la ville durable, une sociologie pragmatique des forces qui relève d’une pragmatique de la resymétrisation, peut aller plus loin en s’attaquant à la critique de cette reprise dans une approche ascendante qui renseigne l’effort produit par la critique pour remettre en cause ce pouvoir par la ville durable. Si la première nous permettra d’avancer dans l’interprétation de ce qui est repris ou non de la critique – et peut nous aider à mieux comprendre les formes qu’a prise la ville durable en réponse aux critiques portées à l’encontre des métropoles contemporaines - la seconde nous aidera à saisir ce qui, de cette reprise par la ville durable, est critiqué, sur quels appuis, sous quelles formes et avec quels desseins.  [1] Dewey J., « « La réalité comme expérience » », Tracés. Revue de Sciences humaines, N°9, 2005.[2] Chateauraynaud F., Argumenter dans un champ de forces. Essai de balistique sociologique, Paris, Petra, 2011.[3]  Lafaye C., Thévenot L., « Une justification écologique? Conflits dans l’aménagement de la nature », Revue Française de Sociologie, 34 (4), 1993, p. 495-524, p.514.[4]  Lemieux C., Le devoir et la grâce, Paris, Economica, coll. « Etudes Sociologiques », 2009, p.21-23.[5] Boltanski L., Chiapello E., Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999
ESCOL-CIRCEFT / Sciences de l'éducation / Paris 8
Université Paris 8
RT4 Sociologie de l'éducation et de la formation

Session: 6

Choix des livres de jeunesse par les enfants (5-7 ans) et les familles : de l’essentialisation du « goût » en bibliothèques municipales à l’objectivation des dispositions littératiennes fréquentées

 

Depuis quelques années, nous assistons à une expansion importante du marché éditorial de la littérature de jeunesse (LJ) caractérisée par une offre plus importante de titres disponibles et par son insertion dans différents milieux sociaux et pratiques de socialisation. Cette expansion s’accompagne par une forte diversification des œuvres, à l’instar des albums (Chamboredon et Fabiani, 1977), genre par excellence de la LJ aujourd’hui. Certains albums permettent plusieurs niveaux de lecture, en fonction des compétences littératiennes des lecteurs (enfants et médiateurs) et du patrimoine littéraire et culturel auquel ils peuvent faire appel (Bonnéry, 2014).Vecteur de ces dispositions littératiennes potentielles (la littératie au sens de Goody, 1979 et Lahire, 1993 : formes de traitement de l’écrit variable par ex. selon les relations texte/image dans les albums), nécessaires aux apprentissages scolaires (Bautier et al, 2012), les albums font irruption dans les écoles, dès la maternelle. Néanmoins le type de médiation (et d’acculturation à ces dispositions littératiennes – Bastide et Joigneaux, 2014) peut varier en fonction des professionnels, de même que le choix des albums se fait en fonction du public (Bonnéry, 2013). Ces variations à la fois du type d’albums fréquenté et de la médiation réalisée sont également observables dans les familles (Bonnéry, 2014).Nous nous intéressons ici à une autre sphère de fréquentation de la LJ, à savoir les bibliothèques municipales, a priori ouvertes à tous et à l’intérieur desquelles toute la palette possible de la diversité du marché éditoral de la LJ est disponible aux usagers. Comment cette diversité s’actualise dans les pratiques de fréquentation des ouvrages par les enfants en fonction de leur milieu socio-économique et culturel ? Notre recherche a été réalisée dans les bibliothèques municipales dans trois communes franciliennes et a pour objectif de comprendre le choix des titres empruntés par différents publics en fonction de leur niveau de difficulté ou la diversité/homogénéité des livres auxquels les enfants sont confrontés, et en fonction des livres que les bibliothécaires conseillent aux différents publics ou privilégient dans les achats ou les présentations.L’analyse qualitative des emprunts, rapportée aux choix de constitution du fonds de l’équipe de bibliothécaire (observation des séances de choix, entretiens semi-directifs) permet d’interroger la conception essentialisante du « goût » individuel ou du « goût » enfantin répandu dans tous les milieux sociaux, et de comprendre ce qui influe sur la présence plus importante de certains types de livres plutôt que d’autres dans la bibliothèque.Cette interrogation se poursuit à partir de l’analyse quantitative des emprunts des enfants (5-7 ans), en fonction de leurs caractéristiques socio-économiques et culturelles (quantité d’ouvrages empruntés, sexe, revenus familiaux, profession des parents, nombre d’enfants dans la fratrie, quartier d’habitation). Et nous analysons le type d’ouvrage emprunté, notamment les albums, en fonction de leur inégale sollicitation – potentielle – des dispositions littératiennes (codage qualitatif des albums). Cette double analyse quanti-quali des emprunts nous permet d’interroger la notion de goût pour la lecture et de goût pour certains types de lecture comme catégorie construite à partir des différentes sphères de socialisation fréquentées par les enfants et leur transférabilité à d’autres sphères : nous analysons les « choix » des enfants et des familles au regard des formes de médiations réalisées par les bibliothécaires. Bibliographie Bastide, I. & Joigneaux, C. (2014). Littératie précoce, albums et lectures partagées à l’école maternelle. Spirale, 53, 9-19.Bautier, É., Crinon, J., Delarue-Breton, C. & Marin, B. (2012). Les textes composites : des exigences de travail peu enseignées ? Repères, 45, p. 63-80.Bonnéry, S. (2013) « Que fait-on lire en maternelle ? et à qui ? », Revue Dialogue (publiée par le GFEN), n°150, octobre. Bonnéry S. (2014) « Les livres et les manières de lire à l'école et dans les familles : » Réflexions à l'occasion de la parution de la liste officielle « maternelle », Le français aujourd'hui, 2014/2 n° 185, p. 47-57.Chamboredon, J.-C. & Fabiani, J.-L. (1977). Les albums pour enfants. Le champ de l'édition et les définitions sociales de l’enfance. Actes de la recherche en sciences sociales, 13, 60-80.Goody J. (1979). La raison graphique. Paris : Minuit.Lahire, B. (1993a). Culture écrite et inégalités scolaires. Lyon : P.U. de Lyon.Saisissez ici le résumé de la communication...
Doctorant
Université de Montpellier - CEPEL
RT2 Migrations, Altérité et Internationalisation

Session: 4

L'essentialisation, un outil d'optimisation entre les mains des travailleurs sociaux?

 

Ce travail est issu des observations que nous avons effectuées à l'occasion d'une recherche menées auprès d'assistants de service social, au titre d'une enquête préliminaire à l'établissement d'un projet de thèse. Il vise à démontrer l'ambivalence de l'essentialisation des familles immigrées dont les travailleurs sociaux font preuve au quotidien lors de l’accompagnement de ces dernières. En effet, dans le cadre de l'aide sociale à l'enfance, les assistants sociaux travaillent au contact de familles, souvent précaires, ayant une éducation qui peut porter atteinte à l'intégrité de l'enfant. Au sein de ce service social existe une tentation d'essentialisation, que l'on connecte à la fois à une expérience personnelle de la diversité culturelle, mais également à une tendance à synthétiser une expérience professionnelle afin d'anticiper les comportements de l'usager. Cette tentation à l'essentialisation ne constitue cependant qu'un pan du travail social. La déontologie à portée universaliste qui encadre ce corps de métier s'avère particulièrement contraignante et pousse les assistants de service social à occuper un rôle professionnel idéalisé qui tâche de s'affranchir de tout préjugé. Cet affranchissement semble passer par une distanciation volontaire mais également par un approfondissement de la relation à l'usager qui implique de se mettre en contact avec la vie privée de ce dernier comme le souligne Jacques Ion. Il est donc question de savoir, au travers des données que nous avons pu recueillir lors de cette enquête préliminaire, comment fonctionnent ces essentialismes qui visent généralement des familles immigrées, et pourquoi ces derniers résistent à la déontologie universaliste du travail social. L’intérêt in fine est de développer une approche de l’essentialisation comme fait social ambivalent qui peut potentiellement devenir un outil du travail social à des fins d’optimisation de l’accompagnement. La diversité des contextes, des situations et des interactions auxquelles sont confrontés les travailleurs sociaux induit qu'il n'existe pas qu'une forme d'essentialisation, mais bien plusieurs, variant en sens comme en portée. En nous aidant des grilles de lecture fournie par la sociologie interactionniste, et en la croisant avec des approches de street-level bureaucracy et de la sociologie des identités, il nous est possible de formuler des hypothèses qui appuient une perception différenciée des propos essentialistes en fonction de lieu de production de ces derniers.Dans l’étude des relations inter-ethniques, le travail social peut être légitimement considéré comme un point d’approche médian qui joint une analyse des politiques publiques face aux familles immigrées dans des quartiers spécifiques, et celle de l’impact des catégorisations ethno-culturelle des individus membres d’une société française qui questionne aujourd’hui régulièrement l’immigration.
 
EHESS
RT40 Sociologie des institutions

Session: 3

Faire valoir ce qui doit être assuré aux locataires dans les organisations du logement social

 

Cette communication propose d’étudier les changements à l’œuvre dans des organisations du logement social, en mettant l’accent sur les incidences de ces changements sur la manière dont ce qui doit être assuré aux personnes logées est problématisé au sein de ces organisations. Nous nous appuierons pour ce faire sur une enquête comparative analysant comment deux organisations du logement social se sont approprié une série d’injonctions qui leur étaient faites par les pouvoirs publics, s’alignant une politique de la qualité en usage dans les entreprises.Nous axerons notre propos sur la manière dont les réorganisations induites par ces réformes viennent remettre au travail les modalités par lesquelles sont qualifiés les attentes, les besoins et les aspirations des locataires au sein de ces organisations. En deçà des acteurs impliqués dans la définition de ces politiques organisationnelles, nous envisagerons comment des agents qui travaillent au contact direct de ces locataires font avec les nouveaux formats d’action et d’évaluation sous lesquels ils doivent désormais placer leurs actions.
Doctorante
Clersé, Université Lille 1
RT4 Sociologie de l'éducation et de la formation

Session: 3

Le "bon sens" des Auxiliaires de vie scolaire et la division du travail scolaire

 

En 2003, apparait avec la loi relative aux assistants d’éducation un nouveau "métier" à l’école : celui d’Auxiliaire de vie scolaire. Celles désignées par l’acronyme d’AVS sont chargées d’accompagner les enfants en situation de handicap dans les écoles ordinaires (de la maternelle au BTS). Il s’agit, par exemple, d’être la secrétaire d’un élève handicapé physique, de répéter et reformuler les consignes pour un élève dyslexique, d’aider à la concentration pour un élève ayant des troubles du comportement ou encore d’aider à l’accomplissement des gestes du quotidien. Mais concrètement, comment s’organise la division du travail scolaire avec les enseignant-e-s et les autres professionnels de l’école ?De 2003 à 2013, les AVS demeurent sous un statut d’emploi précaire, soumis aux contrats d’assistant d’éducation et aux contrats aidés (contrats courts, limités dans le temps et à temps partiel). Ce personnel subit donc un fort turn over parallèlement à une augmentation singulière (amenant à plus de 70 000 AVS en 2013). En outre, l’Éducation nationale peine à mettre en place des formations professionnelles (suffisantes). Aussi, à celles qui questionnent leur capacité à faire face à l’accompagnement scolaire d’un enfant en situation de handicap, les recruteurs répondent qu’ "il suffit de faire appel à [leur] bon sens". Comment se traduit ce "bon sens" dans la pratique professionnelle ? Comment reconnaissent-elles les tâches "à faire" et quel en est leur contenu ? Nous proposons ici  d’interroger le processus de naturalisation du travail et des compétences des AVS que la division du travail scolaire dans laquelle elles sont prises révèle.Pour ce faire, nous nous appuierons sur notre travail de terrain effectué dans le cadre d’une thèse de sociologie (débutée en 2009) portant sur le travail, les conditions d’emploi et de travail des AVS. L’analyse prendra appui sur les observations et les entretiens effectués au sein des services de l’Éducation Nationale et auprès des AVS elles-mêmes. En particulier, cette communication reposera sur l’observation des recrutements et des formations ainsi que sur les récits de travail des AVS afin de saisir ce qui organise cette division du travail scolaire à l’aune de l’inclusion scolaire des enfants en situation de handicap.
Chargé de recherche
Ined
RT4 Sociologie de l'éducation et de la formation

Session: 1

L’augmentation de l’inégalité des rendements de l’éducation en France : l’importance relative du diplôme et de l’origine sociale sur la carrière professionnelle

 

Les inégalités liées à l’origine sociale au sein du système éducatif sont un objet classique de la sociologie de l’éducation, en particulier à travers les débats liés à la réalité de la « démocratisation » scolaire. Cependant, au-delà même des différences de réussite à l’école, on observe des inégalités dans le rendement en termes de carrière professionnelle que tirent les individus d’un diplôme donné. Ainsi, l’école ne réussit pas à assurer sur le marché du travail la méritocratie qu’elle est supposée garantir, et, après avoir donné une légitimité aux inégalités de qualifications, apporte de ce fait son concours à la naturalisation des inégalités de position sociale à diplôme égal.Cette présentation, correspondant au chapitre sur la France d’un ouvrage collectif à paraître comparant 14 pays développés, se fonde sur les enquêtes Formation et Qualification Professionnelle (FQP) 1977, 1985, 1993 et 2003 pour étudier l’évolution des inégalités de rendements du diplôme liées à l’origine sociale, ainsi que la question – inséparable – de l’inflation scolaire. La position sociale des individus est étudiée sous divers aspects, tant concernant le premier emploi des individus que concernant leur emploi à la date de l’enquête : probabilité d’appartenance au groupe des cadres, de non-appartenance à la classe ouvrière, score de prestige de l’emploi occupé, et enfin salaire perçu l’année avant l’enquête.Quatre résultats principaux sont mis en évidence. Premièrement, l’origine sociale présente un effet très net sur la profession occupée par les individus, et ce plus fortement concernant le premier emploi que plus tard dans la carrière. Deuxièmement, cet effet est plus fort parmi les moins diplômés, mais presque inexistant chez les diplômés du supérieur, indiquant la capacité des individus d’origine sociale élevée à compenser la faiblesse de leur diplôme par un capital social important. Troisièmement, l’effet de l’origine sociale sur le rendement du diplôme a augmenté entre 1977 et 2003, de même qu’entre les cohortes nées autour de 1940 et de 1975. Quatrièmement, on observe que cette augmentation est due à la forte inflation scolaire à l’œuvre sur la période considérée. Ainsi, la massification scolaire, en entraînant une moindre détermination de la position sociale par le diplôme, a en partie « désarmé » l’école, donnant plus d’importance à des processus qui se jouent en dehors d’elle. Ce mouvement vient compenser les effets de cette massification en termes de réduction des inégalités. 
Chargé de recherche
Ined
RT33 Famille, vie privée, vie publique

Session: 1

La fin de l’hypergamie féminine ? L’inversion du sens de l’écart entre diplômes des conjoints au fil des cohortes en France

 

L’hypergamie féminine, définie comme la propension des individus à former des couples ausein desquels la femme se trouve en infériorité par rapport à l’homme, est un phénomène observédans de nombreuses sociétés et du point de vue de nombreux critères – au point que cettesituation a pu et continue parfois d’être considérée comme « naturelle ».Au contraire, nous montrons à l’aide des enquêtes Étude de l’histoire familiale et Biographies etentourage que les premiers couples dans lesquels la femme est plus diplômée que son conjointsont devenus plus fréquents que le cas inverse en France depuis les cohortes nées à la fin desannées 1950. Ce mouvement, dont l’importance et l’ancienneté sont encore souvent méconnuesmême par les sociologues, est principalement dû à l’allongement de la scolarité des femmes, quisont désormais plus diplômées que les hommes. Cependant, il persiste même une fois contrôléel’évolution de la structure de la population (hypergamie relative).Nous observons finalement une résorption complète des écarts dans la proportion de femmesqui ne vivront jamais en couple cohabitant entre moins diplômées et plus diplômées, ce derniergroupe étant fortement désavantagé sur le marché conjugal au sein des cohortes nées avant-guerre. Ces résultats semblent indiquer la disparition, voire l’inexistence, de la normed’hypergamie féminine en termes de diplôme.
Enseignant-chercheur
Agrocampus Ouest
RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 2

Des cyanobactéries bretonnes aux régimes ontologiques – un cas d’étude pour penser la sociologie de l’environnement

 

Lors de cette communication, je propose de m’appuyer sur un cas d’étude relatif à la gestion de l’eau et des cyanobactéries en milieu rural pour aborder les questions soulevées par l’appel à communication. L’exemple pris est celui d’un travail interdisciplinaire mené concernant l’étang de Marcillé Robert (35) : le niveau de l’eau y  est régulièrement abaissé (assec) et relevé, pour des raisons associant un taux trop élevé de cyanobactéries, les marges de manœuvre des institutions publiques propriétaires de l’étang, et les manifestations des riverains et des habitants de la commune. La mise en œuvre de  l’assec de cet étang a généré un conflit opposant les riverains et usagers de l’étang aux acteurs administratifs, techniques et scientifiques. C’est dans ce cadre qu’une recherche a été conduite, mobilisant autant des sources documentaires que des entretiens avec les acteurs impliqués et la population locale.A travers le récit de ce cas d’étude, je voudrais montrer – comme d’autres avant moi – que ce type de conflit autour d’enjeux environnementaux est révélateur de problèmes latents : ici, derrière la contestation relative à l’abaissement du niveau de l’étang, les opposants expriment un sentiment diffus de délaissement de leur village ou de mise en cause de leur identité, et revendiquent la prise en compte de leur expérience locale au même titre que les autres formes de connaissance.Nous insisterons sur la mise en évidence des différentes logiques de définition du rapport à l’étang par les acteurs, reprenant ici un modèle déjà élaboré par A. Micoud et repris par ailleurs. Tout en questionnant les dimensions conceptuelles, normatives et ontologiques convoquées par les différents acteurs, en les mettant en relation avec la gestion effective de l’étang et de son niveau d’eau,  nous complèterons cette analyse en l’associant aux thèmes mis en avant par l’appel à communication. Nous interrogerons notamment les relations entre les modèles de scientificité et la construction sociale de la réalité tels qu’ils apparaissent dans notre cas d’étude ; la place de l’expertise sociologique dans ce cas de gestion appliquée d’un plan d’eau soumis à un problème de cyanobactérie ; pour terminer sur la manière dont ce type de travaux et la sociologie de l’environnement en général permettent de réinterroger les catégories de nature/culture et, surtout, la question de l’ontologie dans la définition de ces catégories, présentent tant chez Descola que Dupuy ou Micoud.
 
 
RT10 Sociologie de la connaissance

Session: 6

La société du risque : de la réalité à la fiction

 

L'objectif de cette communication est de montrer le lien qui peut être établi entre le concept de société du risque, tel qu'il a été développé par Ulrich Beck, et la fiction post-apocalyptique. Selon Ulrich Beck, les sociétés contiennent des risques qu'elles ont elles-mêmes produits et qui les menacent de destruction malgré les assurances et la mobilisation des énergies pour s'en prémunir. Après les attentats du 11 septembre 2001, Ulrich Beck introduit, en plus des dangers écologiques et économiques, celui de la menace terroriste. Sa différence provient de "l'intention malveillante" qui la guide. Nous allons, en nous appuyant sur son oeuvre, montrer comment la fiction post-apocalyptique n'est qu'un aboutissement cohérent de cette appréhension d'un monde dans lequel la maîtrise de tous les risques s'avère impossible. Le discours sécuritaire ou le principe de précaution s'avèrent inefficaces dès lors que sont maintenues, à l'intérieur comme à l'extérieur de nos frontières, les conditions rendant posiibles de tels actes malveillants. La fiction post-apocalyptique résulte d'un tel constat et ce qui en ressort est l'échec des civilisations à faire profiter chacun de ses progrès.Nous mettrons en évidence sur la base des motifs de l'épidémie et du zombie, de la ville morte et de la fin du héros sauveur du monde, comment cette déconstruction est figurée. L'étude de ces motifs sera un moyen d'explorer cet imaginaire qui intègre l'idée qu'une maîtrise de tous les risques est de l'ordre de l'impossible. Par contre, nous verrons qu'il en ressort une réflexion sur la reconnaissance nécessaire de notre commune appartenance à la société des hommes.
enseignent chercheur
 
RT31 Sociologie du sport et des activités physiques

Session: 3

Le sport et ses dimensions sociales : cas de la société algérienne

 

Le sport est une activité très  importante à la pacification de la société et le progrès de l’humanité et les missions de cette activité sont les même quelque soit en pays développés ou en voie de développement.L’activité sportive est connue depuis plusieurs civilisations et malgré les différentes orientations de ces derniers,  Les anciens chercheurs et éducateurs ont depuis longtemps reconnu le sport pour ses pouvoirs éducatifs. Par le biais de l’outil du sport, au quotidien, des valeurs sont transférables tels que : solidarité, fair-play,  respect des autres et de soit même,  santé et bien être…Cette étude a mené à illustrer qu’en Algérie le sport constitue un puissant vecteur de lien sociale et maillage du territoire. Une enquête, auprès  de nombreux clubs qui sont investis auprès des jeunes de cartiers pour leurs proposer des activités sportives, a montré l’apparition du sens du collectifs, de discipline, de solidarité, de coopération et la diminution du taux de criminalité, de toxicomanie, de délinquance et a saisir la relation entre la pratique du sport et le développement social.  En effet le but de ces clubs est d’amener les jeunes les plus éloignés à s’initier à des activités physiques et sportives pour améliorer le lien social. Le mouvement entre ces clubs et les associations sportives à contribuer à la réinsertion des jeunes en leur donnant la possibilité de jouer.
Docteure en sciences de l'éducation
Université Paris Descartes
RT15 Jeunesse, Ages de vie, Générations

Session: 3

La catégorie des "jeunes des banlieues" : un euphémisme de l'origine ethnique ? Les usages de cette catégorie par les internes d'excellence

 

Dans un contexte de relance de l’internat, le Plan « Espoir banlieues » (2008) propose l’accès en internat pour un public spécifique : « les élèves d’origine modeste » avec une visée particulière aux élèves venant d’établissements d’éducation prioritaire et de quartiers de la politique de la ville. La réussite des élèves « à potentiel » serait rendue possible en les sortant de leur « environnement » pour les placer dans des contextes plus favorisés. Les internats d'excellence accueillent donc des adolescents que nous pouvons nommer « jeunes des banlieues », dans la lignée de travaux sociologiques (Lepoutre, 1997 ; Mohammed, Mucchielli, 2007). Mais l'emploi de cette catégorie présente des risques, comme celui de la stigmatisation. En effet, dans les discours et écrits médiatiques, politiques ou dans le langage courant, on relève une série d'expressions floues et interchangeables, telles que « beur », « jeunes des banlieues », « jeunes issus de l'immigration ». L'expression de « jeunes des banlieues » présentait l'avantage de recourir à une appartenance résidentielle. Désormais, elle permet d'euphémiser une appartenance ethnique (Jablonka, 2009). Cette communication propose de réfléchir aux représentations et aux usages de la catégorie « jeunes des banlieues » par ces jeunes eux-mêmes. Fait-elle sens pour eux ? Comment les adolescents se la réapproprient-ils ? Dans quelle mesure la déconstruisent-ils ? Notre argumentation s'appuie sur les matériaux recueillis dans le cadre d'une thèse de doctorat, suite à cent-vingt-huit jours d’observation dans un internat d’excellence et dans quatre établissements scolaires partenaires, ainsi que soixante-neuf entretiens réalisés avec les internes d'excellence, âgés de douze à dix-huit ans. Créé en 2010, l'internat d'excellence étudié accueille environ cent-cinquante élèves qui sont à 75 % issus des catégories populaires et à 80 % « allochtones » (Felouzis, Liot, Perroton, 2005).Concernant la catégorie de « jeunes des banlieues », les internes d'excellence ont une position ambivalente manifeste dans leur discours. D'une part, cette appartenance résidentielle aux quartiers populaires – à la « cité » pour reprendre les termes adolescents – est revendiquée par les internes. Elle permet de justifier leur candidature en internat d'excellence et la sélection de leur dossier par les personnels scolaires. De plus, au sein du groupe de pairs de l'internat d'excellence, le fait de résider dans une cité réputée constitue un « symbole de prestige » (Goffman,1975). D'autre part, cette même catégorie est dénoncée par les internes lorsqu'ils se trouvent en situation de stigmatisation. Lors de leur arrivée dans les établissements scolaires d'affectation (de « centre-ville »), les internes se sont sentis rejetés par les autres élèves et par les personnels scolaires qui employaient l'expression « jeunes des banlieues » ou « racailles » pour les désigner. Les internes déconstruisent alors ces catégories – « symboles de stigmate » (Goffman, 1975) dans ce contexte – en mettant en avant l'indicateur de l'origine ethnique qui fait sens pour eux. En effet, même si derrière la catégorie de « jeunes des banlieues » combine des appartenances résidentielle, sociale, ethnique et l'adoption des codes de la « culture de rue » (Lepoutre, 1997), les internes font une lecture de leur expérience sous l'angle de l'origine ethnique et considèrent leur stigmatisation comme du « racisme ».L'ambivalence de l'expression « jeunes des banlieues », manifeste dans les usages de ces jeunes eux-mêmes, doit amener le sociologue à se questionner sur la pertinence d'une catégorie du sens commun. 
 
IEP Toulouse
RT34 Sociologie politique

Session: 3

LE CHARISME POLITIQUE PAR EN BAS. Le cas de José Bové en 2007

 

Cette communication présente une analyse du concept de charisme au travers de la candidature de José Bové à l’élection présidentielle française de 2007. L’approche proposée rompt avec une dimension courante du charisme qui en fait une qualité explicative a posteriori des réussites éclatantes et le confond par-là avec un effet de position (Collovald 1999). Elle se penche à la fois sur un cas de leader charismatique qui n’est pas considéré comme un « grand homme » politique et s’intéresse à un rapport charismatique au  concret, « en train de se faire ». La domination charismatique implique un consentement à l’ordre social véhiculé par le porteur de charisme. Or Max Weber ne dit rien ou presque de ce qui permet à cette domination d’apparaître comme légitime pour les adeptes, si ce n’est de façon allusive lorsqu’il indique qu’elle « révolutionne les hommes « de l’intérieur » »(Weber 2014). Comprendre cette croyance implique alors de partir des « publics », de prendre le risque de renverser le regard et d’aborder le « grand homme » (et même le plus petit) par une prise de vue en plongée, qui écrase effectivement les hauteurs mais permet d’apercevoir la base en plan large pour qu’entrent enfin dans le cadre ceux qui le portent. Dans une première partie il s’agit de dévoiler les différentes modalités de cette croyance en des qualités perçues comme exceptionnelles en analysant la domination charismatique « au concret », au plus proche des adeptes lorsqu’elle est vécue en pratique. Dans la seconde l’analyse revient sur ce qui apparaît comme la qualité centrale du charisme, sa dimension incarnée. Il est alors question de ce qui fonde certains individus à être sensibles au « charme » d’un autre mais aussi de ce qui fonde chez un individu le « charme » (de son discours comme de son hexis…) qui lui permet d’imposer sa volonté à d’autres(Weber 2014). En effet, si l’on donne toute sa force à cette indication weberienne sur le « support purement personnel » du charisme, le rôle du corps dans cette domination apparaît central, qu’il s’agisse du corps des adeptes comme de celui du leader charismatique.
Doctorat
Cermes3 - Université Paris Descartes
RT7 Vieillesses, vieillissement et parcours de vie

Session: 3

Comment donner un âge aux « patients chroniques » en psychiatrie ?

 

Cette communication entend réinscrire dans des questionnements socio-économiques plus larges la manière dont des professionnels de la psychiatrie se saisissent de l’âge de leurs patients. Au cours d’observations de réunions d’équipes conduites au sein d’une clinique de psychiatrie, j’ai été surpris par les interrogations que suscitait le maintien en hospitalisation de quelques personnes, plus âgées que les autres patients. Les discussions autour de l’orientation de ces « personnes psychotiques vieillissantes » vers d’autres lieux de prise en charge mettaient en regard leur dépendance croissante et le fait qu’ils avaient avaient trouvé un équilibre dans l’établissement après plus de dix ans d'hospitalisation.  Ces personnes étaient donc doublement "anciennes".L’enjeu de la communication est de montrer que cette situation, où le vieillissement pose problème permet, à un premier niveau, de saisir des cultures professionnelles dans leurs rapports avec d’autres espaces du champ sanitaire et médico-social (celui des troubles de la vieillesse notamment). La spécificité du travail « en psychiatrie » est alors interrogée. A un deuxième niveau, ce vieillissement de quelques-uns sera saisi dans la durée en regardant comment les profils des personnes hospitalisées dans cet établissement ont évolué sur les cinquante dernières années.  
Docteur en sociologie
CURAPP-ESS
RT37 Sociologie des médias

Session: 6

La fabrique du « talent » journalistique. Comment les étudiants en journalisme apprennent à voir autrement leur métier. Le cas de l’ESJ Lille.

 

S’il est acquis que les écoles de journalisme accompagnent les transformations du champ journalistique, en particulier par leur recrutement social et scolaire, un point aveugle subsiste sur la question de la formation des journalistes : on sait peu comment ces formations participent en elles-mêmes à ces transformations, par les mécanismes de socialisation qu’elles construisent à destination des étudiants. Entre le moment où les étudiants préparent les concours des écoles de journalisme pour y entrer et le moment où ils en sortent, comment leur conception de la profession se transforme-t-elle ? Cette communication propose de retracer quelques étapes successives de l’apprentissage du métier de journaliste dans les écoles reconnues par la profession. Elle se focalisera en particulier sur l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ), que l’on peut qualifier de dominante dans l’espace des écoles. Les observations des cours pratiques montrent comment les étudiants des grandes écoles apprennent à apprécier les techniques journalistiques, dans la mesure où c’est avant tout par les façons d’écrire ou encore de parler à la radio que l’école leur laisse la possibilité de développer leur « personnalité ». Il s’agit surtout de travailler la « forme », c’est-à-dire les techniques de médiation, indépendamment du fond. D’autres types de savoirs entrent alors dans les écoles. Les étudiants s’identifient à la figure de l’écrivain pour « libérer » leur écriture, à celle du chanteur pour apprendre à « poser leur voix » ou encore à celle de l’artiste pour le travail sur l’image. Ces apprentissages ont pour but que les étudiants soient capables d’adapter leur style d’écriture aux différents formats qu’ils seront susceptibles de rencontrer sur le marché du travail. Le « talent » de ces diplômés provient ainsi de l’acquisition d’une réflexivité en matière de techniques de communication, qui les rend capables de circuler sur l’ensemble du territoire professionnel.
Chercheuse postdoctorale
Université Toulouse II Jean-Jaurès (Mirail)
RT26 Réseaux Sociaux

Session: 6

Liens sociaux et insertion professionnelle des chercheurs postdoctoraux

 

 La recherche postdoctorale est réalisée par les nouveaux détenteurs d’un titre de Ph.D. et doit en principe leur permettre de se perfectionner et de profiter des réseaux de contacts de leurs mentors pour s’insérer dans une carrière en recherche, académique ou non académique. Les chercheurs postdoctoraux (CP) constituent un objet d’étude marqué par un  problème d’inadéquation entre leur nombre toujours croissant et les perspectives d’emploi réelles, par des critiques insistantes sur leurs conditions de travail et de vie ainsi que par la mise en cause de la qualité des activités de socialisation qui leurs sont proposées.  Mobilisant l’approche des réseaux sociaux (en particulier la notion des liens faibles de Granovetter), cette analyse vise à répondre à trois questions : Quel  est le poids relatif des CP dans les réseaux de recherche perçu par les acteurs (les chercheurs établis, les CP eux-mêmes et les doctorants qui les côtoient? Quels sont les groupes d’acteurs avec lesquels ils collaborent le plus? De quoi sont faits les échanges dans ces réseaux? Pour ce faire, nous utilisons les données originales d’une enquête mixte (sondages et entretiens) réalisée dans des universités québécoises de 2009 à 2014 auprès de 809 chercheurs (établis et en formation).  À partir de données quantitatives nous décrivons les opinions déclarées par les répondants sur les liens sociaux des CP et sur la place de la recherche postdoctorale dans la structure de la recherche universitaire. L’analyse est approfondie par l’analyse de contenus qualitatifs, l’accent étant mis sur les éléments portant sur les liens sociaux et les enjeux liés à la qualité et à l’importance de la formation postoctorale. Ces résultats constituent  une contribution originale à la connaissance des dynamiques réticulaires à l’œuvre dans l’expérience postdoctorale et à une meilleure compréhension de cette formation pour les CP, les chercheurs et les institutions scientifiques.
Docteure en Sociologie
Université Hassan II- Casablanca. Centre Marocain des Sciences Sociales (CM2S)
RT3 Normes, déviances et réactions sociales

Session: 5

Au-delà d’une catégorisation réductionniste des mères célibataires

 

Les écrits sociologiques sur  la maternité célibataire au Maroc convergent vers une typologie qui met en avant un profil misérabiliste des mères célibataires (MC), identifiées souvent en tant que victimes de l’ordre établi en général, et de la gente masculine en particulier.  En s’efforçant de relativiser le caractère stigmatisant des MC dans un contexte qui les considère comme ‘déviantes’, les chercheurs basculent dans une catégorisation réductionniste uniformisant les parcours des MC, en dépit de leur grande diversité. Dans le cadre de notre communication, nous présenterons les limites de la typologie pré-établie des mères célibataires, pour proposer par la suite une autre plus élargie, basée sur une analyse sociologique en profondeur du sujet étudié (élargir la typologie des MC, repenser l’image prototype de MC ‘victimes’, mettre en avant leur affirmation et leurs capacités de choix et de résilience, faire ressortir leurs capacités de résistance et de réorganisation de leur vécu, etc.). Pour ce faire, nous nous s’appuierons sur les résultats  d’une enquête qualitative (entretiens, observation participante) menée dans le cadre d’une thèse de doctorat en Sociologie.Saisissez ici le résumé de la communication...
Docteure en Sociologie
Université Hassan II- Casablanca. Centre Marocain des Sciences Sociales (CM2S)
RT35 Sociologie du monde associatif

Session: 3

L’expérience des mères célibataires au sein des associations. Vers une valorisation de soi et une réorganisation de l’existence

 

Comme toute institution, les associations de prise en charge des mères célibataires ne sont pas épargnées de la dimension conflictuelle. Affrontements, inégalités de positions, provocations, domination, sont autant d’éléments qui remettant en cause la vision enchantée du monde associatif et qui modifient inévitablement 'la carrière morale' des mères célibataires, au sens goffmanien du terme. Toutefois, le changement n’est pas toujours négatif (frustration, sentiment d’injustice), il a également une dimension positive qui s’exprime rarement dans le discours des  mères célibataires pour se manifester d’une façon plus apparente dans leurs pratiques. D’où l’importance de la  présence prolongée de l’enquêteur sur le terrain, et l'apport de son contact intensif et continuel avec les mères célibataires. Dans notre communication, nous nous proposons de voir comment la prise en charge associative contribue à une construction d’une identité positive dans un contexte qui tend à perpétuer l’auto-dévalorisation chez les mères célibataires, et fait de leur stigmatisation une résultante  immédiate d’une expérience prohibée socialement. Aussi, il s'agit de comprendre comment le vécu des mères célibataires au sein des associations favorise-t-il une réorganisation de leur existence et renforce leurs capacités de résistance face aux différentes formes d’exclusion.  ici le résumé de la communication...
élève fonctionnaire-stagiaire
ENS
RT34 Sociologie politique

Session: 7

Autorité contestée et contestation scénarisée. Analyse du mouvement des “frondeurs” du Parti Socialiste

 

Partant d’une étude du mouvement de la « fronde » qui s’est développée depuis plus d’un an à l’Assemblée nationale, cette communication propose d’interroger la discipline partisane dans une perspective historique et sociologique. Fondée sur une enquête collective qui articule démarche ethnographique et étude statistique, cette communication s’intéresse à l’indiscipline parlementaire et à la remise en cause de l’autorité du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale. Elle s’attache à réinscrire « la fronde » dans une perspective longue afin d’interroger son caractère inédit. L’analyse de l’ensemble des scrutins depuis trois décennies permet de revenir sur l’affirmation souvent faite dans la littérature d’une discipline de parti intangible sous la Cinquième République. Une étude du déroulement de ce mouvement, de ses principaux acteurs et des réactions suscitées permet elle de saisir les ressorts sociaux individuels et collectifs qui ont conduits certains à cette rupture d’allégeance partisane.
Doctorante
université d'Artois.
RT3 Normes, déviances et réactions sociales

Session: 1

Désaccords et violences dans les cours de récréation à l'école élémentaire

 

Bien que les analyses sociologiques des phénomènes de déviance se centrent régulièrement sur la figure juvénile, et ce, particulièrement dans le cadre de recherches concernant la violence scolaire, qu'en est-il en revanche de la figure enfantine ? Cette communication s'intéresse dès lors à la question de la violence entre pairs dans un lieu spécifique : les cours d'école élémentaire. Souvent perçu par les enseignants ou par les parents comme source de dévoiement, le groupe enfantin exercerait essentiellement une action « contre-éducative » (Gayet, 1999), nécessitant en conséquence une prise en charge constante de l'enfant (Roucous, 2006). La cour de récréation quant à elle, brille par son absence dans les programmes officiels (Delalande, 2001) mais apparaît toutefois comme le lieu de cristallisation de conduites violentes, voire déviantes (Bour, 2007).Souhaitant faire la lumière sur les modalités de construction d'un rapport à la violence dans les cours d'école, cette étude s'insère notamment dans le champ de la sociologie de l'enfance, en appréhendant l'enfant comme un acteur doté de compétences spécifiques. A partir d'une approche ethnographique associant observations directes systématisées et entretiens scénarisés, nous avons tenté d'approcher au plus près les mécanismes et les enjeux qui sous-tendent les situations de désaccord présentes dans les cours d'école, déconstruisant au passage certaines thèses essentialistes envisageant l'enfant comme un sauvageon à éduquer. 
 
Université Paris-Dauphine / IRISSO
RT26 Réseaux Sociaux

Session: 1

Approche multiniveau du travail marchand : une analyse en termes de réseau égocentré

 

Aujourd'hui, dans de nombreux pays, les programmes de télévision de quelques entreprises américaines, les Majors, sont les plus populaires auprès des téléspectateurs. Dès lors, une question se pose : dans ce contexte, comment les acteurs les moins bien dotés en termes de ressources peuvent résister aux stratégies (agressives) des plus forts ?La réponse à cette question implique de détailler le travail concret des individus. Qu'ils soient forts ou faibles, gros ou petits, novices ou expérimentés, acheteurs ou vendeurs, ces individus sont bien employés pour réaliser un travail et effectuer certaines tâches. À chacune de ces étapes, ces individus peuvent s'appuyer sur leur expérience ou sur des ressources de leur organisation. Mais ils peuvent aussi mobiliser des collègues ou des dispositifs externes à celle-ci. En étudiant la préparation du salon réalisée par ces travailleurs, nous avons vu qu’ils utilisent à la fois des ressources codifiées et relationnelles et que ce taux d'utilisation dépend du contexte organisationnel.Mais il y a plus. Une classification des individus selon les ressources mobilisées pour préparer un salon, correspond à des groupes aux réseaux égocentrés différents. La forme de ces réseaux dépend des contraintes que les individus subissent. On observe, par exemple que les individus ayant peu de ressources ont tendance à plus mobiliser leurs concurrents. Ces réseaux illustrent donc des dynamiques se jouant à deux niveaux d'action, superposés mais reliés. Ces réseaux permettent aussi d'entrevoir dans quelle mesure le contexte relationnel est à la fois le résultat et la réponse aux inégalités, multiniveaux, entre travailleurs sur la scène marchande.Ils nous permettent aussi et surtout d’explorer des mécanismes de coopération locale, c’est-à-dire des relations de type triadique à la fois multiplexes, multimilieux et multiniveaux. Si ces mécanismes de coopération locale témoignent de la dimension collective de l'apprentissage sur un marché, ils révèlent aussi des inégalités que certains essayent de compenser. Surtout, ceux qui les mobilisent le plus sont ceux qui réussissent à résister à la logique du winner-take-all des plus forts. Ainsi, contrairement à certains résultats de l'orthodoxie en théorie économique, la coopération sur la scène marchande n'est pas un danger menaçant la diversité de l'offre ou au moins le nombre d'offreurs, mais bien la condition nécessaire à ce que les plus petits puissent survivre.
 
Université Paris-Dauphine / IRISSO
RT26 Réseaux Sociaux

Session: 4

Élites villageoises et gestion de ressources naturelles

 

Notre objectif dans cette communication est d’explorer les ressorts d’un système d’autogestion de ressources naturelles, et sa capture partielle par les élites locales. Pour cela, nous nous basons sur des données de réseaux collectées dans sept villages du nord-ouest du Sénégal devant gérer de manière collective l’approvisionnement en eau au sein d’une association à but non lucratif. Ces données concernent à la fois les systèmes de relations entre 462 villageois (conseils, disputes, prêts monétaires, discussions, problèmes personnels et visites) et les relations entre les 33 représentants de ces villages devant gérer cette ressource au sein d’un conseil d’administration.La politique de décentralisation entamée au Sénégal depuis le milieu des années 90 reposant sur un retrait de l’État dans la gestion des ressources naturelles et une délégation de pouvoir aux communautés rurales s’avère constituer une opportunité pour l’élite traditionnelle locale de reprendre son influence sociale en occupant les instances de décision dans la gestion des affaires locales. Au moyen d’analyses ethnographiques et statistiques, nous montrons que les rapports de pouvoir entre différentes couches sous-tendent la logique de représentation de ce système autogéré. L’analyse prend un des aspects du stakeholder analysis (Ramirez, 1999) pour identifier les acteurs-clés de la gestion et de l’utilisation de la ressource et déterminer le degré de leur encastrement dans les structures sociales. Cette exploration nous permet de trouver les élites villageoises : l’élite économique est fonction du bétail en possession et des récoltes générées, tandis que l’élite politico-administrative prend en compte la descendance directe de l’ancêtre fondateur du village en question, c’est-à-dire l’appartenance au patrilignage. Une étude précédente (Faye, 2013) avait montré que cette ou ces élites permettaient de gérer et de surmonter les conflits souvent récurrents entre Wolof paysans et Peul nomades (éleveurs), mais aussi de mobiliser les acteurs pour une action collective réussie. Nous poursuivons cette analyse par des modèles statistiques plus ou moins complexes (LRQAP, ERGM, Blockmodels) afin d’explorer le degré de connections entre ces élites, mais aussi avec le reste de la communauté. Ces connections, qui constituent autant de ponts que de frontières entre les villages trouvent leurs origines dans les critères d’identités, les ressemblances, les homophilies entre les villageois. Contraints par ces dernières, mais jouant avec, certains membres du bureau orientent la gestion de la ressources commune dans un sens qui les arrangent, souvent, à la limite de la légalité.Ce faisant, nous montrons alors le lien entre élites locales, gestion collégiale des ressources et le degré d’intégration ou de fragmentation (Blau, 1977) de la communauté villageoise.
 
Université Paris-Dauphine / IRISSO
RT26 Réseaux Sociaux

Session: 6

L’investissement comme activité collective : une approche multimilieu du secteur de la biotechnologie en France

 

L'investissement dans un projet entrepreneurial innovant est souvent décrit comme un choix rationnel qui inclut à la fois une évaluation du risque encouru et de la valeur potentielle d'un projet entrepreneurial. L'investissement résulte dans la création d'une relation dyadique entre une société en capital-risque et une entreprise porteuse d'un projet innovant. Toutefois, cette approche ne rend pas compte de la dimension collective dans laquelle s'inscrivent ces prises de participation. Du point de vue des investisseurs, le choix d'un investissement fait partie d'une stratégie de construction de portefeuille qui inclut d’autres relations d'investissement, et donc d’autres entreprises. Du point de vue des entrepreneurs, le lien d'investissement ne donne pas uniquement accès aux capitaux, mais à une nouvelle identité et à une communauté d'entrepreneurs où des ressources non financières circulent. Ce double positionnement nous amène donc à définir l’investissement comme une activité collective. Cet article propose de décrire les actes d'investissement du point de vue des dynamiques collectives qu'ils configurent et dans lesquelles ils s’insèrent. Ces dynamiques rendent compte de la manière dont les choix d'investissement facilitent certaines formes de travail au détriment d'autres. Nous explorons comment la structure d'investissement des portefeuilles (le capital) est associée à la structure collaborative dans le milieu des entrepreneurs (le travail). Afin de répondre à cette question, nous devons regarder de manière simultanée deux systèmes d'action: celui des  de l'investissement, qui est représenté par la structure des portefeuilles des investisseurs; et celui du travail de collaboration, qui est représenté par les échanges de conseils entre entrepreneurs. Nous explorons cette structure multi-milieux dans l'industrie des Biotechnologies en France. Notre enquête sur cette industrie nous amène à formuler des hypothèses sur le processus qui résulte de l'articulation des ces deux système d'action. 
Doctorant
Université Paris-Sorbonne - GEMASS
GT42 Sociologie des élites

Session: 5

Science économique, sociodicée et naturalisation du monde social: le cas des controverses concernant la législation sur l’emploi

 

 Les experts en économie sont dès nos jours - notamment suite aux crises financières des premières années 2000 - sous les feux de plusieurs types de critiques, qui sont néanmoins unies par une hostilité commune au “tournant néo-libéral”, à la technocratie et au “déficit démocratique”. Certains sociologues participent à cette mise en question, en s’inspirant tantôt de la théorie marxienne de l’idéologie, tantôt de la critique du “credo libéral” de Karl Polanyi. Ils affirment que la science des économistes est, du moins pour ce qui est de l’école néo-classique, une sorte de dérivation très sophistiquée, mobilisé à plusieurs endroits (médias, institutions scolaires, haute administration, organes consultatifs, etc.) pour sauvegarder les intérêts des groupes dominants et justifier leurs politiques économiques. La naturalisation d’une certaine image du monde social serait un des moyens par lesquels s’opère cette justification de l’ordre établi: elle empêcherait la découverte de nouvelles options politiques en les cachant derrière les lois d’airain des marchés, des droits de propriété et de l’homo œconomicus. Dans notre intervention nous présenterons une étude de cas pour mettre à l’éprouve ces thèses: à partir d’entretiens avec des économistes et de l'examen de leurs rapports et interventions publiques, nous essayerons de déterminer si et dans quelle mesure ces experts opèrent des naturalisations lorsqu’ils traitent la question du rôle (supposé) pervers des assurances chômage et du salaire minimum. Peut-on considérer la conception du chômeur arbitrant rationnellement en fonction du rapport coût/bénéfice lors des décisions relatives au travail comme une généralisation indue de ce qui n’est qu’un cas particulier? La communication nous permettra enfin de proposer une réévaluation critique de la notion de (de)naturalisation.
Sociologie
CLERSE
RT3 Normes, déviances et réactions sociales

Session: 2

De la recherche sur le « vandalisme » à la traque des « incivilités » : perspectives critiques sur l'histoire des idées dominantes en sociologie de la déviance anglo-américaine.

 

Cette communication présente les premiers résultats d'une étude concernant les productions scientifiques sur le vandalisme, dans le sous-champ anglo-américain des sciences sociales (Bourdieu, 1976) nommé « criminologie et pénologie » (ISI Web Of Knowledge, 2013). En tenant compte des critiques de l'utilisation des index internationaux et des fréquences de citation (Seglen, 1997; Walters, 2006), le but de cette étude est de comprendre quels documents et auteurs sont cités fréquemment dans les revues revendiquant une position dominante (Cohn & Farrington, 1998). En utilisant les données du « Social Science Citation Index » en janvier 2014, sur 16 des journaux les plus côtés du champ (Sorensen, 2009), nous avons pu observer comment les articles ont traité le sujet « vandalisme » de 1961 à 2013. La présentation se concentre sur les auteurs, titres, résumés, et références des 42 articles récoltés. À travers l'étude textométrique, apparaissent la contribution majeure de Stanley Cohen (1973) aux débats jusqu'en 1990, puis la multiplication de références généralistes faisant un lien entre dégradations et violence dans les 20 dernières années. Cette observation révèle plus qu'une mode : notre hypothèse est qu'un changement conceptuel a eu lieu. Là où les débats des années 70 et 80 pouvaient traiter des questions de stigmatisation et de motivation, les articles des années 90 et 2000 ont été influencés par le réductionnisme de la théorie de la vitre brisée (Skogan, 1990) naturalisant un supposé besoin de punir les petites infractions (Harcourt, 2001).
Doctorant et ATER
Clersé - Lille 1 / Associé au Ceries - Lille 3
RT1 Savoirs, travail, professions, RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 7

Assistant à la sexualité de la personne en situation de handicap : vers la constitution d’un nouveau groupe professionnel ?

 

Depuis le début des années 2000, la France et de nombreux acteurs (associatifs, politiques et militants) réfléchissent à la possibilité d’instaurer un statut d’assistant sexuel pour personnes en situation de handicap. Si certains l’associent à la prostitution, d’autres veulent la distinguer, pour en faire une activité à part entière. Proche du coaching, cette assistance vise à favoriser l’autonomie amoureuse et sexuelle de la personne trop longuement exclue – de par son corps différent - du marché matrimonial et sexuel.C’est autour de la constitution des assistants sexuels comme un groupe professionnel à part entière que va porter cette communication. A travers des entretiens avec les principaux acteurs du champ « handicap et sexualité », mais aussi la consultation de la littérature grise, je propose de revenir sur les freins à la constitution d’un groupe professionnel, mais aussi les tactiques et les tensions entre les différents groupes qui revendiquent une expertise sur cette assistance. Je compléterai ces conclusions, par un rendu de l’observation participante effectuée lors de la première session de formation d’assistant sexuel en France.
Doctorant et ATER
Clersé - Lille 1 / Associé au Ceries - Lille 3
RT1 Savoirs, travail, professions, RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 7

Assistant à la sexualité de la personne en situation de handicap : vers la constitution d’un nouveau groupe professionnel ?

 

Depuis le début des années 2000, la France et de nombreux acteurs (associatifs, politiques et militants) réfléchissent à la possibilité d’instaurer un statut d’assistant sexuel pour personnes en situation de handicap. Si certains l’associent à la prostitution, d’autres veulent la distinguer, pour en faire une activité à part entière. Proche du coaching, cette assistance vise à favoriser l’autonomie amoureuse et sexuelle de la personne trop longuement exclue – de par son corps différent - du marché matrimonial et sexuel.C’est autour de la constitution des assistants sexuels comme un groupe professionnel à part entière que va porter cette communication. A travers des entretiens avec les principaux acteurs du champ « handicap et sexualité », mais aussi la consultation de la littérature grise, je propose de revenir sur les freins à la constitution d’un groupe professionnel, mais aussi les tactiques et les tensions entre les différents groupes qui revendiquent une expertise sur cette assistance. Je compléterai ces conclusions, par un rendu de l’observation participante effectuée lors de la première session de formation d’assistant sexuel en France.
doctorant
EHESS, CADIS
RT2 Migrations, Altérité et Internationalisation

Session: 5

Les paradoxes de l’action syndicale contre les discriminations liées à l’origine : Entre résistance et reproduction de formes d’altérité naturalisantes

 

Cette communication propose d’étudier le traitement et la production des catégories d’altérité dans le champ du travail et de l’emploi au prisme des modes d’appropriation de la lutte contre les discriminations ethno-raciales à l’échelle d’un grand syndicat français. En nous appuyant sur les résultats d’un travail de recherche qualitatif récent sur les pratiques syndicales face aux discriminations ethno-raciales, nous proposons de concentrer notre regard sur les processus de qualification et de prise en charge de certaines inégalités de traitement en termes de discrimination ethno-raciale. Cette étude nous a notamment permis de poser une focale sur un ensemble de critères autour desquels s’est fondée la définition du phénomène discriminatoire en France qui a connu d’importantes transformations du point de vue des populations auxquelles il fait référence, et de manière plus générale des débats qui le touchent directement comme ceux relatifs à la laïcité et à la place de l’islam dans la société française.  
doctorant
EHESS, CADIS
RT7 Vieillesses, vieillissement et parcours de vie

Session: 3

Les dimensions de l’âge dans le vécu et la prise en charge du cancer de la prostate

 

Avec un âge moyen de diagnostic à 71 ans, le cancer de la prostate est une maladie de l’homme vieillissant qui implique une intervention médicale dans le domaine l’intime et affecte le rapport à soi de nombreux patients.M’appuyant sur un travail d’enquête de doctorat qui associe des observations ethnographiques au sein du milieu médical avec des entretiens semi-directifs auprès de patients, de proches, et d’acteurs de soin, cette communication aura pour objectif d’interroger comment l’âge structure l’expérience du cancer de la prostate. Les articulations et chevauchements de  l’épreuve de la maladie avec celle du vieillissement seront interrogés aussi bien l’intérieure de l’institution médicale qu’en dehors. La centralité de la variable âge au sein des pratiques biomédicales tout comme la marginalisation de la prise en charge du grand âge et les normes qui pèsent sur les corps vieillissants dans la relation de soin seront tout d’abord discutées. Ensuite, les recompositions biographiques et identitaires entrainées par le cancer de la prostate feront l’objet d’une analyse. Les déprises potentiellement entrainées par cette maladie ainsi que ses conséquences sur les masculinités seront au cœur de l’argumentation.  
doctorant
EHESS, CADIS
GT41 Corps, technique et société

Session: 5

La mesure du PSA dans l’expérience du cancer de la prostate : De la redéfinition des catégories de santé à l’incorporation du risque

 

Introduit en France au courant des années 1980, la mesure du PSA (Prostate Specific Antigen) occupe aujourd’hui une place centrale dans la prévention et la prise en charge du cancer de la prostate. En déplaçant le regard clinique au niveau d’une protéine microscopique, cette innovation a radicalement transformé les pratiques médicales et bouleverse les représentations de la santé ainsi que le rapport au corps des patients. Basée sur un travail d’enquête réalisé dans le cadre d’une thèse sur le vécu et la prise en charge du cancer de la prostate, cette communication a justement pour objectif d’analyser comment le dosage du PSA façonne l’expérience du cancer le plus fréquent chez l’homme. Afin de poser les bases de la démonstration, il s’agira tout d’abord d’établir une définition de ce biomarqueur qui se démarque des perspectives biomédicales. Puis, dans une deuxième partie, le dosage du PSA sera décrit comme une innovation ayant participé à redéfinir les catégories médicales. S’intéressant ensuite au processus de construction des subjectivités et des identités, la troisième partie portera principalement sur les aspects délétères de l’incorporation du risque induite par la quantification du PSA et la dernière partie soulignera son pendant positif ou ses réappropriations.
ATER en science politique (IRISSO - Université Paris Dauphine)
Doctorant en science politique (CRPS-CESSP - Université Paris 1)
RT2 Migrations, Altérité et Internationalisation

Session: 4

L’émigré au service de sa famille : questionner le sens du sacrifice individuel au profit de l’entraide familiale

 

En insistant sur les liens entre migrations et développement, les organisations internationales mettent en avant certaines pratiques transnationales des migrants à destination de leur famille et de leur pays d’origine : envois de fonds, participation financière à la construction de maisons et d’infrastructures, créations d’entreprise, mise en place de projets associatifs, etc. Ce faisant, elles favorisent l’émergence d’une figure naturelle de l’émigré qui porte en soi certaines valeurs, comme la solidarité communautaire et l’entraide familiale, au fondement de ses comportements quotidiens. Ce discours est largement relayé par les acteurs institutionnels français chargés des migrations, dont les programmes de co-développement s’appuient à la fois sur la prégnance des structures associatives et l’importante mobilisation financière des immigrés.Malgré la distance, et des situations parfois précaires, les émigrés sont présentés comme des individus qui se sacrifient pour être tout à la fois des pourvoyeurs de ressources, des bâtisseurs, des entrepreneurs et des agents du développement dans leur pays d’origine.Ces discours publics, qu’ils soient politiques, médiatiques ou parfois scientifiques, produisent en filigrane une vision essentialisée de la famille émigrée qu’il convient de questionner. Cette solidarité familiale largement mise en scène est-elle si naturelle et uniformément vécue par tous les émigrés ?En se basant sur une recherche comparative qui interroge les trajectoires d’émigration togolaise et comorienne et qui a permis de mener des entretiens et des observations auprès d’émigrés, d’émigrés de retours et de leurs proches, à la fois en France et dans les deux pays d’origine, cette communication cherche à montrer :-          D’une part, que ce rôle de l’émigré n’est pas présent dans toutes les familles. La solidarité ne saurait seulement s’expliquer par un héritage culturel commun aux émigrés[1]. En effet, selon leur milieu social, et selon les socialisations différenciées auxquelles ils ont été soumis, les attentes qui pèsent sur les émigrés prennent des formes très diverses. Dans les catégories populaires qui ont déjà connu des expériences d’émigration et surtout dans les catégories supérieures, les liens familiaux à distance ne s’accomplissent pas forcément dans cette série d’impératifs matériels[2].-          D’autre part, que ce soutien familial n’a rien de naturel. Malgré des discours recueillis qui valorisent un sens inné de l’entraide familiale, les entretiens auprès de proches d’émigrés et les observations menées dans le pays d’origine ont montré que les attentes sont constamment (re)négociées au sein de la famille et qu’elles peuvent dans certains cas mener à des conflits ou des ruptures familiales importantes.Dès lors, il est difficile de faire de la solidarité familiale une réalité innée, dont les formes seraient naturelles et qui serait mécaniquement mise en œuvre dès l’émigration individuelle effectuée.[1]. Attias-Donfut Claudine, Gallou Rémi, « L'impact des cultures d'origine sur les pratiques d'entraide familiale », Informations sociales, Volume 6, Numéro 134, 2006, pages 86 à 97.[2]. Des réflexions sur ce point ont déjà été développées dans un article qui traite du rapport à l’argent et du sens de la circulation monétaire dans les familles émigrées. Bréant Hugo, « Migrations et flux monétaires : quand ceux qui restent financent celui qui part », Autrepart, Volume 4-5, Numéro 67-68, 2013, pages 31 à 52.
Professeure
Université de Versailles Saint-Quentin
RT6 Politiques sociales, protection sociale et solidarités

Session: A définir

Dénaturaliser la notion et la place des « aidants naturels ». Analyse sociologique croisée des politiques du handicap en France et au Québec.

 

Le terme aidant naturel, qui désigne une personne qui vit et agit dans l'entourage immédiat d'une personne malade, souffrante, ou en perte d'autonomie est utilisé dans un article du code de la santé publique. Le Code de l’action sociale des familles parle aussi parfois d'aidant familial, ou d'aidant informel. Or, alors que le qualificatif « naturel » invite à penser une réalité a-historique, a-sociale, l’analyse socio-historique et socio-juridique permet de mettre en évidence une autre réalité. Ainsi, au cours des dernières décennies, la place de l’entourage des patients dans les politiques et les institutions de soins a considérablement évolué, grâce aux textes de loi visant à élargir les droits des personnes malades, hospitalisées et dépendantes.  Il y a eu notamment en France, l’apparition de textes législatifs relatifs à l’amélioration des droits des patients. À partir de 1974, un décret autorise les proches à rester auprès du malade « lorsque son état s’est aggravé et qu’il est en danger de mort ». Cette présence permanente est conseillée pour les enfants dès la circulaire du 1er août 1983. En 1995, naît la charte du patient hospitalisé dans laquelle est précisée que lorsque la personne malade n’est pas en mesure de faire respecter ses droits, elle peut être aidée par un tiers. En 2002, la loi relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé prévoit que la personne en institution, même adulte puisse être aidée par une personne de confiance qu’elle désigne.Parallèlement, dans la lignée des travaux sur le care, un appel en faveur des aidants naturels ou familiaux a été lancé en 2013 en France par cinq personnalités, dont l'ancienne ministre Paulette Guinchard-Kunstler, et le sociologue Serge Guérin (Le Parisien, 5 mars 2013). En soulignant que l'implication des aidants bénévoles représente un soutien pour 8,3 millions de personnes et l'équivalent de 164 milliards d'euros pour la collectivité, les initiateurs de l'appel demandent un soutien des pouvoirs publics pour une politique de prévention santé et pour le renforcement des droits sociaux pour les aidants bénévoles. Dans cet appel, les signataires rappellent aussi la précarité de la situation de ces aidants qui s'épuisent et s'occupent souvent très peu d'eux-mêmes, ne trouvent ni le temps ni l'énergie pour s'entretenir physiquement, sont dans un isolement social pesant, n’ont pas de droit aux vacances ni à la retraite (ou, parce qu’ils ont pris un temps partiel, ont des droits très faibles et insuffisants à les sortir de la précarité).Ces éléments de mise en perspective invitent à dénaturaliser l’idée d’aidant « naturel » pour analyser sa construction sociale et ses implications dans le domaine des politiques socio-sanitaires.Dans une perspective comparative France/Québec, appuyée sur les résultats d’une recherche en cours[1], la communication présentée propose de revenir sur ces enjeux, sous l’angle particulier des réformes concomitantes dans ces pays d’intégration et de compensation du handicap.De ce point de vue en France, après trente ans d’existence, la loi d’orientation du 30 juin 1975 en faveur des personnes handicapées a fait place à loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, qui affiche des ambitions renouvelées en matière d’accessibilité collective et de compensation individualisée. Au Québec, la loi de 1978 assurant l’exercice des droits des personnes handicapées a développé aussi une perspective globale, prévoyant la création d’un Office des personnes handicapées OPHQ, qui instaure le plan de service individualisé PSI (service en fonction des besoins, pour réaliser l’intégration sociale). Dans ce pays, en 1984, la politique « A part égale » insiste sur la formation des professionnels-accompagnateurs, avec une approche multidimensionnelle de l’intégration et des droits des personnes handicapées et en 2004, une loi reconnait les « proches aidants ».La présente communication explore comment ces lois séduisantes, qui semblent aller dans le sens d’un transfert de la solidarité privée vers les solidarités publiques se heurtent en réalité dès leur origines à l’insuffisance des moyens, bientôt aggravée par le contexte de nouvelle gestion publique. Cette observation s’éclaire de leur appel en apparence paradoxal à la figure souvent bénévole, parfois professionnalisée de l’aidant naturel ou « tiers aidant » - figure associée à une image de bricolage, de mixité public/privé, professionnel/famille et au « care », lui-même souvent synonyme de précarité.Cependant, et inversement, le recours aux familles ne fait-il que combler les manques de moyens des politiques ? L’enquête de terrain suggère un rapport plus complexe, compte tenu des difficultés des dispositifs publics et des aidants professionnels à proposer une aide qui respecte les fonctionnements intimes des familles, et des familles, au risque de les rendre (encore plus) vulnérables.Par ailleurs, il s'agit rarement de la totalité de la « famille » qui prend soin des membres ayant des incapacités, en particulier lorsqu'il s'agit de prestation de soins concrets. Mais il s'agit plutôt, en général, d'une ou de deux membres de la famille qui se voient attribuer la responsabilité des soins et le plus souvent, ce sont des femmes. Aussi, bien que l'on ait tendance à parler des aidants en général, il ne faudrait pas oublier que ceux-ci sont, en fait, un groupe très hétérogène comprenant des épouses âgées, des travailleurs et travailleuses, des voisins et des parents plus éloignés (belles-filles, neveux, sœurs, petits-enfants, etc.) vivant dans des circonstances diverses. Ils sont en mesure d'offrir une variété de formes de soutien et de soins aux personnes de tous âges ayant des déficiences physiques, mentales, cognitives ou intellectuelles. On trouve des aidants dans toutes les situations, dans tous les groupes socio-économiques et dans tous les groupes ethnoculturels.C’est donc cette construction sociale complexe de la notion d’aidants dits « naturels » et de la (re)construction sociale actuelle de leur « juste place », du point de vue des politiques sociales et sanitaires qui sera au cœur de l’intervention proposée. Eléments de bibliographie.Bellot C., Bresson M. Jetté C., 2014, Le travail social et la nouvelle gestion publique, Presses  Universitaires du Québec.Bresson M. et Messu M. « Les échelles territoriales de l’intervention sociale : enjeux et défis d’une mutation profonde », SociologieS [En ligne], Dossiers, Les échelles territoriales de l’intervention sociale, mis en ligne le 10 novembre 2014. URL : http://sociologies.revues.org/4818Brody EM. 1990. Women in the middle: Their parent-care years. New York (NY): Springer.Guberman Nancy, Les aidants naturels : leur rôle dans le processus de réadaptation, International encyclopedia of rehabilitation, http://cirrie.buffalo.edu/encyclopedia/fr/article/47/Lesemann F, Martin C. 1993. Les personnes âgées. Dépendance, soins et solidarités familiales. Comparaisons internationales. Paris: La Documentation Française.Mailhot M. , Lucie Dumais L. , Yves Vaillancourt Y. Extrait Un regard québécois sur la nouvelle législation française relative aux personnes handicapées,  Santé, Société et Solidarité    Année   2005   Volume   4   Numéro   2  pp. 83-91.Martin C. 1995. Solidarités familiales: débat scientifique, enjeu politique. In : Kaufmann J-C, editor. Faire ou faire faire? Famille et services. Rennes: Presses universitaires de Rennes. [1] L’enquête mobilisée est réalisée au sein d’un programme de recherche auquel je contribue, intitulé « L'intervention à domicile et en milieux ouverts dans les champs de la vieillesse, du handicap et de la protection de l’enfance. Analyse comparative France – Québec ». Ce programme financé par le Conseil Régional Rhône-Alpes mobilise notamment, sur le champ retenu ici du handicap, l’Institut Régional et Européen des métiers de l’Intervention Sociale (IREIS Rhône-Alpes, resp. Catherine Lenzi) - et le Laboratoire de Recherche sur les Pratiques et les Politiques Sociales (LAREPPS) de l'Université du Québec à Montréal (UQAM, resp L. Dumais et C. Jetté). 
Enseignant-chercheur
Ecole des Mines
RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 6

Sur les traces de l'uranium: le cadre incertain de la mémoire

 

Le rapport à l’uranium, son exploitation et son empreinte territoriale suscitent aujourd’hui un ensemble de controverses liées à la gestion de l’héritage et des traces laissées par l’exploitation. La question de la gestion à long terme se pose avec acuité en ce qui concerne les territoires uranifères. Ces sites, exploités depuis les années cinquante et fermés dans les années quatre-vingt-dix, ont fait l’œuvre depuis une quinzaine d’années d’une surveillance encadrée par les services de l’Etat et déléguée à l’ancien exploitant. Les dispositifs de mesure mis en œuvre depuis la fermeture sont censés accompagner la décroissance du matériau, soit plusieurs milliers d’années. Ce « temps incertain » comme le qualifie Philippe Brunet (2004) renvoie aux modalités techniques mises en œuvre sur ces territoires depuis la fin de l’exploitation. En effet, le réaménagement opéré au cours des années quatre-vingt-dix a eu pour effet d’effacer progressivement les traces industrielles de l’extraction d’uranium sur le territoire. La réhabilitation des sites a  banalisé les anciennes mines d’uranium au point de les rendre invisibles dans l’espace. Si la dernière mine d’uranium française a fermé en 2001, la prise de conscience dans le débat public des conséquences environnementales est apparue en 2009, notamment au travers de la circulaire Borloo. Celle-ci pose les conditions d’une nouvelle prise en compte publique du risque sous deux angles : le type de mémoire mobilisée dans le cadre du recensement des sites et les modalités d’information et de participation du public. Cette « mise à l’agenda » tardive du problème interroge plus particulièrement le processus de définition sociale du risque (Beck, 2003) et la façon dont s’organise le rapport entre risque, territoire et mémoire. En effet, au fil de l’histoire, la problématique liée à la gestion des sites miniers évolue et renvoie tantôt à l’effacement du passé industriel, tantôt à l’émergence du risque à partir des restes de l’exploitation de l’uranium. Ce rapport singulier à l’espace interroge plus précisément la façon dont le territoire a été modelé par l’exploitationA partir d’une enquête de terrain conduite sur un site minier producteur d’uranium, cette contribution questionne le rôle de la mémoire dans la gestion des mines d’uranium. La première partie  présente les enjeux temporels à l’œuvre dans la définition et l’émergence du risque, la deuxième partie décrit le terrain de recherche et la méthodologie adoptée et la troisième partie analyse les récits relatifs au territoire et met en exergue la pluralité des récits à l’œuvre dans la qualification du risque.  Saisissez ici le résumé de la communication...
MCF sociologie
UP 13 - Iris
RT5 Classes, inégalités, fragmentations, RT24 Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité

Session: 2

La précarité sociale naturalisée par la maternité

 

En France au cours de la dernière décennie, le nombre de personnes en grande précarité privées de logement personnel et réduites à l’hébergement en structures ou à la vie dans la rue s'est accru  (+ 44 % entre 2001 et 2012 dans les agglomérations de plus de 20 000 habitants).  Parmi elles, la part des étrangers a  augmenté pour atteindre 53 % des personnes sans domicile.  Parallèlement, près de deux sans-domicile sur cinq sont des femmes en 2012. Elles bénéficient globalement de conditions d’hébergement plus stables que les hommes et parmi elles, les femmes étrangères sont plus souvent accueillies en hôtel que les françaises, a fortiori lorsqu’elles ont des enfants (Yaouancq et al, 2013).Eu égard aux représentations dominantes de genre, être une femme en âge d'être mère est décisif dans la mobilisation visant à leur épargner si possible l'expérience de la vie à la rue et tend à rendre plus prégnantes les attentes normatives des travailleurs sociaux qui les accompagnent  (Marpsat, 1999; Passaro 1997, Lanzarini 2003).  Dans l'expérience qui nous intéresse ici,  ces catégories mobilisatrices -femme, mère-  se conjuguent avec celle d'étrangères démunies. Il importe d'examiner  les effets de cette articulation et de saisir comment ces catégoriesopèrent dans les pratiques de professionnel.le.s  en contact avec ce public.  Notre enquête en cours porte sur un dispositif mettant en lien une maternité parisienne et un accueil de jour Emmaüs, et sur le travail des professionnel.le.s (travailleurs sociaux,, personnel administratif, soignants) qui, entre ces deux espaces, rencontrent les femmes et élaborent autour d'elles un réseau d'aide et d'accompagnement. Les premières analyses des entretiens et des observations menées sur les deux sites montrent que les professionnel.le.s sont aux prises avec une réalité complexe. Cette réalité est vécue et présentée comme « nouvelle ». Elle est marquée par la présence des femmes sans papiers, souvent désignées comme africaines, isolées,  et qui sont prises en charge par le Samu social à la sortie de la maternité, voire dès avant. A la maternité, l'accompagnement de cette population s’inscrit dans un dispositif formel général et dans une organisation du travail rationnelle, parfois contournée et adaptée pour répondre aux besoins perçus des patientes.L'expérience rend compte de tensions qui structurent les pratiques des professionnel.le.s,  entre un travail de care discret visant à ne pas stigmatiser  les femmes pauvres, et la quête de modalités de repérage efficaces pour une coordination rapide des intervenants ; ou encore des tensions entre le transfert de la prise en charge des femmes et des nouveaux nés dans les services sanitaires (centre de PMI)  proches de leurs lieux de résidence, et l'attachement marqué de cette population à la structure hospitalière où elle a été accueillie. Si le dénuement et l'isolement questionnent les professionnel.le.s soucieux de l'état de santé des mères et des nourrissons, l'origine étrangère des femmes pèse aussi sur les représentations et les pratiques concernant cette population potentiellement racisée  (Sauvegrain 2012) Dans le cadre de cette présentation  et sur la base de notre enquête, il s'agira d'analyser 1)    comment et dans quelles conditions l'expérience corporelle de l'accouchement et de la maternité, des pratiques de soins des nourrissons peuvent être propices à des interprétations naturalisantes et/ou culturalistes des attitudes et pratiques des femmes2)    comment, chez les professionnel.le.s, ces interprétations tendent ou non à masquer les rapports sociaux de genre, de classe et de race qui fondent les réalités observées.  
MCF sociologie
UP 13 - Iris
RT5 Classes, inégalités, fragmentations, RT24 Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité

Session: 2

La précarité sociale naturalisée par la maternité

 

En France au cours de la dernière décennie, le nombre de personnes en grande précarité privées de logement personnel et réduites à l’hébergement en structures ou à la vie dans la rue s'est accru  (+ 44 % entre 2001 et 2012 dans les agglomérations de plus de 20 000 habitants).  Parmi elles, la part des étrangers a  augmenté pour atteindre 53 % des personnes sans domicile.  Parallèlement, près de deux sans-domicile sur cinq sont des femmes en 2012. Elles bénéficient globalement de conditions d’hébergement plus stables que les hommes et parmi elles, les femmes étrangères sont plus souvent accueillies en hôtel que les françaises, a fortiori lorsqu’elles ont des enfants (Yaouancq et al, 2013).Eu égard aux représentations dominantes de genre, être une femme en âge d'être mère est décisif dans la mobilisation visant à leur épargner si possible l'expérience de la vie à la rue et tend à rendre plus prégnantes les attentes normatives des travailleurs sociaux qui les accompagnent  (Marpsat, 1999; Passaro 1997, Lanzarini 2003).  Dans l'expérience qui nous intéresse ici,  ces catégories mobilisatrices -femme, mère-  se conjuguent avec celle d'étrangères démunies. Il importe d'examiner  les effets de cette articulation et de saisir comment ces catégoriesopèrent dans les pratiques de professionnel.le.s  en contact avec ce public.  Notre enquête en cours porte sur un dispositif mettant en lien une maternité parisienne et un accueil de jour Emmaüs, et sur le travail des professionnel.le.s (travailleurs sociaux,, personnel administratif, soignants) qui, entre ces deux espaces, rencontrent les femmes et élaborent autour d'elles un réseau d'aide et d'accompagnement. Les premières analyses des entretiens et des observations menées sur les deux sites montrent que les professionnel.le.s sont aux prises avec une réalité complexe. Cette réalité est vécue et présentée comme « nouvelle ». Elle est marquée par la présence des femmes sans papiers, souvent désignées comme africaines, isolées,  et qui sont prises en charge par le Samu social à la sortie de la maternité, voire dès avant. A la maternité, l'accompagnement de cette population s’inscrit dans un dispositif formel général et dans une organisation du travail rationnelle, parfois contournée et adaptée pour répondre aux besoins perçus des patientes.L'expérience rend compte de tensions qui structurent les pratiques des professionnel.le.s,  entre un travail de care discret visant à ne pas stigmatiser  les femmes pauvres, et la quête de modalités de repérage efficaces pour une coordination rapide des intervenants ; ou encore des tensions entre le transfert de la prise en charge des femmes et des nouveaux nés dans les services sanitaires (centre de PMI)  proches de leurs lieux de résidence, et l'attachement marqué de cette population à la structure hospitalière où elle a été accueillie. Si le dénuement et l'isolement questionnent les professionnel.le.s soucieux de l'état de santé des mères et des nourrissons, l'origine étrangère des femmes pèse aussi sur les représentations et les pratiques concernant cette population potentiellement racisée  (Sauvegrain 2012) Dans le cadre de cette présentation  et sur la base de notre enquête, il s'agira d'analyser 1)    comment et dans quelles conditions l'expérience corporelle de l'accouchement et de la maternité, des pratiques de soins des nourrissons peuvent être propices à des interprétations naturalisantes et/ou culturalistes des attitudes et pratiques des femmes2)    comment, chez les professionnel.le.s, ces interprétations tendent ou non à masquer les rapports sociaux de genre, de classe et de race qui fondent les réalités observées.  
Post doctorante
Cadis-EHESS/Cnrs
RT17 Gestion politique du corps et des populations

Session: 2

La "mort naturelle" à l'hôpital comme bonne mort

 

Le phénomène de production de la mort, en lien avec la médicalisation et la technicisation de la médecine, a été mis en lumière par de nombreux auteurs (Ariès, 1976 ; Glaser, Strauss, 1965 ; Illich, 1976). La mort naturelle (High, 1978) aurait ainsi disparu, remplacée par une mort médicalisée à l’hôpital, une mise à l’écart des mourants (rapport Sicard, 2012).Cette communication sera basée sur deux hypothèses : premièrement, la bonne pratique aujourd’hui est de retirer (withdraw) le médical lors de la fin de vie pour remettre la mort naturelle au centre parce qu’elle est associée à l’idée de bonne mort. Cette bonne pratique participe d’un nouveau biologique, d’un naturel reconstruit, contrôlé, de la responsabilité du médecin. Mais que signifie retirer le médical en fin de vie, dans un contexte hospitalier ? S’agit-il de prendre en compte une temporalité (pas de mort brusque), pour laisser aux soignants et aux proches le temps de s’habituer à la mort prochaine ?Notre seconde hypothèse postule que le processus de fin de vie à l’hôpital repose sur une forte performativité (Austin, 1970) des personnels médicaux qui a pour objectif de calquer l’imaginaire de la mort des proches et des personnes en fin de vie (ce qui provoque parfois des conflits lorsque les représentations du mourir et la mort ne coïncident pas – Seymour, 1999). Ainsi, le naturel reconstruit intégrerait la pharmacopée, de manière plus ou moins visible et systématique et s’appuierait sur une nécessaire démonstrativité du processus de mort.Nous nous appuierons sur une étude exploratoire auprès de professionnels de santé (entretiens individuels) dans 3 services hospitaliers, en CHU de la région parisienne: urgences, cardiologie, réanimation.
Doctorant
SAGE
RT27 Sociologie des intellectuels et de l'expertise : savoirs et pouvoirs

Session: 1

Exposer, proposer, répéter : les experts de l'OCDE face à la réforme des systèmes de santé publique

 

C'est en 1977 que l'OCDE consacre sa première étude aux systèmes de santé de ses pays membres. La santé y reçoit une définition large, qui déborde les compétences traditionnelles de la médecine comme l'accès à l'eau potable ou à un logement. Immédiatement envisagée sous l'angle des dépenses « croissantes » qu'elle occasionne, la santé est ainsi étudiée par l'OCDE dans un contexte constamment rappelé de limitation des ressources, qui rend nécessaire l'expertiseéconomique à son endroit. Les publications se succèdent donc, en moyenne tous les deux ans, égrenant les problèmes de croissance des dépenses, pour proposer des remèdes, et faire émerger des solutions.  Notre communication vise à entrer dans l'expertise océdéenne par les acteurs, afin de tester l'hypothèse d'une force sociale de l'expertise en santé publique, due à la répétition de ses conclusions dans différentes arènes internationales. L'ACM permet d'objectiver les propriétés sociales disposant au multi-positionnement, pour les experts ayant signé les rapports OCDE consacrés aux systèmes de santé. Domination dans l'espace académique de l'économie de la santé et participation au travail de nombreuses organisations internationales apparaissent en effet positivement corrélées, dégageant des mécanismes de formation, à l'international, d'un sens commun de la réforme appliqué aux systèmes de santé publique. 
Lectrice
Université Paris Sorbonne Paris IV
RT2 Migrations, Altérité et Internationalisation

Session: 2

Les « expatriotes » russes en France et en Grande-Bretagne : Politiques de hiérarchisation sociale et culturelle.

 

Suite à la structuration de la politique de l'État russe envers ses émigrés (« projet des compatriotes ») ainsi qu’à la vague de protestation en Russie en 2011-2012, ont émergé de nouvelles « communautés politiques » russes en France et en Grande-Bretagne. Celles-ci se sont progressivement construites autour des discours et pratiques politiques des migrants russes à destination de leur pays d'origine. Les motivations de ces migrants sont à rechercher, entre autres, dans leurs identifications à divers contextes nationaux voire transnationaux. Deux figures idéal-typiques se sont révélées au cours de nos investigations : d'une part, le « compatriote », défini par les autorités russes qui prônent l'unité de leurs ressortissants disséminés à travers le monde et en appellent à dépasser les clivages du passé ; d'autre part, l' « expatriote » (concept que nous avons forgé) qui refuse d'être représenté par l'État russe et rejette la définition « officielle » de ses sentiments d'appartenance. Mais bien qu'ayant des conceptions fort différentes, et souvent contradictoires, de ce qu’est et devrait être la Russie, le compatriote et l'expatriote ne peuvent être opposés de manière binaire dans la mesure où ils ne cessent d'interagir et échangent même parfois leurs positions respectives. Il s'agira dans cette communication d’analyser la figure de l’expatriote au miroir de celle du compatriote.Les identifications des expatriotes sont caractérisées par des allers-retours incessants entre un « ici » et un « là-bas », entendus en un sens non seulement spatial, mais aussi temporel. Cette identité est construite autour de références simultanées aux deux pays (ou plus) d'origine et de résidence – qui peuvent par ailleurs être « imaginaires », lorsque ces pays (comme l’URSS) n'existent plus – et par de constants renvois à différentes périodes de l'histoire. Les expatriotes cherchent à s'affranchir de l'image de la « communauté culturelle » ou de la « communauté des migrants », à laquelle ils désirent et affirment ne pas appartenir. Ce rejet de ladite communauté, dont le développement ne peut déboucher selon eux que sur la propagation d’un dangereux « communautarisme russe », s'explique en grande partie par la crainte de se voir attribuer l’étiquette de migrants non- ou mal-intégrés De ce point de vue, ces migrants intériorisent et reproduisent les discours politico-médiatiques relatifs à l'intégration et à l'identité nationale mis en avant dans le pays de résidence. Cherchant à se défaire de ces étiquettes, ils l’appliquent alors aux « Autres », les compatriotes, qu’ils jugent avoir des positions et attitude communautaires, culturalistes et donc nécessairement étrangères à la politique. Ce type de discours crée une ligne de fracture, qui ne va pas sans hiérarchisation, au sein des milieux de migrants russes, entre, d’un côté, des migrants « universalistes » qui seraient spontanément contestataires du pouvoir russe, et, de l’autre, des migrants repliés sur eux-mêmes et par définition loyaux envers le pouvoir russe. Ces expatriotes contestataires contribuent ainsi au discours d’altérisation de tout ce qui est « trop culturel » ou « trop communautaire », et par conséquent « immature » d’un point de vue politique.
Chercheur associé
UMI 233 TransVIHMI
RT28 Recherches en sciences sociales sur la sexualité

Session: 2

Le góor-jigéen : homme-femme ou homosexuel ? Histoire d'une catégorie sexuelle au Sénégal

 

Il existe en Afrique certaines figures institutionnalisées de la "diversité de genre". C'est le cas au Sénégal du góor-jigéen, "homme-femme" en Wolof. Évoquée par certains observateurs dès le 19e siècle, cette figure n'a toutefois jamais été décrite ni analysée avec précision dans la littérature savante.À l’origine, le góor-jigéen est un homme biologique présentant des attributs féminins et occupant certaines fonctions sociales telles que maître de cérémonie lors de baptêmes ou de mariages. Pendant longtemps, son statut et sa place étaient ainsi reconnus au sein de la société sénégalaise. Sa sexualité n'était pas interrogée ; il pouvait se marier et avoir des enfants. Cependant, le terme góor-jigéen est progressivement devenu synonyme d'homosexuel, généralement utilisé comme une injure. Il a donc connu une "resignification" traduisant la transformation d'une catégorie de genre en une catégorie d'orientation sexuelle.Judith Butler a montré que par certains usages, l'injure peut parfois revêtir une nouvelle signification moins infamante. Ce processus de "resignification" peut également s'observer sous une forme inverse, c'est-à-dire à travers la transformation d'un terme neutre en injure. L'évolution du sens attribué au terme góor-jigéen constitue un cas exemplaire de resignification négative. Dans cette communication, j'analyserai l'histoire de cette expression/catégorie et les conditions qui ont rendu possible la transformation de sa signification et de son usage.
Candidate au doctorat
Université de Genève
RT13 Sociologie du droit et de la justice

Session: 6

Entre droits des femmes et droit du mariage: La reconnaissance juridique du viol conjugal en Suisse (1971-2004)

 

En Suisse, la reconnaissance du viol conjugal par le Code pénal date de 1991 (date de l’adoption, par le Parlement, du Code pénal révisé). En 2003, une autre « étape » a en outre été franchie, le viol conjugal devenant un délit poursuivi d’office (avec là aussi une modification du Code pénal). Pour les groupes féministes et de femmes luttant pour que soit reconnu le viol conjugal sur le plan légal, ces deux étapes marquent un moment important dans l’avancement de leur cause, que celle-ci soit formulée en termes de lutte contre les violences faites aux femmes et/ou lutte pour l’égalité des sexes. En nous intéressant, à travers des sources issues de celui-ci, au processus législatif entourant ces deux changements de loi, nous tenterons d’analyser la façon dont les acteurs/trices cadrent la question du viol conjugal, et les référentiels qui sous-tendent les enjeux mis en avant par les un.e.s et les autres. Nous verrons que, loin de n’être qu’une question de droits des femmes, les débats autour du viol conjugal sont également sous-tendus par un référentiel de préservation du mariage et de la famille. L’analyse de la tension entre ces deux référentiels nous amènera à questionner le poids de la définition juridique du mariage et de la famille dans le cadrage en termes de genre d’un texte légal.
 
université Paris I Panthéon Sorbonne
RT27 Sociologie des intellectuels et de l'expertise : savoirs et pouvoirs

Session: 2

"Je pense, moi, qu'il n'y a qu'une politique possible". Naturalisation et dépolitisation des choix économiques sous le premier septennat de François Mitterrand

 

Saisissez ici le résumé de la communication...
Doctorant
Université Toulouse III Paul Sabatier-PRISHMM-SOI
RT31 Sociologie du sport et des activités physiques

Session: 3

« Qualité De Vie »: Une Notion Controversée

 

Cette communication émane d’un axe de recherche d’une thèse en cours « Qualité de Vie en Relation avec l’Expression Corporelle », portant sur les représentations de la « qualité de vie » chez des pratiquants de l’Expression corporelle en Espagne. La thèse porte principalement sur l’analyse des manières dont les individus pensent différents aspects de leur vie association « santé et pratiques corporelles » dans des processus de socialisation corporels spécifiques, notamment, ceux de formateurs en « expression corporelle » dans le domaine scolaire.La partie de la recherche qui sera présentée dans le cadre de ce congrès concerne une analyse spécifiquement dédiée aux approches savantes de la notion de « Qualité de Vie » et  de « Qualité de Vie en Relation avec la Santé (QVRS) ». Nous présenterons la genèse et l’évolution de cette notion en médecine et en sciences sociales en insistant sur les convergences et divergences entre les deux approches.Dans un premier temps, nous mettrons en évidence les contextes scientifiques d’émergence de la notion de QVRS. Ainsi, en 1999, Haas (1999) montrait que la recherche de la phrase « Quality of life » dans différents moteurs de recherche scientifique donnait comme résultat plus de 16000 publications entre 1993 et 1998 dont plus de 4000 articles utilisaient la notion de QVRS même si selon l’étude d’Haas depuis 1990 la plupart des auteurs ne donnentpas dedéfinition univoque de la notion. Dans un deuxième temps, nous nous attacherons aux enjeux théoriques, épistémologiques et politiques de son appropriationen sciences sociales, notamment  en économie et en sciences politiques. Nous présenterons les réflexions sur l’environnement et l’élaboration des politiques de soutenabilité autour des années 1950 et 1960 qui en sont au principe. À partir d’une révision exhaustive de la littérature produite durant cette période à propos de la QV, Corten montre ainsi comment différents auteurs se sont accordés « pour dire qu’à l'origine le terme de Qualité de la Vie est un slogan, un slogan politique, un slogan américain, un slogan lancé par Lyndon B. Johnson en 1964 dans son message à la nation intitulé "The Great Society". » (1998, p. 4). Enfin, nous ouvrirons une réflexion sur l’intérêt et les limites de l’usage de la notion de « qualité de vie » en sociologie à partir de notre recherche.
Doctorant
Centre Emile Durkheim - CNRS UMR 5116
RT29 Sciences et techniques en société

Session: 1

La crédibilité scientifique de l’expertise au prisme du constructivisme social : Une tentative de définition

 

Depuis les années 1970, la crédibilité scientifique est devenue un objet d’étude central des science studies (Shapin, 1995). Dans une perspective constructiviste, la question de la crédibilité de la science se substitue à celle de son essence. Certains sociologues se sont intéressés à la place de la rhétorique dans la construction de la crédibilité de la science (Latour et Fabbri, 1977). Ceux-ci ont étudié des produits scientifiques à partir de techniques d’analyse textuelle. D’autres se sont concentrés sur l’opinion des auteurs et destinataires de ces produits quant à leur crédibilité (Collins et Pinch, 1994). Ces sociologues-là ont analysé les discours tenus par les acteurs engagés dans des controverses, à partir de techniques d’entretiens. Dans cette communication, on défend la thèse selon laquelle la définition de la crédibilité d’un produit scientifique nécessite de conjuguer l’analyse des opinions de ses auteurs et destinataires vis-à-vis du produit et l’étude des dispositifs de persuasion rhétorique qu’il contient. Elle prolonge ainsi les travaux de Stephen Hilgartner (2000) pour qui la crédibilité d’un objet scientifique dépend du jugement prononcé par ses destinataires et qui procède des interactions entre auteurs et destinataires s’établissant à travers l’objet. Ce travail s’inscrit dans la tradition du constructivisme social. A l’appui de cette thèse, on propose ici une analyse empirique de la crédibilité d’un produit qui combine les deux approches. L’expertise scientifique collective dédiée aux comportements alimentaires et publiée par l’INRA en 2010 sert d’objet d’étude. L’analyse a été menée en deux étapes. On a déterminé ce qui fait la crédibilité de l’expertise pour ses auteurs et destinataires, à partir d’entretiens individuels avec des membres du ministère de l’agriculture et de l’INRA et d’une enquête collective auprès des experts. Puis, on a repéré les dispositifs rhétoriques de persuasion contenus dans l’expertise sur la base d’une grille d’analyse textuelle ad hoc. Cette communication fournit plusieurs éléments de réponse à la question de la crédibilité. Les entretiens révèlent que  destinataires et auteurs de l’expertise INRA la jugent crédible. Tous motivent leur jugement par plusieurs éléments : nature de l’INRA, respect de la procédure, etc. Ces facteurs de crédibilité varient cependant selon les acteurs. L’analyse des éléments précités par type d’interviewé indique l’existence de différents types de crédibilité : crédibilité procédurale et institutionnelle pour l’INRA, crédibilité scientifique orientée vers la compétence pour les chercheurs, etc. L’analyse textuelle met à jour l’existence de plusieurs procédés rhétoriques : style d’écriture, structure narrative, etc. dans le rapport. Ces dispositifs produisent différentes impressions sur le lecteur. Certains signalent l’appartenance du rapport au genre de l’expertise, d’autres véhiculent l’image publique de l’INRA, etc. Le croisement des entretiens et de l’analyse textuelle révèle que chacun des types de crédibilité est alimenté par des procédés de persuasion rhétorique distincts. Certains de ces procédés nourrissent l’idée chez les destinataires que l’expertise suit un processus rigoureux et indépendant, alimentant sa crédibilité procédurale. D’autres amènent le lecteur à penser que le rapport est tourné vers la satisfaction des demandes du ministère, conférant à l’expertise une crédibilité institutionnelle, etc. Cette communication permet de fournir une définition de la crédibilité, tous types confondus. COLLINS, H., PINCH, T., 1994, « Une nouvelle fenêtre ouverte sur l’univers ? L’impossible détection du rayonnement gravitationnel », In : Tout ce que vous devriez savoir sur la science, Paris : Ed. Seuil, pp. 126-147HILGARTNER, S., 2000, Science on Stage: Expert Advice As Public Drama, Stanford : Ed. Stanford University PressLATOUR, B, FABBRI, P., 1977, La rhétorique de la science : pouvoir et devoir dans un article de science exacte, Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 13, p. 81-95SHAPIN, S., 1995, « Cordelia's Love: Credibility and the Social Studies of Science », Perspectives on Science, vol. 3, no. 3, p. 255-275
Doctorant
 
RT11 Sociologie de la consommation et des usages

Session: 5

L’action publique de réduction des consommations d’énergie : le problème du consommateur imaginaire

 

Les politiques publiques qui visent à encadrer la « consommation » d’énergie domestique des ménages et qui tendent à imposer un certain type de rapport à celle-ci (sobre, économe, responsable, « maîtrisé », pour reprendre le vocabulaire émique) le font à partir d’une définition générique du consommateur d’énergie. Celui-ci est doté de propriétés abstraites : rationnel, anticipant l’avenir, partageant la morale des politiques publiques et la préférence pour le marché ; propriétés censées s’imposer à tous sans distinction de conditions de réalisation ou d’effectuation. Lorsque l’individu concret ne réalise pas cet idéal, son attitude est parfois traduite comme une « résistance au changement », à « l’enfermement dans des habitudes » ou imputée à un manque d’information. Bref, dans ce cas il est renvoyé au manque ou l’absence d’une des qualités supposées essentielles pour être pleinement « consommateur » d’énergie. Or, à l’examen, il apparaît que si l’individu concret est soumis à la critique en matière d’usage de l’énergie, la catégorie sociale et politique de « consommateur d’énergie » reste, elle, peu remise en cause, ce malgré son apparent manque d’opérationnalité. Il semble même qu’elle soit régulièrement prise pour une évidence par de nombreux acteurs sociaux du champ de l’action publique en matière de consommation d’énergie. L’individu est naturalisé en consommateur d’énergie et l’énergie, la nature, en consommation. Ce processus a d’autant plus de force à l’ère du développement durable et de l’« impératif » de transition énergétique, que ce sont là des enjeux qui participent à légitimer l’intervention de l’État dans le registre de la consommation d’énergie et à imposer sa conception du consommateur dans ce domaine. Paradoxalement pour penser et impulser les changements de pratiques en matière d’usage de l’énergie, c’est une figure imaginaire et déréalisée du consommateur qui semble s’imposer. Dans le cas français qui nous occupera, quelques chercheurs et chercheuses ont déjà œuvré à l’éclaircissement de ce « problème » du consommateur et des  « impensés » des politiques publiques en matière de demande énergétique (Dominique Desjeux, Isabelle Garabuau-Moussaoui, Hélène Subrémon, Marie-Christine Zélem, pour n’en citer que quelques-un-e-s). En résumé, cette littérature a essentiellement travaillé, à notre connaissance, en la réhabilitation et l’historicisation des expériences vécues par les individus en matière de pratiques énergétiques domestiques.Néanmoins, dans cette littérature, peu de place a encore été accordée à la comparaison systématique entre différentes catégories sociales dans l’objectif de dénaturaliser la catégorie univoque et uniformisante de « consommateur ». Cette communication veut participer à ouvrir ce chantier, notamment dans l’objectif de mettre en évidence les variations intra et inter catégorielles, mais aussi d’approfondir l’idée de socialisation énergétique. L’argumentaire prendra appui sur une enquête menée à partir de questionnaires (n=101) et d’entretiens (n=63) auprès de différents profils de ménages en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Doctorante en sociologie
université de Bourgogne
RT7 Vieillesses, vieillissement et parcours de vie

Session: 3

Trajectoire de prise en charge hospitalière et familiale des malades Alzheimer ou apparentés.

 

La maladie d’Alzheimer est une affection neurodégénérative incurable du système nerveux central qui est caractérisée par une altération progressive et irréversible des fonctions cognitives et comportementales (mémoire, orientation dans le temps et dans l’espace, reconnaissance des objets et des personnes, utilisation du langage, du raisonnement, de la réflexion, etc.). L’identification de cette pathologie chez un individu permet des pistes de prises en charge tant médicamenteuses que non-médicamenteuses (recommandations de l’ANAES, 2003). D’autres maladies sont couramment apparentées à la maladie d’Alzheimer, telles que la démence vasculaire ou encore la démence associée à une maladie de Parkinson. La prévalence de ces affections neurodégénératives augmente fortement avec l’âge et les femmes sont davantage touchées (RAMAROSON et al., 2003).Dans ce contexte, notre communication a pour objectif principal d’apporter un éclairage sociologique à la trajectoire de prise en charge hospitalière et familiale du « sujet âgé poly-pathologique » atteint d’une maladie neurodégénérative à Dijon et dans sa proche périphérie. Pour ce faire, nous portons un intérêt particulier aux interactions entre les individus de la triade « aidant, malade, professionnel ». Le travail d’ensemble qui sera présenté repose sur une démarche qualitative inductive mise en œuvre dans plusieurs lieux. En effet, notre étude comporte des terrains de recherche hospitaliers (Centre Mémoire de Ressources et de Recherche ; Hôpital de jour gériatrique; Court séjour médecine interne gériatrie ; Centre d’Accueil de Jour pour Personnes Agées Désorientées ; Centre d’Héberbergement et d’Activités Thérapeutique pour Personnes Désorientées ; EHPAD) et non hospitalier (France Alzheimer ; Maison pour l’Autonomie et l’Intégration des malades Alzheimer. Afin de présenter comment s’élabore, s’organise et se modifie la prise en charge des malades Alzheimer à Dijon et dans sa proche périphérie nous nous appuierons sur près de cinquante entretiens réalisés avec des professionnels de santé, des aidants familiaux et des malades Alzheimer ou apparentés. L’analyse des matériaux empiriques mettra en avant les différentes étapes dans la trajectoire de prise en charge hospitalière et familiale des malades Alzheimer allant de l’élaboration du diagnostic à l’entrée en institution des individus. Nous montrerons ainsi quelles sont les attentes, les normes et les valeurs qui structurent chaque étape de cette trajectoire et qui conditionnent le passage d’une étape à une autre. Nous montrerons également comment les disparités liées à l’âge, à l’environnement social et familial ainsi qu’à l’état de santé général des malades influencent la trajectoire de prise en charge.
Etudiante
Sciences Po Lille
RT8 Sociologie du militaire : sécurité, armées et société

Session: 3

La Responsabilité Sociétale des Organisations et sa dimension environnementale au Ministère de la Défense

 

La Responsabilité Sociétale des Organisations est devenu un enjeu au sein des sphères publiques au cours des dernières décennies. Labels responsables, économies d'énergie, respect de la biodiversité... Ces prérogatives impactent directement le coeur de métiers de nos armées. Quels impacts en termes de management a eu cette diffusion au Ministère de la Défense? Dans un contexte de réductions des effectifs et des dépenses, comment les managers de la défense arrivent-ils à concilier la logique comptable (performance financière) et les exigences environnementales et sociales (performance globale)?   
chercheur au CNRS
GEMASS (UMR 8598) CNRS
GT49 Histoire de la sociologie

Session: 1

Des sociétés animales, selon Alfred Espinas (1844-1922). Une sociologie dénaturée ?

 

RésuméLa nature de la sociologie oblige-t-elle à considérer que seules les sociétés humaines relèvent de son périmètre de compétences ? Pour autant, il est possible de concevoir une sociologie de la nature, perçue comme étant encore « naturelle » ou bien visitée par l’homme, qu’elle soit fréquentée, utilisée, assujettie, exploitée, voire dénaturée par celui-ci. En revanche, peut-on associer le terme de « société » au règne animal ou à tel ou tel de ses sous-ensembles, tout en se réclamant de la sociologie ? Ou bien peut-on introduire ce terme en relation avec une évolution des espèces vivantes progressant en complexité ? Tel est le défi qu’entend relever Alfred Espinas (1844-1922) lorsqu’il soutient une thèse pour le doctorat ès lettres à la Faculté des Lettres de Paris, en 1877, ayant pour titre Des sociétés animales. Le Mémoire de la thèse principale n’est pas bien reçu par la communauté universitaire des Lettres. À l’époque, traiter des sociétés animales en termes de sociologie, comme l’annonce l’auteur dès l’« Introduction générale », n’est-ce pas dénaturer la sociologie, ou à tout le moins produire une sociologie dénaturée ? Espinas s’en défend en convoquant quelques savants fameux, à commencer par Auguste Comte.On sait que le dénouement de cette épreuve universitaire ne fut pas simple. En effet, dans l’esprit des maîtres appelés à juger le Mémoire, il s’agissait d’abord d’inscrire ce type de travail dans le cadre des attentes définies par la vénérable Sorbonne et de ne pas heurter les susceptibilités. Or le Mémoire de thèse était précédé d’une « Introduction historique » faisant la part belle à Auguste Comte. Le Lecteur de la thèse demanda la suppression du passage. Alfred Espinas s’y refusa et préféra supprimer cette Introduction dans sa totalité. C’est ainsi que la première édition (1877) parût sans cette introduction mais on la retrouva dès l’année suivante avec la deuxième édition (1878) à laquelle est jointe une « Introduction sur l’histoire de la sociologie en général ».Alfred Espinas entend faire œuvre de sociologue en soumettant cette analyse sur les sociétés animales. Le titre du volume se garde bien de faire référence à une jeune discipline, au statut scientifique mal établi, et qui suscite beaucoup de méfiance. Le sous titre : « Essai de psychologie comparée » induit en erreur. Il avait été ajouté par l’éditeur à l’insu de l’auteur, en guise d’accroche à destination des lecteurs potentiels. Il est en porte-à-faux par rapport au contenu du texte.La communication envisage deux perspectives étroitement liées. La première, qui n’entend pas être entièrement originale, s’intéresse aux conditions de réception de la thèse, depuis l’épreuve de soutenance jusqu’à la teneur des comptes rendu de l’ouvrage et des discussions suscitées par la diffusion de l’ouvrage, au fil des années. Le livre a pu être rejeté en fonction de deux fronts d’opposition : par les tenants d’une philosophie spiritualiste autant que par Durkheim et ses proches de l’Année sociologique (Wolf Feuerhahn, 2011). Sur le second point, il faut compter cependant avec l’écart de quelques années entre la publication initiale du livre (1877, 1878) et la position avantageuse acquise par Durkheim au sein de l’Université une vingtaine d’années plus tard (autour de 1896). À ce moment-là, on n’est plus dans la période de réception scientifique du livre d’Espinas. Peut-on prendre en considération d’autres arguments ?La deuxième perspective a pour objectif de comparer les différentes versions de l’ouvrage Des sociétés animales. Nous savons en effet qu’Alfred Espinas, après avoir délaissé ce travail, va renier certains de ses arguments (Borlandi, 2005). En 1901, il abandonne son organicisme initial (Davy, 1931) et procède ensuite à des modifications du texte quasiment jusqu’à la fin de sa vie, survenue en 1922. La version du Mémoire de thèse (1877), publiée à la Librairie Germer Baillière et Cie) est-elle similaire à celle de la seconde édition (1878), parue chez le même éditeur, indépendamment des modifications déjà indiquées ? Une troisième édition a vu le jour en 1924, publiée en France à la Librairie Félix Alcan (qui a succédé à la Librairie Germer Bailllière). Il conviendra de vérifier si c’est le même texte qui est utilisé pour l’édition en français parue chez G. E. Stecher & C°, à New York en 1924. L’ouvrage est à nouveau publié en 1935, chez le même éditeur Alcan, et présenté comme étant la « quatrième édition ». De quelle nature sont ces modifications ? Peut-on les catégoriser ? Fort de quatre tirages se répartissant sur plus d’un demi-siècle, doit-on conclure que l’ouvrage Des sociétés animales fut considéré cependant comme un livre négligeable ? L’obstination de son auteur à l’améliorer ne prend-elle pas tout son sens si on lui prête l’intention d’ébaucher une « science comparée du vivant » ? Ne lui aurait-il pas fallu plutôt restreindre l’analyse à une éthologie limitée au processus d’hominisation incluant certaines lignées de Primates supérieurs ? Aujourd’hui, les progrès accomplis par différentes sciences du vivant et/ou de l’homme n’incitent-ils pas à une relecture attentive, bien que sélective, du livre d’Espinas ?Saisissez ici le résumé de la communication...
chercheure associée
LCSP - Université paris VII
RT21 Mouvements sociaux, RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 5

L’ordinaire et le politique. Les initiatives de transition issues de la crise : entre souci de tous et résistance quotidienne.

 

Dans le cadre de la crise qui frappe l’Europe depuis 2008, des initiatives citoyennes visant à palier initialement les effets dramatiques occasionnés par les politiques d’austérité, ont émergé dans les pays les plus durement touchés (Grèce, Espagne, Portugal). En effet, face à cette vulnérabilité partagée, une politique du proche semble avoir pris le pas sur des modes d’être, d’échange et de partage traditionnels. Constitués la plupart du temps autour de volontés de délibérations neuves, ces collectifs promeuvent des pratiques sociales visant à ré-instituer des principes de décence, de sobriété et d’entraide, engageant comme par voie de fait, tant un rapport de subversion aux logiques normatives, qu’une révolution des modes de vies. Bien sûr dans de tels contextes, le souci strictement environnemental faiblit face à aux nécessités sociales, l’attention alors accordée à la durabilité s’enchâssant tant dans la résolution de problématiques immédiates que dans des objectifs éthiques élargis. Il y a ici convergence entre des actions spontanées et circonstancielles, et des registres de protestation relativement neufs. En effet, dans un contexte de crise, l’addition de vies comme « mutilées » (Adorno), soumises à d’importantes vulnérabilités, semble conduire les acteurs de ces initiatives de transition à réfléchir à l’amélioration de la « condition de tous », et justifier qu’une forme de sécession[1] s’organise face à des procédures développementistes jugées prométhéennes, qui ont comme montré leurs limites. Finalement en revisitant les dimensions des modes de vie, de consommation et de production, ces initiatives inaugurent comme un déplacement des seuils d’acceptabilité et constituent sans doute autant de tentative de reprendre possession d’une voix d’expression, qui permettent à la fois de dire cette fragilité et cette violence du réel, et à la fois de porter une attention particulière aux besoins et exigences ici et là. Si certes, le monde vécu est un cadre général concret de l’expérience ordinaire, comme a pu le montré Stéphane Haber[2] qui peut être aussi conçu comme une source de résistance au pouvoir, c'est-à-dire tout à la fois un principe de créativité et de transformation du réel ; nous souhaiterions précisément interroger ici la façon dont ces mondes vécus et ce réalisme ordinaire affectent, orientent, biaisent ou augmentent le souci véritablement politique d’un autre commun. [1] Rappelons ici que de façon quasi-prophétique, Castoriadis, en 1964, avait expliqué que la créativité contemporaine avait cessé d’être concentrée, comme le voulait les Marxistes, sur la lutte des classes et la victoire du prolétariat, pour fonder son existence dans des termes opposant ceux qui acceptent le système et ceux qui le combattent. C'est-à-dire non plus portée par un agent social précis mais extensible à la société toute entière. cf : CASTORIADIS (C.), L’expérience du mouvement ouvrier 2, Prolétariat et organisation, « recommencer la révolution », Coll. 10/18, UGE, Paris, 1974, p 323-354.[2] Cf : l’ordinaire et le politique (ss la dir de Claude Gautier et Sandra Laugier), Puf, Paris, 2006.
chercheure associée
LCSP - Université paris VII
RT21 Mouvements sociaux, RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 5

L’ordinaire et le politique. Les initiatives de transition issues de la crise : entre souci de tous et résistance quotidienne.

 

Dans le cadre de la crise qui frappe l’Europe depuis 2008, des initiatives citoyennes visant à palier initialement les effets dramatiques occasionnés par les politiques d’austérité, ont émergé dans les pays les plus durement touchés (Grèce, Espagne, Portugal). En effet, face à cette vulnérabilité partagée, une politique du proche semble avoir pris le pas sur des modes d’être, d’échange et de partage traditionnels. Constitués la plupart du temps autour de volontés de délibérations neuves, ces collectifs promeuvent des pratiques sociales visant à ré-instituer des principes de décence, de sobriété et d’entraide, engageant comme par voie de fait, tant un rapport de subversion aux logiques normatives, qu’une révolution des modes de vies. Bien sûr dans de tels contextes, le souci strictement environnemental faiblit face à aux nécessités sociales, l’attention alors accordée à la durabilité s’enchâssant tant dans la résolution de problématiques immédiates que dans des objectifs éthiques élargis. Il y a ici convergence entre des actions spontanées et circonstancielles, et des registres de protestation relativement neufs. En effet, dans un contexte de crise, l’addition de vies comme « mutilées » (Adorno), soumises à d’importantes vulnérabilités, semble conduire les acteurs de ces initiatives de transition à réfléchir à l’amélioration de la « condition de tous », et justifier qu’une forme de sécession[1] s’organise face à des procédures développementistes jugées prométhéennes, qui ont comme montré leurs limites. Finalement en revisitant les dimensions des modes de vie, de consommation et de production, ces initiatives inaugurent comme un déplacement des seuils d’acceptabilité et constituent sans doute autant de tentative de reprendre possession d’une voix d’expression, qui permettent à la fois de dire cette fragilité et cette violence du réel, et à la fois de porter une attention particulière aux besoins et exigences ici et là. Si certes, le monde vécu est un cadre général concret de l’expérience ordinaire, comme a pu le montré Stéphane Haber[2] qui peut être aussi conçu comme une source de résistance au pouvoir, c'est-à-dire tout à la fois un principe de créativité et de transformation du réel ; nous souhaiterions précisément interroger ici la façon dont ces mondes vécus et ce réalisme ordinaire affectent, orientent, biaisent ou augmentent le souci véritablement politique d’un autre commun. [1] Rappelons ici que de façon quasi-prophétique, Castoriadis, en 1964, avait expliqué que la créativité contemporaine avait cessé d’être concentrée, comme le voulait les Marxistes, sur la lutte des classes et la victoire du prolétariat, pour fonder son existence dans des termes opposant ceux qui acceptent le système et ceux qui le combattent. C'est-à-dire non plus portée par un agent social précis mais extensible à la société toute entière. cf : CASTORIADIS (C.), L’expérience du mouvement ouvrier 2, Prolétariat et organisation, « recommencer la révolution », Coll. 10/18, UGE, Paris, 1974, p 323-354.[2] Cf : l’ordinaire et le politique (ss la dir de Claude Gautier et Sandra Laugier), Puf, Paris, 2006.
Maître assistante
Université de Geneve
GT41 Corps, technique et société

Session: 5

Pratiques médicales et acupunctures : aux frontières de la biomédecine et de la médecine traditionnelle.

 

 Résumé de la communication : Cette communication vise à présenter quelques aspects de notre de recherche qui porte sur l’hybridation des savoirs et des pratiques de la médecine chinoise en Suisse et en France. Nous situerons cette analyse dans le cadre précis de médecins initialement formés à la biomédecine et exerçant l’acupuncture aussi bien en milieu hospitalier qu’en milieu libéral.Il s’agit ici de comprendre quelles sont les stratégies de légitimation de leurs compétences professionnelles saisies dans des contextes institutionnels nationaux différenciés (système de soins, légitimité professionnelle, demande sociale, etc.) et plus largement face à la communauté médicale « scientifique ». En analysant les discours de revendications tenus par ces médecins sur leurs pratiques en lien avec leurs parcours professionnels et biographiques singuliers, nous interrogerons la manière dont ces itinéraires structurent les savoirs, les techniques médicales et les domaines de légitimités thérapeutiques, ces savoirs étant présentés aux patients comme des compétences spécifiques aux frontières de la biomédecine et de la médecine traditionnelle. En nous appuyant sur des d’observations directes et filmées menées dans le cadre consultations en France et en Suisse, nous montrerons comment cette « double » identité professionnelle amène à reformuler la distinction entre discours «savants» et représentations « profanes » et à revoir l’idée d’une incompatibilité des deux conceptions du corps et de la santé en situation clinique. 
Doctorant
Centre Emile Durkheim - Sciences Po Bordeaux
RT13 Sociologie du droit et de la justice

Session: 4

Approches européennes sur l’évaluation de la justice : acteurs, ressources et instruments.

 

Cette communication propose de développer une contribution originale sur le rôle joué et les contributions fournies par le niveau européen d’élaboration des politiques publiques en matière d’efficience et efficacité de la justice. Si on s’intéresse aux dispositifs d’évaluation des administrations judiciaires, deux organisations internationales - à travers la Direction Générale Justice de la Commission Européenne (DG Justice) et la Commission Européenne pour l’Efficacité de la Justice (CEPEJ) au sein du Conseil de l’Europe - revêtent un rôle central dans la conception d’instruments permettant une meilleure connaissance et comparabilité entre les systèmes judiciaires. Et ceci, bien qu’ils ne soient pas forcément les initiateurs de cette réflexion. Pour cette raison, il est légitime de s’interroger sur les facteurs qui ont conduit ces institutions à « s’emparer » de cette problématique. De plus, leur implication témoigne-t-elle d’actions conjointes, parallèles ou concurrentielles ? Cette communication apporte donc une contribution sur un niveau de co-construction transnational des politiques publiques, en soulignant les dynamiques de collaboration et d’appropriation sur idées, acteurs et ressources que caractérisent l’action de la CEPEJ, principale initiatrice au niveau européen de cet effort en matière d’évaluation des administrations judiciaires, et de la Commission Européenne, récepteur-traducteur de cet effort dans un instrument superposé et complémentaire. La communication entre ainsi au coeur de la fabrique européenne des instruments de « bonne gouvernance » de la justice (définition de standards professionnels et de gestion, pratiques de benchmarking, dispositifs d’évaluation).  
doctorante
Paris IV
RT11 Sociologie de la consommation et des usages

Session: 6

Les circuits de ces objets dont on ne veut plus, le cas d'une ressourcerie parisienne

 

La problématique de la gestion des déchets est partie prenante des préoccupations actuelles. En ce sens, des associations répondant au nom de ressourcerie/recyclerie proposent aux citoyens de faire un geste à la fois social et environnemental en déposant des objets dont ils souhaitent se défaire. Ces structures se chargent alors d’effectuer un tri permettant de limiter au maximum le passage de l’objet à la catégorie de « déchet ». Les moyens employés sont divers : réemploi, réparation, revente des dons tels quels ou en tant que matières premières secondaires, acheminement vers des filières de recyclage adéquates, don à d’autres associations, ou à des populations précaires, etc.A partir de ce tri, moment crucial, se dessinent alors des trajectoires variées, accompagnées de modalités de transfert tout aussi diversifiées, dépendant de la manière dont sont qualifiés les objets par les personnes qui y sont confrontées. Le « déchet », caractérisé par la volonté de son propriétaire de s’en séparer, loin de n’être qu’un objet déchu continue d’écrire sa biographie, passe de mains en mains, connait de multiples usages. Ce sont ces processus, de requalification des biens, de détermination des trajectoires, impliquant des choix de modes d'échange et la fixation de prix, que nous nous proposons d'analyser à partir d'un terrain au sein d'une ressourcerie parisienne.
professeure adjointe
Université de Montréal
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 3

Perspective sociologique sur les inégalités raciales de santé

 

Objet de la recherche Les inégalités raciales de santé Problématique Qu’apporte une analyse sociologique de l’interprétation que fait l’épidémiologie nord-américaine des disparités raciales de santé ? Méthodologie Ma communication se fonde sur une revue de la littérature épidémiologique nord-américaine qui traite des disparités raciales de santé. J’y analyse cette littérature au prisme de concepts sociologiques tels que les inégalités sociales, le racisme et l’intersectionnalité. RésultatsLa littérature épidémiologique nord-américaine propose deux grandes voies d’interprétation des disparités raciales de santé. L’une est celle du déterminisme génétique. Elle explique ces disparités par la répartition, racialement différenciée, de facteurs génétiques qui prédisposent à des maladies. Par exemple, si le diabète ou l’hypertension artérielle sont beaucoup plus fréquents chez les Américains noirs que chez les blancs, ce serait parce que les gènes qui déterminent la couleur de peau « noire » sont associés à des gènes qui prédisposent à ces maladies.L’autre voie considère au contraire que la race est un déterminant social de la santé. Par exemple, en exposant, dans une société donnée, les individus vus comme noirs à des discriminations dans l’accès à toutes sortes de ressource (éducation, emploi, logement, etc.), la couleur de peau noire prédisposerait à diverses maladies (via les conséquences des discriminations, comme le stress, les privations matérielles et le sentiment d’impuissance).On s’en doute, cette seconde voie est la préférée des sociologues. Ils peuvent y décrypter l’incorporation du social, c’est-à-dire le passage de la signification, socialement située, d’un attribut racialisé (une couleur de peau, un faciès), à des indicateurs biologiques (une hypertension artérielle, un taux trop élevé de sucre dans le sang). En outre, en suivant cette voie, les sociologues croisent d’autres rapports sociaux (socio-économique et genre, en particulier), étroitement intriqués aux raciaux : de cet enchevêtrement naissent les disparités raciales de santé, qui sont en réalité des inégalités sociales de santé, en ce que les rapports sociaux qui les sécrètent sont des rapports de pouvoir.Mais l’analyse sociologique trouve également un grand intérêt dans l’interprétation naturalisante des disparités raciales de santé. Cette analyse se porte alors sur la recherche nord-américaine en épidémiologie, pour révéler les enjeux non seulement racistes, mais aussi politiques et économiques, qui la traversent quand elle promeut l’hypothèse du déterminisme génétique.  
Professeur émérite
Université d'Evry
GT47 Sociologie Visuelle et Filmique

Session: 5

La photographie en sociologie visuelle, entre forme et concept

 

Saisissez ici le résumé de la communication...  Titre de la communication : La photographie en sociologie visuelle, entre forme et concept En sociologie visuelle, l’usage des photographies exige un mouvement en trois temps : percevoir la composition de l’image et accepter qu’elle induise un sens sociologique ; puis, faire rentrer peu à peu les indices de l’image dans ce « tableau de pensée », tracé par le photographe dans la spontanéité de la prise de vue, pour en objectiver le sens par des mots; enfin, dire les limites de ce que livre la photographie par rapport aux connaissances disponibles ainsi que les leçons tirées de l’analyse.  La forme productrice de sens : composition, pensée visuelle et pensée sociologiqueIl faut donc d’abord saisir la structuration visuelle du cliché, c'est-à-dire sa composition : décisive dans le sens qui se dégage de l’image, c’est elle qui guide le regard, le fait s’attarder sur tel ou tel élément, et une fois l’ensemble parcouru, induit un premier jugement. On ne saurait toutefois s’en tenir là. Car une photographie ne saurait constituer une donnée féconde pour la recherche si elle ne présentait dans le même temps des qualités esthétiques. Ce qui nous conduit à un tel postulat est la constatation qu’une photographie sans qualités esthétiques est la plupart du temps une épreuve sans relief ni parti pris, c'est-à-dire une épreuve sans point de vue affirmé quant au sens qu’elle s’efforce de saisir et de montrer par des formes Un concept visuel ?Toutes les photographies ne présentent pas bien sûr un intérêt égal, de ce point de vue. Mais bien des photographies se prêtent à une analyse de ce type, constituant de fait, de réelles données de recherche, permettant d’émettre des hypothèses, d’apporter des connaissances, de construire des ébauches de problématiques ou d’objets de recherche. En d’autres termes, une photographie peut constituer un « modèle visuel » sociologiquement significatif, et c’est pour l’instant sous cet angle qu’on peut s’efforcer de la considérer, c’est à dire comme une donnée de recherche.Comment aller jusqu’à affirmer que la photographie peut, à l’instar des corpus habituels de la sociologie, constituer un mode d’investigation rationnel de la réalité sociale. Et plus encore, peut-on  à propos d’une photographie (ou une série), parler de concept visuel ?  Un corpus photographique : clientes et clients sur un marché populaire.A l’origine de cette communication, il y a un corpus de photographies réalisé sur le marché St Pierre de Caen entre 2004 et 2007, le dimanche matin à une heure de grande affluence. Vingt et un films de 36 poses chacun ont été utilisés soit environ 750 clichés. Le choix a été de saisir « sur le vif » des personnes, des interactions, des groupes. La méthode est celle de la déambulation lente dans le flux des clients du marché, dans sa partie populaire, et de la prise de vue sans visée directe. Ces partis pris de méthode (qu’on pourrait qualifier d’« attention flottante » », et de technique photographique induit certaines caractéristiques du corpus ainsi constitué. Après discussion de ces partis pris, on mettra en œuvre quelques principes d’analyse sur trois ou quatre photographies du corpus. 
 
 
RT29 Sciences et techniques en société

Session: 4

« What if… ? », Scénariser la nature et financer la science. Sociologie d’un risque non réalisé, l’agro-bio-terrorisme.

 

L’approvisionnement en nourriture repose sur un nombre considérable d’acteurs économiques, de professions et de systèmes de normes engagés dans la production, la transformation, le packaging, l’acheminement, la distribution des produits alimentaires. Dans un contexte d’intensification des échanges commerciaux et humains impliquant des circulations accrues d’hommes, de plantes, de graines et, plus généralement, de matériel biologique, les Etats – mais également ces acteurs des chaines agro-alimentaires – sont confrontés à un enjeu crucial de protection des cultures et des espaces naturels contre les espèces invasives et agents pathogènes. Existent, pour lutter contre l’introduction de pathogènes des plantes et endiguer d’éventuelles épidémies, des réseaux d’épidémiovigilance très largement éprouvés mais préparés essentiellement à la survenance d’un événement naturel, au sens où il ne serait pas volontaire. Depuis les attentats du 11 septembre, la prise en compte de la menace terroriste s’est étendue à de nombreux secteurs économiques, lieux de vie ou pratiques sociales, et ont ouvert des opportunités de financement à certains types de recherche, notamment en phytopathologie, pour peu qu’elles soient thématisées en termes de « sécurité ». La production agricole et ces longues chaînes agro-alimentaires ont alors été investies en termes de biosécurité, tant par les chercheurs en phytopathologie que par les Etats. Et si des individus ou organisations mal intentionnés décidaient de s’en prendre aux cultures ou à la chaîne alimentaire pour tenter de semer la peur au sein des populations ou attenter à la sécurité sanitaire des aliments? La mise en risque, qualifié parfois d’agro-bio-terrorisme, de ces motifs ne repose pour autant sur aucun fait avéré. Pourtant, au niveau européen, des préoccupations d’expertise, de scénarisation tant s’attaques que de plans de réponse, sont à l’œuvre pour contribuer à une exploration des conséquences normatives et sécuritaire de tels risques. Dans ce contexte, comment, ces risques agro-bio-terroristes sont-ils l’objet d’une qualification et d’une évaluation ? Plus généralement, comment les professionnels chargés de la santé du végétal appréhendent-ils l’intentionnalité de la menace à partir de leurs savoirs ordinaires en phytopathologie ? Dans quelle forme de gouvernementalisation se trouve ainsi repliés de tels exercices de scénarisation et quelles en sont les implications effectives en termes de mise en politique d’une prévention de tels risques ? Enfin, comment les sciences de régulation telles que la phytopathologie appréhendent-t-elle la possibilité d’un usage dual de leurs résultats et de leurs méthodes scientifiques à des fins opportunistes ?  Sur la dernière décennie, deux programmes européens ont été financés sur la question, non pas par les programmes agricoles ou scientifiques, mais dans celui des recherches sur la sécurité («security research »). L’objectif est de préparer les Etats-membres à cette menace inédite. Dans une enquête ayant requis une participation active à ces programmes, nous avons étudié comment les scientifiques engagés dans ces projets appréhendent le risque d’intentionnalité, forgent des scénarios d’attaque ensuite technicisés en modèles d’analyse du risque appuyés sur une expertise existante sur les pathogènes des plantes, la façon dont ils élaborent sur cette base des plans de réponse et mettent en discussion tant leur cœur de métier que leur engagement dans une telle entreprise de finalisation de la recherche. Notre recherche s’est déployée dans deux autres directions. Tout d’abord, nous avons mené un travail de comparaison internationale (entre trois pays : France, Italie, Royaume Uni) fondé sur une campagne d’entretiens avec les principaux acteurs (scientifiques, gouvernementaux etc.) impliqués dans les questions de biosécurité et de protection du végétal sert de socle à une analyse de la constitution des systèmes scientifiques, techniques et organisationnels, impliqués dans la surveillance épidémiologique afin de comprendre comment la mise à l’agenda d’une telle menace est relayée à l’échelle de ces systèmes. Enfin, nous avons tenté de saisir ce que la thématique de la sécurité – manifeste à travers le vocable de « biosecurity » – engageait en termes de modification d’un univers de production scientifique qui a tendance à s’identifier lui-même comme relevant de la santé du végétal. Une analyse scientométrique de la littérature sur le sujet et sa mise en discussion avec les experts révèle comment les concepts associés à la biosécurité, mais aussi les auteurs, institutions et éditeurs engagés dans la diffusion de ces concepts, contribuent à structurer ce domaine de recherche. 
Enseignant chercheur
ENSTA Bretagne
RT8 Sociologie du militaire : sécurité, armées et société

Session: 2

Quand les transformations des pratiques de défense font écho aux évolutions sociales induites par le développement des nouvelles technologies

 

 Les changements structuraux (Boëne, Dandeker, 1998) et identitaires (Gresle, 2005) au sein des armées, qui marquent un effacement progressif des frontières entre les mondes civil et militaire, amènent les membres de l’institution à s’adapter à de nouveaux modes de fonctionnement. Parmi les plus récents, l’utilisation massive des nouvelles technologies n’est pas sans poser problème, notamment dans le cas de la conduite des actions militaires. Dans quelle mesure l’introduction de ces outils entre-t-elle en tension avec les logiques individuelles des acteurs sur le terrain ? En quoi modifie-t-elle la place de l’humain dans ce contexte ? Quelles sont les conséquences de cette numérisation des forces sur les cultures et pratiques professionnelles ?    A partir des résultats de deux recherches menées de manière disjointe, l’une a eu pour objectif de saisir l’origine des dysfonctionnements observés dans l’utilisation des systèmes de commandement au sein de l’armée de terre (Cardona Gil, 2012) ; l’autre, auprès d’un grand groupe industriel, visait la conception d’un outil de formation innovant, de type serious game (Cardona Gil, Lemaître, à paraître), cette communication vise à montrer en quoi les conséquences de l’introduction d’outils numériques dans les pratiques professionnelles de défense sont révélatrices d’évolutions sociales plus larges, tant pour les institutions que pour les individus. Au final, les serious games et la numérisation des forces terrestres apparaissent comme des formes de la logique actuelle de normalisation professionnelle et managériale (Colmellere, Vannereau, Jakubowski, 2015 ; Jakubowski, à paraître) qui, en bouleversant les cultures instituées, imposent à leurs membres de donner un sens à leurs pratiques, confirmant en cela que l’identité se construit aujourd’hui davantage qu’elle ne se transmet (Dubar, 2000 ; 2001).       
Doctorant contractuel
DySoLa - EA 4701 - Normandie Université - Université de Rouen
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 5

Fabrique institutionnelle d’un nouveau pluralisme thérapeutique aux Etats-Unis

 

Cette communication présentera les premières analyses d’une thèse de socio-anthropologie dont le terrain préliminaire a commencé aux Etats-Unis depuis 2013 à partir d’une analyse d’archives et d’entretiens préliminaires et complétée récemment la construction d’un projet de thèse financé par l’INCa et dont le terrain a commencé en janvier 2015. Elle rendra compte de la situation toute particulière du système de santé américain qui après avoir initié un modèle de complémentarité thérapeutique en intégrant une légitimation des Complementary and Alternative Medicine (CAM) est en train d’initier très récemment un modèle intégratif des soins, et notamment en cancérologie.Depuis le début des années 1990, les Etats-Unis mettent en œuvre une tentative originale de cette institutionnalisation par la création de deux entités institutionnelles chargées de la recherche médicale sur ces soins au niveau fédéral: le National Center for Complementary and Alternative Medicine (NCCAM) et l’Office of Cancer Complementary and Alternative Medicine (OCCAM, National Cancer Institute) au sein de la superstructure étatique en recherche médicale qu’est le National Institutes of Health. Ces recherches médicales sur l’efficacité, l’innocuité et l’effet placebo de ces soins non-conventionnels se structurent principalement autour des questions que soulèvent le cancer et les maladies chroniques.Depuis fin 2014, un nouveau tournant émerge, celui de l’ « integrative oncology », branche de l’ « integrative medicine », comme en attestent différents articles au sein de revues systémiques et le changement de nom du NCCAM en National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH). Cette nouvelle vague de l’institutionnalisation des soins non-conventionnels du cancer se structure autour d’une pluralité d’acteurs mobilisant des éléments discursifs et pratiques tels que la complémentarité et l’intégration, termes que nous considérons comme autant de caractéristiques sociales, historiques et politiques des légitimations que nous tâchons d’analyser. La présente recherche s’intéresse ainsi à la « fabrique fédérale de légitimations des soins non-conventionnels dans le cadre du cancer » entendue comme l’ensemble des processus pratiques et discursifs structurant et restructurant le traitement, la prévention et l’expérience de la maladie, ensemble au sein duquel une pluralité d’acteurs s’entremêle. Grâce à une approche socio-anthropologique inductive, il s’agit alors pour nous de comprendre comment la question de la recherche médicale sur les soins non-conventionnels du cancer a été et est toujours mise à l’agenda des politiques de santé publique, d’analyser la mise en place  de structures de recherche médicale d’État destinées à évaluer  scientifiquement ces soins, et enfin la façon selon laquelle ces constructions scientifiques au sein de laboratoires de recherche tentent de dicter un rythme  spatial et temporel à l’expérience de la maladie.
Doctorante
Université de Strasbourg
GT41 Corps, technique et société

Session: 2

CORPS RENATURALISÉS / CORPS TRANSFORMÉS Frontières anthropopoietiques en chirurgie plastique-esthétique

 

Dans la formulation du concept d' « anthropopoiesis », Francesco Remotti insiste sur la finalité ontologique sous-jacente aux pratiques de modifications corporelles à visée esthétique (2000, 2013). En modelant l'apparence corporelle, ces pratiques visent, selon l'auteur, à « faire humanité » autrement dit : façonner une certaine apparence « humaine ». La particularité de la chirurgie esthétique, comme soulignait France Borel, serait de « masquer ses procédés en réalisant un type de beauté 'naturelle' » (1992 : 16). L'artifice chirurgical, corrigeant les défauts de l'apparence du corps, a pour objectif de produire une morphologie plus harmonieuse, c'est-à-dire une « naturalité » nouvelle. Si généralement une intervention chirurgicale « visible » est considérée comme un échec, cela semble être interprété différemment dans un cadre performatif. Ainsi, les artistes du corps, telle ORLAN, peuvent se permettre de défier la « naturalité » en affichant une « transformation » de leur apparence corporelle. Cette communication sera l'occasion d'ouvrir une réflexion sur les représentations socio-culturelles liées aux frontières entre une modification « normative » et une « anti-normative ». Quelle liberté peut être négociée par les individus qui souhaitent forger leur apparence à leur guise ? Quels enjeux anthropologiques émergent face à cette tendance croissante qui cherche à défier les conventions esthétiques ? Enfin, quels sont les positionnements des chirurgiens esthétiques face à ces problématiques ?  BIBLIOGRAPHIE : Remotti, Francesco  (2000) 2006. Prima lezione di antropologia, Bari, Edizioni Laterza.2013. Fare umanitá. I drammi dell'antropo-poiesi, Bari, Editori Laterza.Borel, France. 1992 Le vêtement incarné. Les métamorphoses du corps, Paris, Calmann-Lévy.     
Postdoctorant
IRSTEA/ETBX
RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 1

La sociologie face à ses impensés : analyse par le bas d’une interdisciplinarité entre sociologues et chimistes

 

A l’inverse des objets traditionnels de la sociologie comme l’école, la famille ou les classes sociales, la porosité de la frontière entre nature et société caractérise les objets de la sociologie de l’environnement. En s’appuyant sur l’exemple de l’agriculture, Raphaël et Catherine Larrère (2012) présentent finement cette particularité. Ces auteurs montrent que si l’agriculture est le fruit d’une transformation écosystémique par le biais de la main humaine, elle n’en demeure pas moins intrinsèquement liée à des phénomènes naturels comme celui des microorganismes participant à la fertilité des sols ou celui de la pollinisation des fleurs par les insectes et les oiseaux. Aussi, l’enchevêtrement des dimensions sociales et naturelles, intrinsèques aux objets étudiés, singularise la sociologie de l’environnement dans le champ disciplinaire.  Pour autant, cela ne signifie pas que la sociologie de l’environnement cherche à expliquer les phénomènes sociaux par des phénomènes naturels. Bien au contraire, les analyses produites par la sociologie de l’environnement demeure ancrées dans le raisonnement et le langage naturel propres aux sciences empiriques de l’interprétation dépendantes du contexte spatio-temporel dans lequel elles se réalisent (Passeron, 1991). Aussi, confrontée à des objets aux frontières labiles, l’attache empirique dans la sphère sociale qui « […] seule, peut distinguer un énoncé sociologique d’une interprétation libre ou d’une intuition littéraire » (Passeron, 1991, 358) limite la sociologie de l’environnement à une compréhension parcellaire de ses objets qui dépendent par ailleurs de phénomènes naturels. Peut-être est-ce aussi pour cela que, dans ce domaine de la sociologie, les recherches interdisciplinaires partagées avec les sciences de la nature paraissent plus fréquentes. Certains auteurs, comme Marcel Jollivet (2013), se sont d’ailleurs particulièrement interrogés sur l’intérêt d’une démarche interdisciplinaire propre à l’étude des questions environnementales.  Cette communication sera donc l’occasion d’étudier le sujet de l’interdisciplinarité mais en saisissant notre objet par le bas ; c’est-à-dire par les acteurs qui la mettent en œuvre au quotidien. Autrement dit, nous proposerons une analyse réflexive de notre propre pratique de l’interdisciplinarité en tant que sociologue travaillant en collaboration avec des chimistes dans le cadre du programme pluridisciplinaire RESEAU analysant la pollution des eaux par les composés pharmaceutiques dans le milieu hospitalier. Précisément, nous montrerons comment la chimie, par la caractérisation des différentes molécules présentes dans l’eau et par la connaissance de l’évolution métabolique de ces mêmes molécules, participe à la définition de l’objet sociologique c’est-à-dire de ce qui relève véritablement d’un acte polluant. Nous verrons en effet que ce qui peut être considéré socialement comme une action polluante (ex : verser des médicaments dans un évier) ne l’est pas forcément au regard des réactions chimiques des composés pharmaceutiques au contact de l’eau. De fait, la chimie incite le sociologue à reconsidérer la définition même de son objet au prisme des particularités naturelles qui échappent aux sciences humaines et sociales. Par ailleurs, nous verrons également comment au contact de chimistes, le sociologue parvient à acquérir une expertise interactionnelle (Collins et Evans, 2007, 28) c’est-à-dire l’acquisition d’un langage spécialisé permettant de se faire comprendre et de légitimer un regard sociologique auprès des professionnels du milieu hospitalier étudiés. 
Ingénieur de recherche (post doc)
CLERSE Lille 1
RT7 Vieillesses, vieillissement et parcours de vie, RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 3

Déterminants sociaux, parcours de vie et de soin en situation de perte d’autonomie

 

Notre recherche post-doctorale porte sur les déterminants sociaux du parcours de vie et de soin en situation de perte d’autonomie. Elle est financée par le Conseil Général du Nord (59) qui soutient la recherche en sciences humaines et sociales sur la perte d’autonomie consécutive aux maladies neuro-dégénératives. Nous cherchons à mieux comprendre l’articulation entre l’offre de soin et la population en situation de perte d’autonomie, et l’impact de la maladie sur la vie sociale du patient et de son propre entourage en fonction de déterminants sociaux (origine sociale, ethnicité, genre…), économiques et de facteurs biographiques (situation familiale, histoire de vie…). Concrètement, on s’intéresse à l’organisation territoriale de soin (monographie), en évaluant le fonctionnement pratique du récent dispositif de soins et en cherchant à mieux connaître les caractéristiques sociologiques et les trajectoires de vie et de soins de la population qui fréquence celui-ci, en les confrontant avec la population qui ne sollicite pas cette offre de soins. La méthodologie empirique est qualitative (observation in situ et entretiens approfondis enregistrés), l’approche est interactionniste et compréhensive. En ce qui concerne l’enquête de terrain (en cours), nous avons accompagné des agents du Conseil Général (EMS –Equipe Médico-Social) en visite à domicile (pour évaluer la perte d’autonomie et déclencher le cas échéant l’APA –Allocation Personnalisée d’Autonomie), des entretiens ont été réalisés auprès d’EMS, de personnes en perte d’autonomie, d’aidants (familiaux ou non), de responsables d’associations d’aide à domicile. Parallèlement, nous avons enquêté auprès de personnes en perte d’autonomie (et leurs aidants) qui échappent à toute prise en charge institutionnelle. Les premiers résultats laissent apparaître une tendance générale au déni des troubles neuro-dégénératifs, une tendance à l’isolement social des personnes en perte d’autonomie, et un rôle intéressant de « lanceurs d’alerte » de la société civile comme déclencheur de prise en charge de la perte d’autonomie.Parmi la population sans prise en charge institutionnelle, on note plusieurs catégories : les catégories sociales favorisées qui préfèrent choisir et fidéliser leurs aidants ; à l’autre extrémité de l’échelle sociale, les personnes dépourvues de ressources sociales, économiques et culturelles qui ne sont pas en mesure de saisir l’offre de soins ; enfin des personnes d’origine étrangère qui sont très réticentes à être aidé par des « étrangers » (à la famille, à la communauté culturelle) ; ou encore les personnes des secteurs frontaliers qui font le choix d’être placées dans des structures belges plutôt que françaises (alors que celà a pour effet l’arrêt de l’APA par exemple) pour des rasions de qualité d’accueil plus “humain”.
Ingénieur de recherche (post doc)
CLERSE Lille 1
RT7 Vieillesses, vieillissement et parcours de vie, RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 3

Déterminants sociaux, parcours de vie et de soin en situation de perte d’autonomie

 

Notre recherche post-doctorale porte sur les déterminants sociaux du parcours de vie et de soin en situation de perte d’autonomie. Elle est financée par le Conseil Général du Nord (59) qui soutient la recherche en sciences humaines et sociales sur la perte d’autonomie consécutive aux maladies neuro-dégénératives. Nous cherchons à mieux comprendre l’articulation entre l’offre de soin et la population en situation de perte d’autonomie, et l’impact de la maladie sur la vie sociale du patient et de son propre entourage en fonction de déterminants sociaux (origine sociale, ethnicité, genre…), économiques et de facteurs biographiques (situation familiale, histoire de vie…). Concrètement, on s’intéresse à l’organisation territoriale de soin (monographie), en évaluant le fonctionnement pratique du récent dispositif de soins et en cherchant à mieux connaître les caractéristiques sociologiques et les trajectoires de vie et de soins de la population qui fréquence celui-ci, en les confrontant avec la population qui ne sollicite pas cette offre de soins. La méthodologie empirique est qualitative (observation in situ et entretiens approfondis enregistrés), l’approche est interactionniste et compréhensive. En ce qui concerne l’enquête de terrain (en cours), nous avons accompagné des agents du Conseil Général (EMS –Equipe Médico-Social) en visite à domicile (pour évaluer la perte d’autonomie et déclencher le cas échéant l’APA –Allocation Personnalisée d’Autonomie), des entretiens ont été réalisés auprès d’EMS, de personnes en perte d’autonomie, d’aidants (familiaux ou non), de responsables d’associations d’aide à domicile. Parallèlement, nous avons enquêté auprès de personnes en perte d’autonomie (et leurs aidants) qui échappent à toute prise en charge institutionnelle. Les premiers résultats laissent apparaître une tendance générale au déni des troubles neuro-dégénératifs, une tendance à l’isolement social des personnes en perte d’autonomie, et un rôle intéressant de « lanceurs d’alerte » de la société civile comme déclencheur de prise en charge de la perte d’autonomie.Parmi la population sans prise en charge institutionnelle, on note plusieurs catégories : les catégories sociales favorisées qui préfèrent choisir et fidéliser leurs aidants ; à l’autre extrémité de l’échelle sociale, les personnes dépourvues de ressources sociales, économiques et culturelles qui ne sont pas en mesure de saisir l’offre de soins ; enfin des personnes d’origine étrangère qui sont très réticentes à être aidé par des « étrangers » (à la famille, à la communauté culturelle) ; ou encore les personnes des secteurs frontaliers qui font le choix d’être placées dans des structures belges plutôt que françaises (alors que celà a pour effet l’arrêt de l’APA par exemple) pour des rasions de qualité d’accueil plus “humain”.
Recherche
LATTS
RT3 Normes, déviances et réactions sociales

Session: 6

« Du crachat à l’attentat ». La construction statistique du fait de sûreté en milieu ferroviaire.

 

Cette communication se propose d’exposer la façon dont l’opérateur ferroviaire historique use de l’outil statistique dans la prévention des actes de malveillance. Elle se base sur une enquête ethnographique du service interne de sûreté de l’entreprise : étude du processus de remontée d’informations, de la typologie des faits recensés, ainsi que des usages de la base de données ainsi créée. Nous montrerons comment la statistique permet à l’entreprise de traiter la délinquance non plus comme une incertitude, mais comme un risque. Ainsi, la construction du fait de sûreté apparaît comme une opération de rationalisation du traitement de la délinquance. Les acteurs étudiés s’inspirent de deux domaines distincts : la sécurité ferroviaire (prévention des accidents) et la prévention situationnelle. Ils en viennent alors à évacuer la dimension humaine et sociale des actes de délinquances afin de se redonner une capacité d’action. Cependant, l’homogénéisation nationale de la saisie tend à minorer la valeur instrumentale des données pour les acteurs locaux ; ce qui, contrairement à la volonté initiale, ne permet pas de passer d’un « problème de société » à un « problème d’entreprise ». Ces derniers sont ainsi amenés à trouver des solutions pratiques au problème du « chiffre noir de la délinquance ». Enfin, l’étude nous conforte dans l’idée que l’« agnosticisme » dont parle Mucchielli doit être symétrique : le chercheur ne saurait prêter d’intentions particulières ni aux « délinquants » ni aux « surveillants ». 
Maître d'enseignement et de recherche
Université de Lausanne
GT41 Corps, technique et société

Session: 2

La construction paléontologique de l’humain : la confortation d’homo oeconomicus ?

 

Toute organisation sociale repose sur un mythe fondateur, une sorte de grand récit qui raconte les origines de l’humain et ses relations avec les différents éléments. Il définit la place de l’humain dans son environnement et établit l’ordre social. Ce récit constitue une projection des valeurs d’une société, destinée à justifier les pratiques du présent en les inscrivant dans un passé qui les légitime. Dans notre société, cette cosmogonie est d’autant plus contraignante qu’elle est à mettre en lien avec les théories liées à l’apparition de l’humain, que leur statut scientifique rend indiscutable. Elle postule ainsi un indéfectible lien entre l’humain et la technologie. Contrairement à la plupart des autres mythes fondateurs, élaborés sur la base d’un paradis perdu, le nôtre a pour caractéristique d’être tourné vers l’avenir, avec un âge d’or à atteindre, et cela quelle que soit la manière proposée pour l’atteindre, en termes d’idéologies politiques. Là où le mythe du paradis perdu suppose l’existence de frontières à ne pas franchir sous peine de s’éloigner encore de la société idéale laissée derrière soi, le mythe de l’Age d’or fait au contraire éclater toute limite philosophique, religieuse ou sociale, seules les limites techniques, destinées à être continuellement repoussées, étant reconnues. Après nous avoir conduits à maîtriser et modifier notre environnement extérieur, il nous conduit à en faire de même avec l’humain dans la perspective principale d’en augmenter les performances. La vision implicite de la société et de l’humanité contenue en germes dans toutes ces pratiques et représentations renvoie au modèle de l’homo economicus. 
Docteur en science politique
Université Paris-Diderot et Université Libre de Bruxelles
RT21 Mouvements sociaux

Session: 6

Médiatisation et hiérarchisation du militantisme. Le cas d’un collectif de désobéissance civile

 

La visibilité de leurs actions constitue une préoccupation centrale des mouvements sociaux. Par la place qu’ils occupent dans la société contemporaine – c’est-à-dire, principalement, par leur capacité à donner accès à l’opinion publique –, les médias dominants ont une influence déterminante sur les formes et les logiques de l’action contestataire. Le façonnage médiatique des mouvements sociaux est porté à son acmé dans le cas de la désobéissance civile, qui désigne des actions politiques, publiques, collectives et, surtout, illégales et non-violentes, mises en œuvre par des organisations telles que le Réseau Education Sans Frontières[1], les Faucheurs d’OGM[2], Résistance à l’Agression Publicitaire[3], le Mouvement pour une Alternative Non-violente[4], les Déboulonneurs[5] et Jeudi Noir[6]. Depuis le début des années 2000, le répertoire d’action français s’est renouvelé sous l’effet d’une multiplication de ce type de « collectifs ».Afin d’interroger à nouveau frais les effets de la médiatisation du militantisme, cette communication se base sur une enquête ethnographique (observation participante d’un an et demi entre octobre 2012 et mars 2014, quinze entretiens et analyse d’archives) au sein de l’un des principaux collectifs français de désobéissance civile, les Désobéisseurs. Cette organisation regroupe une cinquantaine d’activistes réguliers, dont un « noyau dur » de vingt membres qui militent en moyenne dix heures par semaine, et huit salariés à mi-temps. Ce collectif organise chaque année une quarantaine d’actions. Il met aussi en place plusieurs dizaines de stages de formation. Il dispose de deux sites internet et a publié quinze ouvrages consacrés à l’histoire et aux techniques de l’action directe non-violente. Le collectif est l’objet de fréquents reportages dans les grands médias audiovisuels (en 2013, il est apparu sur TF1, France 2, Canal +, M6 et Arte, ainsi que sur France Inter et France Info) et dans la presse nationale (des articles lui ont été consacrés dans le Figaro, Le Monde et Libération). Pour compléter les données, quatre entretiens semi-directifs ont été menés avec des journalistes – deux travaillant pour des quotidiens nationaux et deux autres pour des chaînes télévisuelles.Au-delà de sa singularité, qui met à l’épreuve plusieurs constats généralement admis, l’intérêt du cas étudié dans cette communication est d’inviter à un déplacement du regard sociologique. La majeure partie des travaux consacrés aux rapports entre médias et mouvements sociaux analyse l’influence des premiers sur la forme des seconds. Soit pour souligner à quel point les médias déterminent les modalités d’action des militants[7] soit, au contraire, pour illustrer l’autonomie dont jouissent ces derniers[8]. A cet égard, le cas des Désobéisseurs appelle la plus grande précaution. Il interdit de trancher cette controverse car, comme nous le montrerons, s’il est indéniable que les contraintes médiatiques pèsent sur les comportements et les discours des militants, ces derniers choisissent pourtant en partie ces contraintes et composent stratégiquement avec elles. En outre, le cas des Désobéisseurs oblige à porter le regard sociologique au-delà de ces débats relatifs à l’émergence d’un répertoire d’action médiatique. En effet, bien que les enseignements fournis par cette littérature soient d’un apport heuristique incontestable, ils laissent dans l’ombre les effets de la médiatisation sur la structuration interne des organisations militantes. Afin de replacer ce problème au cœur de l’analyse, notre communication se déroulera en quatre temps. Pour compenser la faiblesse de son effectif militant, ce collectif mise sur la production d’actions spectaculaires à même de capter l’attention des médias nationaux. Les Désobéisseurs se fondent sur une hypertrophie de la stratégie de visibilité médiatique. En témoigne le fait qu’une importante proportion de leurs actions sont organisées dans le but avoué de répondre à la sollicitation d’un journaliste, auquel les militants fournissent des images « clé en main »[9] (1.). En contrepartie, les journalistes conseillent les militants quant à l’attitude à adopter face à la caméra, ils effacent au montage les « ratés » de l’action et ils leur communiquent de précieuses informations glanées auprès de l’adversaire ou des forces de l’ordre. De sorte que si l’emprise des contraintes médiatiques sur l’organisation militante est particulièrement intense, elle doit être complétée par la prise en compte des rapports d’interdépendance. La relation entre journalistes et militants relève davantage d’un « échange de bons procédés » que d’une transaction à sens unique (2.).            Concentrée, à la suite de Charles Tilly, sur la question du répertoire d’action, la sociologie des rapports entre le champ médiatique et celui des mouvements sociaux a jusqu’ici accordé un faible intérêt aux conséquences de la médiatisation sur le fonctionnement interne des organisations militantes. Comme l’atteste le cas des Désobéisseurs, la médiatisation d’une organisation affecte le type de relations sociales qui se nouent entre ses membres. En l’occurrence, l’omniprésence journalistique renforce la hiérarchisation de l’organisation de trois manières : elle consolide la domination d’un leader sur le reste du groupe, elle alimente la césure entre salariés et bénévoles, et elle renforce la division genrée du travail militant (3.). Enfin, la médiatisation de l’organisation participe à sa personnalisation. En raison de l’important capital culturel et de l’habitus qu’il partage avec les journalistes qui couvrent les actions, le dirigeant des Désobéisseurs focalise sur sa personne l’attention médiatique. Cette promotion informelle au statut de porte-parole permanent lui fournit un ensemble de rétributions symboliques et matérielles (4.). [1] Damien De Blic et Claudette Lafaye, « Le travail politique du Réseau éducation sans frontières », in Bruno Frère et Marc Jacquemain (dir.), Résister au quotidien, Paris, Presses de Sciences Po, 2013, p. 29-54.[2] Bruno Villalba, « Contributions de la désobéissance civique à l’établissement d’une démocratie technique. Le cas des OGM et du collectif des Faucheurs volontaires », in David Hiez et Bruno Villalba (dir.), La désobéissance civile. Approches politique et juridique, Villeneuve d’Ascq, Presses du Septentrion, 2008, p. 129-154 ; Graeme Hayes, « Vulnerability and Disobedience : New Action Repertories and Environmental Protest in France », in Environmental Politics, 15/5, 2006, p. 821-838.[3] Sophie Dubuisson-Quellier et Julien Barrier, « Protester contre le marché : du geste individuel à l'action collective », Revue française de science politique, 57/2, 2007, p. 209-237.[4] Mario Pedretti, La figure du désobéissant en politique, Paris, L’Harmattan, 2001.[5] Clara Lamireau, « « Haro sur l'affichage ! » Agir par écrit contre la publicité dans l'espace public parisien », Quaderni, 72, 2010, p. 19-30.[6] Juliette Boutillon et Maryvonne Prévot, « Le collectif Jeudi noir, de nouveaux activistes urbains ? Entre rupture et continuité dans les formes de militantisme », L’information géographique, 76/1, 2012, p. 42-57 ; Cécile Péchu, Les squats, Paris, Presses de Sciences Po, 2010.[7] Patrick Champagne, « La manifestation. La production de l’événement politique », in Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 52-53, juin 1984, pp. 19-41.[8] Anthony Oberschall, Social Movements : Ideologies, Interests and Identities, New Brunswick, Transaction Publishers, 1993 ; Jerry Rubin, Do it : scénarios de la révolution, Paris, Seuil, 1971 ; Dominique Cardon et Fabien Granjon, « Médias alternatifs et médiactivistes », in Eric Agrikoliansky, Olivier Fillieule et Nonna Mayer (dir.), L’altermondialisme en France, Paris, Flammarion, 2005, pp. 175-198.[9] Les expressions placées entre guillemets sont issues du vocabulaire des acteurs.
Docteur en science politique
Université Paris-Diderot et Université Libre de Bruxelles
GT45 Groupe de travail "Sociologie des conflits"

Session: 7

Vers un nouvel illégalisme ? Les transformations du répertoire contestataire français

 

La baisse du nombre de journées de grève et le processus de désyndicalisation participent d’un même phénomène d’ensemble : l’essoufflement des formes de contestation légales centrées sur les revendications socio-économiques (salaires, emploi, conditions de travail). A l’inverse, la multiplication des ZAD (Notre-Dame-des-Landes, Sivens, Décines, etc.) et des actions de désobéissance civile (Faucheurs d’OGM, Résistance à l’Agression Publicitaire, Réseau Sortir du nucléaire, etc.) témoigne d’un regain d’intérêt pour les modes d’action illégaux centrés sur la cause écologique.La conjonction de ces deux évolutions est-elle le signe d’un basculement du « légalisme ouvrier » vers « l’illégalisme écologiste » ? Le cœur de la contestation sociale se déplace-t-il du rouge vers le vert et de la légalité vers l’extralégalité ? Si oui, cet illégalisme écologiste soulève une double interrogation relative à sa légitimité et à son efficacité.Peut-on légitimement concilier les devoirs du citoyen et la posture de hors-la-loi ? L’invocation de « l’urgence écologique » suffit-elle à justifier que l’on désobéisse à des lois adoptées par le Parlement légitimement élu ? De quel droit occuper illégalement certaines zones et porter atteinte à des propriétés privées (panneaux publicitaires, parcelle de culture transgénique) alors que la démocratie offrent aux écologistes des moyens de contestation légaux ?Au-delà du problème de leur légitimité démocratique, ces résistances extralégales posent la question de leur efficacité. Ces actions sont-elles plus à même d’atteindre leurs objectifs que les pétitions et les manifestations qu’elles tendent à supplanter ? Le fait que la « victoire » de Notre-Dame-des-Landes s’inscrive dans un cycle de défaites des différentes grèves (des cheminots, intermittents du spectacle et postiers) semble attester de la supériorité stratégique du premier de ces deux répertoires. La force de ces actions d’occupations et de désobéissance civile repose-t-elle dans leur dimension préfigurative (expérimenter ici et maintenant la société souhaitée pour demain) ? Ou dans leur refus de contester dans des formes légalisées, routinisées, encadrées et, ce faisant, anesthésiées ? Afin d’aborder ces différentes questions, notre communication s’appuiera sur une observation participante de dix-huit mois au sein d’un collectif écologiste de désobéissance civile, complétée par une série de quinze entretiens semi-directifs et un état de l’art exhaustif de la littérature scientifique consacrée aux mouvements écologistes de désobéissance civile.
docteur en sciences de l'éducation
CURAPP
GT44 Justice sociale et sentiments d’injustice

Session: 2

L’école et la turquisation des enfants turcs, la justice scolaire en question

 

Une et indivisible ? La République française et son école prônent les valeurs d’égalité. Or dans les faits c’est dans la division territoriale, économique et sociale qu’elles s’actualisent. La justice scolaire est l’une des réalisations de la justice sociale et le sentiment d’injustice un construit possible au sein de l’école. La citoyenneté qui est une visée de l’école ne s’éprouve pas de la même façon dans tous les établissements. Une de ses déclinaisons s’effectue autour des acquis culturels des élèves, importés des familles vers l’école. Au sein d’une société, clivée sur le plan territorial, les élèves peuvent-ils se sentir portés par une école « juste » ?Une étude menée au sein d’un groupe scolaire de deux écoles élémentaires d’une ZEP de l’Oise s’attèle à repérer certaines formes du décalage entre les valeurs contemporaines de l’institution scolaire française et leurs actualisations dans le quotidien de l’école. Quelles peuvent être les modalités de communication et d’acquisition d’une langue de citoyenneté (commune sur l’espace national) dans un groupe scolaire primaire où 40% des élèves sont de langue familiale turque et 38% de langue familiale pakistanaise, en même temps que les conditions sociales et économiques des familles se situent du côté de l’exclusion ?  Quand les programmes scolaires et la formation des enseignants se fixent pour ambition d’offrir à chaque individu les capacités de devenir libre dans une société démocratique, que doivent mettre en œuvre les enseignants pour poursuivre cet objectif alors que la réalité de leur métier dément ce pacte national ? Après un bref exposé de la réalité de l’accès au logement, de l’accès au travail, des stratégies de réseaux qui structurent la présence de deux grands groupes de populations dans le quartier, une analyse sera proposée des représentations des enseignants de ces établissements à l’égard des enjeux de leur métier au quotidien.C’est au cœur de la construction de catégorisations du public scolaire par les enseignants eux-mêmes qu’est recherchée l’élaboration du sentiment d’injustice par les usagers (élèves et parents). Cette catégorisation sans outils, incitée par les demandes institutionnelles d’évaluations des publics et des établissements, conduit davantage à une représentation de type « handicap » que de type « résistance » (Ogbu, 1992).Le sentiment d’injustice scolaire, qui s’exprime le plus souvent sous la forme d’une perception de discrimination, apparaît dans le secondaire (Brinbaum et Primon 2013 ; Bonnery, 2006). Dans le groupe scolaire étudié, les élèves ne font pas état de ce sentiment d’injustice. Au-delà de leur âge, qui pourrait être un facteur explicatif, c’est l’esprit protecteur et apparemment non sélectif de ce milieu qui semble retarder l’élaboration de ce sentiment. Pourtant la responsabilité de la qualification de la situation scolaire de leurs élèves et de la conception d’outils est presque totalement dévolue aux enseignants eux-mêmes, sans qu’ils aient les moyens conceptuels, temporels et matériels de prendre en charge ces dimensions de la réalité scolaire. C’est dans cette urgence de l’action que peuvent s’installer les malentendus (Dubet, 1997) créateurs de sentiments d’injustice, dès l’école élémentaire dans les conceptions parentales, puis à l’arrivée au collège dans l’esprit des élèves.En même temps que les normes scolaires, non explicites, continuent d’organiser la pratique, la création interculturelle (Denoux, 2004) paraît s’imposer aux enseignants de ces écoles, de façon intuitive, pour faire face à cette tension entre les intentions citoyennes de la nation et l’effectivité de la réalité sociale qui tend à imposer la rupture du contrat social. Cette création interculturelle intuitive reste très limitée et ses tentatives ne compensent pas les inégalités scolaires criantes qui provoquent, par effet boomerang, un sentiment d’injustice en décalage avec les réalités objectives (Guibet Lafaye, 2014).
Doctorante
Université de Strasbourg - LCSE
RT2 Migrations, Altérité et Internationalisation

Session: 4

L’ambivalence dans les discours de professionnels de la protection de l’enfance : entre ouverture aux différences et catégorisations abusives.

 

Le champ du travail social est marqué de façon croissante par des questionnements autour de ce qui est communément appelé « l’interculturalité » et qui donne lieu à une littérature professionnelle et scientifique relativement importante (Cohen-Emerique, 2011 ; Verbunt, 2009). Cette thématique renvoie dans un premier temps aux questions qui ont trait aux migrations, tant du point de vue du public « immigré » que des trajectoires des intervenants sociaux (Guélamine, 2008 ; Boucher, 2008 ; Jovelin, 1999). Elle renvoie ensuite aux outils –notamment l’ethnopsychiatrie- comme potentielle réponse à ces problématiques (Belkacem, 2013 ; Fassin, 2000), mais aussi aux tensions entre religieux et laïcité dans le domaine d’action du travail social (Verba, Guélamine, 2014 ; Bouzar, 2010). Si le développement d’une littérature à ce sujet rend compte de la nécessité de réfléchir ces questions dans le champ de l’intervention sociale, il apparait que certains des écrits destinés aux professionnels et certaines de leurs pratiques restent marqués par une ambivalence entre la volonté de mieux travailler avec les populations migrantes et l’utilisation de catégorisations généralisantes, voire une essentialisation de certains de leurs attributs. Dans cette communication, nous nous proposons d’aborder quelques unes des réalités que recouvre la catégorie « famille immigrée » dans le champ particulier de la protection de l’enfance. Cette communication prend appui sur une partie de notre matériau de recherche doctorale portant sur la manière dont les questions ethniques et religieuses sont pensées et produites par et dans deux institutions de protection de l’enfance marquées historiquement par le religieux, et la façon dont ces dimensions sont investies ou non par les personnes anciennement placées. Nous nous intéresserons ici à l’un des pendants de la catégorie « famille immigrée », qui est celle de « jeune de famille immigrée », et aux formes qu’elle prend en termes de naturalisation des prétendues « spécificités » dans le discours des professionnels de l’une des associations étudiées. Nous verrons que les discours institutionnels oscillent entre une « ouverture à la différence », la reconnaissance d’une spécificité et la généralisation puis la naturalisation de certaines caractéristiques des « jeunes de familles immigrées ». Nous nous intéresserons aux différents marqueurs de catégorisation utilisés par les professionnels interrogés pour distinguer deux types de populations considérés comme nécessitant un traitement différencié. D’un côté, il s’agit des « jeunes de familles immigrées », de l’autre des « jeunes migrants », administrativement qualifiés de « mineurs étrangers isolés ». Ces deux figures de l’altérité sont opposées par les professionnels sur plusieurs plans –sur le plan de leurs problématiques sociales, sur le plan culturel mais aussi religieux-, cette opposition rendant davantage visibles les processus d’essentialisation qui peuvent passer inaperçus au premier abord.
doctorant
Sciences Po Bordeaux
RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 4

Construction des savoirs et cadrage des controverses sociotechniques : le cas du gaz de schiste en France et au Québec

 

Cette communication aborde la construction sociale de l’industrie des hydrocarbures non-conventionnels comme menace pour l’environnement. Plus précisément il s’agit d’aborder l’échec de l’implantation de l’industrie du gaz de schiste en France et au Québec en démontrant la faillite de la mobilisation de savoirs pertinents pour les publics concernés par les promoteurs du projet. J’appuie ma démonstration sur les concepts de coalition discursive (Hajer, 1993) et d’assemblage narratif (Hannigan, 2014) qui permettent d’appuyer sur l’analyse du discours. Cette communication se base sur un corpus d’entretiens (40) avec les principaux acteurs de la controverse, d’articles de presse (3500) et de documents de communication, ainsi que sur l’analyse des différents rapports administratifs et parlementaires et de leurs références bibliographiques.La comparaison de nos cas fait apparaitre un processus similaire d’une innovation (l’exploitation rentable du gaz de schiste grâce à la fracturation hydraulique), générée par l’industrie soutenue par l’expertise des sciences de la terre et de l’ingénieur, qui échoue à s’implanter au sein de territoires dont les acteurs sociaux et politiques refusent les impacts en mobilisant une palette de savoirs. On voit donc se mettre en place une controverse avec d’un côté des promoteurs qui s’appuient sur leurs connaissances du sous-sol et des techniques d’exploitation des hydrocarbures, sur des scénarios de profitabilité économique tirés de l’exemple américain, ainsi que sur une certaine expertise « interactionnelle » du secteur de politique publique en charge des hydrocarbures. De l’autre côté, on retrouve des opposants qui contredisent les expertises des promoteurs en mobilisant leurs propres experts en géosciences (avec néanmoins des différences de statut) mais aussi tout un réseau de disciplines scientifiques : santé publique, biologie, droit, développement territorial, sociologie, biochimie, etc. dont les savoirs viennent nuancer voir contredire les arguments adverses. Les opposants mobilisent aussi une série d’experts basés sur l’expérience (Collins et Evans, 2007) qui vont de l’habitant qui dénonce la non prise en compte de spécificités locales, aux connaisseurs techniques qui a développé sa propre connaissance du sujet et aux experts interactionnels qui sont capable de lier le réseau d’opposition. Enfin, ces opposants tentent d’influer sur la construction des savoirs institutionnalisés en pesant, au Québec, sur l’orientation de l’évaluation environnementale. Face à une tentative de normalisation et de technicisation de l’activité controversée, les opposants parviennent à transcender les échelles et à faire du gaz de schiste un choix de société. Le réseau des promoteurs défend un discours basé sur la primauté de la science « éprouvée » pour orienter les choix politiques, d’une gestion privée des ressources naturelles nationales et d’un développement économique basé sur une énergie bon marché. Il se heurte à la coalition adverse qui met en avant une demande de participation élargie à la gestion du territoire (gouvernance), d’application du principe de précaution (justice et protection environnementale) et de transition énergétique.La mobilisation sociale éclair française de 2011 conduit à une interdiction de la fracturation hydraulique, tandis que le Québec s’engage à partir de 2010 dans une succession de débats publics et d’évaluations environnementales. Il ne s’agit pas ici de déterminer les dynamiques sociales et politiques qui génèrent les politiques publiques, mais plutôt de s’attarder sur la construction des savoirs et des discours sur les savoirs portés par les différents réseaux d’acteurs. L’analyse des instruments institutionnels (rapports des commissions parlementaires et administratives) montre une tendance à favoriser une traduction technique restreinte de l’industrie qui fait appel avant tout aux géosciences et à l’ingénierie, ainsi qu’à l’économie. Cette fragmentation de la controverse est plus visible en France où l’absence de débat public officiel n’a pas permis la reconnaissance institutionnelle de tous les aspects du problème public au même niveau. La traduction institutionnelle ne parvient néanmoins pas à dominer les forums public et médiatique puisque c’est le cadrage des opposants qui y est adopté. Finalement, on observe l’adoption d’une définition institutionnelle technique du problème en France avec une loi interdisant la fracturation hydraulique comme technique controversée sans pour autant interdire l’industrie du gaz de schiste ou l’expérimentation. Tandis qu’au Québec, c’est une définition plus sociale qui semble triompher dans le sens où l’industrie est rejetée notamment par l’absence d’acceptabilité sociale. L’industrie échoue à s’implanter sur ces deux territoires faute d’avoir su anticiper l’adaptation du cadre légal et la nécessité d’études d’impacts préalables. Toutefois, les acteurs perdent sur le gaz de schiste mais leur discours demeure puissant puisque ce réseau des promoteurs parvient à conserver son hégémonie sur les orientations énergétiques nationales. Ces derniers ont su endiguer la production des savoirs institutionnels afin de protéger l’exploitation du gaz de houille (France) et celle du pétrole de schiste (Québec). Ce travail de frontière permet de sélectionner les arguments transférables vers des dossiers connexes : par exemple, les émanations de méthane sont reconnues et dénoncées pour le gaz de schiste au Québec, mais ces mêmes émanations deviennent moins problématiques lorsque l’on abord le pétrole de schiste.
Doctorant
Université Paris 8 - membre du CRESPPA GTM
RT5 Classes, inégalités, fragmentations

Session: 1

Les périphéries populaires des organisations partisanes, Rapports sociaux et recomposition des identités collectives dans des sections locales UMP et PCF en Seine Saint Denis.

 

Le but de cette communication est de souligner que l'étude des « militants de base » des partis constitue une porte d'entrée privilégiée pour observer la recomposition des identités populaires et des formes de conscience de classe dans la France contemporaine. J'ai mené de 2012 à 2014 deux enquêtes ethnographiques auprès de deux sections locales de partis (PCF et UMP), dans deux villes de Seine-Saint-Denis. Il s’agissait moins d’étudier le PCF ou l'UMP en général que leurs périphéries populaires - entendues comme les espaces de production du « militantisme de terrain » - et leurs bases militantes, plus populaires que les directions locales et nationales. En effet, à rebours des discours sur la « dépolitisation » des quartiers populaires, étudier des dynamiques de mobilisation partisane en Seine-Saint-Denis conduit à rencontrer, au PCF comme à l'UMP, de nombreux militants populaires moins dotés en ressources sociales que les profils militants classiques des classes intermédiaires et supérieures diplômées. Lors de la communication, je dégagerai quelques processus communs aux trajectoires des militants populaires des deux groupes, malgré leur grande disparité idéologique. Les tensions qui naissent de la cohabitation entre différents milieux sociaux, les processus d'auto-exclusion des militants populaires ou encore le décalage entre la composition sociale de la base militante et celle des cadres constituent autant d'indicateurs des rapports sociaux qui traversent les partis. Mais l’expérience des militants populaires ne saurait être réduite à sa seule dimension de domination. Une approche non misérabiliste ne saurait négliger la spécificité des pratiques militantes populaires à la fois en terme de résistance et de créativité.  
Etudiante
Université Picardie Jules Verne
RT28 Recherches en sciences sociales sur la sexualité

Session: 2

Réguler ses conduites affectives et sexuelles dans un parcours de réinsertion sociale

 

Une large part des interventions contemporaines suscitées par la sexualité sont issues de la sphère médicale. Les femmes en particulier font l’objet d’un suivi important en matière de contraception et de procréation de la part de différents professionnels de santé (médecins, gynécologues, sages-femmes…). La médicalisation de la sexualité organise la vie sexuelle des couples sur la base du respect de normes contraceptives et procréatives. Mais qu’en est-il  de la place de la sexualité au sein d’institutions non représentées par le corps médical ? Une ethnographie des relations d’accueil en institution de réinsertion sociale auprès de personnes précarisées (CAF, centre social…), nous permet  de voir la centralité de la sexualité des usagers dans le processus de recours aux droits et ses enjeux. A partir de données recueillies auprès de conseillères en économie sociale et familiale de la CAF et de bénéficiaires d’aides sociales multiples au sein d’un centre social de quartier, nous montrerons tout d’abord la manière dont se manifestent les normes implicites de procréation et de contraception en structure de réinsertion sociale. Le corps et les paroles des femmes rencontrées y font l’objet d’un contrôle quotidien, aussi bien de la part des agents administratifs que des autres bénéficiaires. Nous réfléchirons ensuite à ce qu’implique le respect ou le contournement de ces normes sur le quotidien des populations vulnérables ainsi que sur le travail des employés. 
Doctorant / ATER
IDHES-Cachan / IDP-UVHC
RT18 Relations Professionnelles

Session: 3

Construire des régulations sociales européennes : la place des organisations sectorielles européennes patronales et syndicales dans l’élaboration d’un espace ferroviaire européen

 

 Le travail d’élaboration de règles par les acteurs des relations professionnelles est aujourd’hui souvent considéré, en suivant certaines conceptions et théories de politique économique libérale, comme une entrave néfaste à la régulation naturelle des activités économiques assurée par un marché libre. Contre la mobilisation insistante de cette métaphore naturaliste, on peut néanmoins souligner, en adoptant une approche socio-historique, que les marchés constituent au même titre que d’autres institutions des structures sociales contingentes, qui sont le produit d’un travail de construction sociale. Si la construction du « marché intérieur » s’apparente dans cette perspective à un travail politique, qui vise à transformer les formes de régulation des activités économiques qui s’étaient antérieurement structurées à l’échelle nationale, il semble que les acteurs des relations professionnelles peinent à trouver leur place dans ce processus – en particulier, au niveau interprofessionnel, depuis le début des années 2000 – malgré l’innovation institutionnelle que constituent les actuels articles 154 et 155 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui élèvent au rôle de co-législateur les organisations européennes de partenaires sociaux. Le secteur ferroviaire apparait cependant dans cette perspective comme un cas particulier – et peut-être un laboratoire – original, dans la mesure où les « partenaires sociaux »  y apparaissent en capacité de participer efficacement au processus de co-élaboration de la législation communautaire, y compris pour mettre en place des régulations collectives innovantes des conditions de travail et d’emploi des cheminots. Cette communication visera donc à caractériser la place que les organisations sectorielles européennes patronales et syndicales sont parvenues à occuper depuis le début des années 1990 dans le projet d’élaboration d’un « espace ferroviaire européen unique », à travers lequel les institutions communautaires visent à transformer en profondeur la structure de ce secteur d’activité économique. Après avoir rappelé les orientations et les principales étapes de l’élaboration de la politique ferroviaire européenne, nous mettrons en évidence la manière dont les partenaires sociaux sont parvenus à participer à l’élaboration de cette politique – et dans certains cas à infléchir le contenu du corpus normatif communautaire en cours d’élaboration – tant dans les domaines de la régulations de l’accès à la profession d’agent de conduite et des conditions de travail des conducteurs réalisant des trafics internationaux que dans celui de la protection des emplois et des conditions de travail des cheminots en cas de perte d’appel d’offre par les opérateurs historiques du secteur, dans la perspective de l’ouverture à la concurrence du trafic régional  de voyageur.   
chargé de recherche
CLERSE - CNRS / Université de Lille 1
RT28 Recherches en sciences sociales sur la sexualité

Session: 2

« Dom’ Pro » : une seconde nature ? Éléments pour une sociologie de la profession de Dominatrice professionnelle

 

Cette communication propose d’explorer sociologiquement le métier de Dominatrice professionnelle. Métier relationnel par excellence, il s’agit tout d’abord pour la Dom’ Pro de mettre en avant un ensemble de qualités « personnelles », « singulières » et/ou « naturelles » pour fonder la légitimité d’une activité définie comme un art de dominer. Il s’agit avant tout d’affirmer l’authenticité, l’unicité et la sincérité de la relation avec les clients, et de reléguer la transaction financière au second plan. Dans un second temps, nous spécifierons la sphère de compétence spécifique de l’activité de la Dom’ Pro, à savoir la capacité à organiser, mettre en scène et réaliser les fantasmes les plus singuliers. Cette mise en scène de fantasmes singuliers leur permet en retour de se distinguer de l’activité prostitutionnelle traditionnelle, reléguée à la trivialité de contacts génitaux-génitaux. Ici, au contraire, il s’agit non seulement d’affirmer le maintien de son intégrité physique, mais également de mettre en avant le caractère hautement « cérébral » de la sexualité BDSM. Dans un troisième temps, nous décrirons quelques techniques d’explicitation et de mise en accord des fantasmes entre la Dom’ Pro et son client. La réalisation de ces fantasmes se trouve alors prise en tension entre la nécessité de rester à l’écoute du client et de lui fournir le service qu’il cherche, et celle de réaffirmer la pleine souveraineté de la Dominatrice quant à la forme que prendra la séance.
Responsable de l'information médicale
ASM13
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 2

Le refus de toute naturalisation du handicap dans la Classification internationale du fonctionnement du handicap et de la santé de l’Organisation mondiale de la santé

 

Objet de la recherche : il s’agit d’expliciter les choix théoriques sous jacents à la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé de l’Organisation mondiale de la santé (CIF). Problématique : Selon l’introduction de la CIF aucun choix théorique préconçu n’aurait présidé à sa construction. Tout au plus s’agirait-il de proposer des concepts à combiner au gré des utilisateurs. Toutefois, l’introduction annonce et définit trois niveaux fondamentaux (organes et fonctions, activité, participation), alors que la classification ne comprend que deux chapitres. Le second est censé servir à la fois pour l’activité et pour la participation, mais l’introduction ne précise pas comment. Méthodologie : On se réfèrera à l’ensemble de la Classification, y compris les consignes de codage, mais aussi aux publications du petit groupe d’experts ayant piloté la CIF à Genève : article et ouvrage. Résultats : Ces experts ont choisi et annoncé en détail une option théorique très précise. La contradiction entre la présence de trois niveaux conceptuels fondamentaux face à seulement deux chapitres de classification est levée à la fin du manuel, dans les consignes de codage : l’activité et la participation sont « dépourvues de signification » tant qu’elles ne sont pas envisagées à l’aide des notions de capacité et de performance. Capacité et performance sont deux manières différentes d’envisager le second niveau de la classification. La capacité est ce que la personne pourrait faire « dans un environnement standard international » alors que la performance est ce qu’elle fait effectivement. L’écart entre les deux est toujours lié à l’environnement et seulement à lui, qu’il agisse comme facilitateur ou comme obstacle. Le handicap ne doit d’aucune manière être attribué à la personne : seul l’environnement est en cause. De même, les inégalités, s’il y en a, résultent par définition de l’environnement et en aucun cas de différences entre personnes. Ces experts affirment que leur définition est admise de manière universelle et à l’appui de leur thèse ils produisent une vaste enquête internationale. Pour leur propre ouvrage, ils reprennent à l’identique le titre de celui des anthropologues Ingstad et Whyte (Disability and Culture, 2005) dont ils contestent longuement l’affirmation selon laquelle les représentations du handicap peuvent varier. Cette position théorique s’inscrit dans le droit fil des Disability Studies, ce qu’illustre bien la présence dans le groupe d’experts d’une figure importante de ce mouvement.
post-doctorant
EHESS
RT13 Sociologie du droit et de la justice

Session: 5

Le langage naturel au sein de l’ordre judiciaire : ethnographie des pratiques et jeux d’argumentation dans le cadre de procès en matière de discrimination

 

En matière de non-discrimination au travail, l’épreuve du procès marque l’aboutissement – au moins provisoire – d’une trajectoire de « réparation » initiée à partir de la contestation d’une situation vécue comme injuste. Ce moment est aussi celui par excellence où la dénonciation en « langage naturel » du plaignant doit se plier à la forme juridique s’il veut espérer emporter la conviction des juges. Cette contrainte judiciaire a été analysée comme une forme de violence institutionnelle imposée au plaignant, d’autant plus qu’il ne maîtrise pas les normes implicites de ce monde social. Elle témoigne par excellence d’une domination des standards étatiques de la plainte légitime par rapport à ce qui serait l’expression d’un « bon droit » appuyé sur des ordres de justice plus ou moins universels. Sans réfuter cette analyse, l’observation ethnographique d’audiences visant à dénoncer des cas de discrimination au travail permet de donner une vision plus complexe de ce qui se joue dans une audience judiciaire. Bien que cadrée de façon dominante par le droit et la procédure judiciaire, elle voit également l’expression – sous une forme mineure et limitée – d’autres modalités discursives que celles en lien direct avec les êtres et les formats de la raison juridique. A travers le procès s’expriment également des rapports de force, des dénonciations appuyées sur des principes de justice, des montées en généralité et des tentatives de redéfinition politique de la situation. Ces irruptions font souvent l’objet de rappel à l’ordre de la part des juges ou des parties du procès, mais peuvent également être tolérées voire encouragées dans la mesure où elles prennent une place restreinte – par exemple quand les juges amènent le plaignant à s’exprimer directement.Ces observations amènent alors à conceptualiser différemment l’expression du droit au tribunal : si la grammaire judiciaire est bien dominante et contraint les formes d’expression acceptables, l’arène judiciaire voit également s’exprimer de façon irréductible d’autres langages, relevant de formes d’expression et d’action plus « naturelles » par opposition au langage et à la logique formels du droit. Bien loin d’être des exceptions par rapport à ce qui serait une manifestation « pure » du débat juridique, elles révèlent le caractère « ouvert » de la texture du droit. La catégorie juridique même de discrimination – par les marges qu’elle laisse concernant l’interprétation du caractère justifié ou non de traitements différenciés – en offre un terrain d’observation particulièrement éclairant. Cette communication s’appuie sur l’observation de 25 observations d’audience en matière de discrimination au travail (discrimination syndicale, liée à l’origine, à la nationalté et au sexe principalement), dans des conseils de prud’hommes, des chambres sociales de cour d’appel ou des formations de référé en Ile-de-France. Ces observations se sont faites dans le cadre d’une thèse sur le recours judiciaire des victimes de discrimination au travail, ainsi que dans celui d’une recherche collective « discrimination, droit, mobilisation », coordonnée par Liora Israël, dans le cadre du financement Emergence de la ville de Paris. 
Doctorante
Université de Strasbourg
RT7 Vieillesses, vieillissement et parcours de vie

Session: 6

L’expérience de la ménopause : une trajectoire de représentations et d’interactions

 

A partir de notre travail de thèse portant sur la construction, le traitement social de la ménopause et l’expérience des femmes dans le contexte actuel français, nous souhaitons analyser l’expérience de la ménopause comme une trajectoire construite par des représentations et des interactions sociales. Nous montrerons, tout d’abord, que la notion de « trajectoire » (Strauss, 1992) est un outil opérant pour rendre compte de l’expérience de la ménopause. Nous présenterons, ensuite, les facteurs qui influencent les trajectoires de ménopause. Le calendrier de fécondité et de stérilité de chaque femme constitue le premier facteur. Le second facteur influençant la trajectoire de la ménopause sont les représentations associées au corps et, plus particulièrement, aux manifestations corporelles telles que les bouffées de chaleur. Le partage de l’univers de signification avec le médecin constitue le troisième facteur influençant la trajectoire des femmes. Cette trajectoire est, enfin, influencée par un quatrième facteur : le partage de l’univers de signification avec l’autrui significatif.      
Doctorante
Université de Strasbourg
RT24 Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité

Session: 1

Genre et classe au cœur de la fabrique de la ménopause

 

A partir de notre travail de thèse portant sur la construction de la ménopause, son traitement social et l’expérience des femmes dans le contexte français, nous souhaitons analyser la ménopause comme une production des rapports sociaux de sexe et de classe. Considérant le langage comme un espace de construction du genre (Butler, 2006), nous nous intéresserons, tout d’abord, à la manière dont la ménopause est construite par le discours médical (et ses relais culturels) et les représentations qui la sous-tendent. Le discours médical constitue le principal producteur de discours au sujet de la ménopause (Mc Crea, 1983; Delanoë, 2001). Nous montrerons que ce discours est sous-tendu par une essentialisation du féminin et une pathologisation du corps ménopausé. Nous analyserons, ensuite, le traitement social de la ménopause, ancré dans la médicalisation de cette expérience (Mc Pherson, 1981 ; Martin, 1987 ; Löwy, 2005), en tant qu’assignation à une féminité normalisée. Nous montrerons, enfin, que si la ménopause est une production du genre, la classe n’est pas gommée de cette expérience. Nous verrons ainsi que les représentations associées au corps et les « techniques du corps » (Mauss, 1936) mises en œuvre par les femmes à la période de la ménopause, notamment l’hormonothérapie, dépendent des CSP. 
Doctorante
Université de Strasbourg
GT41 Corps, technique et société

Session: 4

La fabrique de la ménopause : un apprentissage genré

 

Dans une perspective interactionniste, nous analyserons l’expérience de la ménopause dans le contexte français comme un apprentissage sous-tendu par le genre. Nous montrerons, tout d’abord, que le discours médical et ses relais culturels constituent les lieux de production de la catégorie « ménopause ». A partir d’une rhétorique fondée sur le symptôme, la déficience et le risque, le prisme d’appréhension médical fonctionne comme modèle éducatif : le discours médical et ses relais culturelsopèrent comme catégorisation et assignation efficaces, procédant d’une essentialisation et d’une pathologisation du féminin. Nous montrerons, ensuite, que le traitement social de la ménopause, marqué par la médicalisation de cette expérience, constitue également un espace d’apprentissage. La rituelle interaction médecin/patiente à la ménopause opère ainsi comme espace d’éducation des femmes au symptôme. Si le genre sous-tend l’apprentissage de la ménopause, celui-ci varie selon les CSP : l’expérience corporelle à la ménopause est bien le fruit de représentations et d’interactions, comme nous le verrons enfin. Prenant l’exemple des bouffées de chaleur, nous montrerons ainsi qu’en fonction des CSP et des lieux de résidence, elles peuvent être vécues sur le mode du stigmate ou de l’épreuve d’endurance. 
 
 
RT1 Savoirs, travail, professions

Session: A définir

"Une autorité naturelle"? La naturalisation des compétences chez les éducateurs.trices de l'Aide Sociale à l'Enfance

 

Saisissez ici le résumé de la communication...
mcf
UBO
RT33 Famille, vie privée, vie publique

Session: 3

« S'aimer chacun chez soi (Living apart together) : une étape ou une alternative ? Le choix des jeunes gens ou des gens séparés ?... Par-delà la diversité, la régularité des rapports de genre. »

 

S'aimer chacun chez soi aujourd'hui, c'est être ensemble, alors que la société reconnaîtrait le couple « dans tous ses états ». Pourtant, entre étonnement et jugement social, cette manière d'être en couple n'est pas vue comme une relation à part entière, mais plutôt comme une transition. On peut se demander ce qui pose vraiment question.De prime abord, il peut sembler compliqué de cerner les conditions d'une minoration sociale.Les couples chacun chez soi présentent en effet une grande diversité de caractéristiques socio-démographiques comme de représentations. Certains chercheurs résolvent cette diversité en produisant une définition critérisée du couple et réduisent du même coup l'interrogation sociale à la surprise du diffèrement de la cohabitation sous le même toit. D'autres insistent sur les tendances les plus lourdes (la plupart des couples penseraient leur relation non cohabitante et parfois à distance comme une étape) ou les variables les plus clivantes (la relation amoureuse stable non cohabitante serait surtout le fait des jeunes et sans enfant).Toutes ces recherchent minorent elles aussi d'une manière ou d'une autre cette forme de vie, en insistant sur la pérennité du processus de formation familiale, sur la priorisation renouvelée à l'engagement conjugal sur la sociabilité amicale, et finalement sur la reproduction démographique et sociale toujours assurée.On manque pourtant de vision globale. Certaines chercheures travaillant en exploration compréhensive, formulent une problématique de genre. En révélant la résistance ou le questionnement des femmes et dans une certaine mesure des hommes, aux rapports socio-sexués fabriqués en famille, cette sociologie, en homologie à son objet, est-elle contre-nature ?
Doctorante en sociologie (EHESS - Paris en co-tutelle à l'Université de São Paulo - Brésil)
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS-Paris)
RT12 Sociologie économique

Session: 1

Un gouvernement par la nature ? Tensions et justifications plurielles autour d’une certification biologique attachée à un échange marchand qualifié d’équitable

 

Comment les acteurs d’une filière de production de coton « biologique et équitable » mobilisent-ils la nature pour justifier des dispositifs productifs et organisationnels mis en place pour répondre à une exigence de certification? Peut-on parler d’un mode de gouvernement (Foucault, 1978)? Les résultats présentés proviennent d’une enquête qualitative réalisée dans le cadre d’une thèse de doctorat et menée auprès d’une pluralité d’acteurs engagés dans une filière de production transnationale (150 entretiens formels, observations de réunions entre acteurs et de conversations en situation naturelle). A partir de l’économie des conventions et la sociologie pragmatique, nous observons comment différents acteurs sociaux mettent en place un dispositif de certification – en agriculture biologique – exigé dans le cadre d’un échange marchand et comment ils peuvent, en le critiquant, contribuer à le renforcer ou à le modifier. Nous analysons également comment les acteurs, dans leurs justifications, mobilisent et hiérarchisent différents types de biens en fonction des étapes de construction du dispositif et des problèmes et tensions qui se présentent à eux.
Doctorante
Université Paris Descartes - Lasco
GT49 Histoire de la sociologie

Session: 2

La Théorie critique comme antipositivisme : aspects méthodologiques, conceptuels et historiques (1920 – 1960)

 

L’Ecole de Francfort propose une Théorie critique qui se constitue contre le modèle des sciences naturelles privilégié par la sociologie positiviste. Nous présenterons les fondements de cette approche [1], avant d’exposer quelques-uns de ses concepts atténuant l’antagonisme nature/culture. Enfin, nous contextualiserons historiquement l’opposition entre Théorie critique et positivisme.Pour l’Ecole de Francfort, le positivisme repose sur des critères mathématiques de régularité qui aplanissent la compréhension d’une réalité contradictoire. Il se présente comme un enregistrement brut des faits sociaux et contribue ainsi à leur reproduction [2]. A l’encontre de ce rapport tautologique entre étant et pensée, le sociologue doit adopter une posture distanciée face à son objet afin de rendre compte de la dysharmonie du social [3]. Cette sociologie fragmentaire s’appuie, en réponse au modèle des sciences dures reproduisant le cloisonnement de la division du travail, sur l’interdisciplinarité [4].Les concepts de l’Ecole de Francfort sont ainsi fluides et ouverts. Les frontières entre nature et culture sont réexaminées: la « seconde nature » questionne la naturalisation des normes sociales par la mécanisation de la vie collective. La Raison est une instance de domination autoritaire de la nature qui reproduit les rouages de celle-ci et aboutit à la barbarie. La notion d’industrie culturelle interroge quant à elle la réification de la culture au sein de la société administrée, et la perte de sa fonction émancipatrice initiale.D’autre part l’expérience du nazisme conditionne en partie l’analyse de l’imbrication entre Raison et barbarie. L’opposition au modèle des sciences naturelles, et la fonction critique et non descriptive de la sociologie qui en découle, sont en outre appréhendées comme nécessaires pour lutter contre le totalitarisme. Enfin l’exil [5] permet une confrontation aux méthodes empiriques américaines, qui sont réévaluées et revalorisées [6]. Les études sur la personnalité autoritaire présentent ainsi un « positivisme alternatif » axé certes sur l’analyse de données pratiques ; mais orienté vers le dévoilement de tendances latentes et non vers la récolte de faits objectifs.[1] Cf. l’ouvrage fondateur d’Horkheimer, Théorie traditionnelle et théorie critique (1937)[2] Cf. « Begriff der Soziologie » [Le concept de sociologie], Max Horkheimer et Theodor W. Adorno in Soziologische Exkurse, Frankfurt am Main : Europäische Verlagsanstalt, 1956[3] Le sociologue devient « flâneur » (Benjamin), « chiffonnier » (Kracauer), « grimpeur de façades » (Adorno).[4] Elle convoque notamment des références littéraires reflétant le morcellement du monde ontologique : Proust, Kafka, Baudelaire etc.[5] L’institut de recherche de Francfort, constitué principalement de chercheurs néo-marxistes d’origine juive, est fermé par le gouvernement nazi dès 1933. Ses principaux membres émigrent alors collectivement aux Etats-Unis, où l’Institut est reconstitué à l’université de Columbia.[6] Cf. notamment « Recherches expérimentales aux Etats-Unis », Theodor W. Adorno in Modèles critiques, Payot, Paris, 1984, pp. 230-260
Chercheur
CNRS - LISST
RT28 Recherches en sciences sociales sur la sexualité

Session: 6

Le sexe fort. Masculinité, sexualité et handicap

 

La sexualité hétérosexuelle masculine s’est pour partie construite autour de l’affirmation, dans l’intimité sexuelle, de propriétés de genre qui assignent à la virilité des actions, affects et désirs spécifiques (pénétration active, maîtrise de la temporalité de l’échange, respect de scripts sexuels particuliers, etc.) Or, en situation de handicap, certaines incapacités motrices peuvent limiter ou empêcher la conformation à ces attentes genrées. A partir d’une série d’entretiens approfondis conduits entre les deux contributeurs, dont l’un est atteint d’une myopathie des ceintures, la communication propose d’interroger les formes pratiques d’ajustements qui permettent la réalisation concrète des échanges hétérosexuels. Ces négociations appellent une redéfinition partielle des rapports de genre où se dessinent – de manière dépendante – de nouvelles figures du féminin et du masculin. La parole et l’explicitation des désirs deviennent alors des moyens d’agir et rendent possible un geste sinon limité par les incapacités physiques. Pour autant, et sans nier la capacité productrice des acteurs/rices, leur agency et les pratiques innovantes qu’ils et elles sont amené-e-s à déployer, nous montrerons comment la prégnance de l’injonction à une certaine masculinité influence les comportements, les désirs et les représentations, renforçant paradoxalement la normalité depuis ses marges.
 
 
RT26 Réseaux Sociaux

Session: 6

Que devient-on après un DUT Mesures Physiques ? Les trajectoires d’anciens étudiants analysées sous l’angle des réseaux

 

Que devient-on après un DUT Mesures Physiques ?Les trajectoires d’anciens étudiants analysées sous l’angle des réseaux    L’intérêt des approches longitudinales a depuis longtemps été démontrée notamment par les travaux menés par et grâce au Céreq et aux enquêtes Génération (Dupray 2012). En complément des travaux sur le devenir des étudiants à la sortie de leurs études, les données de Génération permettent une vision sur dix ans, et donc une compréhension des parcours au-delà de la période sensible d’entrée sur le marché du travail. De plus les données collectées se sont enrichies au fil des années de modules  sur l’intégration, les réorientations. Il s’agit là d’un outil unique et central dans les réflexions sur les trajectoires des sortants de l’enseignement.L’un des intérêts de ce type d’enquêtes longitudinales est justement de comprendre l’articulation d’étapes scolaires, ou professionnelles et leur impact pour la suite du parcours. En partant d’une cohorte placée dans la même situation au même moment, la comparaison et donc l’identification des facteurs déterminants est possible, comme par exemple l’impact des stages (Giret et Issehnane 2012), ou de la spécialité (Bruyère et Lemistre 2010).La question de la professionnalisation des formations est au cœur des débats publics notamment depuis la montée du chômage. La mise en place de cursus professionnalisant dans l’enseignement supérieur, sous la forme notamment des IUT, était une réponse à une injonction d’adaptation des propositions de l’enseignement supérieur aux besoins des entreprises et du développement économique. Le succès des IUT à la fois du point de vue de leur fréquentation par les étudiants, et des parcours des étudiants a déjà été démontré même si ceux-ci se prolongent désormais au moins jusqu’à la licence (Ménard 2014).Une des raisons du succès de la plupart des IUT a été justement de développer des liens avec le milieu professionnel, notamment à l’occasion d’embauches d’étudiants pour des emplois ou des stages. Le réseau professionnel des établissements constitue alors une ressource, et certains ont donc mis en place plus ou moins tôt des outils pour capitaliser ces données, et être capables de les mobiliser pour aider les étudiants en cours de cursus ou plus tard à trouver un emploi. Ils se rapprochent en ce sens de démarches mises en œuvre dans d’autres établissements d’enseignement comme certaines écoles d’ingénieurs ou de commerce (Bès 2014).A l’IUT Mesures Physiques de Toulouse, cette démarche a été initiée dès 1974 sous la forme d’enquêtes renouvelées auprès des anciens, et d’une mise à jour d’annuaires incluant des informations telles que le poste occupé, le nom de l’entreprise, le secteur, la taille de celle-ci. Ces enquêtes ont été poursuivies par Jean-Pierre Mathe, enseignant dans l’IUT et en charge de l’insertion professionnelle jusqu’en 2004. En 2011, une rencontre avec Nathalie Chauvac, sociologue spécialiste de l’emploi et des trajectoires professionnelles (Chauvac 2011) initiée par Liliane Sochacki, en charge de cours de communication et projet professionnel (Sochacki in(Lê Hung et Tralongo 2012), a débouché sur un projet collectif. Il s’agissait de reprendre les données collectées au fil des années pour les analyser, et de les mettre à jour. La recherche est en cours, elle vise donc à documenter non seulement la situation mais aussi les différentes étapes des trajectoires de plus de 3000 anciens étudiants de mesures physiques.Pour chacune les informations disponibles sont le nom de l’entreprise ou de l’organisation dans laquelle travaille la personne, le poste occupé, le lieu, les dates de démarrage et de fin. Ces données sont entre autres analysées avec la méthode d’analyse des réseaux, produisant au final un graphe où les entreprises sont les nœuds, les individus qui passent de l’une à l’autre les liens. Le marché du travail des anciens étudiants de Mesures physiques peut ainsi être analysé sous un autre angle : à la fois en prenant en compte son évolution dans les temps, mais aussi en montrant comment les compétences des techniciens mesures physiques circulent à travers des milieux professionnels matérialisant ainsi les liens entre les entreprises différentes, et donc les systèmes locaux de compétences (Grossetti, Zuliani, et Guillaume 2006).   Bès, Marie-Pierre. 2014. « Les relations entre anciens élèves ingénieurs : réseau personnel ou capital social ? ». Socio-logos. Revue de l’association française de sociologie, no 8 (janvier). http://socio-logos.revues.org/2787.Chauvac, Nathalie. 2011. « L’embauche, une histoire de relations ? Réseaux et dispositifs de médiation au cœur du marché de l’emploi ». Université Toulouse le Mirail.Dupray, Arnaud. 2012. « Introduction ». Formation emploi 118 (2): 7‑14.Giret, Jean-François, et Sabina Issehnane. 2012. « L’effet de la qualité des stages sur l’insertion professionnelle des diplômés de l’enseignement supérieur ». Formation emploi 117 (1): 29‑47.Grossetti, Michel, Jean-Marc Zuliani, et Régis Guillaume. 2006. « La spécialisation cognitive : les systèmes locaux de compétences ». Annales de la Recherche Urbaine, no 101: 23‑31.Lê Hung, Maud, et Stéphanie Tralongo, éd. 2012. Le projet personnel et professionnel de l’étudiant: l’exemple des IUT. France: Assemblée des directeurs d’IUT : ESPRIUT : IUTenligne.Ménard, Boris. 2014. « Sortants du supérieur : la hausse du niveau de formation n’empêche pas celle du chômage ». Bref du Céreq, no B322. http://www.researchgate.net/profile/Menard_Boris/publication/265868670_S...
Doctorant en science politique
Laboratoire Ceraps (Université Lille 2) UMR 8026
RT35 Sociologie du monde associatif

Session: 1

La participation associative à la politique de la ville contre la politisation des classes populaires. Ethnographie d'un groupe associatif populaire d'un quartier de Lille

 

Saisissez ici le résumé de la communication...
Doctorante
Université de Poitiers,GRESCO
RT28 Recherches en sciences sociales sur la sexualité

Session: 3

Quand les jeunes garçons parlent de sexualité. Productions et reproductions des pratiques et des discours sur la sexualité

 

En s'appuiyant sur une enquête en cours, de plus de trente entretiens, menée auprès de jeunes garçons âgés de 15 à 18 ans et scolarisés dans des lycées d'enseignement général, professionnel, dans des établissements d'éducation adaptée et dans des centres de formation d'apprentis, issus de différentes classes sociales, cette communication s'attache à considérer les mécanismes qui structurent les pratiques, les représentations et les discours sur la sexualité chez les jeunes garçons sont des dispositions s'inscrivant dans un processus engagé dès la socialisation initiale (ou primaire). Ce processus structuré par des rapports de classe et de sexe, se déploie de manière inégale au sein d'espaces spécifiques de socialisation. Il s'agissait de prendre en compte les trajectoires sociales, amoureuses et sexuelles des jeunes garçons rencontrés. L'objectif était de donner la parole aux jeunes garçons afin de recueillir leurs témoignages quant à la construction de leur capital langagier autour de la sexualité, aux principaux acteurs socialisateurs sur les pratiques sexuelles et les différentes dimensions que comporte la sexualité selon eux. C'est à quoi s'attahcent donc les premiers éléments de l'enquête qui seront présentés dans cette communication.
Post-doctorant
Laboratoire Sage, UMR7363
RT11 Sociologie de la consommation et des usages

Session: 5

La consommation énergétique durable : Vers une normalisation de l’implication habitante ?

 

Guillaume Christen [auteur contact]Post-doctorant en sociologie au laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (SAGE, UMR 7363 CNRS-Université de Strasbourg)christen@unistra.fr&Philippe HammanProfesseur de sociologie à l’Institut d’urbanisme et d’aménagement régional, Faculté des Sciences sociales & laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (SAGE, UMR 7363 CNRS-Université de Strasbourg)phamman@unistra.fr Adresse :Faculté des Sciences socialesUniversité de Strasbourg22 rue René Descartes67084 Strasbourg Cedex  Titre de la proposition : La consommation énergétique durable : Vers une normalisation de l’implication habitante ?  Positionnement dans l’appel : La consommation du naturel, en particulier sous l’angle des énergies renouvelables  Résumé (1498 signes)La problématisation sociale de la transition énergétique interroge les modes de vie et le rapport inépuisable aux ressources institués, en France, par un modèle énergétique centralisé autour du nucléaire civil. Les possibilités d’action et de participation en faveur de la transition énergétique peuvent se décliner dans l’incitation à produire de l’énergie « verte » (pour les particuliers) ou à maîtriser la consommation d’énergie. De façon originale, notre contribution concerne, dans le lien entre énergie et territoire, les dispositifs à destination des logements sociaux et une politique de maîtrise de la consommation dite en « bout de tuyaux » (Coutard, 2010), qui s’appuie surune série de mesures destinées à sensibiliser les usagers à un changement de comportement. Ces dispositifs prescriptifs, couramment appelés « éco-gestes », « accompagnent » les particuliers dans une démarche de transition et visent à inscrire les économies d’énergie dans des pratiques quotidiennes. Cette normalisation de la participation habitante s’adosse sur le présupposé d’un « homo-écologicus » rationnel, qu’il s’agit d’interroger in concreto. Les résultats de notre enquête de terrain, qualitative et quantitative, sur un site de la Communauté urbaine de Strasbourg alimentent l’axe 1 sur « la consommation durable » et questionnent l’efficience des outils incitatifs à associer et à sensibiliser les habitants aux enjeux des énergies renouvelables et, plus largement, d’un développement durable urbain.
Professeur d'Histoire des Idées
Université de Chypre
RT10 Sociologie de la connaissance

Session: 2

Critique du constructivisme individualiste et reprise de la sociologie compréhensive du Durkheim à Simmel et vice-versa.

 

Panajotis Kondylis, dans une œuvre extrêmement riche combine avec brio et efficacité les perspectives de la philosophie sociale allemande et de l’anthropologie d’origine durkheimienne. Il adopte ainsi une perspective microsociologique doublée d’une fine sensibilité anthropologique. Sa dernière œuvre (Das Politische und der Mensch: Grundzüge der Sozialontologie) est restée inachevée. Dans cette œuvre, l’auteur présente deux mécanismes, un interne et un externe, de la relation sociale qui sont en même temps ceux de la pensée de l’acteur en société. Pour l’auteur, toute pensée et toute action est sociale, en un sens assez particulier. La critique qu’il adresse à la théorie sociologique allemande de Simmel et de Weber, par exemple, est qu’elle essaye de construire la société à partir des prémisses individualistes et intersubjectives tandis que, comme l’a bien soutenu Durkheim, l’individualité et l’intersubjectivité prennent sens en société : elles ne sont intelligibles et, par conséquent, possibles que sur fond social. La société, comme arrière fond et comme fait total, donne sens à l’action intersubjective. En d’autres termes, nous n’entrons en interaction individuelle avec l’autre que seulement parce qu’au fond la société dans laquelle nous vivons est déjà là comme un fait total premier. Dès son entrée en vie sociale, le sujet humain se place dans le spectre des relations sociales qui est un continuum entre l’extrême amitié et l’extrême hostilité et présente une infinité de nuances et de possibilités. Du sacrifice de sa vie au meurtre, les actions quotidiennes sont une fluctuation incessante à l’intérieur de ce spectre. La genèse de la pensée individuelle répond au besoin de savoir constamment se positionner vis-à-vis des autres en occupant une place à l’intérieur de ce spectre. En ce sens, et Kondylis insiste beaucoup sur ce fait, le côté obscur du spectre est aussi social et humain que son côté lumineux. La haine et la méfiance sont aussi humaines et sociales que l’amour et la confiance. D’ailleurs, c’est peut-être la méfiance qui est à la base du mécanisme interne de la relation sociale.Il s’agit en réalité d’un mécanisme d’anticipation de l’action de l’autre. Pour un sujet humain, son congénère est toujours un autre sujet, c’est-à-dire imprévisible. L’action de l’autre n’est jamais donnée d’avance et peut être amicale ou hostile. Dans tout les cas, il est plus raisonnable de s’attendre au pire et de se préparer à toute éventualité. Vivre avec l’autre équivaut à vivre contre lui. Toute intelligence est du coup polémique, voire stratégique, et se nourrit constamment de l’expérience quotidienne. Le mécanisme du je pense qu’il pense que je pense… prend ainsi toute sa valeur existentielle dans le jeu complexe consistant à deviner les intentions de l’autre. Savoir se placer sur le spectre des relations sociales par rapport aux autres signifie savoir d’avance où se placent les autres par rapport à soi, savoir donc quelles sont leurs intentions. Notons que, comme l’explique Kondylis, une action ou une position hostile n’est pas nécessairement une action violente. En fait, toute position qui va à l’encontre de l’autocompréhension de l’autre met en mouvement un mécanisme de défense identitaire. Par exemple, émettre des réserves par rapport à la religion, à l’idéologie politique ou au style de vie de l’autre n’est pas se comporter en « ami » ou, au contraire, une remise en cause directe de la moralité de l’autre peu être interprétée comme un signe d’honnêteté et considérée comme « amicale » de sa part. À travers ce mécanisme, chaque acteur élabore un plan d’action et adopte un ou plusieurs rôles selon les circonstances. La vie sociale apparaît comme un jeu de rôles complexe impliquant unions et désunions, adhésions et exclusions. Ce jeu constitue l’extériorisation du mécanisme interne de la relation sociale. Réciprocité, échange, don/contredon, perte/profit : telles sont les notions principales du mécanisme externe de la relation sociale développées par Kondylis. Toutes ces notions, étudiées par nombreux auteurs par ailleurs, ont ceci de commun, qu’elles impliquent la présence d’un tiers qui constitue inévitablement le point « objectif » de référence de l’action individuelle. La médiation du tiers est l’essence du mécanisme externe de la relation sociale qui est une action avec ou contre les autres, une poursuite du plan d’action élaboré par le mécanisme interne par la création d’alliances et de pactes. En ce sens, l’auteur revient constamment à l’analyse du tiers dans la Sociologie de Georg Simmel.
Professeur émérite
Université de Versailles St-Quentin - Laboratoire Printemps
RT20 Méthodes

Session: 4

Pour une classification « naturelle » en analyse des données sociologiques

 

L’histoire de la classification des espèces en botanique présente cette caractéristique que des premières classifications faites par Théophraste, le successeur d’Aristote au Lycée, jusqu’aux phylogénies actuelles utilisant l’ADN, il n’y a pas eu de solution de continuité, pas de rupture épistémologique mais simplement un renversement de la perspective. D’une classification descendante qui sépare les plantes :        -selon leur taille (arbres, arbustes, broussailles, planes herbacées selon Théophraste),  - ou leur utilité médicinale (Dioscoride, 1er siècle de notre ère),   - dans le but de les identifier (système des clés, d’ailleurs toujours utilisé à cette fin),    - puis en utilisant comme Linné, le système sexuel des plantes ;   on est passé progressivement à une classification ascendante qui se contente d’abord de regrouper les plantes par similitude, sans ambition de regroupements supérieurs. Ce n’est qu’en 1789 que Jussieu publie son ouvrage : Les genres des plantes présentés selon l’ordre naturel en partant des affinités observées entre les plantes afin de les regrouper. Si la compréhension des classifications a été bouleversée par l’évolutionnisme puis par les méthodes actuelles de phylogénie basée sur l’étude de l’ADN, l’apport a été que les classifications sont maintenant à base historique, un ancêtre commun expliquant la présence de traits communs dans des groupes qui en dérivent.On pourrait penser que cette histoire de la classification en biologie ne peut avoir un impact en sociologie que sur les techniques employées[1] mais l’exemple de la dialectologie montre qu’il est possible d’exporter en sciences humaines non seulement les techniques classificatoires mais également leurs deux principes : la classification doit être ascendante et c’est la dimension temporelle qui sert d’échelle à la classification.En effet les études de dialectologie utilisent les méthodes phylogéniques car dans une aire linguistique donnée, on passe d’un dialecte à l’autre par des transformations dont le « cout » est estimé ce qui permet d’utiliser des méthodes qui, en biologie, classent en comparant le « cout » d’une mutation d’un gène (ou du passage d’une base à l’autre de l’ADN). On peut ainsi classer les dialectes par filiation historique.De telles considérations n’auraient pas d’intérêt si on ne tentait pas d’avoir la même perspective en sociologie. Il faut d’abord disposer d’un système de classification ascendante (il en existe) mais qui ne soit pas automatique : à cette fin je développe dans Trideux un système qui est applicable à tout ensemble d’individus dont les caractéristiques sociales sont codées en présence/absence. Il s’agit d’abord de présenter automatiquement une bonne disposition des différents traits culturels et le premier plan factoriel d’une analyse des correspondances le permet ; ensuite j’utilise un critère tout à fait indépendant de la représentation factorielle, l’attraction (notée par le Pourcentage de l’Écart Maximum ou PEM) entre modalités. En faisant d’abord apparaitre les attractions les plus fortes on peut d’une manière raisonnée constituer des groupes. À la suite de Jussieu qui revendiquait le terme contre ses prédécesseurs, on peut qualifier cette classification de « naturelle » en ce sens que les ressemblances qui forment un groupe étant multiples, elle n’est pas dépendante d’un principe sous-jacent.De même que la classification descendante a engendré les grandes catégories qui structurent l’espace social (plébéiens contre patriciens, bourgeoisie contre prolétariat, élite contre peuple), une classification ascendante devrait permettre, pour une époque donnée, d’isoler des agrégats dont les individus se ressemblent, se fréquentent, pratiquent l’endogamie et, en utilisant les méthodes phylogéniques, de retrouver des évolutions historiques documentées par ailleurs pour ainsi poser des bases nouvelles en vue du classement des groupes sociaux. [1] ce qui a été le cas pour la taxinomie numérique de Sokal et Sneath, Principles of numerical taxonomy, San Francisco, W. H. Freeman & Co.,1963
Chercheur
INTA Labintex Argentina / INRA UMR Innovation France
RT26 Réseaux Sociaux

Session: 5

Théorie de l'acteur réseaux et recherche territorial en partenariat : outil explicatif et performatif

 

 I6e Congrès de l’Association Française de Sociologie Thème général : « la sociologie, une science contre nature ? » RT26 : Réseaux sociaux  TITRE : Théorie de l'acteur réseaux et recherche territorial en partenariat : outil explicatif et performatif AUTEURS : Cittadini R.1, Tardivo C2., Le Page C3., Hossard L4.., Delmotte S5. .et Barbier J.M6.  RESUME  Cette recherche est réalisée dans le cadre du projet de recherche en partenariat « CLIMATAC » (ACcompagnement des acteurs de Territoires agricoles pour l’atténuation du changement CLIMAtique) mené sur le Plateau de Valensole (France, 04) par l'UMR Innovation (INRA-CIRAD). Le projet CLIMATAC s’efforce d’engager les représentants des principaux acteurs économiques et institutionnels du territoire ayant un lien avec l’agriculture ; l’objectif est de co-construire avec eux un diagnostic du territoire et d’explorer des scénarios possibles pour le développement durable de celui-ci. Nous présentons ici une analyse de la constitution et du fonctionnement du réseau socio-technique que rend possible l’avancement du projet CLIMATAC. Pour cela, nous mobilisons la théorie de l'acteur réseaux et nous montrons la double utilité de cette approche ; d'un côté elle se révèle performante pour comprendre les allez retour dans la stabilisation du réseau de partenaires et d'un autre coté elle aide l’équipe qui conduit la recherche dans une une posture réflexive concernant la conduite de la démarche.   INTRODUCTION  Cette recherche est réalisée dans le cadre du projet de recherche en partenariat « CLIMATAC » (ACcompagnement des acteurs de Territoires agricoles pour l’atténuation du changement CLIMAtique) mené sur le Plateau de Valensole (France, 04) par l'UMR Innovation (INRA-CIRAD-SUPAGRO). Le projet CLIMATAC s’efforce d’engager les représentants des principaux acteurs économiques et institutionnels du territoire, en lien avec l’agriculture. La première invitation à participation émanant de l’équipe de recherche est faite suite à un diagnostic du territoire ; celui-ci a permet notamment d’identifier les principales institutions et acteurs concernés par les enjeux agricoles du territoire ; il a également permit de caractériser ces acteurs et d’explorer leurs visions du territoire ainsi que leurs missions, stratégies, actions et inter-relations.. L’objectif du projet CLIMATAC est de co-construire avec eux un diagnostic du territoire et d’explorer des scénarios possibles pour le développement durable de celui-ci. Nous présentons ici une analyse de la constitution et du fonctionnement du réseau socio-technique que rend possible l’avancement du projet CLIMATAC. Notre recherche participe pleinement aux objectifs du 16e Congrès en analysant comment « les réseaux sociaux permettent d'appréhender lesformes d'intervention humaines sur et avec les objets de nature" CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIE Nous avons utilisé l’approche de la Sociologie de la Traduction, aussi connue comme la théorie de l'acteur réseau (Akrich, Callon et Latour, 2006). Deux raisons nous ont conduit à choisir cette approche : d'un côté elle nous permet l’analyse empirique du processus de stabilisation et de déstabilisation du réseau socio-technique mobilisé dans et autour du projet CLIMATAC, d’autre part elle est un outil pour guider nos actions vers la consolidation du réseau et la réussite du projet. La stabilisation du réseau socio-technique nécessite un processus réussi de “traduction” ; cela signifie qu’il fautparvenir à ce que des acteurs qui évoluent dans des “mondes” différents (scientifiques, agricoles, écologiques, politiques, etc.) puissent trouver l'équivalence avec des concepts qui émergent d’autres “mondes”. .Nous avons analysé, dans le cadre du projet CLIMATAC, pris comme cas d’étude, les différentes étapes proposées dans l'approche de l’acteur réseaux : la problématisation, l'intéressement, l’enrôlement et la mobilisation d’alliés. Pour cela, nous avons (1) mis en place de l'observation participante au cours des différents ateliers de travail avec les acteurs, (2) réalisé des enquêtes auprès des chercheurs du projet et des partenaires du territoire et (3) organiser des réunions dites de «  réflexivité » avec tous les membres de l’équipe de recherche. RESULTATS Nous avons pu montrer comment la problématisation est toujours un processus inachevé, sujet à révision. Dans le projet Climatac, on a pu mettre en évidence une première problématisation, qui est celle proposée par les concepteurs du projet et le bailleur de fonds (ADEME). Mais celle-ci n'est pas exactement la même que celle qui sera retenue et soutenue par les acteurs du territoire ; notamment les aspects relatifs à l’atténuation du changement climatique qui ne seront pas sélectionnés de manière explicite dans un premier temps.  L'analyse de l’intéressement des acteurs (au projetCLIMATAC) est très riche en enseignements. Elle nous permet de voir les allers et retours dans l'intéressement et l'enrôlement (se compromettre, prendre un rôle dans le dispositif) aussi bien pour les chercheurs comme les partenaires du territoire. A ce titre, le suivi de la participation des acteurs aux différentes séances de travail collectif est très révélateur.  Après l'intéressement et l'enrôlement, il convient d’analyser la mobilisation d'alliés ; cela signifieque les partenaires se mobilisent régulièrement comme porte-paroles d’institutions, d’organisations ou de groupes moins constitués. Grâce à cette grille d’analyse, nous avons pu mener une réflexion sur les acteurs « manquants », en particulier les représentants d’enjeux ou de domaines d’activités non portés par les partenaires « fidélisés » (par exemple, l’enjeu de l’atténuation duchangement climatique, ou encore les pratiquants d’activités d’élevage. Bien que l’on ne travaille jamais avec « tout le territoire », il n’en demeure pas moins que nous devons tenter d’enrôler des porte-paroles ou des représentants de ces enjeux et types d’activités. Lesquels? Pourquoi ceux-ci et pas tels autres ? De quelle manière ? Il est très important que la mobilisation d’alliés que nous faisons émergerautour du projet reflète de la meilleure manière possible la réalité et la complexité du territoire. Nous nous posons aussi la question de savoir si les représentants (ou porte-paroles) représentent vraiment le point de vue des représentés, et en particulier celui des agriculteurs. Cela a été réfléchi dans les ateliers et on a inclut l'intégration d'un panel d'agriculteurs de base dans le dispositif. Les objets intermédiaires (Vinck 1999)ont un rôle central dans la facilitation du processus de traduction. Les outils construits dans les différents ateliers (diagnostic, modèles conceptuels, modèle, mathématique, simulateurs informatiques, etc…) sont aussi des objets intermédiaires qui donnent à voir une représentation du territoire et de certains phénomènes et ont facilité l’échange, la compréhension mutuelle et l'enrôlement des participants.  Dans le cadre des aller retours décrits, dans ladeuxièmeannée du projet, l’équipe de recherche a réussiàstabiliser un dispositif ouréseau socio-technique, en travaillant sur une nouvelle co- construction de la problématique : quel avenir durable pour les systèmes agricoles du plateau de Valensole ? Le dispositif créé autour du Projet Climatac, ses ateliers, semblent devenir un point de passage pertinent pour l'ensemble des acteurs mobilisés afin de repenser les pratiques agricoles sur le territoire du Plateau de Valensole et coordonner leurs actions. Reste encore à se doter d’une stratégie pour solutionner les questions soulignées précédemment concernant les types d’acteurs non suffisamment représentés. BIBLIOGRAPHIE Akrich M., Callon M. et Latour B. 2006 Sociologie de la traduction, Textes fondateurs. Presses des Mines. Paris. Le merre e., Tardivo c., Barbier j.m. Et cittadini r. 2014 processus participatifs et espaces ruraux: des systèmes d'apprentissages pour la concertation territorial. Journes sciences sociales inra – sfer – cirad. 11-12 decembre. Grenoble  Vinck D., 1999, « Les objets intermédiaires dans les réseaux de coopération scientifique: Contribution à la prise en compte des objets dans les dynamiques sociales », Revue Française de Sociologie, 40, 2, p. 385. 1 INRA, Département SAD, UMR Innovation, 34070 Montpellier, France. LABINTEX, INTA, Argentina. cittadini.roberto@inta.gob.ar 2 INRA, Département SAD, UMR Innovation, 34070 Montpellier, France - CIRAD, UPR GREEN, Montpellier 34398, France. caroline.tardivo@supagro.inra.fr 3 CIRAD, UPR GREEN, Montpellier F-34398, France. christophe.le_page@cirad.fr 4 INRA, Département SAD, UMR Innovation, 34070 Montpellier, France. laure.hossard@supagro.inra.fr 5 INRA, Département SAD, UMR Innovation, 34070 Montpellier, France. sylvestre.delmotte@supagro.inra.fr 6 INRA, Département SAD, UMR Innovation, 34070 Montpellier, France. jean-marc.barbier@supagro.inra.r 
doctorante
Gemass, Université Paris-Sorbonne
RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: A définir

La place de l'injustice dans les parcours de vie des jeunes. Analyse de la post-enquête qualitative ANR Dynegal

 

 Cette communication se propose d’appréhender les parcours de vie des jeunes Français de 18 à 30 ans au prisme des situations et des sentiments d’injustices ressentis lors du passage à l’âge adulte. Les résultats présentés ici s’appuient sur l’analyse de 40 entretiens biographiques réalisés dans le cadre du projet ANR Dynegal. L’entrée dans la vie adulte est devenue plus complexe avec l’allongement des études, de la période de recherche d’un emploi stable et la décohabitation plus tardive d’avec les parents. Le difficile franchissement des étapes permettant d’accéder à l’indépendance de l’âge adulte semble être à l’origine de l’émergence d’un sentiment d’injustice, qui parait prendre source dans l’expérience directe d’injustices dans les domaines du logement et de l’emploi. Toutefois il apparait que le sentiment de justice relativement à la société française n’est pas le décalque automatique des injustices vécues. Les jeunes peuvent avoir éprouvé des difficultés et ne pas se montrer critiques ou, à l’inverse, avoir été épargnés et exprimer un fort sentiment d’injustice.  
doctorante
Gemass, Université Paris-Sorbonne
GT44 Justice sociale et sentiments d’injustice

Session: 1

La construction des sentiments d’injustice chez les jeunes : entre naturalisation et dénaturalisation

 

Cette communication se propose d’étudier les jugements normatifs en matière de justice sociale chez les jeunes Français âgés de 18 à 30 ans, à la lumière des expériences d’injustices vécues au moment du passage à l’âge adulte. Les données mobilisées sont issues de l’enquête DYNEGAL, comprenant un volet quantitatif constitué d’un questionnaire passé à 1000 personnes et un volet qualitatif constitué de quarante entretiens biographiques réalisés auprès de jeunes. Les résultats qui seront présentés articulent une approche biographique qui rend compte des injustices ordinaires rencontrées par la jeune génération à un moment crucial du parcours de vie (autonomie, insertion professionnelle, mise en couple, etc.) à une analyse du processus de construction des jugements normatifs en matière de justice sociale. Les entretiens permettent d’analyser le lien qui existe entre les sentiments d’injustice personnellement vécues (microjustice) d’une part, et les jugements sur la justice sociale au niveau collectif (macrojustice) d’autre part. Lorsqu’ils sont amenés à effectuer un retour réflexif sur leur parcours de vie, les jeunes peuvent en effet mobiliser et articuler de façon plus ou moins cohérente d’un côté des discours qui tendent à dénaturaliser les injustices rencontrées à l’échelle individuelle et/ou perçues à l’échelle de la société dans son ensemble ; et, de l’autre, des discours qui tendent à transférer à l’individu la responsabilité de tout ce qui lui arrive, ce qui contribue à « renaturaliser » les inégalités.
Professeur
Université de Montréal
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 3

De l’idée de différence raciale au phénomène des « disparités raciales et ethniques de santé » aux États-Unis

 

Avec l’idée de race, le corps est devenu, au cours des diverses rencontres comme la traite transatlantique, les colonialismes modernes et l’immigration, pense Hall (2003), le site discursif de la différence. Foucault voit dans la race le produit du racisme un pouvoir sur la mort ayant deux fonctions : celle de diviser l’humanité en catégories biologiquement distinctes et celle d’établir entre elles une relation de vie et de mort. Aux États-Unis comme ailleurs en Occident, l’idée de race exprime l’un des paradoxes de l’État nation qui, tout en défendant des principes universels démocratiques, a toujours eu tendance à produire de la différence. La santé publique n’a pas échappé au discours sur la race et a même participé à lui donner un sens en véhiculant des stéréotypes et à façonner la hiérarchie sociale. Pourtant, à la fin des années 1990’, sous l’impulsion de l’administration Clinton, les « disparités raciales et ethniques en santé » ont été identifiées comme l’une des priorités de santé publique et d’importantes ressources financières ont été octroyées dans ce domaine afin d’éliminer ou en tous les cas réduire cette forme de disparités. Une accentuation des pratiques scientifiques autour de la catégorie de race a ainsi pu être notée dans ce champ disciplinaire, plus particulièrement depuis le début des années 2000. Tandis que certains auteurs tant en santé publique qu’en sciences sociales questionnent l’identification raciale, en rappelant ses liens avec les colonialismes et le racisme, d’autres la justifient à des fins d’équité. Cette communication propose une interprétation des pratiques de la santé publique aux États-Unis autour de la catégorie de race tout en la resituant dans son contexte historique et en dégageant  les liens entre les idées, les pratiques et les institutions. Elle s’appuie sur une thèse de doctorat qui a consisté en une étude qualitative réalisée sur une série de documents publiés entre 2001 et 2013 aux États-Unis par des institutions de la santé publique, à savoir le département fédéral de la santé et l’American Journal of Public Health. Les analyses ont permis de décrire un régime racialisé de représentations centré sur le corps qui consiste à identifier, situer et opposer des sujets les uns par rapport aux autres à partir d’étiquettes standardisées. Ce système représentationnel consiste en un processus de racialisation qui, couplé aux techniques disciplinaires de la santé publique et à d'autres idées de la différence, vont permettre de caractériser et constituer des objets de connaissance.Les descriptions et les explications de la santé publique varient : tantôt biologique, tantôt culturelle, tantôt socio-économique et tantôt psychosociale. Les données sont le plus souvent décontextualisées et généralisées, certaines catégories sont inclues dans le processus de construction de la connaissance tandis que d'autres en sont exclues. Des catégories qui émanent de la classification raciale établie par l’État fédéral et qui permettent le déplacement du langage médical en un langage sanitaire. On peut donc observer l’enchevêtrement de deux processus, la racialisation et la sanitarisation qui, avec l’idée de culture, vont finalement façonner l’idée de race comme objet de santé publique. Ces processus ont également comme conséquence d'associer des caractéristiques physiques, culturelles, socioéconomiques et sanitaires au sein desquelles différences, disparités et mêmes inégalités se confondent souvent. 
 
 
RT26 Réseaux Sociaux

Session: 5

A propos du Multiple à Toulouse, tiers lieu au confluent du design, des FabLabs et de l’économie solidaire : quelques apports de l’analyse de réseaux

 

 Un des premiers FabLab de France, Artilect, est crée à Toulouse en 2009. En 2012, cette petite communauté s'allie avec une association de développement d'initiatives et d'entreprises économiques et solidaires, La Serre. D'abord indépendantes, ces deux entités, proches du point de vue de leur ancrage philosophique et politique, ont renforcé leurs convergences dans une localisation et une nomination communes en 2012 : Le Multiple, situé dans un quartier actuellement en voie de gentrification. Ce tiers lieu spécifique a été pensé par les initiateurs comme un espace d'échange et de partage d'expériences, fluide et ouvert, devant favoriser la fécondation de projets au croisement des innovations technologiques et sociales, devant également s'inscrire dans une dynamique urbaine plus large et participer à l'affirmation d'un modèle économique alternatif. Notre question est de comprendre si et dans quelle mesure cette cohabitation permet le développement de créations et participe à l’émergence de projets qui n'auraient pas existé sans cela ; comment les représentations des participants, leurs modes de fonctionnement, leurs modes de travail se nourrissent mutuellement, se confrontent, s'articulent ; comment les projets qui naissent en ce lieu s'insèrent dans le périmètre plus large : le réseau des alternatives et institutions locales et nationales, le réseau international des FabLabs et plus largement des structures s'inscrivant dans le mouvement alternatif.  L'article proposé s'inscrit dans le cadre d'une recherche plus ample et déjà entamée, qui vise à saisir sur 3 ans la dynamique du collectif ainsi constitué. Dans le cadre de cette communication, il s'agira de comprendre dans quelle mesure les dynamiques relationnelles observées contribuent au maintien ou à la mise en place de nouvelles formes d’organisation sociale, révèlent des rapports sociaux qui se transforment L'attention se focalisera sur des projets suivis pendant plusieurs mois et associant des membres de La Serre et des membres d’Artilect.  Les analyses, qui s’appuient sur des séances d'observations et des entretiens avec les participants, permettront de saisir les étapes principales des projets présentés, de rendre compte des acteurs mobilisés, de la nature des coopérations concrètes, de l'articulation des compétences, de la mobilisation des ressources ( réseaux extérieurs, médiations diverses, matériaux, dispositifs techniques…). Notre démarche s'inscrit dans une approche interactionniste qu'elle complète par une analyse de réseau basée sur les chaines relationnelles permettant l’accès à des ressources.   
Doctorant
École Normale Supérieure de Lyon
RT29 Sciences et techniques en société

Session: 5

De quoi traitent vraiment les game studies?

 

Aux alentours des années 2000, émerge et se structure un champ de recherche international centré sur l’étude des jeux. L’essor des « Game Studies » apparaît a priori très articulé avec des préoccupations économiques et sociétales qui surgissent en réaction à la popularisation des jeux vidéo, et notamment des jeux en ligne. Autour de ces objets se rassemblent en Europe du nord et en Amérique du nord des chercheurs de disciplines variées dont certains sont en lien avec les mondes de production (design, sciences informatiques). Si l’on s’en tient aux discours tenus par ces chercheurs, les Game Studies émergent comme une forme communauté épistémique en réponse à une demande sociale et s’inscrivent dans la dynamique naturelle d’un tournant externaliste des études sur le jeu (« Why Game Studies Now ? »  Games & Culture, 2006 ; Lowood 2006).Au delà de ces discours, nous avons souhaité interroger la manière dont est constitué ce champ en mobilisant la sociologie des sciences et une méthodologie inspirée des travaux de scientométrie. Notre approche a la particularité de ne pas suivre un objet pour comprendre comment les acteurs de la recherche s’en emparent, mais de s’intéresser à un champ de production scientifique circonscrit pour tenter de comprendre ce qui y est étudié. Nous avons ainsi choisi de travailler à partir d’un périmètre défini de travaux émanant des principales publications des « Game Studies ». Nous nous demandons en particulier de quels jeux parlent les études sur les jeux.A première vue en effet, et en apparente contradiction avec le discours d’une science à l’écoute des évolutions des mœurs en société, l’essentiel des  travaux des Game Studies concentrent leurs efforts de recherche sur certains genres de jeu (essentiellement les jeux en ligne)  et certains jeux en particulier. Or, une étude récente des publics du jeu vidéo menée sur un échantillon représentatif de la population française (ANR Ludespace), mais dont les résultats ne sont sans doute pas propres à la France, montre que ces jeux sont marginaux dans le grand public. Ce premier constat nous amène à interroger plus largement le type d’objet de recherche que produisent les Game Studies, et ce que leurs productions scientifiques peuvent révéler des conditions dans lesquels cette définition particulière d’un savoir sur le jeu est produite.Nous avons donc procédé à une analyse quantitative et qualitative de l’intégralité des articles parus depuis leur création dans les deux revues principales de ce champ de recherche, Game & Culture et Game Studies,ainsi que les textes des actes de colloque de la conférence internationale DiGRA (Digital Game Research Association). Cette analyse a permis d’une part d’apporter des informations pertinentes concernant les dimensions externes aux contenus (disciplines, origines géographiques). Elle nous permet de fournir des éléments démographiques à partir desquels peuvent être développées des hypothèses concernant la structuration de ce champ autour d’objets particuliers, notamment concernant les enjeux liés à son caractère interdisciplinaire (Deterding 2014). D’autre part, nous avons procédé à un travail de codage du contenu des articles eux-mêmes à partir des titres et des résumés, et enfin, nous avons sélectionné un échantillon d’article pour une analyse de contenu en profondeur.
Doctorant en sociologie
Centre Pierre Naville - Université d'Evry
GT47 Sociologie Visuelle et Filmique

Session: 4

Enquêter avec le film à partir « d’ateliers cinéma » : vers une coproduction des savoirs ?

 

Le film changerait il nos façons de faire de la recherche ? Permettrait il de faire évoluer la relation enquêteur/enquêtés ? Les participants d’une recherche deviendraient ils eux aussi producteurs de connaissances ?Dans le cadre d’une thèse en sociologie filmique qui s’interroge sur les « effets de quartier » et la question des rapports filles/garçons dans ces espaces, nous avons pu mener, au cours de l’année 2014, six mois « d’atelier cinéma », avec une vingtaine de jeunes, âgés de 15 à 18 ans, habitants un quartier populaire de la ville des Mureaux (Yvelines). Ces ateliers, qui ont été filmés, ont mêlé discussions collectives, entretiens individuels, scènes d’improvisations et projections de films. Ils ont été pensés comme un espace de réflexion entre le chercheur et les participants. L’un des enjeux de ce travail était d’aboutir à l’écriture d’un scénario qui serve ensuite de canevas pour tourner une « fiction improvisée » avec ces mêmes jeunes. A partir d’extraits de séquences filmées pendant ces ateliers, nous reviendrons sur cette méthode d’enquête singulière et sur ses biais. Comment faire en sorte que cette recherche devienne un projet commun ? Cela nous permet il de sortir des représentations dominantes sur les jeunes des quartiers populaires et de produire un discours contre hégémonique ?
doctorante en sociologie
Université Paris Ouest nanterre - Laboratoire Sophiapol
RT27 Sociologie des intellectuels et de l'expertise : savoirs et pouvoirs

Session: 7

les intellectuels français et les associations postcoloniales

 

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Doctorant
Centre de Sociologie des Organisations
RT12 Sociologie économique

Session: 5

(Dé)naturaliser la mondialisation

 

Peu de phénomènes économiques sont présentés comme aussi naturels que la mondialisation. Non seulement les discours des acteurs économiques, qu'ils l'encensent ou la critiquent, ont tendance à en faire un phénomène irrésistible transformant sans pitié les économies et les hommes (Gibson-Graham 1996, Lecler 2013) mais encore les théorisations sociologiques dominantes (celle de Manuel Castells (2001), de ZygmuntBauman (2011) ou encore de Giddens (2000) par exemple) participent souvent à l'écriture d'un grand récit où elle devient le résultat inévitable de l'avancée de la modernité (Ho 2012), et ce même lorsque la posture adoptée se veut explicitement critique. La mondialisation pose donc un double problème à l'analyse sociologique. Le premier est de parvenir à trouver les bonnes stratégies de recherche qui permettent de la dénaturaliser et de lui restituer non seulement son caractère historique, mais encore son caractère contingent. L'analyse historique est souvent d'une aide précieuse, mais elle peut facilement tomber dans le piège d'une certaine téléologie. Le second problème est de rendre compte des processus par lesquels la mondialisation en vient précisément à prendre ce caractère de force extérieure aux acteurs économiques, comment et dans quel(s) sens elle s'impose comme une catégorie allant de soi de l'action économique.C'est à partir de mon travail de thèse que je propose de traiter cette question : dans le cadre d'une enquête sur la mobilité internationale, j'ai effectué des entretiens biographiques avec soixante Français travaillant ou ayant travaillé à l'étranger, ainsi qu'une enquête auprès de vingt représentants d'entreprises recourant à diverses formes d'expatriations (directeurs des ressources humaines, gestionnaires de carrière, responsables Mobilité Internationale, etc.). Dans leurs récits et discours, les références à la mondialisation sont nombreuses, et il n'est pas rare que celle-ci structure leur propos. L'analyse de la façon dont la mobilité internationale et la mondialisation sont utilisées par les acteurs rend possible à la fois de dénaturaliser la mondialisation et d'étudier les processus par lesquels elle est naturalisée. A partir de ce terrain d'enquête, il s'agit de montrer que la mondialisation, loin de constituer seulement l'approfondissement des échanges internationaux ou la constitution d'un vaste marché mondial, est d'abord une catégorie économique – une institution des marchés du travail (Francois 2010) – profondément ancrée dans le national. Y faire référence constitue un moyen de prendre position dans des enjeux et des marchés français : pour les salariés, une façon de montrer leur dévouement aux règles du jeu économique et notamment au « nouvel esprit du capitalisme » (Boltanski et Chiapello 1999), pour les entreprises, un moyen de se situer par rapport à leurs concurrents. Il devient alors possible de reconstituer les processus par lesquels les acteurs « apprennent » cette institution et en viennent à la tenir pour naturelle : il s'agit notamment de la façon dont elle est mise en scène par certains acteurs particuliers – les entreprises, les écoles de commerce et d'ingénieur, les services RH – qui l'incorporent dans leur activité afin de répondre à des enjeux qui leur sont propres. Ils contribuent ainsi à mettre en place un certain cadre (Goffman 1991) qui est pris comme allant de soi, notamment par les salariés.
MCF
Université de Lille 1
RT26 Réseaux Sociaux

Session: 5

Elites économiques et organisations de réflexion politique : un tropisme néolibéral ?

 

Les organisations de réflexion politique telles que Terra Nova, l’institut Montaigne ou la Fondapol sont aujourd’hui identifiées comme de nouveaux lieux de pouvoir. Nous nous intéressons ici à la participation des administrateurs de grands groupes aux instances de gouvernance de ces organisations. Etant donnée leur importance croissante, on peut s’interroger sur l’impact de cette forme de mobilisation politique des dirigeants de grands groupes sur notre démocratie, en particulier concernant la promotion d’une idéologie néolibérale. Nous analysons tout d’abord les proximités relationnelles entre les organisations de réflexion politique en fonction de leurs proximités idéologiques. Nous nous intéressons ensuite au rôle joué par les administrateurs de grands groupes dans ce réseau. Nous tentons de voir dans quelle mesure les grands groupes privilégient les organisations libérales et conservatrices, en fonction des engagements de leurs administrateurs dans ces organisations.Il apparait que le cœur du réseau des organisations de réflexion politique est polarisé en fonction d’un clivage gauche– droite et de leur champ de spécialisation soit national, soit international. Cependant, les interlocks entre grands groupes et organisations de réflexion politique transcendent ces clivages faisant souvent apparaître des stratégies transpartisanes.
Porfesseur de sociologie
AgroSup Dijon
RT26 Réseaux Sociaux

Session: 6

Le lien entre type de réseau social et dynamique de changement de pratiques des agriculteurs.

 

Notre but, dans cette communication, est de montrer le lien qui existe entre type de réseau social et dynamique de changement de pratiques des agriculteurs. Dans trois zones céréalières de la région Bourgogne, nous avons étudié les réseaux de dialogues professionnels dans lesquels se trouvent insérés des agriculteurs localement pionniers dans l’introduction de nouvelles techniques. En nous appuyant sur le cadre théorique de Putnam (2000), nous avons distingué trois types de réseau. Nous avons tout d’abord relevé une corrélation entre l’étendue de l’emprise géographique de ces réseaux et leur type. Nous avons ensuite constaté que : dans le réseau « principalement bonding », les rôles de pionnier et d’innovateur (Mendras et Forsé, 1983) sont partagés entre les agriculteurs ; dans le réseau « principalement bridging », ces rôles sont joués par une seule et même personne occupant une position centrale dans le réseau ; dans le réseau « bonding et bridging », les rôles de pionnier et d’innovateur sont distribués entre deux personnes différentes. Enfin, dans chaque réseau, une concurrence a été identifiée entre agriculteurs dans la promotion de techniques différentes (protection intégrée des cultures et non-labour).  
Doctorat (Sociologie)
Université de Rouen - Laboratoire Dysola
RT1 Savoirs, travail, professions

Session: A définir

Enseignant·e·s de maternelle et Conseillers·ère·s Principal·e·s (aux) d’Éducation des métiers à dénaturaliser ?

 

Dénaturaliser et percevoir l’expression de la construction sociale qui modèle les sociétés, ne sont-ils pas l’essence même de l’œuvre sociologique ? Assurément oui.  La richesse des recherches sur le métier d’enseignant du primaire et secondaire contraste avec la rareté de celles relatives aux Conseillers·ères Principaux d’Éducation et enseignant·e·s de maternelle, d’autant plus si la variable sexe y tient une place centrale. Prolongeant des problématiques soulevées pour notre thèse, cette communication propose de rendre compte des résultats d’une enquête par questionnaire effectuée à la « lunette du genre ». Répondant à la volonté d’étoffer notre réflexion théorique, de faire émerger des éléments qu’une focalisation sur un seul métier n’aurait peut-être pas permis, alors, l’idée de croiser les réponses des CPE (sujet spécifique de notre thèse) avec un·e autre acteur·trice du système éducatif français que sont les enseignant·e·s de maternelle a paru nourricière. En effet, les travaux propres à ces dernier-e-s (S.Devineau, 2010, 2014) rendent compte de la présence de plusieurs points de convergences avec les CPE. Entre autre, des raisons multifactorielles fournissent le même sexe (féminin) à ces deux métiers. En effet, les femmes épousent des choix professionnels spécifiquement prévus pour elles par la société et pour lesquelles leur socialisation les a programmées. Ainsi dans l’univers du travail les activités socialement concédées aux femmes demeurent principalement rattachées au secteur du care. L’analyse des réponses en lien avec leur mission commune de socialisation des enfants sera l’un des supports de confirmation ou d’infirmation de leur encrage dans le care. Mais au-delà d’une comparaison par corps de métier c’est la comparaison par sexe qui sera cruciale dans le test de nos hypothèses. Les variations ou non entre les hommes et les femmes constitueront les bases d’une analyse genrée. C’est en creux la force de la socialisation dans le choix professionnel qui sera questionnée.  L’analyse de la nature des motivations à exercer l’un ou l’autre métier, puis la vérification du poids du sexe apportera la preuve que les métiers définis par la socialisation sont bien choisis puis vécus selon des modalités sexuées, c'est-à-dire des modalités socialement façonnées. 
Professeur
Universidade Federal de São Paulo
GT49 Histoire de la sociologie

Session: 5

Distinguer la sociologie du socialisme dans les années 1890. La controverse entre René Worms et Georges Renard à travers leur correspondance

 

L’émergence de la sociologie française à la fin du XIXe siècle a largement été décrite à travers un processus d’institutionnalisation universitaire, mais aussi à travers le travail de démarcation, du fait principalement des durkheimiens, de la nouvelle discipline par rapport aux autres sciences humaines. Pourtant, la sociologie était aussi en concurrence avec d’autres discours extra-académiques sur le social autour de 1900. L’un des enjeux était ainsi de se distinguer du socialisme qui avait pu aussi, depuis la seconde moitié du XIXe, se prévaloir du label de « science sociale », par exemple chez les fouriéristes. Cette concurrence entre discours s’est exprimée, entre autres, dans l’espace des revues avec l’émergence de revues sociologiques et socialistes dans les années 1890-1900. Cet espace est alors le lieu d’affrontements et de luttes autour du monopole légitime d’un discours sur le social par des acteurs aux positions et intérêts variés. Cette communication prendra pour objet un conflit entre deux revues, la Revue internationale de sociologie de René Worms et la Revue socialiste de Georges Renard, au milieu des années 1890, conflit qui aboutira à la rupture de la collaboration du second à la première revue et que la correspondance récemment retrouvée entre ces deux auteurs permet d’analyser. Nous nous attacherons à dévoiler les enjeux, épistémologiques et politiques, d’un tel conflit en montrant comment la sociologie, à travers René Worms, se démarque d’une ambition politique et idéologique que les socialistes assument. Si l’autonomisation de la sociologie comme discipline universitaire et scientifique est évidemment en jeu, il nous semble toutefois nécessaire, sur le plan historiographique, de s’écarter d’une vision trop présentiste où les espaces sociaux, politique ou scientifique, ne sont pas examinés de concert. 
Doctorante et collaboratrice de l'enseignement et de la recherche
Université de Genève - Département de sociologie
RT15 Jeunesse, Ages de vie, Générations, RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: 4

Devenir adulte dans la société chinoise post-socialiste : ruptures et continuités inter-générationnelles

 

A partir du cas de Beijing dans cette communication, nous proposons d’explorer, dans une perspective de parcours de vie qui permet d’articuler les temporalités individuelles, sociales et institutionnelles, l’évolution des étapes marquant la transition vers la vie adulte en République Populaire de Chine (RPC).Les analyses présentées porteront sur les trajectoires biographiques de deux cohortes de naissance emblématiques de l’histoire de la RPC : les jeunes nés dans les années 1980, soit dans la société chinoise post-maoïste, et la « génération » de leurs parents née dans les années 1950 et qui a grandi dans la société chinoise maoïste. Nous avons collecté ces données longitudinales rétrospectives quantitatives et qualitatives, reconstruisant les biographies familiale, scolaire, migratoire et professionnelle, pendant 16 mois à Beijing entre juin 2012 et août 2014. L’échantillon, stratifié selon l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, et le livret de résidence, est constitué de 916 personnes (616 répondants nés entre 1980-1985 et 300 répondants nés entre 1950-1959).Sur la base des données qualitatives récoltés nous discuterons dans un premier temps ce que devenir adulte signifie pour de jeunes chinois nés dans les années 1980. Puis, dans un deuxième temps, en nous appuyant sur les données quantitatives nous montrerons par une comparaison inter-cohorte comment ont évolué les étapes qui marquent la transition vers la vie adulte sur six décennies en RPC. Observe t-on un allongement de la durée des transitions vers la vie adultes ? Une diversification de la temporalité des marqueurs des transitions vers la vie adulte ? Ou encore une augmentation du nombre des états dans les transitions vers la vie adulte ? Bien que les études sur ce sujet soient répandues dans les pays occidentaux (Furlong, 2009; Galland, 2009 [1984], 2011; Settersten, Furstenberg, & Rumbaut, 2008 [2005]; Van de Velde, 2008, 2010), il y en a encore peu qui portent sur des pays asiatiques (Fukuda, 2013; Huang, 2013; Ishida, 2013; Ji, 2013; Park, 2013; Yeung & Alipio, 2013) et en particulier sur la Chine (Hannum & Liu, 2005; Lin, 2013; Yeung & Hu, 2013).
Doctorante et collaboratrice de l'enseignement et de la recherche
Université de Genève - Département de sociologie
RT15 Jeunesse, Ages de vie, Générations, RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: 4

Devenir adulte dans la société chinoise post-socialiste : ruptures et continuités inter-générationnelles

 

A partir du cas de Beijing dans cette communication, nous proposons d’explorer, dans une perspective de parcours de vie qui permet d’articuler les temporalités individuelles, sociales et institutionnelles, l’évolution des étapes marquant la transition vers la vie adulte en République Populaire de Chine (RPC).Les analyses présentées porteront sur les trajectoires biographiques de deux cohortes de naissance emblématiques de l’histoire de la RPC : les jeunes nés dans les années 1980, soit dans la société chinoise post-maoïste, et la « génération » de leurs parents née dans les années 1950 et qui a grandi dans la société chinoise maoïste. Nous avons collecté ces données longitudinales rétrospectives quantitatives et qualitatives, reconstruisant les biographies familiale, scolaire, migratoire et professionnelle, pendant 16 mois à Beijing entre juin 2012 et août 2014. L’échantillon, stratifié selon l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, et le livret de résidence, est constitué de 916 personnes (616 répondants nés entre 1980-1985 et 300 répondants nés entre 1950-1959).Sur la base des données qualitatives récoltés nous discuterons dans un premier temps ce que devenir adulte signifie pour de jeunes chinois nés dans les années 1980. Puis, dans un deuxième temps, en nous appuyant sur les données quantitatives nous montrerons par une comparaison inter-cohorte comment ont évolué les étapes qui marquent la transition vers la vie adulte sur six décennies en RPC. Observe t-on un allongement de la durée des transitions vers la vie adultes ? Une diversification de la temporalité des marqueurs des transitions vers la vie adulte ? Ou encore une augmentation du nombre des états dans les transitions vers la vie adulte ? Bien que les études sur ce sujet soient répandues dans les pays occidentaux (Furlong, 2009; Galland, 2009 [1984], 2011; Settersten, Furstenberg, & Rumbaut, 2008 [2005]; Van de Velde, 2008, 2010), il y en a encore peu qui portent sur des pays asiatiques (Fukuda, 2013; Huang, 2013; Ishida, 2013; Ji, 2013; Park, 2013; Yeung & Alipio, 2013) et en particulier sur la Chine (Hannum & Liu, 2005; Lin, 2013; Yeung & Hu, 2013).
 
 
RT4 Sociologie de l'éducation et de la formation

Session: 8

Le projet d’avenir comme construction sociétale : une analyse comparative des expériences scolaires en France et au Chili

 

La sociologie dispose d’au moins deux sortes d’outils analytiques pour contester la naturalisation des inégalités à l’école. D’une part, la mise en relief des mécanismes sociaux à la base des choix perçus comme individuels, d’autre part, la considération des aspects culturels et sociétaux mettant en cause des idées devenues évidentes dans un contexte spécifique. Notre travail, s’agissant d’une comparaison des systèmes éducatifs, intègre ces approches. Il tente de déterminer dans quelle mesure la construction d’un projet d’avenir, une épreuve que tant les élèves chiliens que les Français sont contraints d’affronter, peut constituer une expérience similaire ou différente et quel rôle y jouent les caractéristiques des systèmes éducatifs. La méthodologie employée est comparative et qualitative, « néocomparative » d’après P. Broadfood (2000). Elle comprend une analyse de documents (rapports ministériels, textes de loi, statistiques nationales et internationales, littérature spécialisée) et une enquête empirique dans quatre lycées de chaque pays où des élèves de première et terminale ainsi que des professeurs, ont été interviewés (échantillon total de 119 personnes).  L’étude a abordé en détail les liens entre ce que nous nommons les « modes de production des inégalités », les cultures scolaires nationales et les diverses dimensions de l’expérience scolaire (synchronique, diachronique, prospective et normative). Cette communication se concentrera sur la dimension prospective, c’est-à-dire, la construction d’un projet d’avenir. Nous montrerons que malgré les similitudes que présente cette épreuve, considérée souvent comme une tâche évolutive « universelle », les différences sont considérables et révèlent le poids du mode de production des inégalités prédominant dans chaque système scolaire. Au Chili, le mode de production socio-économique, un « tri » des élèves selon leur capital financier en lien avec le modèle néolibéral de régulation et le faible poids de l’école dans la stratification sociale, favorise la prégnance de facteurs économiques et externes à l’école dans le processus décisionnel des élèves. En France, le mode de production scolaire-culturel, un « tri » social des élèves fortement médiatisé par le capital scolaire-culturel et en lien avec un modèle républicain basé sur une « fiction méritocratique » (Dubet, 2008), favorise l’exaltation des facteurs intra-scolaires dans la construction du projet d’avenir. Ces projets sont, en outre, affectés par la perception de la conjoncture économique. Ainsi, au Chili les élèves sont plus enclins à envisager la mobilité intergénérationnelle alors qu’en France prédomine l’insertion professionnelle (logique de « se placer », Van de Velde, 2008). Enfin, la déclinaison de cette épreuve varie d’un pays à l’autre : alors qu’au Chili les projets sont socialement très contrastés, en France, à la différenciation sociale s’ajoutent de grands écarts suivant la position scolaire.
 
 
RT5 Classes, inégalités, fragmentations

Session: 5

La respectabilité dans un entre-soi populaire

 

À partir d'une enquête ethnographique par observation participante, cette communication questionne les modes de distinction et de domination en milieu populaire à l’aune de la notion de respectabilité (telle qu'elle a notamment été retravaillée par la sociologue anglaise Beverley Skeggs). Dans le cadre de  ma thèse intitulée « "Sauver l'honneur". Situations critiques et respectabilités populaires en milieu rural », cette notion est apparue particulièrement utile pour analyser les rapports sociaux au sein d'une sociabilité relativement homogène sur un territoire pris dans un lent déclin économique. Dans un contexte d’augmentation des inégalités matérielles et symboliques, les stratégies de lutte pour la respectabilité font apparaître des lignes de fracture au sein des classes populaires entre les établis et les précaires. Comment les fractions établies des classes populaires ainsi que la petite bourgeoisie locale imposent des manières d’être respectables qui tendent à stigmatiser les fractions précarisées « frappées » et « marquées » par la crise ?  
maître de conférences
CERSM - université paris ouest nanterre
RT14 Sociologie des arts et de la culture

Session: 5

Un art par nature "populaire" ? Les représentations du cirque et de ses publics par les intermédiaires culturels

 

On se propose dans cette communication d’interroger les représentations que les programmateurs, en tant qu’intermédiaires culturels, se font du cirque, et la manière dont celles-ci orientent leurs perceptions des publics de cet art. Dans le cadre d’une enquête collective sur les publics et les pratiques culturelles de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, la place importante donnée au cirque au sein de cet évènement a mis en lumière le fait que celui-ci suscitait des attentes spécifique en matière de fréquentation. Aux yeux des professionnels enquêtés, cet art se voit en effet perçu comme éminemment fédérateur, et davantage accessible au « grand public » que les autres arts du spectacle. Cette croyance dans le caractère  « populaire » du cirque se voit pourtant relativisée par les études qui révèlent que, si les formes « traditionnelles » restent prisées des catégories populaires, les esthétiques contemporaines, qui ont les faveurs des programmateurs, attirent avant tout un public issu des catégories supérieures - ce qui n’empêche pas ceux-ci d’y voir  un moyen d’œuvrer à l’élargissement de leur public au-delà du cercle des habitués. Tout en adhérant à une vision quelque peu naturalisée d’un art qui serait doté de propriétés intrinsèques, les programmateurs élaborent également un ensemble de médiations qui, à travers notamment les jeux de catégorisations des œuvres, contribuent à orienter le(s) goût(s) des publics pour le cirque. 
Docteur associé
CSU/CRESPPA
RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 3

La fabrication du désert – Une sociologie historique des politiques hydriques dans l’Ouest américain

 

 Peu de régions font l’objet d’images aussi idéalisées et investies de significations politiques que les contrées désertiques qui composent l’Ouest américain. Les paysages spectaculaires sont l’incarnation de la wilderness, comme idéologie structurant la relation des nord-américains à leur environnement naturel [Nash, 1967] : ils représentent la « frontière » d’une société en quête de croissance économique illimitée, un dehors que celle-ci tente de circonscrire à travers des parcs et des politiques de préservation.  Car si l’Ouest étasunien est un désert, c’est également un désert habité : son expansion urbaine croissante tout au long du XX° siècle a été rendue possible par l’exploitation des ressources naturelles et par leur transformation en services de base, à travers des grands systèmes techniques ayant présidé à la construction des villes et métropoles contemporaines [Tarr & Dupuy, 1988]. Cette région a en effet vu la promotion d’infrastructures gigantesques (barrages, aqueducs, etc.) destinées à favoriser l’irrigation à grande échelle des terres agricoles et l’essor des villes. A partir du début du XX° siècle, les politiques publiques conçues dans l’Est urbain, et en particulier les programmes des agences fédérales, ont contribué à l’installation de systèmes techniques qui ont peu à peu transformé les contrées de l’Ouest en grenier de l’Est [Cronon, 1991], puis en pôle de développement économique autonome [Leslie, 2005]. Dans les zones arides ou semi-arides, le désert est ainsi le produit paradoxal de l’épuisement des ressources naturelles qui a affecté l’ensemble d’une vaste région vouée à des politiques volontaristes de développement économique forcé. Ce processus de « construction  » du désert n’a pas été sans heurts, avec des conflits pour la répartition de l’eau entre vallées, villes, Etats et secteurs professionnels. La concentration du pouvoir décisionnaire s’est aussi heurtée à des résistances collectives puissantes, allant de la mobilisation communautaire au mouvement environnemental et à l’action juridique ou administrative [Walton, 1993]. La rareté hydrique y est à la fois une ressource et un enjeu, ou plus exactement le produit de multiples appropriations par des groupes en lutte – organisations sociales, décideurs locaux, élites fédérales, etc. – pour le contrôle de l’eau et du pouvoir. Ce détour par l’Ouest étasunien permet ainsi de mettre en évidence les formes de domination spécifiques liées aux enjeux environnementaux, ainsi que les multiples niveaux d’institutions et d’agents engagés dans leur régulation.  Cette communication propose une relecture historique du Central Arizona Project, du nom de ce méga projet hydrique, financé par le gouvernement fédéral, acheminant l’eau du Colorado River sur des centaines de kilomètres au cœur des régions semi-arides de l’Ouest américain. Ce travail embrasse une longue période qui démarre lors de la gestation de la première politique hydrique aux USA vers la fin du XIXème siècle et s’étend jusqu’aux années 1970. L’analyse de la genèse des politiques hydriques dans l’Ouest américain montre comment, au lieu d’être considéré comme un bien commun, l’eau a été une ressource utilisée par les élites économiques, professionnelles et bureaucratiques afin de promouvoir un modèle de développement qui correspondait à leur vision d’un « capitalisme moderne », mais qui assurait aussi le renforcement de leurs positions de pouvoir. L’enquête s’appuie sur la reconstitution précise des politiques hydriques sur la longue durée, à travers la mise en évidence des coalitions de groupes d’intérêts et l’analyse des trajectoires sociales des protagonistes les plus représentatifs pour chacune des périodes analysées.   Saisissez ici le résumé de la communication...
Maïtre de conférences
UPEC (ex Paris12), LIRTES
RT2 Migrations, Altérité et Internationalisation

Session: 3

Rapports sociaux de sexe, classe et race dans l’étude des migrations : regards sur les enjeux théoriques et méthodologiques de la (dé)naturalisation

 

Cette communication introductive rappellera l’importance de réinterroger les formes de naturalisation/renaturalisation à l’œuvre dans la compréhension des rapports sociaux liés aux migrations, même si le format proposé ne permettra pas de couvrir l’ensemble des références produites ni même de revenir sur l’histoire du RT 24 à ce sujet. Nous cherchons ici à mettre en perspective différents points de discussion sur le croisement entre le champ des migrations et celui de l’articulation des rapports sociaux de sexe[1], classe et race, et sur leurs implications méthodologiques et théoriques. Cela permet de reposer en les actualisant des questions comme : qui produit le savoir ? Dans quels espaces ? Les théories du point de vue situé ont éclairé l’importance de « l’expérience minoritaire » en termes épistémologiques en vue de dépasser le biais androcentrique tout autant que le biais ethnocentrique ou raciste. Dans les espaces académiques et en dehors,  des débats sont engagés sur les enjeux de la décolonisation des savoirs en France[2] et sur la difficile prise en compte de l’histoire postcoloniale française dans le croisement du genre et des migrations. Un certain nombre de termes méritent ainsi d’être réinterrogés dans cette perspective d’articulation du champ des rapports sociaux et de celui des migrations,  comme les processus de production de l’altérité[3], ou encore la dialectique entre domination et subjectivité[4], hégémonie et résistances[5]. Nous proposons ainsi d’évoquer, à partir de ces réflexions et à l’aune de nos recherches empiriques respectives sur les rapports majoritaires-minoritaires et le travail du care, les formes de naturalisation à l’œuvre sur ces terrains et d’interroger leurs ressorts. Il s’agira de comparer les processus de naturalisation selon qu’il s’agit de rapports sociaux de sexe, de classe,  et/ou de race. On constate par exemple une actualisation plus grande de l’idée de nature[6]  pour justifier la différence des pratiques de care[7] (et surtout leur inégale répartition entre les sexes). Mais au-delà de la référence directe à la nature, d’autres formes d’altérisation opèrent également, à l’instar de l’appel à la « culture » comme euphémisme de la race[8] (par exemple dans les discours politiques à l’encontre des Roms).L’analyse de situations où les « migrations » sont présentes nous semble particulièrement importante pour repérer la mise en œuvre de nouvelles formes de hiérarchie, qui opèrent de façon différente selon les domaines, en mobilisant la perspective de l’articulation des rapports sociaux, et ce afin d’envisager la perspective de la dénaturalisation dans ses enjeux épistémologiques et politiques.   [1] Claire Cossée, Adelina Miranda, Nouria Ouali, Djaouida Sehili (dir.), Le genre au cœur des migrations, Editions Pétra, 2012, 336 P.[2] Cf. numéro spécial de la revue Mouvements, « Décoloniser les savoirs. Internationalisation des débats et des luttes », n° 72, 2012, coordonné par Seloua Luste Boulbina et Jim Cohen.[3] Cette question est centrale au sein du RT 24 et s’inscrit d’ailleurs dans la dénomination même du RT depuis le congrès de Villetaneuse (« Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l’altérité »). Claire Cossée, Emmanuelle Lada, Isabelle Rigoni (dir.), Faire figure d'étranger : regards croisés sur la production de l'altérité (dir. avec E. Lada et I. Rigoni), Paris, Armand Colin, 2004.[4] Cf. numéro de la revue les Cahiers du genre, « Subjectivités et rapports sociaux », n° 53, 2012,coordonné par Maxime Cervulle, Danièle Kergoat et Armelle Testenoire.[5]Claire Cossée, Laura Navarro, Isabelle Rigoni, Eugénie Saitta, « Des médias par et pour les minoritaires ? (Re)production du genre et imbrication des rapports de domination » (Article introductif), e-migrinter, n°10, 2013.[6]Colette Guillaumin, Sexe, Race et Pratique du pouvoir. L’idée de Nature, Paris, côté-femmes éditions, 1992.[7] Aurélie Damamme, avec Patricia Paperman, « Care domestique : délimitations et transformations », in Pascale Molinier, Patricia Paperman, Sandra Laugier (dir.), Qu’est-ce que le care ?, Payot, 2009, pp. 133-155.[8]Colette Guillaumin, « Quelques considérations sur le terme "culture" », in Martine Fourier, Geneviève Vermès (dir.), Ethnicisation des rapports sociaux racismes, nationalismes, ethnicismes et culturalismes, Paris, L'Harmattan, 1994.     
 
Université Paris 1
RT5 Classes, inégalités, fragmentations

Session: 4

« Faire ses classes sous l’uniforme. Pratiques de distinction et rapports de classe dans le corps des officiers de l’armée de terre »

 

La sociologie militaire s’est initialement construite autour d’un postulat fort : celui d’une primauté de la socialisation institutionnelle (militaire) sur les autres espaces de socialisation auxquels auraient été exposés les membres de l’institution militaire.  Avant d’être issu des classes moyennes ou des classes supérieures, avant d’être un homme ou une femme, avant d’être une « minorité », un(e) « militaire » serait ainsi, en premier lieu, le produit d’un travail institutionnel d’incorporation et de militarisation destiné à former des combattants ou des « meneurs d’hommes ».  Les travaux de sociologie militaire se sont ainsi le plus souvent engagés dans une lecture exclusivement « militaire » des interactions ayant cours sous l’uniforme, ne retenant pour seules variables pertinentes que le grade ou l’unité d’appartenance, c’est-à-dire des variables strictement institutionnelles et mobilisées comme telles dans l’analyse. Cette communication entend faire rupture avec ce type d’approches et montrer au contraire que le terrain militaire peut constituer un terrain privilégié pour l’étude concrète des rapports de classe et des modalités selon lesquelles ces derniers peuvent s’incarner dans les situations d’interactions directes. Les espaces de travail et de formation continue des officiers constituent en effet des terrains d’observation privilégiés pour saisir, « en situation », des relations entre des classes et des fractions de classes[1]. Le corps des officiers est en effet investi par des groupes sociaux relativement éloignés dans l’espace social. La diversité des voies d’accès au corps des officiers et l’entretien d’un « tronc commun » d’une dizaine d’années en début de carrière conduisent des individus aux trajectoires sociales et aux destinées institutionnelles particulièrement éloignées à longtemps se côtoyer en stage et en situation professionnelle. Une partie d’entre eux, le plus souvent issus de Saint-Cyr, est originaire des fractions hautes et moyennes de la bourgeoisie traditionnelle ou de l’aristocratie. Une autre fraction importante du corps est issue des classes moyennes et populaires (les officiers issus du rang), et on note également la présence  d’officiers diplômés des universités, que l’on pourrait présenter comme des héritiers de la petite et moyenne bourgeoisie économique. Si tous ces officiers auront des destins institutionnels très inégaux (les officiers issus de Saint-Cyr se destinent aux hauts commandements, les officiers issus du rang seront condamnés à stagner dans les grades subalternes), ils partagent, dans des espaces communs et pendant près de 10 ans, des fonctions et des grades équivalents.  Les pratiques de distinction entre ces individus relevant de groupes sociaux aux ressources très distinctes sont alors omniprésentes sous l’uniforme, et ce d’autant plus que les officiers sont longtemps maintenus dans une situation d’égalité institutionnelle virtuelle. Il importe de distinguer le bon grain de l’ivraie, les futurs généraux des futurs « capitaines au long cours ». Une étude fine des interactions engagées sous l’uniforme et des pratiques de classement que les agents peuvent y activer, montre que les espaces militaires sont loin de pouvoir être compris comme des territoires strictement institutionnels où seules des variables militaires seraient mobilisées pour forger les représentations, les jugements et les classements y ayant cours. En effet, si les variables militaires (comme le grade ou l’appartenance d’arme) peuvent permettre de « situer » un individu, elles se révèlent en réalité souvent inopérantes ou trompeuses, et les agents sont amenés à engager une lecture plus « globale » de leurs collègues pour véritablement pouvoir les « situer » et par là même se situer par rapport à eux. Les officiers n’ont de cesse de réintroduire des hiérarchies là où l’institution entretient une égalité de principe.  L’étude des pratiques de distinction constitutives de ces hiérarchies informelles permet de plonger dans les rapports de classe qui irriguent le corps et de saisir comment et sur quoi se forgent les inimités, les formes de mépris croisés, les affinités électives et les « heureuses rencontres » qui subliment ou rendent difficile le quotidien professionnel des officiers. L’analyse permet en effet de montrer que même si le lexique de la distinction reste militaire, celle-ci prend forme grâce à une lecture socialement « éclairée » de l’hexis, du verbe et des goûts prêtés à ceux que l’on entend démarquer du « tout venant » ou que l’on entend rejeter dans les lisières du corps. Les cultures de classes forgent les représentations et les hiérarchies proprement militaires que les agents réintroduisent dans l’entre soi officier. Les représentations de classes participent de façon centrale à l’édification des renommées « militaires » des uns et des autres.   [1] Cette communication présente les résultats de deux enquêtes par observation participante (4 et 6 mois), menées dans un régiment de l’armée de terre et dans une école de formation continue des officiers.
 
Université Paris 1
GT42 Sociologie des élites

Session: 7

Les conditions sociales et institutionnelles du charisme guerrier

 

Les élites militaires occupent une position particulière dans le champ du pouvoir : leur faible degré de qualification scolaire et leur décentrement dans le champ de la décision politique les inscrivent dans une forme de marginalité relative qu’elles combattent en défendant la spécificité de « leurs talents » proprement militaires, que nul autre « civil » ne saurait posséder. Si l’analyse montre que les ressources scolaires sont déterminantes pour conquérir des positions de pouvoir dans l’institution, il apparaît cependant que ce n’est pas en empruntant les catégories et les registres de l’excellence scolaire que les élites militaires se voient légitimées et consacrées comme telles. C’est en qualité de « combattants » reconnus que les prétendants aux plus hautes fonctions se voient accordés le droit d’occuper et de « mériter » leurs positions.  En se focalisant sur les dispositifs de consécration combattante offerts aux « premiers de la classe » des promotions d’officiers issus de l’ESM Saint-Cyr, cette contribution étudiera les conditions sociales et institutionnelles de la légitimation militaire des dominants de l’institution. Le paradoxe entre une reconnaissance « officielle » des seules qualités « militaires » des élites (charisme et courage guerrier, « fibre » du commandement des hommes) et la réalité des capitaux (sociaux, scolaires…) effectivement mobilisés pour conquérir des positions dominantes sera au cœur de cette communication. Celle-ci exploitera les résultats de deux enquêtes de terrain menées en régiment et en école militaire durant respectivement 4 et 6 mois. 
Doctorante
CentraleSupélec
RT25 Travail, organisations, emplois

Session: 2

Derrière les rapports de génération, les transformations du travail. Le discours sur les « anciens » et les « jeunes » conducteurs de métro à la RATP

 

Cette communication propose d’interroger le bienfondé du recours à une interprétation générationnelle comme clé d’analyse pour lire l'évolution des comportements, pratiques et attitudes dans le travail. A travers l’exemple des conducteurs de métro à la RATP, elle montre comment le renvoi à des effets de génération peut venir nourrir une perspective essentialiste qui, en naturalisant les rapports sociaux entre les anciens et les jeunes, contribue à en masquer les véritables enjeux, à savoir l'évolution de la définition légitime du métier de conducteur et du mode de valorisation sociale qui lui est associé. 
Doctorante
Laboratoire Dynamiques Européennes (UMR 7367)
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 4

Naturalisation de l'état de santé des patients sans-abri et inégalités de soin.

 

Cette communication se base sur notre recherche doctorale en cours portant sur les malentendus et négociations dans l'interaction entre soignants (médecins et infirmiers) et soignés sans-abri. Une ethnographie multi-située (Marcus 1998) a été menée à Strasbourg en accompagnant les patients sdf à leurs rendez-vous médicaux, ainsi qu'au sein d'un centre d'hébergement médicalisé, d'un centre de soins et de maraudes médicalisées nocturnes. Des entretiens semi-directifs ont également été réalisés. L'analyse des interactions entre soignants et soignés sans-abri permet de mettre à jour leurs différentes conceptions de la santé, de la maladie, du corps, du temps, ce qui engendre entre-eux de nombreux malentendus. Plusieurs idéauxtypes d'interaction entre soignant et soignés sans-abri peuvent alors être développés : le renoncement aux soins des patients sdf, leur rejet du soin par les soignants, le refus de soin lorsqu'ils sont en opposition et enfin le soin quand ils arrivent à s'accorder. Pour ce faire, il apparaît que leurs interactions sont négociées de manière à entretenir les malentendus qu'ils rencontrent. Leurs logiques d'action, leurs normes et leurs valeurs sont en effet différentes et il peut ainsi leur être très difficile de se comprendre.  Cette situation est souvent encore aggravée par les conditions de travail des soignants qui ne leur permettent que rarement de disposer des ressources suffisantes, notamment en terme de temps, pour créer une relation de confiance avec leurs patients. Elle se couple à un phénomène de naturalisation de l'état de santé dégradé des individus sdf par les soignants. Ceux-ci développent en effet, au fur et à mesure de leur formation et de leur pratique professionnelles, une définition particulière de ce qu'« être en bonne santé » veut dire, ainsi que des pratiques qui y sont associées et, par là, valorisées. Les conditions de vie des individus sdf ainsi que leur inscription dans une carrière de survie (Pichon 2010) permet d'éclairer leur écartement progressif de ces « bonnes pratiques » qui correspondent majoritairement à la conservation de l'hygiène corporelle (Herzlich 1992) : contrôle de l'alimentation et du sommeil, activité physique régulière, non-consommation de drogues, entretien de la propreté du corps. La méconnaissance de la situation des personnes sans-abri par les soignants ainsi que leur difficulté à se décentrer de leur propre point de vue entraînent une tendance à naturaliser l'état de santé extrêmement dégradé des individus sans-abri. Ils considèrent alors qu'il s'agit là d'une donnée intrinsèque à ce type de patients et ils réduisent ainsi à néant, ou presque, leurs propres possibilités d'influer sur ce phénomène : cette perception naturalisante entraîne souvent une forme de résignation, voire de négligence dans le soin de ces patients.  
Doctorante
Laboratoire Dynamiques Européennes (UMR 7367)
GT41 Corps, technique et société

Session: 1

Hyper-spécialistes de leurs corps et hyper-spécialistes du corps : les interactions entre soignants et soignés sans-domicile.

 

L'étude et l'analyse des interactions entre soignants et soignés sans-abri permet de mettre en lumière la confrontation de deux manières divergentes d'envisager le corps, de le définir, de le ressentir, de l'incarner. Les conditions extrêmes de vie, voire de survie, auxquelles sont confrontés les individus vivant dans la rue les amènent à développer « une manière d'être spécifique » (Le Breton, 1992), où le corps n'a plus le même sens et la même valeur. Il devient le porteur de toutes les cicatrices de l'existence, fièrement exhibées et permet de mettre en scène la force et la supériorité physique. Les individus sans-abri élaborent un rapport à leur corps qui correspond au savoir spécialisé et empirique qu'ils en ont. D'autre part, les soignants, c'est-à-dire ici les médecins et infirmiers, de par leur formation et leurs pratiques professionnelles, adoptent une perception du corps scientifisée et technicisée. On assiste alors, lors de leurs interactions, à une forme d'opposition entre d'une part les hyper-spécialistes de leurs corps que sont les individus sdf et d'autre part les hyper-spécialistes du corps que sont les soignants.  
Maîtresse de conférences
LAPSCO (UMR 6024, Université Blaise Pascal, CNRS)
GT50 Socialisations

Session: 4

Présentation du GT "Socialisations"

 

Actuellement en voie de création, le GT « Socialisations » souhaite être un espace d’échanges pour l’ensemble des sociologues travaillant sur (ou intéressés par) la question de la socialisation, qu’ils appartiennent ou non en parallèle à un autre RT.Au cours du congrès 2015, les deux sessions du GT (mardi 30 juin 11h-12h30, et jeudi 2 juillet 9h30-10h30) ne donneront pas lieu à des communications, mais serviront à discuter de la future organisation du réseau et de ses projets. Le GT procèdera à l’élection de son bureau lors de la session du jeudi 2 juillet. Toutes les personnes intéressées sont les bienvenues à l’une ou l’autre de ces deux réunions.Contacts :Martine Court : martine.court@univ-bpclermont.frMuriel Darmon : muriel.darmon@ehess.fr 
recherche
Ceraps - Lille
RT34 Sociologie politique

Session: 4

Écrire pour s'opposer - Mobilisations de papier contre le « mariage pour tous »

 

Si les manifestations, les cortèges ou les meetings font partie des pièces traditionnelles du répertoire d’action collective les plus fréquemment étudiées par les sociologues du politique attentifs aux mobilisations contestataires, il est en revanche fait peu de cas d’une autre pratique protestataire consistant à écrire aux élus et responsables politiques afin d’exprimer, de façon individuelle ou collective, son opposition.  Une des raisons les plus probables d’un tel silence est liée aux modalités du travail politique et à l’absence d’archivage des courriers reçus, notamment par les parlementaires. Une autre raison tient probablement aux effets de censure qui touchent ces formes d’expression politique isolées qui ne s’incarnent pas dans les formes de la langue politique partagées par les organisations publiques et audibles dans l’espace médiatique. Or les mobilisations contre le « mariage pour tous » n’ont pas seulement été scandées par l’organisation de cortèges de rues, de happenings, et de défilés de masse. Elles se sont également matérialisées par l’envoi de plusieurs centaines de courrie(l)s aux parlementaires et aux ministres. Notre enquête repose sur plusieurs ensembles de courriers collectés auprès de dix-huit parlementaires et de deux ministres. Leur périmètre diffère. Pour les uns, l’ensemble des courriers reçus pendant les mobilisations est disponible. Pour les autres, seuls les courriers considérés comme les plus « sensibles », « choquants », ou « homophobes » ont été conservés. Le corpus varie donc d’une cinquantaine de lettres et emails à un ensemble regroupant plus de 2000 pièces ; il couvre à la fois des courriers personnels manuscrits signés par une seule personne et des lettres-types transmises à de multiples expéditeurs par l’intermédiaire d’adresses institutionnelles. La collecte de ce matériel donne à analyser une forme peu connue de mobilisation contestataire qui consiste à écrire pour s’opposer, et invite à reprendre l’interrogation formulée par L. Boltanski et al., à partir des courriers des lecteurs du Monde, sur l’articulation entre expression individuelle ou collective de son mécontentement. Nous souhaitons ainsi revisiter la problématique développée par cette équipe de sociologues autour d’une question : comment (et peut-on ?) faire seul-e de la politique ? Nous gageons que ce volumineux corpus nous permet d’explorer et de rendre raison d’une modalité singulière du rapport au politique. Un des premiers intérêts à disposer d’un tel corpus consiste à entreprendre un travail de caractérisation et de définition de ces mobilisations qui interviennent hors du cadre conventionnel, ritualisé, homologué et délimité du rapport au politique et d’interroger l’existence d’une logique particulière de l’action collective visant à s’opposer à ce projet. C’est ainsi les formes mêmes de ces mobilisations, leurs contours, leurs modus operandi, leurs réceptions, les stratégies qu’elles révèlent et les moyens qu’elles requièrent qu’un tel corpus oppositionnel invite à mettre au jour. Contrairement à l’idée d’une réduction des possibles en matière d’action collective, cette communication visera également à montrer, à partir de formes limitées (lettre ou email), l’hétérogénéité des modalités par lesquelles s’exprime l’opposition à un projet de loi. Ecrire « contre » renvoie à un continuum de modalités d’expression, des plus singulières aux plus collectives, les unes arborant tous les attributs de la légitimité à s’opposer quand les autres se parent de signes infamants comme autant de marqueurs de leur indignité. Explorer ces formes d'opposition utilisées par des personnes généralement démunies des qualités du porte-parole (ni titre ni poste dans des groupements), permet de contribuer à l’étude des rapports au politique de ces auteur-es, simples citoyen-nes ou militant-es averti-es, qui ne recourent pas toujours aux figures légitimes de l’expression politique. Nous nous intéresserons ainsi à ce qui détermine différents types de réaction de la part des élu-es (l’ignorance, le rejet, la validation ou l’amendement des propos ainsi reçus).C’est enfin la question de la résistance de la norme et de l’institution « famille » telle qu’elle est mobilisée par les auteur-es de ces lettres qui sera discutée à cette occasion, en étudiant notamment la place de la référence à « la » famille dans les courriers reçus, sa mise en mots et les associations dont elle fait l’objet, ainsi que les caractéristiques censées définir la « vraie » famille pour la survie de laquelle ces personnes se sont mobilisées par écrit.
Maître de conférences
Université de Lille 1
RT9 Sociologie de l'urbain et des territoires

Session: 6

Ce que les riches pensent des pauvres. Enquête dans les beaux quartiers de Paris, São Paulo et Delhi

 

À partir d’un corpus de 240 entretiens approfondis menés entre 2012 et 2014 auprès des habitants des catégories socioprofessionnelles supérieures résidant dans les beaux quartiers des trois plus grandes métropoles d’Europe occidentale, d’Amérique latine et du sous-continent indien (respectivement), cette recherche comparée – dont l’exploitation des données est actuellement en cours – entend contribuer à l’étude de la ségrégation urbaine et des relations entre classes sociales en analysant les façons dont les ménages aisés ayant fait le choix de l’entre-soi résidentiel perçoivent la pauvreté urbaine et, plus largement, les classes populaires.Après avoir sélectionné dans chaque ville, à l’aide de typologies socio-statistiques des espaces locaux et d’autres indicateurs quantitatifs, quatre terrains d’enquête représentatifs de la diversité des espaces où les PCS supérieures, et notamment les catégories constitutives de la bourgeoisie économique et patrimoniale, sont les plus concentrées – i.e. des quartiers du 5e arrondissement, du 16e, de Ville d’Avray et du Vésinet en Île-de-France, Higiénopolis et des parties de Jardins, de Morumbi et d’Alphaville à São Paulo, et enfin Sunder Nagar, Chhattarpur Farms, Noida 15A et une partie de Gurgaon dans la capitale indienne – nous y avons recueilli des entretiens (vingt par quartiers) à partir d’une grille commune.Celle-ci est organisée autour de cinq hypothèses/thèmes, qui permettent donc d’obtenir les premiers résultats – immédiatement saisissables – de la recherche, et qui renvoient à autant de préoccupations potentielles ou de justifications que l’on est susceptible de retrouver chez les interviewés, mais dont l’importance dans la structuration du rapport aux pauvres varie substantiellement d’un cas à l’autre :(1) la question de la sécurité et du sentiment d’insécurité (la perception des pauvres comme une classe dangereuse) ;(2) la question de la propreté et de la crainte de la contamination (la mise à distance des pauvres par hygiénisme) ;(3) l’articulation entre rapport aux classes populaires et maintien local d’un ordre moral (de classe) ;(4) la représentation de la position sociale subalterne des pauvres en termes d’altérité radicale : par la naturalisation de la pauvreté (qui découlerait alors d’une inégale distribution de talents innés), le recours à des dispositifs justificatifs en termes de culture de la pauvreté, ou le cadrage ethno-racial ;(5) le lien entre les représentations de la pauvreté, d’un côté, et de l’autre les perceptions et conceptions normatives du mérite et de la solidarité dans chacune des villes et des société nationales concernées.Ainsi, en s’intéressant à ces représentations et à la façon dont elles informent, motivent et déterminent les pratiques urbaines, notre recherche se propose d’explorer les ressorts de la ségrégation discriminante de la part des classes supérieures des beaux quartiers vis-à-vis des classes populaires. Celle-ci est en effet trop souvent considérée a priori comme dérivant directement de stratégies d’optimisation – par des acteurs supposés d’autant plus libres et rationnels qu’ils sont bien dotés en capitaux – et/ou simplement comme l’envers de dynamiques d’agrégation affinitaire ; alors que, en termes de mécanismes sociaux menant à l’entre-soi, les logiques d’attraction et de répulsion peuvent être indépendantes. Enfin, si l’objectif à terme de l’analyse est, bien sûr, non d’isoler ou de comparer séparément les données recueillies pour chacune des cinq dimensions thématiques énumérées ci-dessus, mais de montrer comment celles-ci s’articulent entre elles et avec d’éventuelles dimensions supplémentaires, constituant ainsi des systèmes de représentation (locaux, nationaux, etc.), néanmoins l’approche hypothético-déductive sous-jacente à l’utilisation d’une même grille d’entretien dans les trois villes permet de respecter une certaine symétrie méthodologique. Celle-ci évite d’orienter d’entrée l’enquête ou d’organiser l’analyse comme si l’une des dimensions (la préoccupation sécuritaire au Brésil, la question de l’hygiène et de la pureté rituelle en Inde, ou le maintien d’un ordre moral local en France…) était forcément prépondérante au point de rendre les autres secondaires.   
Ingénieur de recherche
Sciences Po
RT20 Méthodes

Session: 5

La mise en place d’un panel internet pour la recherche en sciences sociales

 

Le panel ELIPSS (Étude Longitudinale par Internet Pour les Sciences Sociales) est un dispositif d'enquêtes par internet destiné à la communauté scientifique. Il vise à combler l'absence de moyens d'enquête par questionnaire propres aux chercheurs français en sciences humaines et sociales en dépassant les principaux biais des enquêtes par internet. En effet celles-ci se heurtent généralement à plusieurs difficultés qui mettent en cause la représentativité de l'échantillon et l'extrapolation des résultats, à savoir l’exclusion des personnes n'ayant pas accès à internet (biais de couverture) et le recours à des méthodes d’échantillonnage non probabiliste en l’absence de base de sondage (biais d’exposition et d’auto-sélection). Le panel ELIPSS entend répondre à ces biais en fournissant un accès internet à tous les panélistes recrutés par une méthode d’échantillonnage aléatoire. A partir de tablettes tactiles connectées en 3G mises à leur disposition, les panélistes répondent chaque mois à des enquêtes élaborées par des équipes de recherche. Une étude pilote est menée depuis 2012 pour mettre en place la méthodologie et les outils techniques et pour valider le dispositif avec l’objectif d’atteindre environ 4000 panélistes en 2016. Cette proposition de communication s’attachera à dresser le bilan de l’étude pilote. Il s’agira d’une part d’évaluer la qualité statistique du panel en étudiant sa représentativité sociodémographique et son attrition, et d’autre part, de décrire l’utilisation du dispositif par les chercheurs.Lors de l’étude pilote, 1 039 panélistes ont été recrutés à partir d’un échantillon de logements tirés aléatoirement par l’INSEE dans le recensement de la population. Nous détaillerons la procédure de recrutement mise en œuvre. Par rapport au recensement, les personnes âgées de 65 ans et plus et les personnes peu diplômées sont sous-représentées dans le panel. L’envoi inconditionnel de bons cadeaux, expérimenté lors de l’étude pilote, a cependant contribué à réduire ces biais d’âge et de diplôme et a ainsi permis d’améliorer la représentativité de l’échantillon. Par ailleurs, il est à noter que 12,6% des personnes recrutées ne disposaient pas de connexion Internet à domicile avant leur inclusion dans le panel, ce qui correspond à une légère sous-représentation par rapport à l’enquête sur les technologies de l'information et de la communication (TIC) de l’INSEE. Nous étudierons ensuite l’évolution de la représentativité sociodémographique du panel, qui se révèle globalement stable. Ceci peut notamment s’expliquer par une attrition limitée et d’une ampleur comparable à celle constatée dans les dispositifs européens comparables (15% après deux années de fonctionnement) ainsi que par le maintien d’un taux de réponse élevé (85% par mois).De décembre 2012 à décembre 2014, vingt-quatre enquêtes ont été administrées au panel ELIPSS. Des thèmes variés ont été abordés dans les enquêtes élaborées par les équipes de recherche et sélectionnées par le comité scientifique : les pratiques culturelles, la contraception, les valeurs et les opinions politiques, l’environnement, le couple, la famille et les relations intergénérationnelles, la santé, la stratification sociale. Dans cette seconde partie, nous présenterons notamment certains projets d’enquête qui, en tirant parti de la mise à disposition des tablettes à tous les panélistes, ont permis de renouveler le questionnement d’enquêtes habituellement administrées à partir d’autres modes de collecte.En conclusion, nous soulignerons les enjeux de la mise en place d’une telle infrastructure pour les sciences sociales et nous tirerons les enseignements de l’étude pilote pour le développement de ce dispositif.
 
Sciences Po / CSO
RT12 Sociologie économique

Session: 2

De la diffusion de la valeur actionnariale. Financiarisation et découplage dans un groupe industriel français.

 

La financiarisation de l’économie et la diffusion de la valeur actionnariale comme conception de contrôle des firmes apparaissent comme un tendance forte de la période contemporaine (Davis et Stout, 1992 ; Dobbin et Jung, 2010 ; Fligstein et Shin, 2007 ; Useem, 1999 ; Zorn, 2004 ; Zuckerman, 2000). Cette financiarisation, notamment étudiée par la sociologie néoinstitutionnaliste étatsunienne, désigne à la fois un régime d’accumulation au profit de la finance et une transformation des pratiques de gestion des firmes légitimée par l’analyse de la théorie de l’agence (Jensen et Meckling, 1976 ; Zwan, 2014). Les travaux de Neil Fligstein sur le cas américain laissent penser un certain unanimisme dans l’adoption de ces nouvelles pratiques et dans leurs effets sur la firme. A travers ses études de la succession de différentes conceptions de contrôle, il montre des changements des pratiques de gouvernance des firmes au rythme de changements de régulation de l’économie américaine (Fligstein, 1990 ; Fligstein et Shin, 2007). Des travaux sur le cas allemand ont nuancé cette approche en montrant des phénomènes de découplage et de « management symbolique » des actionnaires (Fiss et Zajac, 2004 ; Westphal et Zajac, 1998). Comment les entreprises françaises adoptent-elles la financiarisation ? Observe-t-on des formes de découplages ?Des travaux ont montré les spécificités proprement nationales de la financiarisation de l’économie française (Foureault, 2014 ; François et Lemercier, 2014). Qu’en est-il au niveau de la gouvernance d’une firme en particulier ? La manière dont se transforment concrètement les entreprises françaises à la financiarisation reste peu analysée. Cette communication se propose d’étudier la financiarisation de l’économie française à travers un travail qualitatif en observant la façon dont les dirigeants d’une grande entreprise française réagissent à la financiarisation de sa relation à ses actionnaires. L’enjeu de cette étude monographique est de comprendre par quels canaux peut se faire la financiarisation d’un grand groupe industriel français et comment les dirigeants adoptent et domestiquent cette financiarisation.Le cas d’étude de cette communication est un grand groupe industriel qui a connu d’importantes transformations de son actionnariat au cours de dix dernières années. Suite à une fusion, la structure de son capital a été profondément modifiée. D’un capital centré autour de l’Etat, de grandes banques françaises et d’actionnariat salarié, l’entreprise a été partiellement privatisée et ouverte à des investisseurs institutionnels – notamment anglo-saxon. L’étude de la relation avec l’Etat – toujours premier actionnaire en 2014 – montre par ailleurs que l’Etat lui-même a financiarisé sa relation aux entreprises publiques. La montée de l’Agence des Participations de l’Etat au sein du Ministère des Finances a en effet amené une expertise nouvelle en termes de valeur actionnariale au sein de l’Etat.Cette financiarisation de l’actionnariat entraine des transformations profonde de la gouvernance de l’entreprise, transformations caractéristiques de la montée de la valeur actionnariale : changement et renforcement du directeur financier, croissance du cours de l’action et des dividendes, stratégie de rapprochement des investisseurs institutionnels. Cette financiarisation de la firme, liée à la financiarisation de son actionnariat n’est cependant pas univoque. Si des transformations profondes ont eu lieu, elles dissimulent une stratégie de découplage mise en œuvre par les dirigeants et incarnée par le couple composé du PDG et du directeur financier. Tandis que le directeur financier incarne et met en œuvre les dispositifs caractéristiques de la financiarisation et du respect de la valeur actionnariale, le PDG incarne et met en œuvre des discours et dispositifs caractéristiques d’une conception de contrôle alternative que j’appelle capitalisme d’ingénieurs. Cette conception de contrôle, issue notamment de l’idéologie technocratique des grands corps d’ingénieurs (Hecht, 2004), analyse le marché comme un espace de luttes de technologies et d’innovations et fait des ingénieurs de recherche et développement le groupe professionnel à même de répondre aux enjeux de la firme. Elle est permise par la structure spécifique du marché dans lequel joue l’entreprise – le marché aéronautique – et constitue une idéologie forte d’intégration du groupe industriel après une fusion.Pour montrer cette thèse d’un découplage entre financiarisation et capitalisme d’ingénieurs, nous utilisons une quarantaine d’entretiens auprès de dirigeants, de membres du conseil d’administration, de hauts fonctionnaires mais aussi de mangers et ingénieurs de développement. Ce matériau est complété d’observations ethnographiques dans l’entreprise et d’utilisation de rapports financiers et de revues de presse.BibliographieDavis G.F., Stout S.K., 1992, « Organization Theory and the Market for Corporate Control: A Dynamic Analysis of the Characteristics of Large Takeover Targets, 1980-1990 », Administrative Science Quarterly, 37, 4, p. 605‑633.Dobbin F., Jung J., 2010, « The Misapplication of Mr. Michael Jensen: How Agency Theory Brought Down the Economy and Why it Might Again », Markets on Trial: The Economic Sociology of the U.S. Financial Crisis (Research in the Sociology of Organizations), 30B:, p. 29‑64.Fiss P.C., Zajac E.J., 2004, « The Diffusion of Ideas over Contested Terrain: The (Non)adoption of a Shareholder Value Orientation among German Firms », Administrative Science Quarterly, 49, 4, p. 501‑534.Fligstein N., 1990, The transformation of corporate control, Cambridge, Mass., Harvard University Press.Fligstein N., Shin T., 2007, « Shareholder Value and the Transformation of the U.S. Economy, 1984–20001 », Sociological Forum, 22, 4, p. 399‑424.Foureault F., 2014, Remodeler le capitalisme. Le jeu profond du Leveraged Buy-Out en France, 2001-2009., Thèse de doctorat, Paris, IEP de Paris.François P., Lemercier C., 2014, « Des financiarisations en contrepoint. Finances et financiers dans les conseils d’administration du SBF 120 (1956-2009) », ANR CarFi.Hecht G., 2004, Le rayonnement de la France : Energie nucléaire et identité nationale après la seconde guerre mondiale, Paris, La Découverte, 398 p.Jensen M.C., Meckling W.H., 1976, « Theory of the firm: Managerial behavior, agency costs and ownership structure », Journal of Financial Economics, 3, 4, p. 305‑360.Useem M., 1999, Investor Capitalism, New York, Basic Books, 342 p.Westphal J.D., Zajac E.J., 1998, « The Symbolic Management of Stockholders: Corporate Governance Reforms and Shareholder Reactions », Administrative Science Quarterly, 43, 1, p. 127‑153.Zorn D.M., 2004, « Here a Chief, There a Chief: The Rise of the CFO in the American Firm », American Sociological Review, 69, 3, p. 345‑364.Zuckerman E.W., 2000, « Focusing the Corporate Product: Securities Analysts and De-Diversification », Administrative Science Quarterly, 45, 3, p. 591.Zwan N. van der, 2014, « Making sense of financialization », Socio-Economic Review, 12, 1, p. 99‑129.
 
 
RT34 Sociologie politique

Session: 3

Les gens de confiance d'un homme "exceptionnel". La place de la tradition dans l'ascension d'un leader

 

Quelle est la place des traditions en politique aujourd’hui ? Cette communication propose d’explorer l’articulation des ressources familiales, amicales et locales qui ont permis à un leader frontiste d’investir son, nouveau, rôle de maire. L’analyse porte sur sa carrière et sur celle de ses proches collaborateurs (adjoints, directeur de cabinet ...). Les dispositions à l’engagement et les ruptures biographiques survenues dans le parcours du leader et de ses suiveurs montrent comment les principes d’une autorité traditionnelle ont encouragé la fabrication (et la perception) de qualités charismatiques du maire et favoris, ainsi, son ascension politique. Le tout dans un contexte partisan où les crises et la pénurie de ressources humaines se sont révélées propices pour la réussite de certains ...    
Doctorante
CERLIS - Université Paris Descartes
RT6 Politiques sociales, protection sociale et solidarités

Session: 6

La marchandisation du social et le nouvel État Social au Chili: regards sur le processus de néo-libéralisation

 

Cette communication propose de faire une révision de la reconfiguration du rôle de l’État Social au Chili, de l’implantation de la matrice néolibérale pendant la dictature militaire jusqu’à la période de sa consolidation (1973 – 2013), et l’analyse de 40 ans de transformations des politiques sociales. Le but étant de décrypter, au cours des différentes périodes, les lignes directrices qui orientent les réformes, les continuités et les ruptures du rôle de l’État face au social et leur rapport à la consolidation du modèle économique et politique.La lecture du processus de mutation de l’État Social sous l’empreinte du néolibéralisme, nous permettra d’analyser les confluences et les tensions des processus de dépolitisation et de technicisation du social vécues au Chile pendant ces 40 dernières années. Ainsi, on observe des déplacements graduels du cadre normatif des politiques liées à la sécurité sociale et un discours sous le registre politique, qui se positionne dès la subsidiarité des populations résiduelles vers la protection des citoyens. Ce processus se déroule dans un continuum de tensions entre les mécanismes d’individualisation de ladite protection et les processus de démocratisation sociale, qui rendront de plus en plus visibles les conceptions des droits sociaux. Dans ce cadre la technocratie prend un rôle prédominant des décisions politiques.La marchandisation croissante des secteurs emblématiques de l’action sociale étatique, dans le contexte d’autoritarisme mais ensuite en démocratie, nous illustre un processus de reconfiguration du social au cœur même de la refonte du politique au Chili contemporain, sous l’empreinte du néolibéralisme. Les politiques sociales font partie d’un pacte qui conçoit les droits sociaux sous le domaine individuel où l’État se positionne face à l’accès en tension croissante de son rôle.Alors, la formule de protection sociale représente-elle la transformation du rôle de l’État face aux droits ? Ou s’agit-il de réarrangements démocratiques d’un État résiduel majoré ? Ces questions orientent la révision historique des politiques sociales du processus chilien avec la perspective de décrypter la philosophie de l’État Social néolibéral.   1.       Bibliographie :Araujo, K. et Martuccelli, D. 2012. Desafíos comunes. Retrato de la sociedad chilena y sus individuos. Santiago du Chili: LOM.Barrientos, A. 2010. “Social Policy and Poverty”. Dans : Social Policy and Development. Paper N° 42. Janvier. Gèneve : Nations Unies. Consulté le 3 novembre 2014.http://www.unrisd.org/80256B3C005BCCF9/httpPublications?OpenForm&view=pu..., P. et Laval, C. 2010. La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale. Paris: Editions La Découverte.Esping-Andersen, G. 2009. Les trois mondes de l'État-providence. Essai sur le capitalisme moderne. Paris: PUF.Fitoussi, J.P. et Rosanvallon, P. 1996. « Le nouvel âge des inégalités ». France : Éditions du Seuil.Larrañaga, Osvaldo. 2010. Las nuevas políticas de protección social en perspectiva histórica. Document de travail 2010 – 4. Chili: PNUD Chili. Consulté le 10 janvier 2014.http://www.ministeriodesarrollosocial.gob.cl/btca/txtcompleto/Larranaga_..., B. 2010. « Gouvernement moral des pauvres et dépolitisation des politiques publiques en Amérique latine ». Dans : Penser le politique en Amérique latine, édité par Borgeaud-Garciandia, N., Lautier, B., Peñafiel, R., Tizziani, A. 19 - 36.France : Karthala.Organization Internacionale du Travail. 2011. Socles de protection sociale pour une mondialisation juste e inclusive. Gèneve : OIT. Consulté le 21 septembre, 2014. http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/@dgreports/@dcomm/@publ/documents/publication/wcms_176521.pdf Raczynski, D. 1999. “Políticas sociales en los años noventa en Chile. Balances y desafíos” Dans :El modelo chileno: democracia y desarrollo en los noventas, édité par Drake, P. et Jaksic, I. 124 – 154. Santiago: LOM.
 
 
RT5 Classes, inégalités, fragmentations, RT24 Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité

Session: 2

Les débats allemands sur le Dienstleistungsproletariat (prolétariat de service) : genre et ethnicité dans l’analyse des recompositions du groupe ouvrier en Allemagne

 

La notion de Dienstleistungsproletariat (prolétariat de service) a été introduite en Allemagne par un groupe de chercheurs réunis autour de Gøsta Esping-Andersen dans le cadre d’une recherche européenne sur les « petits métiers » des services (einfache Dienstleistungsarbeit), c’est-à-dire les services d’aide à la personne, d’entretien, de gardiennage ou de livraison (Esping, Andersen, 1993 ; Bahl, 2014 ; Staab, 2014). Elle s’inscrit dans un débat plus large sur la tertiarisation des économies de tradition industrielle et revêt dans ce cadre une double ambition. Il s’agit d’abord de sortir de l’opposition entre « cols blancs » et « cols bleus » qui structure la sociologie du travail allemande jusque dans les années 1990 (Brose, 1998). Dans cette perspective, la notion de Dienstleistungsproletariat insiste sur l’hétérogénéité des positions professionnelles dans le secteur des services. Elle oppose plus particulièrement la Dienstklasse, qui correspond à la fraction diplômée des professionnels des services et recouvre les cadres des administrations, les ingénieurs et autres métiers techniques ou encore les professions intellectuelles (enseignants, éducateurs, métiers de la culture par exemple), aux « petits métiers » des services dont les procédures de certification restent floues. L’enjeu de cette notion est, dans ce cadre, assez proche de celle de la catégorie française de « classe populaire », puisqu’il s’agit de réunir les ouvriers et les employés sous la bannière d’une condition commune, qui se caractériserait par des revenus du travail insuffisants pour couvrir les dépenses de base (logement, transport, alimentation) des ménages, par la précarité des contrats et conditions de travail ou encore par la déqualification du travail (Bahl, 2014 ; Schwartz, 2011).L’objectif de la contribution est de proposer une analyse critique de la seconde ambition de cette notion, fondée sur l’hypothèse que l’émergence du Dienstleistungsproletariat en Allemagne irait de paire avec des processus de féminisation et d’ethnicisation touchant inégalement les différents métiers des services.
 
 
RT24 Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité

Session: 2

Les débats allemands sur le Dienstleistungsproletariat (prolétariat de service) : genre et ethnicité dans l’analyse des recompositions du groupe ouvrier en Allemagne

 

 La notion de Dienstleistungsproletariat (prolétariat de service) a été introduite en Allemagne par un groupe de chercheurs réunis autour de Gøsta Esping-Andersen dans le cadre d’une recherche européenne sur les « petits métiers » des services (einfache Dienstleistungsarbeit), c’est-à-dire les services d’aide à la personne, d’entretien, de gardiennage ou de livraison (Esping, Andersen, 1993 ; Bahl, 2014 ; Staab, 2014). Elle s’inscrit dans un débat plus large sur la tertiarisation des économies de tradition industrielle et revêt dans ce cadre une double ambition. Il s’agit d’abord de sortir de l’opposition entre « cols blancs » et « cols bleus » qui structure la sociologie du travail allemande jusque dans les années 1990 (Brose, 1998). Dans cette perspective, la notion de Dienstleistungsproletariat insiste sur l’hétérogénéité des positions professionnelles dans le secteur des services. Elle oppose plus particulièrement la Dienstklasse, qui correspond à la fraction diplômée des professionnels des services et recouvre les cadres des administrations, les ingénieurs et autres métiers techniques ou encore les professions intellectuelles (enseignants, éducateurs, métiers de la culture par exemple), aux « petits métiers » des services dont les procédures de certification restent floues. L’enjeu de cette notion est, dans ce cadre, assez proche de celle de la catégorie française de « classe populaire », puisqu’il s’agit de réunir les ouvriers et les employés sous la bannière d’une condition commune, qui se caractériserait par des revenus du travail insuffisants pour couvrir les dépenses de base (logement, transport, alimentation) des ménages, par la précarité des contrats et conditions de travail ou encore par la déqualification du travail (Bahl, 2014 ; Schwartz, 2011). L’objectif de notre contribution sera de proposer une analyse critique de la seconde ambition de cette notion, fondée sur l’hypothèse que l’émergence du Dienstleistungsproletariat en Allemagne irait de paire avec des processus de féminisation et d’ethnicisation touchant inégalement les différents métiers des services.  
 
 
RT5 Classes, inégalités, fragmentations, RT24 Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité

Session: 2

Les débats allemands sur le Dienstleistungsproletariat (prolétariat de service) : genre et ethnicité dans l’analyse des recompositions du groupe ouvrier en Allemagne

 

La notion de Dienstleistungsproletariat (prolétariat de service) a été introduite en Allemagne par un groupe de chercheurs réunis autour de Gøsta Esping-Andersen dans le cadre d’une recherche européenne sur les « petits métiers » des services (einfache Dienstleistungsarbeit), c’est-à-dire les services d’aide à la personne, d’entretien, de gardiennage ou de livraison (Esping, Andersen, 1993 ; Bahl, 2014 ; Staab, 2014). Elle s’inscrit dans un débat plus large sur la tertiarisation des économies de tradition industrielle et revêt dans ce cadre une double ambition. Il s’agit d’abord de sortir de l’opposition entre « cols blancs » et « cols bleus » qui structure la sociologie du travail allemande jusque dans les années 1990 (Brose, 1998). Dans cette perspective, la notion de Dienstleistungsproletariat insiste sur l’hétérogénéité des positions professionnelles dans le secteur des services. Elle oppose plus particulièrement la Dienstklasse, qui correspond à la fraction diplômée des professionnels des services et recouvre les cadres des administrations, les ingénieurs et autres métiers techniques ou encore les professions intellectuelles (enseignants, éducateurs, métiers de la culture par exemple), aux « petits métiers » des services dont les procédures de certification restent floues. L’enjeu de cette notion est, dans ce cadre, assez proche de celle de la catégorie française de « classe populaire », puisqu’il s’agit de réunir les ouvriers et les employés sous la bannière d’une condition commune, qui se caractériserait par des revenus du travail insuffisants pour couvrir les dépenses de base (logement, transport, alimentation) des ménages, par la précarité des contrats et conditions de travail ou encore par la déqualification du travail (Bahl, 2014 ; Schwartz, 2011).L’objectif de la contribution est de proposer une analyse critique de la seconde ambition de cette notion, fondée sur l’hypothèse que l’émergence du Dienstleistungsproletariat en Allemagne irait de paire avec des processus de féminisation et d’ethnicisation touchant inégalement les différents métiers des services.
 
 
GT47 Sociologie Visuelle et Filmique

Session: 1

Internet’s potentials for the feature of collaborative fieldwork in visual urban studies: Learning from three experiments in Hamburg

 

In the field of urban studies, images are intrinsically related to knowledge, thought and action. During the 19th century, several picture-taking missions focusing on monuments or entire neighbourhoods were conducted in France and in other European countries in order to keep records of built heritage that risked being lost to future generations because of the major transformations affecting industrial cities. Closer to our time, the workshop conducted by Robert Venturi and Denise Scott Brown in Las Vegas in the 1970s consisted in exploring The Strip using films and photographs taken from a moving car (Venturi, Scott Brown, Izenour, 1972).More recently, several scholars have used photography and film as a research method in order to study urban transformations at different levels (Jarrigeon, 2012; Cuny, Färber, Hägele, 2014; Suchar, 2004), the social use of the domestic sphere (Bonnin, 2007), city memories (Petiteau, Pasquier 2007; Barrère, Levy‑Vroelant, 2012) or the social life of cafés and bars (Conord, Steiner, 2010). These researches developed a stimulating reflexion on visual methodologies, demonstrating their contribution to urban studies. Although these researches were often based on a collaborative work involving scholars in social sciences, filmmakers or photographers, they nevertheless rarely documented the conditions of these collaborations and their effects on the way the research design was implemented into the fields, the results shaped and presented to a larger audience.This paper aims at answering these questions by presenting the design and the results of a 4-day collaborative experiment conducted in 2014 by a team of sociologists, anthropologists, planners, architects, photographers and filmmakers in the German city of Hamburg. Saisissez ici le résumé de la communication...
 
 
GT47 Sociologie Visuelle et Filmique

Session: 1

Internet’s potentials for the feature of collaborative fieldwork in visual urban studies: Learning from three experiments in Hamburg

 

 In the field of urban studies, images are intrinsically related to knowledge, thought and action. During the 19th century, several picture-taking missions focusing on monuments or entire neighbourhoods were conducted in France and in other European countries in order to keep records of built heritage that risked being lost to future generations because of the major transformations affecting industrial cities. Closer to our time, the workshop conducted by Robert Venturi and Denise Scott Brown in Las Vegas in the 1970s consisted in exploring The Strip using films and photographs taken from a moving car (Venturi, Scott Brown, Izenour, 1972).More recently, several scholars have used photography and film as a research method in order to study urban transformations at different levels (Jarrigeon, 2012; Cuny, Färber, Hägele, 2014; Suchar, 2004), the social use of the domestic sphere (Bonnin, 2007), city memories (Petiteau, Pasquier 2007; Barrère, Levy‑Vroelant, 2012) or the social life of cafés and bars (Conord, Steiner, 2010). These researches developed a stimulating reflexion on visual methodologies, demonstrating their contribution to urban studies. Although these researches were often based on a collaborative work involving scholars in social sciences, filmmakers or photographers, they nevertheless rarely documented the conditions of these collaborations and their effects on the way the research design was implemented into the fields, the results shaped and presented to a larger audience.This paper aims at answering these questions by presenting the design and the results of a 4-day collaborative experiment conducted in 2014 by a team of sociologists, anthropologists, planners, architects, photographers and filmmakers in the German city of Hamburg. The experiment was lead by three different teams, who tested different collaborative methods of visualization on quite the same field. Drawing on the experience of each team, our paper will first insist on the use of language, vision, body and digital media in order to coordinate the fieldwork. It will then present the design of the website, that has been developed in order to feature the experiment’s results on Internet, and show some examples of fragmented narratives or “situated knowledges” (Haraway, 1988) about urban experience in Hamburg, that it enables to construct.
Doctorante
CLERSE CNRS UMR 8019
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 5

Etude des modèles explicatifs de la santé et de la maladie au travers du pluralisme médical en cancérologie

 

Cette communication vise à vous présenter l’état de ma réflexion suite à ma première année de doctorat. La première partie contextualise la société française contemporaine dans laquelle ma recherche s’insère. J’aborde ainsi la prise en charge en cancérologie, les motivations des personnes touchées par la maladie à mobiliser d’autres thérapeutiques et la place de ces dernières dans les parcours de soins. Dans la seconde partie, je présente la problématique. En m’appuyant sur les propos de Laplantine dans son anthropologie médicale (1986), je souhaite étudier les modèles explicatifs de la santé et de la maladie au travers du pluralisme médical en cancérologie. Enfin, j’expose la méthodologie envisagée.
Chercheur contractuel (postdoc)
Université Versailles-St Quentin (UVSQ)
RT3 Normes, déviances et réactions sociales

Session: 1

A l’école des « capés ». Stigmate et défaut de pouvoir aux sources du sentiment de violence en ITEP

 

L’étude de la violence en Institut thérapeutique Educatif et Pédagogique nous a amené a croiser le regard des enfants, des jeunes, de leurs parents et des professionnels (enseignants, éducateurs) des établissements et à reconsidérer la définition du phénomène à partir de l’expérience de chacun des acteurs. Dès lors les processus d’exclusion, de stigmatisation, de dévalorisation et d’enfermement dans une catégorie médicale vécu par les enfants, les jeunes et leur famille d’une part et le défaut de pouvoir de sanctionner, l’isolement et l’impuissance les professionnels d’autre part sont au cœur de notre réflexion sur les formes et causes de la violence et les « troubles du comportements ».
Chercheur contractuel (postdoc)
Université Versailles-St Quentin (UVSQ)
RT11 Sociologie de la consommation et des usages

Session: 5

Freins à l’usage des VE : une approche par la sociologie de la consommation

 

La littérature en sciences sociales qui porte sur l’usage et la diffusion d’une innovation de rupture telle que le Véhicule Electrique (VE) s’intéresse notamment à identifier les freins éventuels à son acceptabilité sociale (Labeye et al., 2011 ; Midler et al., 2010). Pour autant que les usagers soient considérés, dans nombre de contributions, comme de pleins acteurs du parcours de l’innovation (Akrich, 1998 ; Von Hippel, 2005 ; Scheid, 2007), il n’en reste pas moins que l’analyse de ces obstacles au marché du VE bénéficie grandement d’une approche par la consommation (Cocron et al., 2011 ; Nguyen et Cahour, 2014). A travers l’enquête que nous menons depuis 2013 au sein du consortium Eco2Charge (E2C), qui réunit plusieurs acteurs industriels et académiques autour d’un projet d’expérimentation de bornes de recharge communicantes pour VE, nous avons pu récolter, auprès des usagers des sites de l’expérimentation de nombreuses données, tant qualitatives que quantitatives, sur leurs pratiques, leurs habitudes et leurs besoins. L’entrée par la consommation présente, sous un jour différent, les différents freins au développement du marché du VE. En interrogeant les qualités du VE (Callon et al., 2002 ; Karpik, 1989), en identifiant les dispositions et les dispositifs (Cochoy, 2004 ; Dubuisson-Quellier, 2006) à l’œuvre dans son attachement aux utilisateurs pionniers (Callon et Muniesa, 2003 ; Goulet et Le Velly, 2013 ; Urban et Von Hippel, 1988), émergent des éléments de comparaison entre consommation thermique ou électrique, qui autorisent une analyse critique de la relation marchande spécifique (Chantelat, 2002 ; Kessous et al., 2005) qui se noue autour du VE. 
Chercheur contractuel (postdoc)
Université Versailles-St Quentin (UVSQ)
GT47 Sociologie Visuelle et Filmique

Session: 5

« Tourist Pics » : quels outils et techniques pour l’exploitation qualitative d’une base de données photographiques

 

La photographie, en sciences sociales, constitue une double ressource : d’une part, elle est une technique d’observation dans une sociologie visuelle (Becker, 1974 ; Harper, 1998 ; Piette, 1992) ; d’autre part, elle offre des données propres à supporter l’analyse scientifique, dans ce qui devient alors une sociologie du visuel et de ses usages sociaux (Boetsch et Savarese, 2000 ; Bourdieu et al., 1965). Pour ce qui nous concerne plus directement, l’étude des pratiques photographiques des touristes a offert des développements prometteurs : qu’il s’agisse de l’existence d’un fond commun de représentations photographiques auquel puisent les touristes photographes (Urry, 1990), de celle d’un cadre collectif à la définition de l’exotisme ou de l’authenticité (Picard et Robinson, 2009) ou encore de l’impact de l’activité photographique sur les sociétés et lieux visités (Chalfen, 1979 ; Giraud, 2002). Notre communication se fonde sur une recherche lors de laquelle nous avons créé une base de données de photographies touristiques. Quelles sont les techniques qui permettent d’exploiter les photographies versées par les acteurs sociaux ? Quels sont les outils numériques qui peuvent être utiles pour faire de cet agrégat un corpus propre à l’analyse scientifique ? Par quels moyens peut-on interroger les modalités de construction de ce regard photographique ? En somme, comment peut-on se questionner sur l’existence, la production et la transmission des cadres du regard photographique touristique ? Nous tenterons donc de partager nos choix techniques afin de susciter le débat sur son aspect méthodologique.  
Enseignant-chercheur
Agrocampus Ouest
RT38 Sociologie de l'environnement et des risques

Session: 1

Objets et méthodes sociologiques de l’enseignant-chercheur dans un institut des sciences du vivant : quels apports pour la sociologie de l’environnement ?

 

Cette communication propose d’aborder deux objets iconoclastes dans les congrès de chercheurs en sociologie, celle d’une part du statut d’enseignant-chercheur et des interactions multiples en l’activité d’enseignement et celle de recherche, celle d’autre part du statut isolé de sociologue dans un institut supérieur d’enseignement et de recherche consacrés aux sciences de l’ingénieur : deux situations banales, deux aspects peu reconnus comme contextes spécifiques de réalisation de la recherche. Et si ces deux éléments généraient non seulement des situations particulières pour la recherche en sociologie (de l’environnement ici, et c’est bien ce que nous aborderons), mais aussi des conditions propices à l’innovation en termes de perspectives et de problématiques ?Etre enseignant-chercheur est le lot de nombre d’entre nous. Il est admis que les recherches de l’enseignant-chercheur constituent le socle de son enseignement.  Pourtant, un paradoxe émerge : alors même que le modèle diffusionniste dans le domaine de l’enseignement est largement remis en cause, la figure de l’enseignant-chercheur transmettant son savoir et le fruit de ses recherches reste dominante dans les représentations  de l’enseignement supérieur.Interroger la réciproque, à savoir l’effet du contexte d’enseignement sur nos pratiques de recherche, offre sans doute pourtant une image plus réaliste des conditions contemporaines réelles de nos travaux. Il s’agit ici de livrer quelques éléments réflexifs à partir de notre position d’enseignant-chercheur en sociologie dans une école d’ingénieur agronome, avec un investissement particulier dans une spécialisation de niveau M2 intitulée « Génie de l’environnement ».Notre démarche d’enseignement repose sur des mises en situation professionnelles pour nos étudiants : diagnostic de territoire, contribution à des projets de gestion territoriale des ressources naturelles, sont des exemples d’exercices sub-professionnels proposés par des commanditaires, et tenus à résultats de qualité dans un cadre de pédagogie par projets tutorés. De telles commandes imposent un lien permanent et étroit avec des professionnels de l’environnement, et offrent l’occasion de dialogues et d’analyses annuellement renouvelés : sur le plan sociologique, une telle situations nous a fréquemment permis de faire émerger des objets de recherche ou des modes de problématisation qui se développent ensuite dans des projets de recherche en tant que tels. Ceux-ci, en retour, offrent le moyen de proposer de nouveaux travaux d’étudiants, en collectifs tutorés ou individuels (stages).Notre démarche pour cette communication consistera en plusieurs traversées de ces pratiques selon les axes suivants :-          L’inventaire des objets de recherche spécifiques nés des commandes de mise en situation pédagogique pour nos étudiants. Les modalités d’émergence de ces sujets de travail, et l’analyse de leur nature (que nous inventorierons soigneusement sur la période 2008-2015) nous permettront d’interroger la nature de champs émergents ou actifs pour la sociologie de l’environnement. L’ensemble des observations sera justifié par le constat suivant : les mises en situations pédagogiques recherchées traquent les questions socialement vives dans le domaine environnemental, à des fins de qualité et de modernité pédagogique. Les sujets abordés constituent-ils un baromètre intéressant ? -          Les choix méthodologiques opérés pour ces enquêtes sociologiques à vocation pédagogiques. Ceux-ci reposent sur deux injonctions : la première, prévisible, consiste à stabiliser la démarche scientifique appliquée aux sciences humaines dans les connaissances acquises par nos étudiants. Nous en soulignerons les éléments principaux pour mémoire. La seconde, plus inspirante, consiste à déployer l’éventail de justifications méthodologiques que nous sommes amenés à proposer à nos collègues enseignants de sciences dites « dures » avec lesquels nous élaborons notre formation en génie de l’Environnement. Ces situations de projet avec les étudiants souilgnent en effet les concordances et discordances des méthodes scientifiques : nous explorerons  les méthodes sociologiques que nous avons mobilisées, et même parfois inventées, pour permettre ce dialogue interdisciplinaire autour d’objets environnementaux communs. -          L’usage des connaissances sociologiques produites (car il y en a !) dans le cadre de ces projets pédagogiques interdisciplinaires. Nous y voyons des éléments allégoriques de la place qu’occupe la sociologie de l’environnement dans le panorama cognitif et politique actuel, et des processus (commande, justification, fonctions) auxquels elle est soumise dans l’espace public et institutionnel. Nous avancerons quelques éléments prudents de réflexion dans ce sens à partir de la synthèse de ces expériences.
Doctorante
LISST-CERS, Université Toulouse II
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 2

« Je ne vois que des malades parce que je suis médecin » : les médecins généralistes face à la médicalisation de l’usage de drogues

 

Jusqu’aux années 1990, les politiques françaises en matière de drogues se caractérisaient par une absence de médicalisation de la « toxicomanie » : considérée comme le symptôme d’une souffrance psychique, sa prise en charge était dominée par des thérapies d’inspiration psychanalytique (Bergeron 1999). Aujourd’hui, le paradigme englobant des « conduites addictives », issu de la neurobiologie et de la psychologie comportementale, tend à inclure la dépendance aux drogues dans la catégorie des troubles mentaux (Fortané 2010). Les traitements de substitution aux opiacés (TSO), mis sur le marché en 1995 dans le cadre de la politique de réduction des risques liés à l’usage de drogues, instaurent, pour la première fois en France, une réponse médicamenteuse à cette pratique. En autorisant la prescription du Subutex par tout médecin, la politique de dispensation des TSO place les généralises libéraux en principaux agents de la « médicalisation » de la dépendance aux opiacés. Dès lors, les « toxicomanes » deviennent potentiellement des patients de la médecine générale.Que font les médecins généralistes prescripteurs de cette injonction à soigner la « toxicomanie » ? Sur la base d’un matériau empirique qualitatif (entretiens de médecins et de patients, observations de consultations), nous montrerons que même si tous les généralistes ne considèrent pas la dépendance comme une maladie, ils cherchent à l’inclure dans leur périmètre d’intervention pour répondre à la demande des patients. Pour ce faire, ils se livrent à des analogies avec des pathologies organiques qu’ils rencontrent couramment : la maladie aigüe guérissable, d’une part, où l’objectif doit être le sevrage rapide du médicament de substitution ; la maladie chronique, d’autre part, qui, au contraire, s’accommode d’une maintenance sous traitement de longue durée destinée à favoriser l’amélioration de la « qualité de vie » du patient, selon des critères définis par les médecins. De ce point de vue, la prise en charge est élargie au plan social, au delà du biologique.L’ambivalence de l’attitude des généralistes face à la dépendance aux opiacés active avec acuité une tension inhérente à la médecine générale dans son ensemble : entre une médecine curative organique, et une médecine « globale » qui prend en compte l’individu dans ses composantes psychologique et sociale. Plutôt que le problème de la « médicalisation » d’une pratique sociale, la prise en charge des « toxicomanes » en médecine générale met en jeu la nécessité, pour les médecins, de répondre à une plainte – la « dépendance au client » (Freidson 1984) – qui implique bien souvent sa retraduction en termes médicaux ou biologiques.
MCF
Université de Rouen
RT4 Sociologie de l'éducation et de la formation

Session: 2

Le recours à l’univers médico-psychologique par des parents enseignants : une nouvelle forme d’inégalité ?

 

Un ensemble de données du Ministère de l’éducation nationale témoigne de la réussite scolaire des enfants d’enseignants. Par exemple, 90% des enfants d’enseignants observés en sixième en 1995 ont obtenu le baccalauréat environ sept années plus tard, contre 40,7% des enfants d’ouvriers non-qualifiés (Note d’information 10-13). Mais que dire des 10% d’enfants d’enseignants observés en sixième en 1995 qui n’ont pas obtenu le baccalauréat environ sept années plus tard ? Ces cas aux marges des statistiques témoignent-ils d’un glissement des explications des inégalités scolaires par des inégalités sociales à des explications liées aux caractéristiques intrinsèques des élèves ?  A partir d’un matériau constitué d’enquêtes par entretien (27 interviews menées avec des parents et leurs enfants), de bulletins scolaires et diplômes, de courriers échangés avec les acteurs de l’éducation nationale, de tests d’intelligence, etc. nous avons axé notre travail sur la compréhension de ces irrégularités sociales et la mobilisation des parents pour « maintenir à flot » une scolarité marquée par des échecs, des redoublements, des orientations subies, des abandons. L’analyse de nos données – en cours – révèle que la mobilisation parentale autour des enjeux scolaires, pensée en fonction de la nature du jeune,  se positionne tout à la fois du côté des sphères scolaire, familiale, de loisirs, professionnelle et, c’est sur ce dernier point que nous souhaiterions insister, médicale (Morel, 2014). La mobilisation parentale passe effectivement par le recours à des professionnels de la santé, pour l’essentiel orthophonistes et psychologues. Il s’agit là de trouver des solutions pour pallier à des difficultés scolaires, voire des problèmes de comportement. Les parents, une fois leur enfant repéré et étiqueté comme « dys » (Garcia, 2013) ou « surdoué » (Lignier, 2012), revisitent leur rapport à l’institution scolaire : l’école est jugée impuissante pour remédier aux difficultés de leur enfant, mais elle est en même temps instrumentalisée, la reconnaissance d’un trouble du langage justifiant la mise en place d’adaptations pédagogiques, le choix d’un établissement, voire la contestation des pratiques enseignantes. Les interprétations psychologisantes, davantage culpabilisantes, sont quant à elles utilisées dans la sphère scolaire afin que le corps enseignants comprenne l’enfant dans toute sa complexité. La mobilisation – stratégique – de ressources médico-psychologiques, parce qu’elle requiert non seulement du temps, mais aussi des capitaux scolaire, social, économique et informationnel, conduit à de nouvelles formes d’inégalités entre les familles dotées et démunies. Loin de ne concerner que les enfants d’enfants en difficulté scolaire, le recours aux professionnels de la santé est d’ailleurs utilisé par quelques autres familles enseignantes enquêtées, qui le conçoivent tel un filet de sécurité au moindre petit dérapage.  Bibliographie :BOURDIEU P., (1980), « Le capital social. Notes provisoires », Actes de la recherche en Sciences sociales 31, p. 2-3.BOURDIEU P., PASSERON J.-C., (1994), Les héritiers. Les étudiants et la culture, Paris, Editions de Minuit.DA-COSTA LASNE a., (2012), La singulière réussite scolaire des enfants d'enseignants : des pratiques éducatives parentales spécifiques ?. Thèse en sciences de l'éducation, Iredu.Daverne, C. (2009). « Des trajectoires scolaires et professionnelles atypiques. Et si « être bien né » ne suffisait pas…. », L’orientation scolaire et professionnelle, n°38, 307-323.DUBET F., MARTUCCELLI D., (1997), A l’école, sociologie de l’expérience scolaire, Paris, Editions du Seuil.Garcia S., (2013), A l’école des dyslexiques. Naturaliser ou combattre l’échec scolaire ? Paris, La Découverte.HENRI-PANABIERE G., (2010), Des "héritiers" en échec scolaire, Paris, La Dispute.Le Pape M.-C. et van Zanten A. (2009), « Les pratiques éducatives des familles », in M. Duru-Bellat et A. van Zanten, Sociologie du système éducatif. Les inégalités scolaires, Paris, PUF, p. 185-205.LIGNIER W., (2012), La petite noblesse de l’intelligence. Une sociologie des enfants surdoués, Paris, La Découverte.MOREL S., (2014), La médicalisation de l’échec scolaire. Paris, La dispute.van Zanten A. (2009), Choisir son école, Stratégies individuelles et médiations locales, Paris, PUF.  
doctorant
Paris Diderot, CESSMA, IRMC
RT35 Sociologie du monde associatif

Session: 5

Associations et/ou révolution : les « compétences » et l'encadrement de la « population cible » entre chômeurs et entrepreneurs. Le cas de la Tunisie après 2011.

 

En Tunisie, la période qui suit le 14 janvier 2011 (date symbolique de la révolution) ne se caractérise pas tout simplement par l'affirmation des libertés politiques, mais aussi par la poussée de l'engagement civique avec la création d'une multitude d'associations. Le mouvement protestataire qui a abouti à la révolution de 2011 s'est noué autour des questions d'emploi, de développement et de justice, notamment portées par les jeunes des régions marginalisées, qui réagissaient ainsi aux situations de chômage et exprimaient leur désir d'intégration socio-économique (Hibou 2011). Les nouvelles associations se concentrent justement sur la question du développement, d'autant plus que les autorités publiques semblent incapables de prendre en charge les problèmes de la marginalisation socio-économique et du chômage.Pourtant, les questions socio-économiques du développement, du chômage et de la marginalisation – politisées auparavant par le mouvement contestataire – sont le plus souvent appréhendées par les associations du point de vue d'une « intervention technique ». Les appels se multiplient pour la « neutralité de la société civile », lorsque les financements pour les associations arrivent de manière massive et tout un secteur d'appui et de formation aux « bonnes pratiques » s'institutionnalise.Le discours porteur de ce secteur associatif est celui des « compétences » : à la fois les compétences des opérateurs associatifs et la transmission des compétences à la « population cible », censée résoudre – ou, au moins, réduire – les problèmes socio-économiques. Ce discours est visible, d'un côté, dans les diagnostics, les projets et les rapports produits par les associations et, de l'autre, dans le discours tenus par les opérateurs et les responsables associatifs lors des entretiens à propos d'eux-mêmes et de leur mission.En prenant la catégorie de « compétence » comme enjeu central des associations tunisiennes, l'exposé aura la finalité de saisir deux conséquences divergentes de la prise en charge « technique » de la question socio-économique. En premier lieu, la promotion des compétences des opérateurs associatifs entraîne des opportunités de carrière, au sein du secteur associatif, ainsi que dans des secteurs contiguës. En second lieu, la promotion des compétences de la « population cible » risque paradoxalement de pérenniser des situations de précarité et de dépendance, sous l'étiquette de soutien à l'entrepreneuriat.Cette recherche prend notamment en considération les associations de micro-crédit, d'économie sociale et d'économie islamique. Les trois types d'associations travaillent strictement avec deux « pôles » d'activités différentes : les institutions de connaissance (le milieu de l'expertise et universitaire) et les institutions financières (les bailleurs de fonds nationaux ou internationaux et les banques islamiques). Les opportunités de carrière se fondent sur ce réseau : le travail associatif est souvent le tremplin d'une carrière ou le moyen pour s'insérer dans des milieux professionnels et économiques où le capital social est déterminant. En alternative, les initiatives de « renforcement des capacités » organisées par les ONG et les coopérations internationales créent un personnel associatif particulièrement bien inséré, qui pourra avoir des opportunités de carrière dans d'autres organisations non gouvernementales.La promotion des compétences de la « population cible » est proposé comme levier à la marginalisation socio-économique par les associations. Elle est organisée à travers des formations, des dispositifs de soutien à l'auto-emploi ou de micro-crédit et d'accompagnement. En raison de la rhétorique de l'ancien régime sur l'éducation comme moyen de promotion sociale et suite à la politisation du chômage lors de la révolution, en Tunisie quelqu'un est communément considéré « chômeur » non seulement s'il ne travaille pas, mais aussi s'il ne travaille pas dans le secteur public (notamment dans les cas de précarité et d'absence de sécurité sociale) ou s'il ne travaille pas dans son domaine d'étude. Lorsque les pouvoirs publics et le secteur non gouvernemental confie la solution du chômage à la catégorie attrape-tout d' « entrepreneuriat » – à laquelle l'auto-emploi est associé –, des situations intermédiaires et de va-et-vient entre chômage et entrepreneuriat se créent. D'un côté, le « modèle entrepreneurial », en valorisant les compétences et l'initiative individuelles en tant que condition pour sortir de la marginalisation socio-économique, individualise et psychologise la question du chômage – en d'autres termes, la dépolitise et la charge sur l'individu. De l'autre, les dispositifs associatifs fournissent plus de ressources au chômeur-entrepreneur qui, seul face à l'association et au « marché », se retrouve souvent dans un prolongement du chômage. Parfois, sa situation de précarité et de dépendance semble augmenter. Cette recherche se base sur une enquête de terrain – en cours – dans les régions de Tunis, de Sfax et de Kasserine. L’enquête est réalisée à travers des entretiens semi-directifs auprès de responsables et militants associatifs, ainsi que du personnel des organisations de leur réseau, et d'observations participantes aux activités associatives. Seront utilisées aussi des analyses spatiales et des documents produits par les organisations considérées. Ben Néfissa, Sarah. « Le mouvement associatif égyptien et l’Islam ». Maghreb - Machrek 135 (1992).Bozzo, Anna et Jean-Pierre Luizard, dir. Les sociétés civiles dans le monde musulman. Paris: La Découverte, 2011.Hibou, Béatrice. Le moment révolutionnaire tunisien en question : vers l’oubli du mouvement social ?. CERI - Sciences Po, 2011. Olivier de Sardan, Jean-Pierre. Anthropologie et développement: essai en socio-anthropologie du changement social. Karthala Editions, 1995.
Professeur
Universidade Federal de Goiás
RT7 Vieillesses, vieillissement et parcours de vie

Session: 2

Les Personnes âgées dans la société brésilienne: conditions de vie et politiques sociales

 

La société brésilienne est engagée dans un processus de reconfiguration de sa structure générationnelle, avec la réduction proportionnelle - et même en chiffres absolus – de la population des enfants et des jeunes, ainsi que l'augmentation proportionnelle et absolu de personnes âgées dans la population totale. Il s'agit d'un nouveau contexte dans la société brésilienne, avec la présence de plus en plus participative des personnes âgées dans la vie sociale. C'est un phénomène de plus grande ampleur, qui a pris un rythme rapide au cours des vingt dernières années et dont les conséquences sont évidentes aujourd'hui, d'autant plus que ces reconfigurations se développe dans une société marquée par une forte inégalité sociale, faible pouvoir d’achat de grande partie de la société et par des politiques de protection sociale résiduelles. L'objectif de cette communication est d'analyser la reconfiguration de la société brésilienne avec cette présence croissante des personnes âgées et le rôle qu'ils développent pour faire valoir leurs droits dans une société asymétrique. Ainsi, l'analyse porte sur la levée de la reconfiguration de la structure d'âge dans une période récente (1992-2013), les conditions sociales et matérielles de vie, dans lesquelles cette génération est inséré et les politiques sociales développées au cours de la période qui se feront sentir chez les personnes âgées.  Ce travail est basé sur l'utilisation de données qualitatives et quantitatives, en utilisant la base de données de l'Enquête Nationale par Sondage Domiciliaire (PNAD), menée chaque année par l'Institut Brésilien de Géographie et de Statistique (IBGE), pour développer un échantillon longitudinal des années 1992-2013, afin de vérifier la part croissante des personnes âgées dans la population et les conditions matérielles dans lesquelles cette participation se produit. Et, d’autre part, il recherche les politiques sociales qui règlementent et protègent les droits des personnes âgées et l'analyse de la lutte politique ils se produisent de la période pendant laquelle ces politiques sont en cours de discussion.
Doctorante
Université Paris VII
RT24 Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité

Session: A définir

Les rapports de classe et de « race » dans l’angle mort du traitement politique et institutionnel de la prostitution en France.

 

 Cette communication se propose d’analyser les effets d’une approche politique et institutionnelle de la prostitution qui privilégie les rapports de sexe, au détriment d’autres rapports sociaux, notamment ceux de « race » et de classe. Pour ce faire, je m’appuierai d’une part, sur l’analyse des débats parlementaires et médiatiques depuis le dépôt d’une proposition de loi à l’Assemblée nationale « contre le système prostitutionnel » en décembre 2011, et d’autre part, sur une enquête auprès des acteurs de la lutte contre la traite des êtres humains (police, administration et associations) et des personnes identifiées comme « victimes de traite des êtres humains.»[1]La proposition de loi « contre le système prostitutionnel » affiche dès l’introduction sa volonté d’aborder la prostitution sous l’angle des rapports de sexe. Cette lecture genrée est doublée d’une dénonciation de la violence spécifique qui serait faite aux prostituées étrangères, dont la seule évocation permet de conclure à la présence de faits de « traite des êtres humains ». Ce prisme amène les porteurs de cette loi à concentrer leurs efforts autour de deux volets : l’un répressif, qui renforce le dispositif de lutte contre des figures de « coupables » (Guiraudon 2008) essentiellement masculines, et l’autre humanitaire, qui vise à encourager la « sortie de la prostitution » à travers des mesures de protection et d’accompagnement social des victimes. Ce dispositif ne prévoit pas d’aide spécifique (autre que celle qui existe déjà dans le code de l’action sociale) pour les prostituées françaises, mais propose une aide financière et administrative, quoique conditionnelle, pour les seules étrangères. Il est ainsi prévu qu’elles puissent bénéficier d’une aide de 300€ par mois, à condition d’être prises en charge par une association agréée par l’administration.L'objectif est ici de montrer qu’une approche qui privilégie le seul prisme du genre et qui évacue toute lecture matérialiste des rapports sociaux pris dans leur consubstantialité (Kergoat 1982; Dorlin 2009), donne lieu à des préconisations politiques qui consolident le statut de subalterne des femmes immigrées. Par ailleurs cette lecture contribue non seulement à occulter mais aussi à essentialiser et renforcer les rapports de « race » et de classe. Certains groupes de femmes sont ainsi conçus comme « naturellement » éloignés de toute forme d’émancipation, alors que d’autres sont renforcés dans leur position dominante. [1] Cette enquête a été menée dans le cadre de ma recherche doctorale entre 2009 et 2014 dans plusieurs villes de France. 
Chercheur
UFMA
GT45 Groupe de travail "Sociologie des conflits"

Session: 6

Le Syndicat des professeurs au Brésil : Pour une analyse Socio-historique des luttes syndicales dans le post-Lula.

 

Le syndicat des professeurs est un lieu important pour comprendre le syndicalisme dans le post-Lula au Brésil. Ce sont des syndicalistes professionnels qui arrivent au pouvoir avec le soutien des intellectuels et des travailleurs. A la fin des années soixante-dix le Brésil a connu, sous l’influence des courants critiques et/ou marxistes, le début d’un « nouveau syndicalisme ». Ce mouvement social devient plus important avec la création du Parti des Travailleurs (PT) et la fondation de la Central Unique des Travailleurs (CUT). Les professeurs ne sont pas restés indifférent à ce fait historique. Ainsi, au début des années 1980 les grèves éclatent dans les Universités. La lutte était contre les politiques économiques de l’Etat qui cherchaient à réduire les salaires des professeurs ainsi que privatiser les Universités publiques. Le discours de Lula rencontre vite la philosophie libérale et l’autonomie du syndicalisme et de la classe ouvrière est à l’horizon du socialisme du PT comme il était au centre du libéralisme. L’orientation générale était que, syndicat et parti faisait partie d’un même mouvement : l’émancipation définitive de la classe des travailleurs par eux-mêmes. Mon hypothèse est que la fécondité et durabilité  de la doctrine du gouvernement du PT-Lula a été la réappropriation de l’esprit révolutionnaire pour le maître au service d’un projet politique néolibérale en utilisant surtout la force du « nouveau syndicalisme » que lui-même a aidé à construire.  Le gouvernement du PT apparaît le plus souvent lié aux intérêts des banques et des industries en faisant du parti le bras politique de la classe dominante et en liant le syndicalisme aux intérêts de l’Etat et du patronat. C’est pourquoi on peut dire que le syndicalisme d’action direct, au Brésil, a triomphé pour une très brève période. Les syndicalistes liés à la CUT avaient surtout une envie de pouvoir. Le PT et la CUT ont fait de la référence à une classe un instrument de manipulation au service d’un régime despotique qui s’est transformé en un régime qui soutient les nouvelles doctrines capitalistes. Dans ce cas il y une rupture entre l’action politique et les acteurs sociaux qui ont conduit Lula au pouvoir, surtout les classes moyennes et les enseignants. L’autonomie du syndicalisme a été refusée et les « représentants du nouveau syndicalisme », liés surtout à la CUT,  se sont réduit à n’être que des ressources utilisées par le gouvernement. Les intellectuels avaient une croyance au « nouveau syndicalisme » par la haine de la bourgeoisie. S’ils s’y consacrent à la lutte, ils n’imaginaient pas un instant qu’ils travaillent simplement à la restauration des libertés bourgeoises. Cet article, résultat d’une recherche en cours, veut retracer l’évolution des syndicats des professeurs et ses rapports avec le syndicalisme brésilien dans le post-Lula.
Doctorante
 
RT1 Savoirs, travail, professions, RT31 Sociologie du sport et des activités physiques

Session: 4

Que font les basketteuses professionnelles de la réputation ?

 

Cette communication s’intéresse au marché du basket-ball féminin des première et seconde divisions françaises. Alors que notre travail examine les mécanismes de régulation à partir d’enquêtes de terrain réalisées auprès des joueuses, cette intervention revient sur un de ces ingrédients : la réputation. Quelle est sa place dans la gestion des carrières de sportives ? Est-elle un outil consciemment mobilisé pour se positionner sur le marché ? Répondre à ces questions implique d’objectiver ce que l’on appelle les processus réputationnels. Nous verrons d’abord que « soigner sa réputation » ne constitue pas une activité clairement identifiée par les professionnelles, bien que cela soit variable en fonction de leur âge. Nous montrerons ensuite l’existence d’un transfert de réputation, positif et marqué, dans le basket-ball français au féminin : l’instance de formation qu’est l’INSEP (Institut National du Sport et de l’Education Physique) doterait en effet les joueuses sortantes d’une plus-value sur le marché du travail. Ces éléments devraient éclairer des jeux de placement propres aux joueuses et montrer le rôle qu’occupe la fédération. Enfin, la communication nous donnera l’occasion de discuter de l’usage des discours indigènes de professionnelles pour comprendre leur sort sportif. On se demandera par exemple dans quelle mesure l’analyse d’un marché du travail sportif peut se passer des discours des agents, ces tiers régulateurs inégalement distribués dans le basket-ball féminin.
Doctorante
 
RT1 Savoirs, travail, professions, RT31 Sociologie du sport et des activités physiques

Session: 4

Que font les basketteuses professionnelles de la réputation ?

 

Cette communication s’intéresse au marché du basket-ball féminin des première et seconde divisions françaises. Alors que notre travail examine les mécanismes de régulation à partir d’enquêtes de terrain réalisées auprès des joueuses, cette intervention revient sur un de ces ingrédients : la réputation. Quelle est sa place dans la gestion des carrières de sportives ? Est-elle un outil consciemment mobilisé pour se positionner sur le marché ? Répondre à ces questions implique d’objectiver ce que l’on appelle les processus réputationnels. Nous verrons d’abord que « soigner sa réputation » ne constitue pas une activité clairement identifiée par les professionnelles, bien que cela soit variable en fonction de leur âge. Nous montrerons ensuite l’existence d’un transfert de réputation, positif et marqué, dans le basket-ball français au féminin : l’instance de formation qu’est l’INSEP (Institut National du Sport et de l’Education Physique) doterait en effet les joueuses sortantes d’une plus-value sur le marché du travail. Ces éléments devraient éclairer des jeux de placement propres aux joueuses et montrer le rôle qu’occupe la fédération. Enfin, la communication nous donnera l’occasion de discuter de l’usage des discours indigènes de professionnelles pour comprendre leur sort sportif. On se demandera par exemple dans quelle mesure l’analyse d’un marché du travail sportif peut se passer des discours des agents, ces tiers régulateurs inégalement distribués dans le basket-ball féminin.
Professeur des universités
Université de Lille1
RT10 Sociologie de la connaissance

Session: 3

Contribution à une sociologie des expectations

 

SContribution à une sociologie des expectationsLa thématique de ce congrès interpelle la sociologie paradoxalement à un moment où les frontières entre nature et culture ou humain et non humain sont de plus en plus poreuses. Si l’anthropologie a inclus dans ses analyses de la société le monde de la nature et des objets (Descola, Douglas, Latour), la sociologie classique les a tenus à distance. La sociologie du corps (Turner) n’est que récente. Au même moment la sociologie des réseaux sociotechniques (Callon et Latour) remet en question « le grand partage » entre société et science et technique.Notre recherche en cours sur l’utopie du posthumanisme et/ ou transhumaniste interroge la capacité de la sociologie à analyser les interrelations entre nature et culture ou humain et non humain autrement qu’à partir du triptyque nature, culture et technologies. Notre analyse part de nos divers terrains dans le domaine des biotechnologies et plus récemment sur le courant du transhumanisme. Nous interrogeons cette utopie comme moteur de ce brouillage entre nature et culture. En quoi la sociologie des expectations nous aide à comprendre les transformations de la société contemporaine dans ses rapports avec la nature et la technique ?isissez ici le résumé de la communication...
sociologue
Anciennement rattachée GEPECS Paris Descartes
RT10 Sociologie de la connaissance

Session: A définir

Le concept de déflexion, angle mort des politiques de solidarité

 

L'éclairage historique de la lutte contre la pauvreté a mis en évidence le rôle central de la charité, puis de la solidarité en France et en Angleterre et ce durant plus de deux siècles. Il a permis de proposer le concept de déflexion comme fragment d'explications d'une réussite inachevée des politiques mises en oeuvre. On reviendra ici sur les conditions de son élaboration et de son application en approfondissant ses enseignements à partir des exigences d'une démarche comparative. Quelle est la place du concept de déflexion dans une sociologie de la connaissance en relation avec d'autres concepts et quelle contribution apporte-t-il à une maîtrise des politiques poursuivies ?
Doctorante
Paris Descartes - Cerlis
RT33 Famille, vie privée, vie publique

Session: 1

Architecture d'une "révolution anthropologique" selon les militants et sympathisants de La Manif Pour Tous

 

  Ma thèse, qui s’ouvre sur la pluralité des formes d’homoparentalité, s'engage à analyser le regard qui est porté en France sur ces dernières afin d’observer en miroir ce que cette perception nous apprend sur notre « ethos familial inconscient ». Plus précisément, cette recherche qui s’inscrit dans une sociologie qualitative, vise à comprendre et à éclairer les discours et les prises de positions défavorables à l’entrée en droit de la parentalité homosexuelle en France. Dans ce cadre, une partie de ce travail s’attache à l’analyse de la constitution et de l’ancrage des discours véhiculés par le mouvement de La Manif Pour Tous. Pour ce faire, je conduis des entretiens semi-directifs avec des militants et des sympathisants de ce collectif. À ce jour vingt-cinq, ces enquêtés sont majeurs et résident sur le territoire français.Du point de vue de ces derniers, les récents changements institués par la loi Taubira rompent avec une certaine conception naturaliste de la famille, et introduisent une véritable révolution anthropologique dont nous expliciterons l’architecture. Egalement, depuis que le débat sur le « mariage pour tous » a surgit au printemps 2012, on a pu observer des définitions distinctes de la notion d’anthropologie se confronter dans les médias. Qu’est ce que signifie l’utilisation de cette notion des sciences sociales et quelle valeur lui accordent-ils ? D’autre part, la nouvelle pluralisation des formes légales de la vie familiale a pu participer au glissement de la rhétorique de certains discours conservateurs vers la mise en avant et la légitimation subséquente du Pacs, dès lors défendu comme un compromis. En effet, beaucoup l’invoquent aujourd’hui de manière à réprouver la nécessité de l’instauration du mariage – et donc de l’adoption – aux couples de même sexe alors qu’il était encore, il y a quelques années, dénoncé par ces mêmes personnes. Cette question, que nous développerons, a d’ailleurs pu entrainer certaines frictions au sein même de la mobilisation conservatrice de LMPT. Elle témoigne par ailleurs de la complexité des dynamiques représentationnelles qui entoure les enjeux législatifs établissant une hiérarchie rénovée entre les différents types de reconnaissance de la vie familiale. 
Doctorante
Girsef-UCL
RT13 Sociologie du droit et de la justice

Session: 4

Réaliser des bâtiments publics en PPP ou via un marché public « classique » : conformité au droit et négociations locales dans deux projets contrastéss

 

La communication s’appuie sur une recherche doctorale portant sur les régimes d’organisation et de négociation dans la réalisation de projets de construction de bâtiments publics. Sur base d’une enquête ethnographique menée, durant deux ans (observation directe des réunions, entretiens, analyse de documents), auprès de deux projets de grande ampleur en Belgique (construction d’une prison sous un mode « Partenariat Public-Privé » et du futur siège du Conseil de l’Union européenne à Bruxelles via une procédure de marché public « classique »), notre communication cherche à renseigner les modes de régulation des conflits les plus prédominants au niveau de la coordination générale des projets. Nous développerons notre contribution en montrant la manière par laquelle les acteurs variés mobilisent les règles de droit, s’en écartent ou les négocient dans le cours de la réalisation des projets. Trois problématiques principales menant à des concertations intenses dans la conduite des projets sont à l’œuvre dans les deux cas observés. Tout d’abord, (1) les projets sont encadrés par de nombreuses règles juridiques d’organisation des marchés publics particulièrement structurantes et variables selon les types de partenariats (PPP, adjudications), qui induisent certaines configurations d’acteurs types (entrepreneurs, commanditaire public, architecte, ingénieur des bureaux d’étude, etc.), et des domaines et des logiques de concertation. (2) Tout projet de construction souffre également, structurellement, de la difficulté du passage entre la formalisation abstraite du projet à réaliser, traduite par un cahier des charges, des plans et des plannings, et la réalisation concrète de l’infrastructure. Malgré toute prévision ex ante, ce passage implique une intense activité de négociation et de résolution de conflits entre les multiples parties prenantes, qui, selon les projets, engagent des intérêts, des agendas, des conventions professionnelles, qui sont constamment mis à l’épreuve au gré des aléas des chantiers. Enfin, (3) les enjeux économiques sont particulièrement importants et continuellement négociés durant le chantier, notamment parce qu’une partie de la plus-value des partenaires privés s’obtient en cours de réalisation des projets au travers de la négociation habille des coûts supplémentaires (mal décrits ou non prévus au départ, ajoutés dans le cours de l’action, etc.), et que les risques financiers liés aux défaillances des uns et des autres sont particulièrement élevés. Ces dimensions clés de la conduite des projets rendent l’activité de coordination très conflictuelle en général, et les ressources juridiques sont constamment convoquées dans le cours de l’action. En nous inscrivant dans la perspective des Legal Consciousness Studies12, nous analysons la mise en acte et l’usage du droit qui encadre les projets (procédures et réglementations), ainsi que la manière dont les professionnels comprennent les règles, les interprètent et font avec3 ; en nous intéressant particulièrement aux situations de conflits. La comparaison des cas montre ainsi des pratiques distinctes de recours à l’externalisation de la résolution des litiges entre les parties (au travers des conseillers juridiques et des juridictions), de négociation interne au travers de compromis locaux, de marchandages financiers compensateurs, etc. Elle conduit à montrer que mener un projet de manière collective dans le respect des règles de droit et des conventions de budget et de délais est sans cesse concurrencé par les traits inverses d’une coordination fragile d’intérêts divergents mettant à l’épreuve le cadre juridique sur fond de marchandage économique.  1 LEJEUNE A., « Les professionnels du droit comme acteurs du politique : revue critique de la littérature nord- américaine et enjeux pour une importation en Europe continentale », Sociologie du travail, n°53, 2011, pp. 216-233. 2 PELISSE J., « A-t-on conscience du droit ? Autour des Legal Consciousness Studies », Genèses, 59/2, 2005, pp. 114- 130.3 EWICK P., SILBEY, S., The Common Place of Law: Stories from Everyday Life, University of Chicago Press, Chicago, 1998.  
Chercheuse post-doctorante
UNIL-CEG
RT24 Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité

Session: 4

Qu’est-ce qu’une violence de genre ? Enjeux politiques, idéologiques et théoriques de la lutte contre la violence conjugale en France et aux États-Unis.

 

Héritière des mobilisations féministes des années 1970, la problématisation féministe de la violence conjugale se fonde sur l'idée d'une asymétrie de genre (Kimmel, 2002) : la violence conjugale est le produit de la domination masculine, et les femmes en sont les principales victimes. Aussi la violence conjugale est-elle comprise comme une forme de contrôle dans le couple, qui se distingue des conflits conjugaux (Jaspard, 2003 ; Johnson, 2006 ; Stark, 2007). Cette approche est mise en pratique dans des associations héritières des mouvements féministes qui accueillent les femmes victimes et leurs enfants, les accompagnent dans leur démarches juridiques et les hébergent parfois. La prise en compte de cette asymétrie de genre s'incarne alors notamment par la non-mixité des associations et par des pratiques d'accompagnement axées autour de la légitimation de la parole des femmes (Allwood, 1998 ; Shechter, 1982). Bien que le problème de la violence conjugale, entendu comme une violence faite aux femmes, soit devenu relativement légitime dans la société, la perspective féministe est continuellement remise en cause, transformée, voire rejetée. Si les enjeux auxquels font face les actrices féministes sont d’ordre politique et idéologique, ils recouvrent également des aspects théoriques sur la définition du concept de genre et du problème de la violence conjugale. Cette communication cherche donc à dresser une typologie des modes de contestation de l’analyse féministe de la violence conjugale afin d’expliciter la façon dont ils envisagent la relation entre le domaine de l’intime, l’individuel et le structurel. Pour cela, elle s’appuie sur une analyse socio-historique du problème public de la violence conjugale en France et aux Etats-Unis ainsi que sur une enquête ethnographique menée principalement en Ile-de-France et dans le comté de Los Angeles. La comparaison permet alors d’éclairer les configurations institutionnelles, politiques et professionnelles dans lesquelles ces différents modes prennent corps. Le premier mode de contestation s’illustre dans le discours de professionnelles des associations spécialisées ou d’acteurs institutionnels et souligne la complexité de la violence conjugale. En opposant le pragmatisme de la prise en charge à la politique féministe, ce premier type peut entrer en résonance avec une forme de psychologisation du social qui tend à occulter l’impact des rapports sociaux. Le second est principalement mobilisé par des groupes masculinistes, et reprend un argumentaire qui resymétrise le problème de la violence conjugale en mettant l’accent sur l’importance, quantitative, des hommes victimes. Ce faisant, la rhétorique masculiniste pointe une supposée essentialisation des rôles sexués dans le discours féministe. En ce sens, elle s’appuie, tout en le détournant, sur une appropriation du concept de genre, en se concentrant sur ses dimensions individuelles et en mettant l’accent sur les notions de « stéréotypes » et de « rôles ». Enfin, le troisième découle de la prise en charge de la violence dans les couples de même sexe dans les politiques publiques et le monde associatif états-unien (McClennen, 2005). Dans ce cadre, les gays tout comme les lesbiennes peuvent être victimes ou auteurs de violences. En se distançant de cette façon de toute essentialisation des représentations des auteurs et des victimes, ce type de critique interroge à nouveau l'analyse structurelle du problème. Dans ces trois modes, la question de la victimation des hommes et celle de la violence des femmes (Cardi et Pruvost, 2012) viennent mettre en doute une analyse structurelle d’un problème vécu intimement. Après un rappel de la définition féministe de la violence, on présentera ces trois types de critiques en interrogeant systématiquement les définitions du genre et de la violence proposées. L’étude du troisième mode de contestation permettra de repenser la problématisation féministe de la violence conjugale dans une perspective intersectionnelle, en l’envisageant comme le produit de plusieurs rapports sociaux (Crenshaw, 2005 ; Incite, 2006 ; Sokoloff et Pratt, 2005).  
Chercheur
CNRS/EHESS/CAMS et MinesParistech (CSI) et ISC-PIF
RT20 Méthodes

Session: 6

Une plateforme logicielle pour explorer de manière comparative des controverses en combinant analyse statistique textuelle et simulation par agents.

 

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Chercheur
CNRS/EHESS/CAMS et MinesParistech (CSI) et ISC-PIF
RT20 Méthodes

Session: 7

Une plateforme logicielle pour explorer de manière comparative des controverses en combinant analyse statistique textuelle et simulation par agents.

 

Ce travail est le fruit d'une collaboration à la fois avec Serge Galam (CNRS/Sciences Po) pour la simulation par agents, David Chavalarias (CNRS/EHESS) pour la fouille de données textuelles et Cécile Méadel (CNRS/Mines ParisTech) dans le cadre d'un programme pédagogique sur la description des controverses (FORCCAST). Cette communication part du constat d'un problème pratique. Pour réaliser une sociologie des controverses, les sources numériques deviennent toujous plus hétérogènes, variées ou diversifiées, et parfois massives. Or dans ces conditions la recherche sociologique se trouve confrontée à l'épreuve de la maîtrise des technologies digitales pour mener à bien son enquête. En effet, pour réaliser une étude à partir de données numérisées conséquentes, il devient de plus en plus nécessaire de maîtriser une chaîne toujours plus longue de compétences à la fois en ingéniérie informatique, en statistique et en linguistique, étant donné que la fouille textuelle de grand corpus numérisés nécessite de nombreux savoir-faire complémentaires. Il s'agit en effet de savoir manipuler différents types de formats de données non structurées, savoir extraire les multitermes spécifiques, savoir réaliser une analyse statistique de cooccurrences pour, enfin, infographier les résultats et les confronter aux hypothèses sociologiques initiales.  La confrontation à la représentation statistique des données permettrait alors selon ses pratiquants d'envisager un autre rapport réflexif à l'enquête sociologique (Chateauraynaud, F., & Torny, D). Toutefois, force est de constater que les nombreuses barrières technologiques à la maîtrise des logiciels et la complexité de la chaîne opératoire rend difficile le dialogue scientifique, voire la réfutation, étant donné que seuls les « experts des données » en maîtrisent les différentes modalités de leur production. On risque alors de se retrouver dans une posture d'argument d'autorité du producteur de données, allié à l'analyste, nouveaux experts de la controverse qui produisent de l'inférence à partir de courbes quantifiées sur des mots (maux?) attribués à des acteurs. C'est pour cette raison que nous avons proposé une approche méthodologique contrefactuelle pour l'interprétation des grandes masses de données combinant à la fois fouille de données et modélisation (Delanoë et Galam, 2015). Cette approche consiste au final à proposer différents scenarii interprétatifs qui peuvent alors être confrontés à l'étude qualitative. Or il semble que la méthode proposée puisse compliquer la situation. Cette chaine de compétences devient encore plus longue et complexe lorsque l'approche méthodologique proposée combine analyse statistique textuelle et simulation par agents pour à la fois décrire (d'abord) et reconstruire (ensuite) l'objet de l'enquête sociologique. L'objectif est en effet de reconstruire les réseaux d'acteurs derrière les dynamiques d'opinion décrites par les traces textuelles concernant des acteurs non humains dans le cadre de controverse ayant trait à la nature. Nous donnerons un exemple actualisé de la controverse autour de la disparition « anormale » des abeilles (apis mellifera) à partir d'un corpus de presse constitué à la fois dans la littérature francophone et anglophone sur une durée approchant 20 ans. En effet, dans chacun des corpus, les acteurs non humains invoqués peuvent être tout aussi bien des abeilles mais aussi des pesticides, des insecticides, des fongicides, des champignons, des virus, un changement climatique etc. C'est à partir de ces arguments, ces preuves invoquées, que les dynamiques d'acteurs seront questionnées. Les différentes étapes de ce cadre exploratoire et heuristique sont les suivantes. Tout d'abord les articles sont catégorisés selons la manière dont les auteurs des articles rapportent le phénomène, c'est-à-dire la manière dont les causes sont impliquées pour thématiser et cadrer le problème public : ces causes peuvent être unifactorielles ou multifactorielles lorsqu'elles mentionnent au moins un facteur pouvant expliquer la raison d'être du problème « public ». Ensuite, les variations des proportions d'agents soutenant l'une ou l'autre description (unifactorielle ou multifactorielle) sont obtenues à partir d'une simulation par agents. En supposant que les agents suivent des influences sociales positionnelles ou dispositionnelles, selon différentes typologies de réseaux au gré de leurs interactions pour élaborer leurs écrits sur le phéonomène, alors leurs réseaux associés sont extraits grâce à un modèle de dynamique d'opinion. Enfin, les distributions de la topologie des réseaux d'acteurs, que nous appelons scenarii, peut être questionnée en retour avec d'autres méthodes qualitatives par entretiens ou ethnographie.  Pour faciliter l'exploration sociologique et le partage de données en tenant compte des limitations de la propriété intellectuelle des documents constituant le corpus, il s'agit alors d'intégrer ces différentes étapes dans une plateforme logicielle dédiée en visant la collaboration scientifique. La plateforme logicielle n'est pas qu'un gain de simplicité, elle permet en outre le partage de ressources et donc de mettre à l'épreuve les observations et les inférences sociologiques. Ainsi, chacune des étapes réalisées peut être questionnée, réfutée, ou modifiée en fonction des besoins de l'enquête. De fait, faire une sociologie (quantifiée) de la controverse questionne autant l'objet d'étude, la controverse, que les outils sociologiques mobilisés et ses processus pratiques pour parvenir à un résultat.
Sociologie du journal télévisé
LCP-CNRS
RT37 Sociologie des médias

Session: 4

De la « grand messe » au miroir social : usages et représentations des journaux télévisés

 

Critiqués, parodiés, décriés, les journaux télévisés de 20 heures sont précisément au cœur de la reproduction et de la subversion des représentations naturalisantes du monde social. Sans chercher à dépeindre le monde tel que le JT le « naturalise », cette communication se propose de penser cette question par le bas, c'est-à-dire en en passant par ses publics (et ses non-publics) pour comprendre en quoi il constitue un miroir social qui satisfait ses récepteurs et une « grand messe » à combattre pour ses détracteurs. Partant des résultats d’une enquête qualitative et quantitative auprès des téléspectateurs des divers JT du soir, nous présenterons les caractéristiques des trois publics-types des JT : celui du 20 heures de TF1, celui du 20 heures de France 2 et celui des « autres » JT du soir. Ces Publics-types traduisant divers rapports à la critique (satisfaction/critique/dénonciation) et aux médias (confiance/méfiance/défiance), il est pertinent de penser les publics des 20 heures ensemble, comme un pôle de récepteurs acceptant le JT comme un média de référence et s’opposant ainsi aux dénonciateurs de son caractère hégémonique. En retraçant les usages et les représentations sociales de ces deux types, nous montrerons où se loge la satisfaction des premiers, en quoi le 20 heures  joue un rôle de miroir social alors considéré comme fidèle à la réalité, alors que son « non-public » en dénonce justement l’aspect « déformant » au nom d’une autre conception de l’information.
 
 
RT3 Normes, déviances et réactions sociales

Session: 2

Les Analogies et Métaphores Médico-chirurgicales dans les travaux des "nouveaux experts en sécurité urbaine"

 

Depuis le tournant du siècle, de nouvelles figures promouvant une « nouvelle criminologie » ont fait irruption dans la scène publique française. Dans le cadre d'une thèse en sociologie, et par le biais d’une analyse textuelle sur un corpus de 24 ouvrages, nous nous penchons sur la rhétorique, les formes d'argumentation et les représentations que ces « nouveaux experts en sécurité urbaine » véhiculent. Issue de ce travail, cette communication s’intéressera à la réitération fréquente des Analogies et Métaphores Médico-chirurgicales qui y introduit un regard pathologique, dramatisé et dramatisant, considérant la déviance comme une « anormalité » dans un sens allant au-delà de non conformation à la norme. Décontextualisées, dénudées de complexité et in fine dépolitisées, des phénomènes déviants disparates (discourtoisies, délinquance de rue, émeutes populaires,…) s’esquissent de la sorte sous la plume de ces « nouveaux experts » comme une menace sournoise pesant sur l’« organisme social » et mettant en péril sa « santé ». Une menace dont l’imminence et le caractère potentiellement mortifère autoriseraient le recours à tout un éventail de mesures d’exception. En même temps, la mobilisation desdits registres lexicaux empruntés aux « sciences dures » permet de réaffirmer symboliquement la « neutralité » de l’acte scientifique tout en projetant aux locuteurs le statut valorisant du « scientifique qui guérit ».
Doctorante
Université de Lausanne
RT2 Migrations, Altérité et Internationalisation

Session: 2

Etranger, musulman et… hautement qualifié: l’intersectionnalité à l’épreuve de la position sociale

 

 Depuis leurs débuts, les sciences sociales des migrations souffrent d’un retard certain lorsqu’il s’agit de proposer des outils conceptuels et théoriques qui soient à même de rendre compte de la complexification des formes migratoires et des modes d’engagement et d’identification des personnes migrantes. Si plusieurs écueils ont pu être surmontés par des développements théoriques récents, notamment dans la manière de penser les espaces sociaux au-delà des frontières nationales, la fluidité des formes de circulation, la capacité d’action des migrants ou la pluralité de leurs modes d’incorporation, la discipline peine à s’émanciper de l’ornière quelque peu misérabiliste qui tend à ne prendre en considération que les migrants situés au pied de l’échelle sociale. Or plusieurs études ont montré que l’expansion des entreprises multinationales et l’internationalisation de certaines professions ont largement contribué à favoriser la migration hautement qualifiée, notamment dans le domaine des sciences, de la technologie ou de la finance. Ce thème reste toutefois encore peu exploré par les approches qualitatives en sciences sociales des migrations, et ceci en dépit de l’apport majeur qu’il pourrait constituer, que ce soit sur un plan empirique, méthodologique ou théorique, dans notre manière d’appréhender les processus de stigmatisation et d’altérisation à l’œuvre dans les phénomènes migratoires. La présente communication cherche à pallier cette lacune en explorant les modes de (re)présentation et d’identification de migrants hautement qualifiés de culture musulmane à Genève. L’économie suisse a été marquée ces dernières décennies par une transition vers une économie de compétences, accroissant la demande en personnel qualifié ; de plus, la ville de Genève représente un terrain privilégié pour l’étude des migrations hautement qualifiées en raison de l’implantation sur son territoire de nombreuses organisations internationales et entreprises multinationales. En me basant sur des observations conduites dans le cadre du projet Islam (in)visible en ville, dirigé par la Prof. Monika Salzbrunn et qui vise à explorer la manière dont les personnes de confession ou de culture musulmane inscrivent leur présence dans l’espace urbain de la métropole lémanique, j’ai pu constater que la position sociale était un facteur déterminant dans leurs pratiques quotidiennes et leurs modes de positionnement. Si les migrants hautement qualifiés jouissent historiquement d’une meilleure image que les autres migrants, leur capital (social, culturel, économique et symbolique) leur confère de surcroît davantage de ressources dans leur manière de se positionner face au discours dominant sur l’islam et les musulmans en Suisse. A travers l’analyse du parcours et des récits de vie de migrants hautement qualifiés de culture musulmane à Genève, je chercherai à montrer comment ces personnes façonnent et mobilisent une forme d’ « orientalisme », répondant à la fois à une certaine rhétorique du cosmopolitisme et à un processus global de marketing urbain de la diversité. 
Doctorante
Observatoire Sociologique du Changement - Paris
RT5 Classes, inégalités, fragmentations

Session: 1

La mobilité sociale au prisme de la mémoire. Les récits des « enfants des bidonvilles »

 

Cette communication porte sur les incidences biographiques d’une expérience résidentielle à valeur d’épreuve, les bidonvilles des années 1960. Elle s’appuie sur une recherche doctorale en cours composée d’entretiens auprès d’ex-« enfants des bidonvilles » de Nanterre et Champigny-sur-Marne, d’origines portugaise et algérienne (N=55), d’observations des espaces locaux et d’analyses de sources écrites. En tenant compte de « l’amont, [du] pendant, et [de] l’après » des bidonvilles, l’enquête a permis de dégager différentes « unités générationnelles » (Pagis, 2009) d’enfants des bidonvilles, qui entretiennent un rapport différent à cette expérience de très forte précarité, ségrégation et stigmatisation.L’intervention se concentre sur l’unité générationnelle marquée par des parcours de forte ascension sociorésidentielle. Après l’exposition des déterminants de ces trajectoires, sont analysées les dynamiques narratives associées à la « tension » propre aux récits de mobilité sociale (Naudet, 2012). Je montre ensuite l’importance de la structure des espaces de « dicibilité » (Pollak, 1986) et des dynamiques mémorielles (Lepoutre, 2005) pour saisir la façon dont ces récits se constituent et s’intègrent dans la construction des identifications individuelles et collectives. Si, du fait de contraintes structurelles, les espaces de transmission familiale et de sociabilité locale se restreignent, les enfants des bidonvilles en ascension sociale sont ceux qui s’engagent dans des entreprises de légitimation de ce passé en investissant des scènes publiques et politiques.
Doctorant en sociologie
Université de Caen Basse-Normandie
RT1 Savoirs, travail, professions, RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 6

Le corps en réanimation : prendre soin en milieu technique

 

À partir d’une enquête ethnographique sur les personnels soignants des services hospitaliers de réanimation, cette communication propose une analyse du travail sur le corps en milieu technique. Il s’agit d’interroger comment, dans ces services marqués par la raison médicale, les soignants en charge des soins d’hygiène et de confort travaillent les corps « techniqués » des patients. Car les services de réanimation se définissent d’abord comme des espaces fondés sur une approche technique et scientifique de la médecine. Le poids des données chiffrées, la surveillance continue des constantes vitales, ou l’ampleur de l’appareillage invasif font des corps des patients de réanimation des matériaux « techniqués ». Selon le langage indigène, les patients sont « sédatés », « intubés-ventilés », « dialysés », « trachéotomisés », « curarisés », « sondés », « perfusés ». La division du travail s’établie autour d’une prise en charge technique convoquée pour le rétablissement des corps susceptibles de présenter plusieurs défaillances multiviscérales aigües. Dans ce contexte d'incertitude qu’en est-il des pratiques du quotidien sur le corps (manger, se laver, se coiffer, s’assoir, etc.) en milieu technique ? Quelle forme les personnels en charge des soins d’hygiène et de confort donnent-ils à ces gestes ? Et plus globalement, n’y a-t-il que de la technique dans le traitement des corps en réanimation ? L’observation sur site révèle que les soignants opèrent selon une rhétorique du « prendre soin ». Celle-ci consiste en une articulation de savoirs techniques normalisés et de pratiques sociales incorporées - des « techniques du corps » - chargées d’une dimension symbolique dépassant le cadre strictement médical. S’ils prennent une forme technique, les soins d’hygiène et de confort visent également à redonner une « apparence humaine » aux corps « techniqués ». Laver, coiffer, raser, habiller, ou mobiliser les corps sont présentés par les soignants comme autant de gestes réalisés pour les patients et leur famille mais peut-être aussi, dans une autre mesure, pour eux-mêmes. Dans cette perspective apparaît une forme de « prendre soin » du corps en milieu technique, forme qui relève, en tant qu’expertise d’un travail sur le corps, d’une dynamique professionnelle spécifique aux soignants des services de réanimation.
Doctorant en sociologie
Université de Caen Basse-Normandie
RT1 Savoirs, travail, professions, RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 6

Le corps en réanimation : prendre soin en milieu technique

 

À partir d’une enquête ethnographique sur les personnels soignants des services hospitaliers de réanimation, cette communication propose une analyse du travail sur le corps en milieu technique. Il s’agit d’interroger comment, dans ces services marqués par la raison médicale, les soignants en charge des soins d’hygiène et de confort travaillent les corps « techniqués » des patients. Car les services de réanimation se définissent d’abord comme des espaces fondés sur une approche technique et scientifique de la médecine. Le poids des données chiffrées, la surveillance continue des constantes vitales, ou l’ampleur de l’appareillage invasif font des corps des patients de réanimation des matériaux « techniqués ». Selon le langage indigène, les patients sont « sédatés », « intubés-ventilés », « dialysés », « trachéotomisés », « curarisés », « sondés », « perfusés ». La division du travail s’établie autour d’une prise en charge technique convoquée pour le rétablissement des corps susceptibles de présenter plusieurs défaillances multiviscérales aigües. Dans ce contexte d'incertitude qu’en est-il des pratiques du quotidien sur le corps (manger, se laver, se coiffer, s’assoir, etc.) en milieu technique ? Quelle forme les personnels en charge des soins d’hygiène et de confort donnent-ils à ces gestes ? Et plus globalement, n’y a-t-il que de la technique dans le traitement des corps en réanimation ? L’observation sur site révèle que les soignants opèrent selon une rhétorique du « prendre soin ». Celle-ci consiste en une articulation de savoirs techniques normalisés et de pratiques sociales incorporées - des « techniques du corps » - chargées d’une dimension symbolique dépassant le cadre strictement médical. S’ils prennent une forme technique, les soins d’hygiène et de confort visent également à redonner une « apparence humaine » aux corps « techniqués ». Laver, coiffer, raser, habiller, ou mobiliser les corps sont présentés par les soignants comme autant de gestes réalisés pour les patients et leur famille mais peut-être aussi, dans une autre mesure, pour eux-mêmes. Dans cette perspective apparaît une forme de « prendre soin » du corps en milieu technique, forme qui relève, en tant qu’expertise d’un travail sur le corps, d’une dynamique professionnelle spécifique aux soignants des services de réanimation.
Doctorant Sociologie
GSPR
RT29 Sciences et techniques en société

Session: 1

Le projet Cigéo à l’épreuve de la conférence de citoyens. Observations sur une tentative de dénaturalisation.

 

Le projet Cigéo de stockage profond des déchets radioactifs a été soumis à un débat public en 2013-2014. Projet technoscientifique d’une ampleur considérable, tant par les moyens techniques et financiers nécessaires à sa construction que par les échelles de temps qui sont engagées (au moins 10.000 ans), il est également singulier par le fait qu’il est ancré dans une longue histoire de la controverse sur les déchets nucléaires. Dès le milieu des années 1970, cette option de l’enfouissement profond est envisagée. Depuis l’ « entrée en politique » [Barthe, 2006] des déchets nucléaires en 1990, le futur de cette controverse est planifié par le législateur sur le long terme. Le débat public de 2013-2014, qui a été médiatisé principalement par le fait qu’il ait été boycotté puis bloqué par des opposants au projet, était prévu de longue date.La question de l’irréversibilité est au cœur de Cigéo [Cézanne-Bert, 2009] – comme cela est courant concernant les projets dans le domaine de l’énergie [Hourcade, 1991] – et expliquait les solutions alternatives proposées par les opposants, notamment dans le cadre du précédent débat public en 2005-2006 où ils argumentaient en faveur d’une solution qui soit réversible. Une nouvelle loi en 2006 a néanmoins entériné la solution du stockage profond et accentué encore davantage l’irréversibilité du projet. Le débat de 2013-2014 devait donc consister, selon les pouvoirs publics et le maître d’ouvrage, à discuter des conditions de construction et de maintenance du projet et non de son opportunité.Je propose une analyse de la conférence de citoyens qui s’est déroulée dans le cadre de ce débat public, et mise en place suite au blocage du débat. L’avis citoyen fait émerger une notion apparemment nouvelle : le pilote – c’est-à-dire la nécessité de tester le projet sur le long terme dans un prototype à échelle 1. L’émergence de cette notion, qui articule le cœur du raisonnement de l’avis, peut être interprétée comme une tentative de réversibiliser Cigéo, ou du moins de ralentir son irréversibilisation. Or, tenter de réversibiliser un objet qui, par ses caractéristiques techniques, est valoriser par ses promoteurs pour sa capacité à assurer une irréversibilité (confiner ces déchets définitivement), c’est tenter de le dénaturaliser. La conférence de citoyens est un lieu privilégié pour comprendre dans quelles conditions des objets très constitués, tant du point de vue technique que doctrinaire, sont néanmoins susceptibles d’être dénaturalisés.Je décrirai par conséquent – par l’observation directe de la conférence ainsi que par une série d’entretiens menés à sa suite – le dispositif de la conférence, décisif pour la compréhension de la manière dont les citoyens « profanes » se sont saisis des arguments des formateurs afin d’en proposer une sélection et une hiérarchie nouvelle. De ce point de vue, on peut dire qu’une conférence n’est pas « exploratoire » [Callon et al., 2001] mais potentiellement reconfiguratrice. Cette description s’attachera à questionner le principe du contradictoire [Manin, 1985 ; Manin, 2011 ; Hermitte, 2013] qui a été scrupuleusement appliqué par le comité de pilotage, et du type de critique qu’il a fait émerger. Quels types d’acteurs ont réussi à mieux porter leur parole, et en accordant quel statut à celle-ci ? Comment se sont-ils positionnés vis-à-vis du panel de citoyens mais aussi vis-à-vis des autres acteurs ? L’attention portée aux jeux d’acteurs et d’arguments dans le temps long [Chateauraynaud, 2011] fait apparaître que le surgissement de la notion de pilote dans l’avis citoyen est à la fois le fruit d’une longue maturation dans des arènes discrètes, et de « positionnements contradictoires » [Gilbert, 2009] chez les acteurs de la sûreté. La conférence de citoyens apparaît dès lors comme le moment où se manifeste publiquement ce qui ne circulait jusqu’alors que dans des espaces confinés, et ce faisant oblige les acteurs professionnels en charge de la formation à modifier autant les modalités de description de l’objet controversé que leur régime de discours face à des questions citoyennes réclamant d’autres types de réponses que celles demandées par les institutions ou les militants. C’est dans ce cadre qu’on évaluera la portée dénaturalisante de la notion de pilote pour la suite du projet Cigéo.
Chargé de recherche
UR RiTME - INRA
RT17 Gestion politique du corps et des populations

Session: 3

Une cause équivoque : les mobilisations pro-allaitement en France

 

La question de l’allaitement maternel a fait récemment l’objet de vifs débats. En France, depuis la fin des années 1970, plusieurs associations (dont La Leche League) ont entrepris de promouvoir la norme de l’allaitement au sein. Leur action a reçu le soutien des pouvoirs publics, en raison des bénéfices supposés de l’allaitement maternel pour la santé des nourrissons et ses effets sur la santé à l’âge adulte. Cependant, pour les associations, l’allaitement est bien plus qu’une question de santé publique : à travers l’allaitement, il s’agit de défendre une certaine conception du rapport des femmes à leur corps et de la maternité. Insistant sur le caractère naturel de l’allaitement et sur l’importance des savoir-faire proprement féminins, ces associations promeuvent un modèle de maternité intensive pouvant être difficile à concilier avec la reprise d’une activité professionnelle. Ce faisant, la cause de l’allaitement a fait l’objet d’appréciations contrastées dans l’espace public : tandis que certains y voient un mouvement de nature conservatrice et patriarcale, aboutissant à cantonner les femmes à leur rôle maternel, d’autres y voient au contraire un mouvement visant à aider les femmes à se réapproprier leurs corps, notamment face à des pratiques médicales trop intrusives. Notre communication visera ainsi à explorer les investissements très contrastés dont la cause de l’allaitement a fait l’objet, à partir d’une enquête en cours sur les associations pro-allaitement en France.     
Post-doctorant
Inserm, Iris
GT41 Corps, technique et société

Session: 1

Demandes, options, recommandations : Les négociations professionnels-profanes autour de la mastectomie préventive chez les femmes porteuses d’une prédisposition génétique au cancer du sein

 

Au printemps 2013, une actrice de renommée mondiale, Angélina Jolie, annonce qu’elle s’est soumise une double mastectomie préventive en raison de la prédisposition génétique au cancer du sein qui l’affecte. A l’automne 2014, une jeune française anonyme publie un ouvrage dans lequel elle relate l’expérience qu’elle a eu de la même intervention, il y a quelques années. Dans la presse, à l’occasion de cette sortie, une généticienne spécialiste du cancer fait clairement le lien entre les deux événements : Angélina Jolie aurait « levé un tabou », la « discussion autour de cette opération [aurait] été facilitée ».Comment, cependant, la question de cette chirurgie préventive très mutilante est-elle abordée au cours des relations entre les femmes porteuses d’une altération génétique qui les prédispose au cancer du sein et les professionnels qui les suivent ? Le propos de cette communication sera centré sur les modes d’articulation entre normes profanes et normes professionnelles au cours de la prise en charge des femmes à « haut risque d’atteinte mammaire ». Nous explorerons plus particulièrement le rôle joué par l’histoire familiale de cancer dans la construction des décisions d’intervention. Le matériel empirique mobilisé sera issu d’une enquête ethnographique – par observations et entretiens (n=30) – menée pendant 8 mois dans un Centre de lutte contre le cancer en région parisienne.
MC
UCO
RT1 Savoirs, travail, professions

Session: A définir

Quand la ressource halieutique est aussi une ressource économique : rhétorique professionnelle de préservation d'un métier : le cas des marins-pêcheurs artisanaux

 

Métier encadré par l’autorité administrative, la sortie d’un bateau pour une marée est soumise à l’octroi par celle-ci d’un rôle d’équipage attestant que ce dernier présente toutes les garanties de nombre et de qualifications. Activité régulée par la politique commune des pêches (PCP), la capture par ce même équipage de la ressource halieutique est soumise quant à elle, à l’octroi d’un quota selon les espèces. Toutes les espèces ne sont pas sous quotas mais elles sont toutes susceptibles de l’être en fonction des résultats d’études d’organismes nationaux.  L’état de la ressource constitue donc un enjeu central et structurant des activités portuaires. S’opposent notamment deux groupes professionnels, les marins-pêcheurs et les professionnels de la science halieutique, à propos des questions suivantes : Le poisson est-il là ? Le poisson est-il en train de revenir ?Chacun sa théorie et chacun sa rhétorique car si elles sont fondées toutes les deux sur l’observation de la nature et l’objectivation de celle-ci par des pratiques professionnelles, elles aboutissent à des conclusions divergentes. Pour les pêcheurs, la ressource est « cyclique » et revient (« on la voit »), ce qui justifierait de lever certains quotas. Pour les chercheurs d’organismes officiels en charge de l’observation halieutique, la ressource va bientôt s’épuiser ou n’a pas encore reconstitué son stock. Dans cette lutte à propos de la réalité de la ressource, les pêcheurs mettent en cause les pratiques de comptage de ces derniers et évoquent un raisonnement qui n’est pas le leur. Cette récurrente controverse à propos de l’état présent et à venir de la ressource halieutique est emblématique d’une lutte à propos de la légitimité de la connaissance produite, de ses fondements, et partant du droit à exercer son activité professionnelle sur une espace considéré comme relevant du « bien commun ».La communication s’appuie sur un travail collectif à propos des risques dans la pêche artisanale à travers une série d’entretiens et d’observations en cours de marins-pêcheurs (armateur, patron, matelot) exerçant les métiers de chalutier, senneur, fileyeur, caseyeur, palangrier. C’est de la rhétorique professionnelle de ce groupe pour tenter de préserver sa ressource… économique que la communication traitera.Armand R. (2011) Socio-anthropologie des marins-pêcheurs, L’Harmattan, Paris, 300pp.Barthélémy C. (2000) « Nature populaire contre nature savante ? Rencontre entre pêcheurs au carrelet et gestionnaires autour de l’alose du Rhône » Bulletin Français Pêche Pisciculture, 357-358, p. 461-468.Cuisenier J. (1987) « Aventure, capture. Le contrôle de l’aléatoire par le pêcheur en mer. » Ethnologie française, n°17, p.209-218Geistdoerfer A. (1987) « Neutraliser le hasard. Les aléas de la production halieutique (Atlantique nord) » Ethnologie française, n°17, p. 219-226. 
MC
UCO
RT25 Travail, organisations, emplois

Session: 2

De l’autonomie professionnelle du fonctionnaire dirigeant ou, comment articuler affinités électives et autorité organisationnelle, le dilemme du Dgs.

 

A la tête de la direction générale des services, le DGS est moins recruté que choisi par l’élu. D’emblée ce sont des critères subjectifs de confiance qui priment et l’emportent sur des qualifications et compétences certifiées par les premières étapes du recrutement.Le rapport salarial singulier dans lequel s’inscrit la relation de travail est pour l’essentiel de ce groupe professionnel, cristallisé dans un statut d’emploi particulier, l’emploi fonctionnel. Ce statut d’emploi fait du fonctionnaire territorial un salarié licenciable pour « perte de confiance » sans obligatoire objectivation de celle-ci. Le précepte de la confiance fondateur d’une relation de travail associant un dirigeant administratif et un dirigeant politique  est intéressant pour les conditions sociales d’emploi et de travail qu’il promeut. En effet, le contrat reposant sur la confiance manifeste en apparence une égalité de position entre les deux protagonistes alors que les conditions de l’échange sont inégales du fait que l’un rétrocède temporairement une part de son pouvoir à l’autre.
 
Université Lumière Lyon 2
RT14 Sociologie des arts et de la culture

Session: 3

Devenir musicos. Les conditions sociales d’une vocation tardive.

 

La vocation, entendue comme forme d’investissement intensif reposant sur l’idée de don et de désintéressement (Sapiro, 2007), a déjà fait l’objet de différentes investigations sociologiques, tant dans le domaine sportif (Lefèvre, 2010 ; Bertrand, 2011) qu’artistique (Sapiro, 2007 ; Sorignet, 2010 ; Lallier, 2011). S’inscrivant dans la perspective des travaux de C. Suaud (Suaud, 1978), ces recherches ont pu revenir sur le caractère naturel prêté à ce type d’engagement professionnel en montrant les déterminants et les mécanismes sociaux de l’intériorisation du sentiment vocationnel. Dans le prolongement de ces réflexions, cette communication va se pencher sur les conditions sociales de la vocation des musicos, pour reprendre le terme mis en lumière par M. Perrenoud(Perrenoud, 2007), qui nous semble présenter certaines spécificités et constitue de ce fait un objet d’étude intéressant pour approfondir l’analyse de la construction sociale du sentiment vocationnel.   Dans le cadre d’une recherche de doctorat portant sur les élèves guitaristes inscrits dans le cursus « professionnel » d’institutions d’enseignement des « musiques actuelles », il nous est apparu que leur vocation, la force de l’« appel », s’était faite ressentir assez tardivement par rapport à bon nombre d’autres activités vocationnelles. Rares sont en effet ceux qui nous ont dit avoir « toujours » voulu faire ce métier. Comment expliquer cette vocation tardive ? C’est sur cette question qu’entend se pencher cette communication à partir de l’analyse de 40 entretiens réalisés auprès d’élèves inscrits dans le cursus « professionnel » des départements de « musiques actuelles » de deux écoles de musique rhônalpines.   Nous montrerons dans une 1ère partie en quoi les conditions du début de pratique ne se montrent pas propices à l’émergence d’une vocation chez ces instrumentistes(notamment du fait de forte la distance familiale à l’activité musicale et de l’absence de formation institutionnelle), pour ensuite, dans une 2nde partie, mettre au jour les conditions sociales particulières (échec universitaire, reconversion professionnelle…) qui peuvent expliquer l’apparition tardive de leur « besoin » de s’investir dans cette carrière.     
Sociologie
CERLIS Université Paris Descartes
RT15 Jeunesse, Ages de vie, Générations, RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: 5

« La désynchronisation de l’individualisation : le cas des adolescents, malades chroniques »

 

Cette communication présentera les résultats d’une recherche qui porte sur le processus d’autonomisation des jeunes atteints  d’une  maladie  chronique . Au-delà des questions "pragmatiques", portant sur le rapport à la maladie, ses effets sur le quotidien etc., se posent celles de l’aspiration du jeune à l’autonomie et à devenir soi-même, en d’autres termes quelles sont les ressources que l’individu – jeune et malade – parvient à mobiliser pour agrandir son monde à soi, pour le rendre moins dépendant du monde parental ou familial.Les contraintes de certaines graves maladies chroniques (maladie de Crohn, maladie de Poic...) peuvent rendre plus difficile le processus d’individualisation propre à l’adolescence, notamment en rendant l’adolescent à la fois plus dépendant de ses parents et d’un encadrement familial et moins relié à ses pairs. Il y aurait ainsi en quelque sorte une désynchronisation de l’individualisation de ces adolescents malades chroniques par rapport au rythme «normal» du modèle social de l’adolescence. En effet ce processus permettant de devenir autonome et surtout d’éprouver un certain pouvoir sur soi est rendu plus complexe du fait même des contraintes imposées par la maladie. Un certain retard en découlerait, ce qui aurait pour effet de vivre en quelque sorte l’individualisation adolescente au moment du passage à l’âge adulte, au moment où l’hôpital impose un changement de statut, avec le transfert de son dossier médical dans un service hospitalier adulte… Un autre élément intervient pour appréhender les effets de cette bifurcationdu parcours de vie: le moment de découverte de la maladie qui a une incidence sur la construction individuelle de l’adolescent. En effet, pour certains, avoir été malade dès la naissance implique que la maladie est présente dès le début et assimilée à un handicap. Ces adolescents ont toujours vécu avec la maladie, ils «font avec ». Ils ne négocient pas, c’est incorporé, comme une adhésion. Pour d’autres, découvrir sa maladie à l’entrée au collège, au moment de « l’adonaissance», peut constituer un choc, une épreuve, une vulnérabilité différente. Ils peuvent alors tenter de passer outre la maladie à un moment où ils essaient de s'individualiser davantage. Pour cela, ils peuvent se penser malades par éclipse: malade à la maison ou à l’hôpital, et peu en dehors, ce qui engendre sans doute des formes d’individualisation originales.
Sociologie
CERLIS Université Paris Descartes
RT15 Jeunesse, Ages de vie, Générations, RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: 5

« La désynchronisation de l’individualisation : le cas des adolescents, malades chroniques »

 

Cette communication présentera les résultats d’une recherche qui porte sur le processus d’autonomisation des jeunes atteints  d’une  maladie  chronique . Au-delà des questions "pragmatiques", portant sur le rapport à la maladie, ses effets sur le quotidien etc., se posent celles de l’aspiration du jeune à l’autonomie et à devenir soi-même, en d’autres termes quelles sont les ressources que l’individu – jeune et malade – parvient à mobiliser pour agrandir son monde à soi, pour le rendre moins dépendant du monde parental ou familial.Les contraintes de certaines graves maladies chroniques (maladie de Crohn, maladie de Poic...) peuvent rendre plus difficile le processus d’individualisation propre à l’adolescence, notamment en rendant l’adolescent à la fois plus dépendant de ses parents et d’un encadrement familial et moins relié à ses pairs. Il y aurait ainsi en quelque sorte une désynchronisation de l’individualisation de ces adolescents malades chroniques par rapport au rythme «normal» du modèle social de l’adolescence. En effet ce processus permettant de devenir autonome et surtout d’éprouver un certain pouvoir sur soi est rendu plus complexe du fait même des contraintes imposées par la maladie. Un certain retard en découlerait, ce qui aurait pour effet de vivre en quelque sorte l’individualisation adolescente au moment du passage à l’âge adulte, au moment où l’hôpital impose un changement de statut, avec le transfert de son dossier médical dans un service hospitalier adulte… Un autre élément intervient pour appréhender les effets de cette bifurcationdu parcours de vie: le moment de découverte de la maladie qui a une incidence sur la construction individuelle de l’adolescent. En effet, pour certains, avoir été malade dès la naissance implique que la maladie est présente dès le début et assimilée à un handicap. Ces adolescents ont toujours vécu avec la maladie, ils «font avec ». Ils ne négocient pas, c’est incorporé, comme une adhésion. Pour d’autres, découvrir sa maladie à l’entrée au collège, au moment de « l’adonaissance», peut constituer un choc, une épreuve, une vulnérabilité différente. Ils peuvent alors tenter de passer outre la maladie à un moment où ils essaient de s'individualiser davantage. Pour cela, ils peuvent se penser malades par éclipse: malade à la maison ou à l’hôpital, et peu en dehors, ce qui engendre sans doute des formes d’individualisation originales.
Directrice de recherches
CNRS / IRIS / EHESS
RT6 Politiques sociales, protection sociale et solidarités

Session: A définir

Marchandisation et privatisation de la protection sociale : une vague de fond ? Introduction à un débat sur une dynamique globalisée

 

 Les années 2000 ont été marquées par l’émergence de politiques globales de protection sociale, mises en œuvre par la plupart des organisations internationales, et une (nouvelle) centralité des politiques sociales dans l’action publique de très nombreux pays, bien au-delà des seuls pays européens. Cette grande vague se présente comme une confluence entre entreprises de développement des années 1970 et suivantes, la rigueur des budgets publics héritée des années 1980, la lutte contre la pauvreté des années 1990, et des politiques d’inclusion et de diversité explicitées et mises en visibilité depuis la seconde moitié des années 1990 (notamment à l’égard des femmes). Elle s’accompagne, de façon contingente mais historique, d’une densification des enchevêtrements entre les intérêts et dimensions publics et privés, marchands et non marchands.  Ce processus engendre ou renforce un brouillage entre droits sociaux du citoyen, droits de la propriété privée et droits du consommateur ; entre action publique, rôle des banques, des grands organismes d’assurance, des entreprises, des fondations…; entre bien public et intérêts privés, etc. Dans cette présentation introductive à la table ronde organisée par Blandine Destremau et Fabrice Colomb pour le RT6   « RT6 Politiques sociales, protection sociale et solidarités », trois dimensions seront discutées à partir de cas et situations divers: la commercialisation des biens et services directement afférents à la protection sociale (entendue comme pensions, accès aux soins de santé et répartition du travail de soin pour autrui);  la privatisation ou la décharge de l’Etat vers des services et entités privées marchandes ou non;  le lien entre enjeux de protection sociale et enjeux de reproduction sociale et de gouvernementalité.  
ATER / doctorant
Université Lyon 2 / Centre Max Weber
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 1

Vers une inversion des rapports entre sociologie et médecine ? Le cas des hypersensibilités environnementales

 

 Lorsqu'il s'agit d'étudier les phénomènes corporels, tels que la santé et la maladie, la médecine apparaît ordinairement comme une science naturalisante, et la sociologie comme une science dénaturalisante. Ces rapports disciplinaires à la nature semblent figés, car constitutifs à la fois de l'épistémologie médicale et du projet sociologique. Il existe cependant un cas face auquel ils tendent à s'inverser : celui des « hypersensibilités environnementales » (dans le vocabulaire sociologique) ou des « intolérances environnementales idiopathiques » (dans la terminologie médicale). Ces deux syntagmes désignent un ensemble d'affections que l'association de deux phénomènes distingue : l'attribution de symptômes à l'environnement par des individus se revendiquant malades, d'une part ; l'incapacité des médecins qu'ils consultent à déceler une origine organique à leurs plaintes, d'autre part. Ces affections sont devenues visibles dans la seconde moitié des années 1980, aux États-Unis et en Suède d'abord, puis en France. Les médecins s'y sont les premiers trouvés confrontés, mais faute de parvenir à les saisir à l'aide des outils conventionnels de la biomédecine, ils ont renoncé à les interpréter en termes strictement biologiques et les ont rattachés à la catégorie des troubles psychosomatiques. Certains ont alors tenté d'en expliciter la dimension culturelle et symbolique, par exemple en questionnant la signification des plaintes des patients se présentant comme hypersensibles. Ces derniers ont cependant assimilé ce travail à une entreprise de délégitimation de leur souffrance, et l'ont fermement récusé. Il en a résulté des controverses parfois violentes, à l'image de celle qui se développe aujourd'hui en France autour de l'électro-hypersensibilité. Les hypersensibilités environnementales ont ainsi attiré l'attention de sociologues, majoritairement nord-américains, qui en ont critiqué la gestion médicale. S'attachant à réhabiliter les personnes affirmant en souffrir, ils ont eux-mêmes entrepris de disqualifier l'interprétation psychiatrique. Pour ce faire, ils ont présenté comme évidente la reconnaissance de l'origine environnementale de leur affection par les personnes concernées. Ils ont ainsi naturalisé le sens de leurs plaintes, dissimulant une dimension aussi fondamentalement sociale de leur objet que l'attribution causale. Comment interpréter cette situation, où s'inversent les rapports habituels de la sociologie et de la médecine à la nature ? Outre de certaines caractéristiques intrinsèques des affections considérées, elle semble résulter de positionnements opposés des sociologues et des médecins, provenant eux-mêmes des finalités différentes qu'ils assignent aux connaissances qu'ils produisent : défendre les victimes perçues de rapports de domination pour les premiers ; identifier les causes effectives des troubles et les soulager pour les seconds. Il reste alors à déterminer dans quelle mesure ces finalités politique et thérapeutique peuvent être distinguées, et par conséquent, jusqu'où la sociologie peut aller dans la naturalisation sans se trahir. 
Doctorat
INRA
RT7 Vieillesses, vieillissement et parcours de vie

Session: 6

L’alimentation au cours du vieillissement : une approche longitudinale. Le cas de la cohorte Gazel.

 

L’objectif de cette communication est d’examiner si l’alimentation se modifie au fur et à mesure qu’une même population vieillit. Nous voulons décrire les modifications de l’alimentation au fil de l’avancée en âge. Ces évolutions sont-elles comparables quels que soient le sexe et la position sociale des individus ?Ce travail s’appuie les données longitudinales de la cohorte épidémiologique Gazel, une cohorte de 20 625 anciens salariés d’EDF-GDF suivis depuis 1989. Ces individus sont actuellement âgés entre 60 et 75 ans. Nous utilisons 4 questionnaires alimentaires complétés entre 1998 et 2014. Une Analyse des Correspondances Multiples met en évidence 3 dimensions pour caractériser l’alimentation des enquêtés. Ils se distinguent par leur consommation plus ou moins élevée de produits de type « Gras et Sucre », « Fruits, Légumes, Poisson », et « Vin, Fromage ».L’ensemble de nos enquêtés diminuent leur consommation de « Gras et Sucre » et augmentent leur consommation sur les deux autres dimensions. Mais il y a des différences : la génération joue sur la dimension « Vin, Fromage », les Cadres consomment plus de «Fruit, Légumes, Poisson », et les femmes consomment moins de «Gras et Sucre» que les hommes. D’autre part, la retraite ou les séparations modifient les régimes alimentaires.La structure sociale des pratiques alimentaires est visible au sein de cette population vieillissante. Cette structure sociale évolue de façon contrastée selon le sexe et la position sociale et semble être impactée par des évènements biographiques importants.   
 
 
GT45 Groupe de travail "Sociologie des conflits"

Session: 2

De l'usage des théories de moyenne portée dans l'étude des conflits.

 

 Le conflit est par nature un phénomène multidimensionnel qui fait l'objet de recherches pluridisciplinaires. Il existe donc, par conséquent, différentes manières de traiter le conflit. Nous chercherons à analyser ce concept éminemment complexe, en limitant notre champ d'investigations aux conflits politiques à partir de deux exemples de traditions intellectuelles différentes. Il s'agira de confronter la perspective américaine, notamment à travers l’œuvre de Charles Tilly, à la sociologie des conflits française, autour de la polémologie, pour montrer en quoi ces traditions, qui reposent sur des présupposés différents, peuvent se rejoindre sur un ensemble de socles communs. La nature même du conflit pose la question des dimensions, individuelles ou collectives, retenues pour son analyse et celle de l'interférence, ou non, des disciplines en charge de l'étudier. Il sera donc utile, à cet effet, de voir comment l'influence des courants dominants, tels que le holisme ou l'actionnisme par exemple, ont pu à un moment donné conditionner l'investigation. Ce retour sur l'évolution de la sociologie des conflits nous amène également à nous interroger sur ce que la découverte de relations de type nomologique ou de simples régularités, ou encore le passage du micrologique au macrologique, ont pu avoir sur le cours de la recherche. Enfin, à travers ses pérégrinations, ses acquis et impasses, la sociologie des conflits engage une réflexion sur la sociologie elle-même  : on peut se demander, en effet, dans quelle mesure la sociologie des conflits participe au projet de la sociologie en tant que science cumulative et/ou programmatique, et par conséquent, sur quels critères de scientificité elle repose. Cette contribution se propose de retracer l'évolution de l'étude du conflit à travers deux traditions intellectuelles différentes. La réflexion engagée outre-Atlantique autour des dynamiques conflictuelles, notamment par l’œuvre de Tilly aux États-Unis, et celle de Bouthoul et ses successeurs en France, permet d'offrir quelques pistes de réflexion. Robert Merton signalait dans Éléments de théorie et de méthode sociologique le hiatus que la tradition européenne et la tradition américaine pouvaient entretenir au sein de la recherche. La focalisation sur les conflits politiques montre que malgré ces divergences, il existe des points de convergence  : on assiste à l'abandon des théories générales d'un côté, et le recueil de phénomènes purement factuels de l'autre, pour arriver à des «  théories de moyenne portée  » transférables à d’autres configurations et permettre la comparaison. Ainsi, lorsque les théories et concepts atteignent un niveau de généralité suffisant et qu'ils sont agencés à l'investigation empirique de manière à dégager un certain nombre de mécanismes et de processus, les résultats de la recherche contribuent à faire de la sociologie des conflits une science cumulative. La porosité des disciplines et la «  marginalité créatrice  » (cf. M. Dogan et R. Pahre) qu'elle engendre, contribuent plus qu'elle n'entrave l'innovation dans la sociologie des conflits et le renouvellement de la discipline. 
doctorante
Université Paris 7 Diderot
RT16 Sociologie clinique

Session: 6

L’exigence paradoxale d’un débat transdisciplinaire : un exemple avec l’étude de la bureaucratie

 

Considérer qu’il existe plusieurs possibilités de penser le dialogue pertinent ; d’une part entre la sociologie clinique et d’autres courants scientifiques, d’autre part entre les paradigmes et postulats au sein de la sociologie clinique, telle est le projet de cette communication. Je suis venue à poser des questions concernant ce dialogue, avec l’expérience de recherche, en l’occurrence celle portant sur la bureaucratie. Oser, voici le verbe qui donne et ordonne les dialogues mobilisant les changements, sollicitant le « courage moral» [1] de chercheur-sujet. Comment j’ose le dialogue et le débat transdisciplinaire lors de ma recherche ? En posant cette question, je propose une lecture de l’expérience de recherche, qui insiste sur les processus bureaucratiques au sein de la Préfecture. Il me semble ordinaire de mobiliser à chaque instant des théories et concepts pour définir les problématiques de vie, même « quand la société refuse à la science les moyens pratiques de travailler et quand les savants n’ont pas le courage de soutenir des hypothèses qui déplaisent – alors même que l’histoire des sciences enseigne que cela c’est toujours passé ainsi [….].»[2] En ce que concerne la compréhension des dispositions institutionnelles et bureaucratiques j’opterai pour une cartographie théorique pluridisciplinaire. De quelle manière peut-on envisager une recherche sociologique qui s’alimente de plusieurs sources disciplinaires ? Le propos de G. Simmel [1908] constituera le point de départ de mon intervention : la sociologie comme science de tout ce qui est humain et général, contribuait le fait qu’elle était une science nouvelle et par conséquent tous les problèmes imaginables que l’on ne savait pas bien ranger ailleurs se pressentaient vers elle- de même qu’au début, un territoire qui vient d’être ouvert est toujours l’eldorado de tous les apatrides et de tous les déracinés ; il est inévitable qu’au début les frontières ne peuvent pas être fixées ni défendues, ce qui donne à tout le monde le droit de s’y installer »[3]. Peut-on proposer les limites des sciences humaines ? S’libérer de l’illusion d’un objet appartenant à une seule discipline, comme celui du mythe que le monde appartient à soi-même ?Ce dialogue, représente l’arène de la violence et des attaques là où « des gens sautent en l’air, tellement ils tiennent à leurs concepts »[4] pour reprendre Y. Schwartz. Je tiens à développer les hypothèses et narrer l’expérience de la recherche afin de pouvoir analyser la complexité paradoxale du débat pluridisciplinaire.   [1] REIK Theodor, Ecouter avec la troisième oreille, Paris, Bibliothèque des Introuvables, 2002, p. 22[2] ANZIEU Didier, Le groupe et l’inconscient, Paris, Dunod, 1999, p. 33[3] SIMMEL Georgl, « Sociologie. Etude sur les formes de la socialisation », Puf, Paris, 1999 (1908), p.40[4] SCHWARTZ Yves, DURRIVE Louis, Travail et ergologie, Octares, Toulouse, 2003 pp 13-60
enseignement et recherche
Université du Québec à Montréal
RT22 Parcours de vie et dynamiques sociales

Session: 6

Les parcours éducatifs : quelques précisions théoriques

 

La notion des parcours éducatif ou scolaire ne consiste souvent qu'à saisir l’enchainement des situations au sein du système scolaire formel. On ne peut donc pas parler d’une réelle théorisation. La communication s’intéresse à cette question en confrontant les principaux concepts utilisés dans une perspective longitudinale en sociologie de l’éducation dans un effort de clarification des différentes conceptualisations théoriques. Ces concepts sont ceux de trajectoire scolaire, de carrière scolaire, de biographie éducative et de parcours éducatif. Dans un premier temps, nous décrirons les différents concepts en les inscrivant dans leurs propres contextes théoriques. Ensuite, nous présentons différentes options théoriques que nous avons retenues, en cherchant à dégager les points de rencontre des différentes théories. Nous définissons les parcours éducatifs autour de deux dimensions. D'une part, il s'agit de saisir leur forme ou leur morphologie et, d’autre part, les principes analytiques nous permettant de mieux comprendre leur diversité.
 
 
RT14 Sociologie des arts et de la culture

Session: 6

L’écriture dramatique, un métier de création non vocationnel

 

Saisissez ici le résumé de la communication...
Maître de conférences
Université de Bretagne Sud
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 5

La diversification de l’offre d’accompagnement des femmes enceintes et des jeunes mères par les sages-femmes libérales : peut-on parler de pluralisme médical ?

 

Depuis plusieurs années, la profession de sage-femme connaît de nombreux changements. Son cadre réglementaire d’exercice a grandement évolué, en contribuant à élargir ses compétences et ses missions. Conjuguée à la diminution annoncée du nombre de gynécologues-obstétriciens et de médecins généralistes, la place des sages-femmes se renforce auprès de la population féminine. Les résultats de la dernière enquête nationale périnatale1, en 2011, montrent d’ailleurs que leur rôle dans le suivi des grossesses à bas risque, s’est accentué. Pour de nombreuses femmes enceintes, la sage-femme, qu’elle soit salariée ou libérale, est désormais considérée comme le professionnel de premier recours.Si près de trois sages-femmes sur quatre exercent aujourd’hui dans des maternités rattachées à des hôpitaux publics ou à des cliniques privées, le secteur libéral est en forte expansion (environ 20 % des sages-femmes travaillent désormais en libéral), et ses effectifs progressent chaque année de 7 % en moyenne, au point que les projections indiquent que d’ici 2030, une sage-femme sur trois exercerait en libéral2. Malgré les dispositifs de régulation des installations, un nouveau phénomène de concurrence entre sages-femmes libérales apparaît désormais, principalement dans les grandes villes, du sud de la France notamment, et il entraîne des conséquences encore mal évaluées.L’une des parades les plus fréquentes à cette concurrence porte sur la diversification de l’offre : haptonomie, hypnose, acupuncture, formation des mères au massage de leur nourrisson, préparation à la naissance en piscine, port du bébé avec une écharpe... la liste est longue des formations complémentaires qu’elles effectuent alors pour se singulariser, mettre en avant des spécificités et gagner une nouvelle patientèle, souvent issue des classes moyennes et aisées, sensibles à toutes ces techniques particulières et prêtes aussi à payer, le cas échéant, un dépassement d’honoraires. Au fil d’une cinquantaine d’entretiens et par le biais d’un long questionnaire complété par 12 % de toutes les sages-femmes libérales de l’Hexagone, nous avons répertorié cette offre et avons découvert qu’elle peut prendre aussi des voies assez hybrides (thérapies émotionnelles, anthroposophie, chant prénatal, etc.), avec parfois des proximités avec d’autres professionnelles qui n’émargent pas aux métiers de la santé stricto sensu (Doula, etc.) voire qui se rapprochent de la « médecine de la croyance » (thérapie minérale, etc.).Nous nous proposons alors, au delà d’un inventaire précis de ces pratiques, de saisir le sens de cette offre diversifiée à l’adresse de femmes qui opèrent des choix quant aux différents jalons de leurs parcours de mise au monde de leur enfant et d’accompagnement des premiers mois de sa vie. Nous sommes certes ici aux prises avec « une médecine à l’usage des bien-portants », avec ce que l’on nomme des « grossesses physiologiques », à « bas risques », etc. mais on perçoit alors que les frontières de l’approche naturaliste de la santé sont relativement poreuses et que l’hybridation des soins va de pair avec de vives remises en cause de l’emprise médicalisante sur ce qui a trait à l’accouchement. 1Ministère du travail, de l’emploi et de la santé et INSERM, Enquête nationale périnatale 2010. Les naissances en 2010 et leur évolution depuis 2003, 2011. 2Cavillon M., « La profession de sage-femme : constat démographique et projections d’effectifs », Etudes et Résultats, n° 791, 2012.
MCF
Université Jean Monnet Saint Etienne. Laboratoire Triangle, UMR 5206
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 1

Aux confins de la médecine, l’hybridation des savoirs et des normes d’action

 

Saisisse Proposition de Communication du VI° Congrès de l’AFS. RT 19 Christine Dourlens, Thomas Bujon, Maitres de conférences en sociologieUniversité Jean Monnet de Saint-EtienneLaboratoire Triangle UMR 5206Ecole Normale Supérieure de Lyon   christine.dourlens@univ-st-etienne.frthomas.bujon@univ-st-etienne.fr   Aux confins de la médecine, l’hybridation des savoirs et des normes d’action  Cette proposition de communication s’inscrit dans l’axe 1 de l’appel à communications du RT 19.  Elle  prend appui sur un travail collectif en cours portant  sur les  lectures contemporaines de la médicalisation. Ce travail dont la première phase a associé des spécialistes des sciences humaines et des médecins  et  vient de donner lieu à la publication d’un ouvrage(Bujon, Dourlens, Le Naour, 2014) a mis à jour un certain nombre de pistes de recherches et d’interrogations  que notre communication souhaiterait  présenter et prolonger. Le point de départ de notre réflexion est une  interrogation concernant  l’enjeu  heuristique de la notion de médicalisation, telle qu’elle a été globalement appréhendée depuis son  intronisation dans le champ académique il y a quelques décennies.  La médicalisation peut-elle être encore considérée  comme un mouvement simple et homogène - l’accroissement continu du pouvoir et du savoir médical-. Peut-elle vue comme une forme de « contrôle social » de la déviance exercée par la médecine (Zola 1972, Conrad 1982) et le pouvoir de la médecine réduit à cette seule et unique expression (Rose 2007) ? Nombreux sont les travaux qui, aujourd’hui, analysent la médicalisation comme une réalité contrastée,  qui n’a cessé de se transformer, au cours des quarante dernières années, et dont les contours sont désormais particulièrement difficiles à cerner (Conrad 2013). Si, en effet, la médicalisation a façonné nos manières de voir le monde,  contribuant ainsi à la production d’une forme de vie - a medical form of life, les significations que l’on y attache, l’interprétation de ses causes comme de ses conséquences, paraissent loin d’être univoques.   L’on constate ainsi que « le contrôle social sur les corps s’applique  avec plus ou moins de profondeur et d’étendue selon les domaines et les périodes » (Fassin 1998). L’on relève aussi que la médicalisation n’est pas portée par les seuls médecins mais aussi par d’autres acteurs très hétérogènes, aux intérêts différenciés, (Clarke et al., 2000, 2010 ; Conrad, Lieter 2004) : les organisations scientifiques,  les industries pharmaceutiques, les institutions politiques mais aussi les patients eux-mêmes participent aussi de sa dynamique et de son développement. Ces analyses nous  conduisent ainsi à relativiser la portée descriptive, explicative et critique de la notion de médicalisation, en tant que phénomène de longue portée  consistant en l’extension continue du contrôle de la médecine sur des phénomènes naturels, médicaux ou sociaux.  Elles nous incitent, dès lors, à  décentrer l’analyse et à aborder la  question de la médicalisation à une autre échelle en  focalisant l’analyse  sur  l’activité des médecins eux-mêmes lorsqu’ils  exercent aux frontières de leurs missions et de leurs compétences.    Ce changement d’échelle de l’observation, cette « réduction de focale » (Revel 1996) permet de porter un autre regard sur la médicalisation. Il permet  de s’intéresser  aux médecins, non pas seulement en tant qu’acteurs de la médicalisation mais aussi en tant qu’ils sont, eux-mêmes, confrontés à la médicalisation.  Il conduit, ce faisant, à   prendre appui sur leurs récits et leurs expériences et autorise ainsi des formes de réflexion  et d’analyse et plus compréhensives  et plus collaboratives.   D’un côte, en effet, les innovations techniques ouvrent aux médecins de nouveaux domaines d’intervention.  Leur rôle ne se limite plus à soigner telle ou telle partie du corps, à pallier telle ou telle déficience mais il consiste aussi à aider l’individu à se dégager des contraintes du biologique (procréation médicalement assistée, chirurgie esthétique, prescription de psychotropes, médecine anti-âge, réassignation sexuelle etc.). Dans ce cadre, le médecin  assoit sa légitimité  sur sa compétence technique, mais il ne dispose plus de l’autorité que confère le pouvoir de guérir.  D’un autre côté, la convocation des médecins au cœur de la régulation d’un certain nombre de problèmes sociaux, leur investissement dans des institutions telles que l’école, la justice, la prison, etc. les amène à élargir et à « dé-spécialiser », en quelque sorte, leur intervention. Confrontés à des enjeux qui ne relèvent pas strictement du registre du pathologique, ils sont appelés à porter un jugement sur des situations complexes que le savoir médical ne suffit pas à appréhender et ils doivent alors faire souvent face à l’incertitude. Ainsi  donc, lorsqu’ils interviennent aux marges  de la pathologie,  au delà de  leurs domaines traditionnels d’intervention,  les médecins ne disposent  pas toujours des appuis scientifiques ou  des fondements moraux auxquels s’adosse habituellement  leur  activité.    Comment composent-ils alors avec cette absence de  cadres leur permettant d’interpréter les situations sur lesquelles ils ont à agir? Comment affrontent-ils cette « fragilité normative » (Dourlens 2010) sans nécessairement l’occulter ou la contourner ?  Comment parviennent-ils  à se frayer, malgré tout, des « possibilités d’agir » (Baszanger et Dodier 1997) ? Comment C’est à ces questions que la communication que nous proposons tentera de répondre à partir de l’observation empirique d’un certain nombre de situations.  Prenant le parti de s’intéresser à « la médicalisation vue d’en bas » (Bujon, Dourlens, 2014), elle s’attachera à décrire  la diversité des  postures adoptées par les médecins, lorsqu’ils interviennent aux marges de leur profession  et qu’ils sont aux prises avec la fragilité, l’instabilité et parfois même la dilution de leurs cadres d’action. Elle tentera de repérer, dans chacune des situations évoquées,  les ressources qu’ils mobilisent, les stratégies (offensives ou défensives) qu’ils  mettent en place pour redéfinir les frontières de leur profession. Elle explorera enfin comment, au cours de cette entreprise de re-définition, les médecins sont parfois amenés à convoquer des savoirs  issus des sciences humaines et comment cette convocation  participe à la reconfiguration des frontières de la médecine.    BASZANGER I., DODIER, N. (1997), « Totalisation et altérité dans l’enquête ethnographique », Revue française de sociologie, vol. 38, n°1, pp. 37-66.BUJON T., DOURLENS C., LE NAOUR G., (2014) Aux Frontières de la médecine, Editions des Archives Contemporaines.  BUJON T., DOURLENS C., (2014) « La médicalisation vue d’en bas » in Aux Frontières de la médecine, Editions des Archives Contemporaines.  CONRAD, P. « Medicalization: Changing contours, characteristics, and contexts » in W. Cockerham (dir) (2013), Medical Sociology on the move. New directions on Theory. Springer Netherlands. pp. 194-215.CONRAD, P. (2007), The Medicalization of Society: On the Transformation of Human Conditions into Treatable Disorders. Baltimore, The John Hopkins University Press.CONRAD, P., LEITER, V. (2004), « Medicalization, Markets and Consumers », Journal of Health and Social Behavior, Vol. 45, pp. 158-176.CONRAD, P. (1982), « Medicalization and social control », Annual Review of Sociology, Vol. 18, pp. 209-232.CLARKE, A. MAMO, L., FOSKET, J., FISHMAN, J., SHIM, J. K. (dir) (2010) Biomedicalization : Technoscience, Health, and Illness in the U.S., Durham, Duke University Press.CLARKE, A., FISHMAN, J., FOSKET, J., MAMO, L., SHIM, J. K. (2000), « Technosciences et nouvelle biomédicalisation : racines occidentales, rhizomes mondiaux », Sciences sociales et santé, vol. 18, n°2, pp. 11-42.DODIER, N. (2003), Leçons politiques de l’épidémie de sida, Paris, Editions de l’EHESS.DOURLENS, C. (2010), L’action publique à l’épreuve de la fragilité normative, Mémoire pour l’Habilitation à Diriger des Recherches, Université Jean Monnet, Saint-Etienne.EHRENBERG, A. (2010), La société du malaise, Paris, Odile Jacob.FASSIN, D. « Les politiques de la médicalisation », in Aïach P., Delanoë D. (dir.) (1998) L’ère de la médicalisation. Ecce homo sanitas. Paris Edition Economica, Anthropos. REVEL, J. (1996), Jeux d’échelle. La micro-histoire à l’analyse. Paris, Gallimard.ROSE, N. (2007), « Beyond medicalisation », The Lancet, vol. 369, pp. 700-703. ZOLA, I. (1972), « Medicine as an Institution of Social Control », The Sociological Review, vol. 20, n°4, pp.487-504. z ici le résumé de la communication...
Professeur
UMR Printemps / UVSQ
RT18 Relations Professionnelles

Session: 2

Le cheminot bashing des commentateurs de la presse en ligne

 

Les polémiques contre les cheminots et leurs organisations syndicales sont étonnamment vives lorsque les cheminots exercent leur droit de grève et s’opposent aux différentes dimensions des réformes ferroviaires. C’est ce qu’on peut observer en analysant les commentaires postés par les lecteurs de la presse  en ligne relatifs aux événements qui touchent les personnels de la SNCF. S’appuyant sur des sources relatives aux conflits 2013 et 2014, le propos est parcouru par l’hypothèse selon laquelle « l’opinion publique » contribue à l’identité « pour autrui » des cheminots et donc à l’identité « pour soi » de cette « profession» lato sensu (Dubar, 2000). Il s’inscrit certes dans le domaine de la sociologie des relations professionnelles mais aussi dans celui de la sociologie des medias et de la sociologie politique puisqu’il renvoie aux controverses qui agitent le monde politique, médiatique et les lecteurs de la presse en ligne sur la légitimité / illégitimité de la transformation du service public des chemins de fer. 
doctorante
centre d'études européennes-Sciences Po
RT24 Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité

Session: A définir

L’expérience de la racisation chez les diplômé(e)s d’origine africaine : entre conscience et déconstruction de stéréotypes « naturalisants »

 

L’objectif de cette communication est de montrer comment les diplômé(e)s d’origine subsaharienne (nés en France ou arrivés avant dix ans) parviennent à détecter et à déconstruire les stéréotypes naturalisants dont ils sont victimes. Notre objet s’inscrit dans un cadre d’analyse intersectionnel dans la mesure où il s’agit de comprendre en quoi le fait de faire des études supérieur implique une expérience spécifique des stéréotypes essentialisants.Trois principaux résultats émergent de ce travail de recherche. D’abord, les étudiants et diplômés d’origine subsaharienne sont confrontés à des stéréotypes naturalisants genrés, notamment concernant la physionomie des « Noirs » et leurs capacités physiques. Mais ils sont également confrontés à des stéréotypes de classe, étant souvent perçus comme appartenant à des milieux sociaux défavorisés. Dans un second temps nous montrerons que les diplômés d’origine subsaharienne sont plus à mêmes d’être confrontés et de détecter les stéréotypes naturalisants subis par les « Noir-e-s » de France. Deux mécanismes expliquent cette tendance : d’une part, ces derniers évoluent dans des milieux « blancs » où le racisme ordinaire se manifeste plus fréquemment, d’autre part leur position sociale ne coïncide avec les stéréotypes associés aux « Noir-e-s ». Enfin, notre dernier ensemble de résultats relève de l’analyse de la résistance aux stéréotypes essentialisants par les diplômés d’origine subsaharienne. Nous montrons comment, par un double processus de déconstruction de ces stéréotypes et de réappropriation de l’identité « noire », s’élabore une dynamique de résistance à la racisation.
doctorante
centre d'études européennes-Sciences Po
RT24 Genre, Classe, Race. Rapports sociaux et construction de l'altérité

Session: 3

L’expérience de la racisation chez les diplômé(e)s d’origine africaine : entre conscience et déconstruction de stéréotypes « naturalisants »

 

L’objectif de cette communication est de montrer comment les diplômé(e)s d’origine subsaharienne (nés en France ou arrivés avant dix ans) parviennent à détecter et à déconstruire les stéréotypes naturalisants dont ils sont victimes. Notre objet s’inscrit dans un cadre d’analyse intersectionnel dans la mesure où il s’agit de comprendre en quoi le fait de faire des études supérieur implique une expérience spécifique des stéréotypes essentialisants.Trois principaux résultats émergent de ce travail de recherche. D’abord, les étudiants et diplômés d’origine subsaharienne sont confrontés à des stéréotypes naturalisants genrés, notamment concernant la physionomie des « Noirs » et leurs capacités physiques. Mais ils sont également confrontés à des stéréotypes de classe, étant souvent perçus comme appartenant à des milieux sociaux défavorisés. Dans un second temps nous montrerons que les diplômés d’origine subsaharienne sont plus à mêmes d’être confrontés et de détecter les stéréotypes naturalisants subis par les Noir-e-s de France. Deux mécanismes expliquent cette tendance : d’une part, ces derniers évoluent dans des milieux « blancs » où le racisme ordinaire se manifeste plus fréquemment, d’autre part leur position sociale ne coïncide avec les stéréotypes associés aux « Noir-e-s ». Enfin, notre dernier ensemble de résultats relève de l’analyse de la résistance aux stéréotypes essentialisants par les diplômés d’origine subsaharienne. Nous montrons comment, par un double processus de déconstruction de ces stéréotypes et de réappropriation de l’identité « noire », s’élabore une dynamique de résistance à la racisation.
 
EHESS
GT42 Sociologie des élites

Session: 3

"L'intello" et le "manuel", sur la distinction de deux ordres naturels

 

Ma thèse porte sur les stages ouvriers dans les Grandes Ecoles : ce mois pendant lequel les élèves partent travailler à un poste non-qualifié. J'examinerai ici le discours qu'ils tiennent sur leur expérience dans leurs journaux de bord. Avant le stage, ils imaginent souvent qu'ils vont se distinguer à ce travail comme à l'école, et trouver les signes de leur élection (leur appartenance à l'élite) lors du stage. Cependant, ils essuient des déconvenues, ne parvenant pas la plupart du temps à tenir un poste ouvrier ou à passer les épreuves (comme le test de vissage dans un exemple que je détaillerai) que doivent franchir les véritables employés. J'étudierai comment ils rationalisent leurs échecs et sauvegardent leur légitimité en établissant une distinction entre le manuel et l'intellectuel, le pratique et le théorique. Ils naturalisent ces deux "ordres" en faisant référence aux talents. Je montrerai en quoi la conception qu'ils se font du rôle des élites s'en trouve modifiée : d'une conception "englobante" (qui peut le plus peut le moins), on passe à une vision "complémentaire" (il faut de tout pour faire un monde). Cette expression, comble peut-être du mépris de classe, me conduira à analyser le misérabilisme et le populisme dans la sociodicée de la domination que les élèves se tiennent à eux-mêmes (et aux professeurs qui les lisent). 
Maitre de conférences
AgrosupDijon
RT21 Mouvements sociaux

Session: 3

Les circuits courts de proximité dans l’aide alimentaire : entre injonction et participation

 

Cette proposition de communication est issue d’une recherche interventionnelle qui a commencé en janvier 2012 et qui se terminera en janvier 2016. Cette dernière, Empowerment, Comportement Alimentaire et Economie Solidaire (ECOALES), coordonnée par le Centre Emile Durkheim (CNRS, Science Po Bordeaux et Université Bordeaux Ségalen), associe le monde de l’économie solidaire – l’intervention (UNITERRES) est portée par l’A.N.D.E.S, un réseau d’épiceries sociales et solidaires – et le monde de la recherche (sociologie, anthropologie, économie et épidémiologie nutritionnelle). UNITERRES, qui est expérimenté dans les régions Poitou-Charentes, Aquitaine et Midi Pyrénées, repose sur une double approche. D’une part elle vise, par un mode d’approvisionnement innovant qui s’apparente à celui des AMAP, à créer du lien entre le public des épiceries solidaires et des producteurs locaux susceptibles de revaloriser la relation à l'alimentation des personnes défavorisées. D’autre part, cette intervention interroge le modèle économique de l’aide alimentaire et la viabilité pour les producteurs de s’inscrire dans une telle démarche. ProblématiqueEn se basant empiriquement sur l’intervention UNITERRES, cette communication souhaite interroger les processus à l’œuvre au sein des épiceries sociales et solidaires. En particulier la manière dont l’intervention va être expérimentée tant du point de vue des porteurs du projet, des institutionnels, des personnes qui travaillent dans les épiceries (salariés et bénévoles) que de celui des « bénéficiaires ». Comment des conceptions issues de la consommation critique (soutien aux circuits courts, à une agriculture relocalisée et « durable », importance des liens de solidarité entre consommateurs et agriculteurs) qui sous tendent ce programme se diffusent ou sont incorporées auprès des différents réseaux d’acteurs composant ce programme ? Pouvons-nous parler de phénomène d’empowerment, dans le sens où l’intervention permettrait aux acteurs de retrouver un pouvoir d’agir individuel et collectif, une plus grande participation ? Sommes-nous plutôt face à une injonction venue d’en haut (des porteurs du projet) dont les bénévoles seraient le relai auprès de leur public ? Il s’agira d’explorer les enjeux de cette intervention tant du point des valeurs socialement situées dont sont porteurs les différents protagonistes que de celui des formes de traitement sociales de la pauvreté en particulier dans ses dimensions alimentaires.  Terrain et méthodologieLes résultats de cette communication se basent sur une approche ethnographique mêlant entretiens semi-directifs et observation participante. Un corpus d’une cinquantaine d’entretiens et des observations ont été réalisés auprès des porteurs du projet, des institutionnels, des personnes travaillant dans les épiceries et des « bénéficiaires ». Ces entretiens et ces observations ont été effectués à diverses phases de la mise en place puis du déroulé de l’intervention sur 3 ans. Idées principalesL’analyse des interactions des réseaux d’acteurs impliqués dans UNITERRES a permis de mettre en lumière que la diffusion des valeurs sous tendant le programme se déroule au travers d’un processus ambivalent. A l’échelle des porteurs du projet et des institutionnels nous avons pu observer des formes « d’alliance » entre les initiateurs du programme et certains administratifs et politiques. Ces alliances se fondent sur le partage d’un certains nombres de valeurs communes issues de la consommation critique. Elles ont permis d’imposer ce programme dans le champ de la santé publique alors qu’il se positionnait à l’encontre des formes classiques d’intervention (l’éducation nutritionnelle entre autres). Au niveau des personnes travaillant dans les épiceries, le processus est plus complexe. Nous avons pu observer un partage partiel de ces valeurs mais l’hétérogénéité des positions sociales, en particulier la présence non négligeable de forme de contrat précaire (temps partiel, CDD et contrats aidés), renvoie certains salariés et bénévoles à la question de leur propre accès à cette forme d’approvisionnement alimentaire. Par ailleurs, le fonctionnement pyramidale de l’association porteuse du projet et la structuration même de l’aide alimentaire (qui nécessite une prescription et des formes de contrôle des « usagers ») vont conduire une partie des bénéficiaires à vivre cette intervention comme une nouvelle injonction à la consommation de fruits et légumes (au nom du « local » et de la solidarité avec les agriculteurs) venant se surajouter aux formes classiques basées sur des arguments nutritionnels. Ainsi, d’un contre modèle pensé comme tel par les porteurs du projet et les institutionnels, la « chaine de diffusion » va progressivement amener l’intervention à être expérimentée par les usagers comme une forme traditionnelle de traitement social de la précarité alimentaire.
Chercheuse
CNRS
RT20 Méthodes

Session: 3

Le débat sur l’analyse secondaire des enquêtes qualitatives : une lecture franco-centrée

 

La construction des premières banques de données d’enquêtes réalisées avec des méthodes qualitatives a ouvert un débat sur la validité et la faisabilité de l’analyse secondaire de ce type de données. Le texte passe en revue ce débat. Après avoir rappelé les attentes mises en avant pour justifier ce qui a été présenté comme une nouvelle pratique de recherche, il met en balance les arguments favorables et défavorables au développement de l’archivage et de l’analyse secondaire des données qualitatives, en spécifiant les questions particulières à cette méthodologie, et les critères à retenir pour évaluer la pertinence de ses apports. Ce faisant, il souligne l’absence de spécificité des questions que l’analyse secondaire doit affronter ainsi que son affinité avec les transformations de l’organisation de la recherche dans un sens néo-managérial. Les raisons pour lesquelles ce développement méthodologique a trouvé si peu d’écho dans les sciences sociales françaises sont évoquées pour finir.
 
CUFR J.-F. Champollion
RT17 Gestion politique du corps et des populations

Session: 1

« My DNA, my choice » : l’ardente généticisation de soi

 

Depuis quelques années  sont apparues des entreprises se proposant de commercialiser vers le "grand public", via Internet, des auto-tests génétiques touchant à des domaines très variés : maladies, comportements, "performances", "ancestralité" ... Le développement de ce marché d'auto-tests, sans prescription médicale, introduit quelque chose d'inédit dans l'histoire politique et sociale de la génétique. Cette dernière a été pendant longtemps une affaire à la fois de spécialistes et d'autorités médicales et publiques, et elle est en train de devenir une activité organisée par le seul marché et se faisant sur la base d'un acte individuel de consommation. Alors que la génétique a été historiquement marquée par une problématique d'ordre biopolitique (au sens foucaldien de gouvernement de la vie dans une population), elle est en train de rentrer dans une ère "post-biopolitique". Quels peuvent être les usages de la génétique dans ce nouveau cadre  ? Accélère-t-il une dynamique de  "génétisation" ? Une enquête par observation et entretiens auprès d'usagers d'auto-tests génétiques vient montrer que l'on y assiste à des formes originales d'appropriation de l'expertise génétique par les publics, mais que celles-ci sont marquées par l'entrée de ces derniers dans des univers fortement généticisés : ils se livrent à un entrepreneuriat de leurs gènes. Rien ni personne ne saurait les détourner de l'intérêt qu'ils portent à leur capital génétique : "My DNA, my choice" répondent-ils à ceux qui tentent de leur signifier que leurs gènes n'expliquent pas tout.
 
CUFR J.-F. Champollion
RT19 Santé, Médecine, Maladie et Handicap

Session: 2

Du santéisme au généticisme. Enquête sur les nouvelles pratiques de l'auto-test génétique.

 

               Avec la notion de santéisme, de nombreux auteurs ont pensé pouvoir rendre compte des évolutions socio-historiques les plus marquantes de leur domaine de recherche :  la notion traduisait par exemple pour R. Crawford (1980) le fait que la préoccupation pour la santé personnelle tendait à devenir dominante  dans les définitions du bien-être ; elle renvoyait pour P. Aïach (1998) au fait que la santé était devenue une "valeur centrale" pour nos sociétés, générant une nouvelle moralité et des obsessions sanitaires toujours plus diverses. Certains sont même allés jusqu'à employer la prolonger par celle de "nouvelle religion" (Sfez, 2001). La notion de santéisme ne se verrait-elle pas aujourd'hui dépassée dès lors qu'on cherche à rendre compte de certaines pratiques technologiques émergentes dans le domaine de la santé ? "Soi quantifié", "objets connectés", "humain augmenté", analyse de son génome, se présentent comme des pratiques étant certes orientées autour de la santé, mais ne s'accompagnent-elles pas de nouvelles conceptions de celle-ci ?               Sur la base d'une enquête où des personnes engagées dans des démarches d'analyse de leurs gènes - via des sites spécialisés sur Internet - ont été interviewées (34), et d'une observation de divers espaces numériques, il ressort que  ce type de technologie permet avant tout d'appréhender sa santé sous la forme d'un "capital" individuel et de développer une expérience entrepreneuriale de celle-ci.               Au-delà de relever d'une simple curiosité, "faire son génome" constitue une sorte de traduction matérielle inédite de ce qui n'était jusqu'à maintenant qu'une simple métaphore : s'occuper de son "capital santé". En effet, au travers de ce type d'analyse, les usagers d'auto-tests génétiques c